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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 17:21

LE BALLON DANS LA PORTE (nouvelle)

 

 

- Où est ton père ?

- Il n’est pas là, dit Éric qui jouait avec son ballon.

- Il est bien quelque part.

Éric regarda l’intrus, un homme gros, portant capuche et une lourde sacoche.

- Sais pas, dit-il.

- Tu dois être Éric...

- Sais pas, dit Éric qui ne voyait pas pourquoi décliner son identité à un homme qui n’en avait pas, d’identité.

- Mon nom est Latour, Jean-René Latour, dit l’inconnu comme s’il avait deviné l’enfant.

Éric tendit sa main, mais ne proféra pas un son.

- Jean-René Latour, tu sais, l’avocat...

L’avocat ?... Eh bien, qu’il soit avocat, ou docteur, ou marchand de pommes de terre..., qu’importait. René se fichait bien des avocats. Il tapa dans son ballon.

Pouf ! Contre la porte de la salle à manger. Marie surgit, frottant ses mains contre son tablier.

- Monsieur ? dit-elle faisant face à l’inconnu.

- Monsieur Latour. Jean-René Latour.

- Ah, bien ! dit Marie, confirmant Éric dans son opinion : l’homme avait, aurait, peu d’importance.

- Je ne sais trop où est Monsieur...

- Ça ne fait rien. Je vais le chercher.

L’étranger fit demi-tour, se dirigeant vers le jardin.

- Accompagne monsieur Latour, dit Marie.

- Pff ! souffla Éric.

 

 

 

*

 

Le jardin était mal préparé pour la visite des inconnus. On n’avait pas tondu la pelouse depuis des lustres. Des branches lourdes tombaient sur les allées. La balançoire rasait des mottes.

- Tu t’appelles Éric.

- Éric Montoire, précisa le petit garçon.

- Tu ressembles à ton papa.

- A ma maman aussi, s’indigna Éric.

- Je n’ai pas l’honneur de connaître ta maman.

- Elle est très jolie, précisa le jeune garçon.

- Je n’en doute pas... Montoire ne peut choisir que de jolies femmes, ajouta l’inconnu comme pour lui-même.

- Marie est jolie aussi.

- Marie ? La petite de tout là l’heure. Oui...Marie est jolie aussi.

- On ne peut pas dire que papa est joli.

- C’est vrai : on ne dit pas que les hommes sont jolis.

- Papa n’est pas “joli”, il est “fort”.

- Fort ? Peut-être... En tout cas, pour toi, mon petit, il est fort.

- Il n’est pas fort pour vous ?

2

 

- Ça dépend des jours..., dit l’inconnu en souriant.

- Il est fort ! insista Éric.

- D’accord.

- Vous vous appelez Latour ?

- Oui. Maître Jean-René Latour.

- Papa ne m’a jamais parlé de vous.

- Ton papa a des secrets.

- Papa a des secrets pour maman, pour Marie... Il n’en a pas pour moi.

- Comment le sais-tu ?

- Il me l’a dit un jour. Il m’a dit : “Éric, tu es mon fils, tu dois tout savoir.”

- Cela ne veut pas dire qu’il t’a tout dit.

- A moi, si.

- Quelle assurance ! Tu n’es qu’un tout petit garçon.

- J’ai beaucoup vécