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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 15:48

Quand reprendrai-je la parole

Pour dire

Bonjour bonjour puis bonsoir

Et chantonner un peu

Quand reprendrai-je la parole

Pour dire Je suis là

 

23/7/16

L'un de mes derniers courts poèmes. Je suis là. Eh bien, ça nous fait une belle jambe, ça me fait une belle jambe.

Dire que je suis là pour ne pas échapper à la terre sous mes pas. Pour ne pas défaillir.

Je suis là avec mes soucis de chaque jour qui me prennent tellement la tête que je n'arrive même pas à prendre un livre. J'ai pris "Tonio Kroger" de Thomas Mann il y a quelques jours, mais je l'ai lu (court roman) sans comprendre la moitié de ce que je lisais. Thomas Mann, grand auteur, mais pas grande lectrice. Je me prends pour une grosse tête. Ou plutôt je ne me prends pas. J'attends.

 

J'attends.

Je m'ennuie.

J'erre de pièce en pièce. Bientôt j'errerai dans un trois-pièces au lieu d'un deux-pièces. Dans un autre quartier de Gien. A l'Est. Il n'y aura plus Auchan à côté de moi où je pouvais aller prendre un café le matin. Je me réveillerai encore plus en me disant : "Qu'est-ce que je fais là ?" La plume, la plume, où est la plume ?

A suivre...

1/11/16

La Plume.

Le stylo.

Tout cela a été remplacé par le froid ordinateur.

Bien sûr les mails des amis c'est sympa. Mais rien ne remplacera une belle lettre.

J'ai voulu relire Christiane Rochefort ("le Repos du guerrier", "les Stances à Sophie"). Elle m'aurait réveillée. Elle m'aurait dit : "Les femmes sont encore des féministes. Elles écrivent comme si on était en guerre. Elles ne dorment pas du sommeil de l'ennui." Mais même Christiane Rochefort n'arrive pas à me réveiller. Ses héroïnes AIMENT. Et moi qui j'aime ?

 

Dans mes 1400 livres (je les ai comptés en prévision du déménagement) j'aime qui ? J'aime les sœurs Brontë qui sont mortes si jeunes et Dostoïevski qui brûle. Je n'ai pas leur talent. Je me suis crue écrivain quand j'étais jeune. Ma plume s'est asséchée, mon esprit ne s'enthousiasme plus.

Où vas-tu Joëlle ?

Dans le quartier Est de Gien. Là où il n'y a pas de petits cafés pour aller faire un tour le matin.

Soyons optimiste.

Et s'il y avait dans ta nouvelle rue un passant que tu rencontrais, un passant au visage mystérieux, un passant qui pourrait être un personnage de roman, un PASSANT quoi, un passant qui passe, et "passant" est un joli mot.

 

Que la plume brûle.

Que l'esprit se réveille.

Que je sois, que je SOIS.

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 11:20

C'est quoi le vent ?

C'est la pensée magique

C'est quoi l'orage ?

C'est moi vers toi

C'est quoi l'éclair ?

C'est nous en fusion

*****

Je n'aurai pas assez d'ailes pour voler

Vers le ciel en voûte sur mon cœur

*****

Un

Je me plie

Deux

Je me redresse

Sur mes deux pieds

Trois

Je me bats

Je me déplie je me dresse je me bats

*****

Je veux marcher au sommet des arbres

Pour voir la lune et la plume pointue

Des feuilles amies

*****

Doux ami mon stylo que me dis-tu ?

Des mots engageants des mots cinglants

De la douceur de la violence

Une vie et la vie en veux-tu ?

*****

J'ai tant marché

J'ai fait le tour de la terre

Il reste les rêves

J'ai tant rêvé

Je vis dans l'infini des rêves

*****

Une minute face au monde

-

Des violences incompréhensibles

Le soleil qui fait triste mine

Ma Loire qui passe et ne me parle pas

Mon chat qui est parti mourir dans un coin

Joëlle face au monde

Le monde si grand si petit si incompréhensible

Si petit soleil montre-toi

Loire parle-moi

Adieu mon petit chat

14/6/16

*****

Un âne à aimer, un chat à aimer, une coccinelle à aimer, chers animaux à aimer...

*****

Je voudrais tant

L'arbre la forêt la lune le soleil

Mais aussi mon petit chat perdu sous la lune

*****

Parle-moi

Animal qui passe

Insecte ou lion

Parle-moi

Raconte-moi ce monde auquel je ne crois plus

*****

Je passais et je passe

Dans ce vaste monde

Je tourne et retourne

Les pensées et mon corps

Mon pauvre petit corps perdu

*****

Brexit

-

Politica/politiqui/politicomment

Comment ça va comment ça va qui comment ça va tourner

Britannica/Britanniqui

J'vous aime quand même

***

Je vous aimais

Je vous ai tant aimés

Je vous ai rejoints

Tourne tourne tourne

Autour de l'île

Et puis vous partirez

Et je vous aimerai encore

25/6/16

*****

Tant de temps à passer

A compter le temps les heures

A compter le tant

Des pensées

*****

Compte compte les pas

Conte conte les vies

Mes pas ne sont pas endimanchés

Mes vies n'ont pas cet amour dont j'ai tant rêvé

*****

Je cueille à brassées

Les bouquets de pensées

Je vous embrasse toutes

J'en fais des colliers

Colliers d'étoiles des pensées

*****

Animaux

-

Animaux animaux

Pas des choses

Mais des êtres vibrants

Ils sont tous forme de nuages

Vivant dans mes rêves

Mais aussi de chair et de sang

Ils ont mes yeux mon sang ma bouche

Je voudrais par de longs baisers

Rattraper tout le mal

Qu'on leur a fait

-

Animaux animaux

Baisez ma bouche

Sentez mon pouls

Nous sommes si chauds

Les uns près des autres

Parlez-moi

Et je vous comprendrai

Je parle moi la langue des chats

Et des chiens des chevaux des oiseaux

Là-haut là-haut

Les animaux ma chair

Les animaux mon sang

Les animaux amis

N'oublions pas amis amis

Au fond des maisons et des forêts

Parle parlez nous nous parlerons

Dans les rêves profonds

Et au-delà des rêves

Nous emporterons les animaux au paradis

*

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 15:05

*****

Une grande maison ou un grand arbre ?

Ce qu'il y a de grand

C'est les feuilles les feuilles

Qu'effeuille mon cœur

*****

Je me suis appuyée

Contre un mur

Le mur m'a arrêtée

Mais m'a fait réfléchir

Au mur aux murs

Et aux portes cherchées

Des longs murs

*****

Toutes les lettres de mon nom

Forment ma vie

Ma vie en carte de visite

Où sont les adresses et les timbres

De la petite fille oubliée ?

*****

De la plante qui me parle

Je dirai aussi

Tu es la vie qui plaisante

*****

Un oiseau qui meurt sans bruit

Dans le ciel clair

Oiseau réponds à mes pleurs

*****

Je pleure sur le carnet

Oublié ici

Carnet fermé de l'hiver

*****

Oiseau bleu es-tu

De la nuit de silence

Es-tu l'espoir ?

***

Toutes les branches qui réclament

Toutes les fleurs vives

Tout ce printemps fou

***

J'ai aimé au printemps

Les fleurs colorées m'aident

A m'épanouir toute

***

Un bateau sur la Loire

Porte le printemps

Dispersé

***

Je marcherai le long des berges

Enchantée enchanteresse

Un bateau dans mon cœur

***

Les herbes sont coupées

Je marche d'un pas neuf

Sur le chemin où me portent

Mes pas syncopés

***

J'aurai plein d'amis

Plein de fleurs dans mon jardin

Plein de coccinelles plein de chats

Plein de pensées bien vagabondes

***

L'arbre qui se tient si bien debout

Se tient debout près de moi

L'arbre qui se tient si bien debout

Est mon ami pour la vie

***

Dans le cœur de la fleur

J'ai mis mon nez

Dans le cœur de la vie

J'ai mis toute ma chaleur

***

1/6/16 : 109 visiteurs en mai. Merci !

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 10:31

Il y a des pas sur le sol mouillé

Des pas qui nous conduisent

A l'aube quelle aube pour moi

L'Aube...

**********

J'irai loin

Si l'on me laisse le temps

Si on me laisse

Un peu beaucoup de vie

**********

Beaucoup d'espoir un peu de retenue

Je danse sur le seuil de ma porte

Je retiens les rires

Je rirai demain quand tout sera

Evident

**********

Je me lève

Il fait froid

Que les arbres recouvrent

Les brins de muguet et moi

**********

Quand la chaleur reviendra

Il y aura plein de sourires sur les feuilles

Qui s'envoleront

Avec mes mots dessus dessous

**********

Il y a plein de mains à serrer

Sous les arbres du devenir

Plein de joues à embrasser

Sur les pétales des revenir

**********

Avril 2016

30/4/16 : 82 visiteurs ce mois-ci. C'est un record ! Merci à mes visiteurs.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 10:32

Je me suis mis un masque

Pas pour ressembler

Mais pour cacher

Mon impuissance

*****

Un thé qui sentirait

La menthe et les fleurs

Que je boirais

Au milieu des couleurs

*****

Je m'assombris je me cache

Je ne veux plus qu'on me voie

Je me cache bien je n'ai plus de voix

On pourrait me repérer de loin

Je me cache je me cache

Je voudrais être un point final

*****

Sortir non plus jamais

Plus jamais courir

Plus jamais mon visage

Aux yeux des gens

Je veux me cacher dans les replis

Du replis des replis

Plus jamais dire

Je suis là

Car je ne veux plus être là

*****

Mon sourire du samedi

S'étonne d'éclore

Mon sourire du samedi

S'étonne de vivre

*****

Vous étiez et vous n'êtes plus

Je pense à vous

Je pense et mon cœur bat pour vous

Pour chaque âme perdue un battement de mon cœur

*****

Je baise votre main et votre main s'échappe

Volent volent

Volent les mains et nos vies

Volent les soupirs qui disent je ne vous oublie pas

*****

J'aime la vie tranquille

Le vent doux

Les fleurs qui sont debout pleines de sourires

Et pourtant

S'il y avait un orage

Un gros bien fort

Je dirais oui à cet orage

J'emporterais tout

*****

Je me raconterai des histoires

Des histoires de bœuf et d'âne et d'enfant

Mais des histoires d'adultes aussi

Qui ne se racontent pas d'histoires

*****

A la porte du bonheur

Je me suis engagée

La porte est entourée de fleurs

D'eau d'étoiles et de poissons

La porte donne sur la mer

*****

No religion disait Lennon

Seulement la paix et l'eau qui coule

Pas de frontières pas d'ennemis

Seulement tous les chemins du monde

*****

Chaque matin tu es debout

Haute

Comme la montagne d'espoir

Debout l'espoir

Chasse la peine

*****

Qu'ai-je à raconter

Si ce n'est

Les matins d'espoir

Et la fille

Qui court

*****

Petit chat ronronne doucement

Et me raconte

La nuit passée

La nuit pleine d'aventures et le jour où l'on se tait

*****

12/2015-2/2016

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 16:00

BONNE ANNEE à vous !

Que 2016 soit

Autre

Que 2016 soit

Au fond de notre cœur

Plein de douceur plein de chaleur

Des messages d'amitié

Joëlle qui ne dit plus

Je suis découragée

Je n'en peux plus

Que 2016 soit

Et que vous soyez aussi

Auprès de moi et dans le monde

Dans le monde entier

La grande ronde

De vous et moi de tous

Que 2016 vous soit bénéfique

N'oubliez jamais

Que je ne vous oublie pas

8/1/16

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 15:47

Lou se tenait sur son lit, les jambes croisées. Antoine était sur son ventre. Papa vint, pour la deuxième fois.

  • Tu dois te lever, Lou, il est temps.
  • Il est temps de quoi ?
  • D’aller prendre ton petit-déjeuner. Puis d’aller à l’école.
  • Antoine doit prendre son petit-déjeuner d’abord, dit Lou, montrant son ours.
  • Il peut descendre avec toi.

Antoine tenait chaud à Lou. Elle avait mal au ventre. Allait-elle le dire à papa ?

  • Antoine ne peut prendre son petit-déjeuner qu’ici… Et maman ? dit Lou qui savait ce qui allait venir.
  • Ta maman a très mal à la tête ce matin, c’est moi qui m’occupe de toi aujourd’hui.

Comme hier. Comme avant-hier. Comme lundi. Maman a mal… à la tête, au ventre, aux épaules, à l’estomac, aux jambes…

  • Et si moi aussi j’avais mal à la tête ? dit Lou comme prise d’une inspiration.
  • As-tu mal à la tête ?
  • Non.

Elle avait mal au ventre. Bien mal. Le réconfort d’Antoine allait en diminuant.

  • J’ai mal… J’ai faim !
  • Alors il faut descendre.

Papa était très patient. Papa était un ange. Il ne s’impatientait jamais quand vous aviez mal, ou faim, ou quand vous étiez désagréable comme mamie l’autre jour.

  • Et si je ne descends pas ?
  • Veux-tu que je te porte ?

Elle devait être bien lourde pour papa maintenant.

  • Non ! Je vais me lever.

Papa s’en alla. Lou allongea une jambe, puis l’autre. Elle avait mal. Elle lâcha Antoine. Si elle disait qu’elle avait mal, papa le répéterait à maman et maman se fâcherait. « Une diversion pour éviter l’école ! »

Alors, Lou se leva et s'habilla, un peu difficilement. Quand elle eut fini, elle prit Antoine.

*

Impossible de manger. Papa était distrait, plongé dans des pensées qui ne semblaient pas gaies. Lou décida de donner à manger à Antoine à sa place. Antoine n'avait pas mal au ventre lui...

- Rémi...

Maman était dans la cuisine, en robe de chambre et se pressant le front avec un gant.

- Ma chérie ?...

- Il y a des courses à faire ce soir. Tu passeras au pressing et... (Elle réfléchit.) Ah, oui, et bien sûr n'oublie pas la petite.

- Bien sûr que non ! dit Rémi d'un ton légèrement impatienté.

- Je ne pense pas que je vais pouvoir faire grand-chose aujourd'hui...

- Fais ce que tu peux, ma chérie.

- Maman !

- Quoi ?

- Antoine n'a pas bien pris son petit-déjeuner.

- ...

- Oh ! il met sa main sur sa tête. Peut-être qu'il a mal aussi ?

Madame Deschamps prit un air las et se tourna vers son mari.

- Dis-lui de se dépêcher.

- Allons, Lou...

- Mais peut-être que si on le soigne, il ira mieux ? Maman, donne-lui un cachet...

Madame Deschamps s'éloigna de quelques pas.

- Je vais lui donner quelque chose, dit Rémi à sa petite fille.

Il fit semblant de prendre un cachet sur la table et mit le nez de l'ours dans un verre.

- Ah ! s'exclama l'enfant.

Elle avait presque décidé de rester là, recroquevillée sur sa chaise, tant elle avait mal, mais le geste de son père lui redonna du courage. Oui, elle irait jusqu'à l'école avec lui, ce n'était qu'un tout petit mal. D'ailleurs, Antoine était en pleine forme.

*

Que papa marchait vite ! L'école n'était pas loin, mais que papa marchait vite ! Que leur ville était grande, et que leur quartier était grand, et que les grands étaient grands avec leurs grands pas ! Pas loin de l'école, une dame arrêta Rémi dans son élan.

- Bonjour, Rémi ! Quel plaisir de vous voir !

- Ah, bonjour, Luce. Les enfants et Patrick vont bien ?

- Tout le monde est en pleine forme. Et notre petite Eliane ?

- Un léger mal de tête ce matin, je le crains.

- Rémi, il faut prendre plus au sérieux les maux de votre femme. Notre Eliane est une personne fragile.

- Je le sais, Luce.

De nouveau, ce ton légèrement impatienté de papa. Lou tenait son ours d'une main et son ventre de l'autre.

- Lou a le droit d'emmener son jouet à l'école ? demanda Luce à Rémi, puis à Lou : Tu as le droit ?

Lou fit une grimace de douleur.

- Elle n'est pas bien polie...

- Elle est encore petite, dit Rémi, agacé.

Plus personne ne regardait Lou. Antoine pendait à son bras, ayant de plus en plus l'air maltraité. Lou se mit à pleurer sans faire de bruit.

- Je suis content de vous avoir vue, disait Rémi.

- Je dois songer à vous inviter avec Eliane...

Antoine s'écrasa sur le sol, presque désarticulé. Lou tomba par terre et se mit à hurler en se tenant le ventre.

- Mais que se passe-t-il ?

Lou hurlait. La douleur était devenue réellement insupportable.

*

L'ambulance était là et la petite Lou allongée sur une civière.

- Là, là..., disait Rémi, les larmes aux yeux. Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu avais mal ? Là... Tout va bien se passer...

- Papa, papa...

- Quoi, mon petit chou ?

- Mais sans moi, tu vas être tout seul...

30/10/15

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 13:52

Je ne prétends bien sûr pas être critique de cinéma, je n'en ai pas les compétences. Beaucoup de films muets m'ont échappé (Abel Gance, Murnau...) quoique j'en aie vu pas mal. Je n'ai toujours pas vu la grande Falconetti dans "Jeanne d'Arc" ! Ce que je fais ici, c'est donc juste donner mes quelques impressions des films vus par moi, et, si j'ai été cinéphile, je ne le suis malheureusement plus (Montargis, l'Alticiné, à 35 km de chez moi, rien ou peu au cinéma Le Club à Gien) et j'ai loupé cette année entre autres des films de qualité que j'avais vraiment envie de voir ! (rattrapage à la télé dans deux ans ? Mais ce n'est pas pareil qu'être dans une salle de cinéma...

- Mission impossible Rogue Nation, Christopher McQuarrie

28/8 - Film très agréable, énergique, un film d'aventures où on ne s'ennuie pas une seconde. Tom Cruise, qui vieillit, est encore très séduisant.

- Le tout Nouveau Testament, Jacko Van Dormael

4/9 Montargis - La critique n'est pas très bonne pour ce film (France Inter ce matin), mais j'ai beaucoup aimé son côté poétique, lunaire, très humain. La fille de Dieu (un Dieu méchant qui s'amuse à faire le mal) s'enfuit de chez elle et se choisit six apôtres. J'ai aimé cette balade triste dans un univers gris (sauf à la fin). Sous l'influence de Caro et Jeunet bien sûr. C'est un film qui, je le sais, restera dans ma mémoire contrairement à beaucoup de films français qui s'évaporent de ma pauvre tête au bout d'une semaine.

- Jamais entre amis, Leslye Headland

Alticiné Montargis, 11/9 - Qui a osé comparer ce film avec "Quand Harry rencontre Sally" ? Ce film est un summum de vulgarité et de dialogues complètement vides. Les acteurs (qui ?) sont fort médiocres. En plus, pauvre de moi, je l'ai vu en version française, ce qui doit aggraver la chose déjà grave.

- Agents très spéciaux, code UNCLE, Guy Richie

Gien, 20/9 - Un film d'espionnage qui se laisse voir agréablement. Cela se passe dans les années 60 au temps de la Guerre Froide. J'ai trouvé l'esthétique plaisante avec de jeunes acteurs très jolis à regarder... Mais j'ai écrit ceci le 20 septembre, nous sommes le 30/11, et il ne reste pas grand-chose dans ma mémoire !

- Marguerite, Xavier Giannoli

Gien 27/9 (Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau) - Marguerite, femme très riche que son mari ne regarde pas, aime profondément la musique et croit savoir chanter. Elle qui n'organisait que des concerts privés veut chanter dans une grande salle. C'est un beau film, émouvant, sur le mensonge, l'impossibilité de dire la vérité, le rêve poussé jusqu'à la folie. Tous les rôles sont remarquablement tenus, y compris les rôles secondaires. Un rôle magnifique pour Catherine Frot. Les décors sont également très beaux. Un de MES films de l'année, certainement.

- Un début prometteur, Emma Luchini

Deux frères et une jeune femme dans une sorte de road movie sympathique. Je pensais que ce film serait très moyen, mais j'ai bien aimé. La jeune Mathilde Verlee Baetens est excellente.

- Le nouveau stagiaire, Nancy Meyers

Alticiné 9/10 - C'est une soi-disant comédie, mais il y a très peu de comédie. Surtout beaucoup de pleurnicheries à l'américaine. C'est l'éloge du Travail et de ces Américains, jeunes et vieux, qui travaillent jusqu'au bout du bout. Ce n'est pas tant le film que je déteste, c'est mon côté anarchiste qui se réveille devant cet éloge de la connerie au travail.

- Belles familles, Jean-Paul Rappeneau

Alticiné 17/10 - C'est loin d'être le top du top des films, mais j'ai beaucoup aimé. J'ai aimé le rythme du film, on court d'un bout à l'autre (comme dans beaucoup de films de Rappeneau) et c'est enlevé et assez joyeux. Les intrigues se recoupent élégamment. Les acteurs sont très bien (la différence d'âge entre Mathieu Amalric et Marine Vacth est un peu agaçante c'est vrai) et ce metteur en scène, âgé maintenant, n'a pas perdu la main.

- J'ai vu aussi "L'Homme irrationnel" de Woody Allen

qui se passe dans un milieu universitaire avec des jeunes gens qui sont intelligents, ce qui est rare dans les films qu'on voit maintenant. C'est une intrigue policière et amoureuse. Je suis une fan de ce cher Woody, aussi il ne faut peut-être pas trop m'écouter quand je dis que c'est formidable ! Des critiques ont fait part de leur déception, mais au cours de la projection, j'aurais eu du mal à être déçue ! Il faut savoir ce qu'il en reste après deux ou trois semaines...

- J'ai bien aimé "L'Etudiante et Mr Henri", d'Yvan Calbérac,

et tant pis pour ceux qui trouvent que je suis bien peu exigeante ! C'est une pièce de théâtre à l'origine. Mr Henri est un vieux grincheux qui sympathise avec une jeune fille qui a la poisse. C'est une honnête histoire d'amitié, mais loin de moi l'idée de comparer ce film avec "Gran Torino" de Clint Eastwood que j'ai revu hier soir, 29/11, à la télévision -c'est pour ça que j'en parle- et qui est un chef-d'œuvre.

- "Lolo" de Julie Delpy

est un film qui peut faire rire, mais surtout grâce au jeu des acteurs. Je n'ai guère été emballée (1/11).

- Mon roi, de Maïwenn

(Montargis 7/11 - c'est le dernier film que j'ai vu ; depuis les attentats de Paris, je n'ai plus la force d'aller au cinéma) m'a impressionnée (mais bien moins que "Polisse" que j'avais adoré) par son sujet et la performance de ses acteurs. Une jeune femme plutôt privilégiée s'éprend d'un sale type et n'arrive pas à le quitter. Elle essaie et réessaie. Cette répétition est lourde et peut épuiser certains spectateurs.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 12:48

J'écrirai en français. Envers et contre tous. Je suis là

pour ça après tout. Pour parler, écrire, respirer, soupirer, en français. J'ai fait de tels progrès déjà. Je comprends bien les petits, je comprends même "papi" qui m'honore de belles phrases d'une autre époque. Justement. C'est peut-être pour ça que je le comprends mieux que les autres, pour ces belles phrases qui me parlent comme à une vraie femme, par une petite jeune fille de rien du tout. Papi croit que je suis quelqu'un de bien, de digne, quelqu'un qu'il faut respecter.

Car tous ces gens qui passent là, la famille, les

livreurs, les invités, soit ne me regardent pas, soit ne savent pas quoi me dire. Ils restent muets face à mon absence de statut. Je ne suis pas une amie, une parente d'amis, une bonne. Je ne suis qu'une espèce de fille pas même jolie qui ne sait pas quoi dire non plus. On me croise avec embarras, on me dit bonjour du bout des lèvres, on va vite respire un autre air que le mien et celui de petits à qui on ne sait pas quoi dire non plus. Si j'étais plus jolie, est-ce que ça serait différent ?

Les petits sont mignons. Ils parlent déjà anglais avec

moi. Leur mère, Charlène, suit leurs progrès, l'air de rien. Pas un seul compliment à mon égard. Mais je suppose qu'elle est satisfaite. C'est pour ça que j'ai été embauchée. Pour que des petits bourgeois paraissent encore plus bourgeois.

Au début, je me suis demandé ce que je faisais là.

Pourquoi je n'étais pas restée dans ma famille. Ils sont gentils chez moi. Je n'avais pas besoin de partir. Mon français était assez bon, c'était la seule matière où je brillais à l'école. Et je n'aime pas Paris. J'aime la campagne de chez moi, le petit pont qui traverse le village, les chiens amicaux qui vous accompagnent dans les balades, tous ces villageois qui me connaissent et pour qui je suis la "little Ann" de toujours.

A Paris, il y a tant d'hostilité. Dans les rues, chez les

commerçants, ici. Je sens bien que Charlène ne me sera jamais acquise. Il y a papi, bien sûr, mais il ne vient pas tous les jours. D'ailleurs, que ferais-je de papi ?

*

Ce matin, j'ai croisé Charles dans le couloir près de

la salle de bains. Il n'a pas ouvert la bouche, mais il m'a souri. De son sourire vague. "Ann, oui, Ann..." C'est comme si je lui rappelais quelqu'un. Il me voit tous les jours, mais c'est comme si je lui rappelais quelqu'un. J'existe, cela n'a pas vraiment d'importance, Charlène s'occupe de tout. Son sourire me portera toute la journée.

Au début, je me disais que cette chaleur en moi

venait de ce que j'étais bien ici. Mais j'ai fini par me rendre à l'évidence : dès que j'étais dehors, dans Paris, loin de l'appartement, je me sentais moins bien, j'étais à nouveau la petite villageoise perdue. Heureuse, je l'étais quand venait le soir, quand Charles devait rentrer. Et quand il était enfin là, c'était cette chose chaude dans mon ventre, cet environnement protecteur, ce bonheur du foyer.

Etrange foyer que cet endroit où Charlène ne

m'encourage jamais vraiment, où l'on me regarde avec ennui ou gêne, où les enfants considèrent que je suis à leur service jour et nuit. M'aiment-ils ? Oui, je suppose, un peu. Ils m'aiment parce que je suis là, parce que Ann ne les grondera jamais, contrairement à maman qui n'a pas le caractère facile.

Charles est leur père et c'est merveilleux de retrouver

chez Johann la même petite bouche mâle, chez Sophie les mêmes yeux gris bleu. Les enfants sont bien les enfants de leur père. Ils n'ont pas la sécheresse de Charlène, sa hâte énervée. Ils ont cet air un peu rêveur, ce sourire un peu hautain. Ils auront dans quelques années cette élégance facile, cette élégance qu'on a sans même avoir cherché à l'avoir. Tout est trop facile pour ces gens-là. Qu'est-ce que je fais ici ?

Ce que je fais ici... J'attends de croiser Charles dans

le couloir le matin. J'attends de le revoir le soir pour sentir tout mon corps, toute mon âme, se réchauffer. Je suis dans un état d'attente. Vais-je attendre ainsi une année entière ?

*

- Ann !

- Oui, Charlène ?

- Ann, il faut que je vous parle...

Elle a l'air concentrée. Ce doit être grave. Je ne vois pas ce qui peut être grave, à part... Mais ça, personne ne le sait. Même moi je ne le sais peut-être pas.

- Asseyez-vous.

Je m'assois. J'ai l'impression qu'elle va m'engueuler, je ne sais pas ce qui me donne cette impression.

- Ann, je dois vous dire... Vous n'êtes qu'une fille au pair, je veux dire : vous êtes une fille au pair. Il y a certaines choses que vous ne pouvez pas vous permettre, même chez nous qui sommes, vous avez pu le constater, plutôt indulgents...

Où veut-elle en venir ? Et si Charles... Je ne dois pas l'appeler "Charles". On m'a dit en arrivant ici que je devais les appeler "Charlène" et "Charles"... Ne plus appeler Charles "Charles"... Ne plus prononcer son prénom...

- Il s'agit de mon père.

- Votre père (je n'ose pas dire "papi") s'est plaint de moi ?

- Oh, non ! Il est trop content.

- Trop content de quoi ?

- De votre attitude. Il ne demande que ça.

- Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Vous n'avez rien "fait" de vraiment mal. Simplement vous êtes trop gentille avec lui, vous lui souriez trop.

- C'est votre père qui est gentil avec moi, lui...

Je n'ai pas pu m'empêcher de rajouter "lui", mais elle ne doit pas comprendre ce "lui".

- Il ne faut pas l'encourager.

L'encourager à quoi ?Qu'y a-t-il de mal à être un peu gentil, à être différent de ce que sont les autres avec la fille au pair ?

- Je ne veux pas être méchante avec votre père !

C'est un cri du cœur. Elle a vu mon air indigné.

*

Je ne suis pas une fille très jolie. Au village, j'ai eu

un petit ami, mais il n'a pas été très enthousiaste. J'ai vite été trompée, abandonnée. Et je n'ai jamais été amoureuse. Peut-être, si j'avais été amoureuse, j'aurais été plus jolie ? Suis-je plus jolie maintenant que je suis à Paris. Est-ce pour cela qu'il y a eu cette stupide histoire avec papi ? On dit que Paris rend toutes les femmes belles. Charlène est belle, à sa façon. Elle a de la classe. Et Sophie sera belle.

Je rêve que je suis jolie. Que les garçons se mettent

à siffler. Que les hommes se retournent sur mon passage et me suivent des yeux. Est-ce que tout n'est pas plus simple quand on est jolie ? Est-ce qu'alors on arrête de vous dire de moins sourire parce qu'il est normal qu'une jolie fille soit souriante ? Son sourire fait partie de sa beauté. Il est naturel. Les jolies filles doivent être vraiment heureuses.

Ce soir, j'ai cru que Charles me regardait plus

longuement. Mais c'est peut-être cette histoire avec papi. Il sait que Charlène m'a parlé. Il croit que je cours après les vieux messieurs. Non, impossible. Charles ne s'occupe pas de ma vie. Elle ne l'intéresse nullement. C'est un monsieur occupé. Je ne suis que "la fille au pair". J'ai dû rêver.

A part avec les enfants, je ne parle pas beaucoup.

J'écris plutôt. J'écris ces lignes, j'écris à ma prof de français, en Angleterre. Elle me félicite de mes progrès, elle me dit que je la dépasserai très vite. J'aime les écrivains français, Maupassant, Balzac, Stendhal, mais aussi Camus du XXè siècle. Je me dis qu'un jour j'écrirai une belle lettre à Charles. Il aura du mal tout d'abord à croire que c'est de moi, la petite jeune fille à qui il sourit vaguement le matin. Et si je restais en France après cette année ?

Si je restais en France avec mes écrivains. J'aurais

une chambre de bonne quelque part dans Paris, mais je ne sortirais plus dehors en baissant la tête. Je croiserais Charles par hasard, nous nous dirions bonjour comme de vieilles connaissances. Il me dirait : "Ah ! Ann ! Je suis content de vous rencontrer, vous manquez aux enfants. Ils ne parlent plus anglais que dans une école privée, c'est dommage ! " Je ne serais plus "la fille au pair", mais "Ann, l'Anglaise qui s'est installée à Paris".

*

C'est décidé. Cette année n'est pas une parenthèse,

mais le début de quelque chose. De quelque chose de grand. De quelque chose avec Maupassant et Camus. De quelque chose dans un Paris que j'inventerai.

Ce matin, j'ai à nouveau croisé Charles dans le

couloir de la salle de bains. Il n'avait qu'une serviette sur les hanches. Je n'ai pas baissé les yeux. Je lui ai souri. Il a eu l'air gêné, il a murmuré : "Ann, euh... bonjour !" J'ai dit, la voix ferme pour une fois, une vraie phrase en français : "Bonjour, Charles. Je souhaite que votre journée soit belle et enrichissante." J'ai cru qu'il allait rire, mais il est bien trop élevé pour cela. En tout cas, il m'a VUE. Il m'a jeté un coup d'œil en coin avant de disparaître. Il m'a reconnue, moi, Ann.

Je sourirai quand même à papi, j'engagerai même

une longue conversation avec lui. Tant pis pour Charlène. Je suis jeune et pleine de vie, j'ai le droit de parler, de bavarder, et pourquoi pas de plaisanter. On dit que les Anglais ont le sens de l'humour. Je rirai avec papi, je rirai avec les enfants.

Un jour, un jour pas si lointain, on ne dira plus

"la fille au pair", mais "Ann, vous savez, la petite Anglaise bavarde qui vit chez les D.".

Mes parents m'ont donné le prénom d'Ann, comme

à une princesse. Paris est d'ailleurs comme une grosse citrouille prête à se transformer en carrosse.

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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 14:38

Il mit sa main dans la sienne. Une si grande main. Il l'obligea presque à prendre sa petite main. "Je suis là, je suis quand même là...", n'osait-il pas dire à haute voix. "Je suis ton petit frère et je suis là. Pense que je suis là ! Regarde-moi !"

Regarde-moi ne serait-ce qu'un instant.

Yannick avait les yeux vagues, les yeux perdus. Marco avait été si reconnaissant que son frère veuille bien de lui pour cette promenade... Une promenade en forêt ! A eux deux ! Rien que pour eux deux !

D'habitude, on se promenait en famille. Papa qui croyait connaître tous les champignons. Maman qui parlait et parlait. Marie qu'on avait toujours peur de perdre. Yannick qui ne disait rien, mais souriait quelquefois. Il y avait de l'indulgence dans son sourire, un peu de lassitude. Ces promenades en forêt, en famille, n'étaient pas désagréables, mais Marco aurait voulu... que papa se vante moins, que maman se taise cinq minutes, que Marie arrête de faire des bonds à droite et à gauche... Et il aurait tant voulu, oui ! que Yannick soit à lui tout seul, Yannick le jeune homme, l'étudiant de la ville lointaine, Yannick "mon grand frère".

Marco aurait voulu lui raconter l'école, la maîtresse sévère mais qu'on aimait quand même, ses jeux avec Marie, et ses jeux sans Marie. Lui dire qu'une sœur c'est bien, mais qu'un peu trop de présence féminine ça étouffe un peu, on a besoin, oui, de quelqu'un d'un peu moins bavard, de plus grand. Une présence peut-être plus discrète (à la voix), mais la présence... d'un homme.

Car pour Marco, Yannick avait toujours été l'homme de la famille. Il lui montrait ses notes, ses constructions, il lui demandait pour les tours de cartes, Marco attendait que Yannick fût là. On ne pouvait pas révéler les choses sérieuses sans lui.

Mais Yannick ne disait rien. Il semblait plongé dans un grand songe à lui. Il tenait la main de Marco sans la tenir. La maison était loin, la forêt était presque absente. On était en forêt et on était ailleurs, dans un no man's land où le petit Marco n'avait pas vraiment sa place. Il fallait signaler sa présence, dire à Yannick : "Je m'appelle Marco, et nous sommes en forêt, tous les deux, tous les deux seuls sans la famille, c'est exceptionnel, et tu dois être là pour moi." Marco jeta un coup de pied dans les feuilles. Yannick ne leva pas un sourcil.

Comment dire à Yannick que la vie sans lui avait un goût de pièce vide, d'inachevé ? Que quand il venait le week-end c'était une vraie maison, une vraie joie ? Marco fit un bond, Yannick poussa un petit soupir.

- Tu aimes l'automne ? dit le petit garçon.

Yannick ne dit rien.

- Moi j'aime l'automne. La couleur des feuilles, tout ça... Si je pouvais, je me perdrais en forêt.

Pas de réaction.

- Je me perdrais, je me perdrais, et on ne me retrouverait pas !

Cette fois, Yannick sembla entendre. Il secoua la tête, comme un chien. Il eut un vague sourire.

- On retrouve toujours les petits garçons perdus, dit-il.

- Comment me retrouverais-tu, toi ?

- Je saurais. Je t'entendrais. Tu as de la voix.

- Et si c'est toi qui es perdu, crois-tu que moi je te retrouverais ?

Yannick se tourna vers son petit frère. Il était surpris par la question. Heureux, Marco vit qu'il avait enfin éveillé l'attention de son aîné.

- Oui, crois-tu que je te retrouverais ? Je suis si petit !

Yannick sembla réfléchir, quelques instants, puis sembla abandonner l'idée de répondre. Il y eut un moment de silence. Quand Yannick reprit, ce fut brusquement :

- Je me perdrais bien en forêt, moi, là, je me perdrais bien et ça m'arrangerait qu'on ne me retrouve pas !

C'était un cri du cœur. Marco l'entendit comme tel et blottit sa main dans la sienne.

- Je ferais tout pour te retrouver. Moi, ça ne m'arrangerait pas que tu sois perdu. Ça n'arrangerait personne, nous t'aimons !

- Aimer, qu'est-ce qu'aimer ? dit Yannick presque tout bas.

Marco réfléchit, mais il fallait réfléchir vite.

- C'est vouloir que quelqu'un soit là tout le temps, dit-il d'une voix rapide. C'est être triste quand il s'en va, c'est trouver la maison vide. La maison est vide quand tu n'es pas là !

Yannick sourit enfin et sembla, pour la première fois depuis le début de la promenade, être avec lui.

- Comme tu es gentil ! Oui, comme tu es gentil, mon petit frère... Mais tu es si petit...

- C'est mal d'être petit ?

- Non, bien sûr que non. C'est même bien. C'est agréable de faire des promenades avec toi... Je préfère être avec toi qu'avec quiconque. Mais tu sais...

- Quoi ?

- Tu sais, c'est si difficile en ce moment.

- Pourquoi ?

- Ce sont des histoires de grandes personnes.

- Nous aussi, les enfants, nous avons des histoires de grandes personnes. Je me sens comme une grande personne quelquefois. Oui, oui, nous avons le même genre d'histoires.

- Lesquelles ?

- Les chagrins, les disputes, quand on rate quelque chose... C'est comme pour les grandes personnes, tu sais.

- Alors..., tu as déjà été amoureux ?

Marco songea à Léa, à ses cheveux roux bouclés, à son rire, à son cœur qui battait fort quand ils couraient ensemble. Etait-ce cela être amoureux ? Oui, il se dit que ce devait être cela.

- Oui, avoua-t-il dans une grande inspiration.

Yannick ne put s'empêcher de rire. Mais c'était un rire sans joie, un rire de complicité triste.

- Eh bien, moi aussi, petit frère, je suis amoureux... Je suis amoureux... après.

- C'est quoi être "amoureux après" ?

- C'est quand on est con. C'est quand on n'a pas vu "pendant" que c'était bon, que la fille était une chouette fille, et qu'on ne lui a pas dit.

- Tu ne lui as pas dit que tu étais amoureux d'elle ! s'écria Marco, comprenant toute l'histoire.

- Pire que ça. Je la taquinais, je me moquais d'elle, je lui disait même qu'elle pouvait aller avec d'autres mecs. Nous prétendions être libres, tu vois ?

Marco le regardait gravement. Yannick poursuivit :

- Non, tu ne peux pas voir. Je suis sûr que tu l'as dit, toi, que tu l'aimais, à ta petite amoureuse.

- Non... Mais je crois que je vais lui dire. C'est quoi "être libre" quand on est avec une fille ?

- C'est aller... Je ne vais pas t'expliquer ça ! C'est jouer avec le feu en fait. J'ai joué avec le feu.

- Tu aurais dû la prendre dans tes bras, et la serrer très fort, et lui faire des serments d'amour ?

- Oh, oui ! Je me suis cru très fort. Je me crois toujours très fort, quel con ! Mais toi aussi tu me crois fort, n'est-ce pas ?

- Tu ES fort.

- Ah ? Mais alors pourquoi, en cet instant, j'ai envie de pleurer ?

- Parce qu'elle n'est pas là et que tu la crois très loin. Elle habite loin ?

- Non, pas très loin.

- Va la voir !

- Comme cela te semble facile, petit frère ! En fait, c'est comme s'il y avait mille kilomètres entre nous.

- Tu as ta voiture, tu es venu avec. Va prendre ta voiture, et tu pars, tant pis pour papa et maman, et tu vas rejoindre... Comment elle s'appelle ?

- Emilie, murmura Yannick.

- Tu vas taper à la porte d'Emilie et tu lui cries à travers la porte : "Je t'aime ! Je t'aime !"

Yannick sourit. Il se remettait à aimer les arbres autour, qui tout à l'heure lui paraissaient une prison, il se remettait à aimer le crissement des feuilles par terre, le ciel là-haut, sa famille, son petit frère malin.

- Tu te crois malin, dit-il d'ailleurs à Marco, mais dans sa voix le petit garçon ne saisit aucune trace d'hostilité.

- C'est toi qui n'es pas malin de perdre ton temps à te promener avec moi, dit Marco qui sentait déjà son cœur se briser à l'idée que son frère allait s'en aller.

Marie l'agaçait, son père et sa mère étaient trop souvent bien loin de lui, trop pris par la vie quotidienne. Avec Yannick c'était plus facile, il pouvait plus parler. Yannick avait le don de le faire se sentir plus "grand".

- On retourne à la maison ! s'exclama Yannick.

Ils ne coururent pas, il volèrent. Marco était très essoufflé, mais il ne se plaignit pas. Dans sa tête, le grand Yannick conjuguait le verbe aimer à tous les temps.

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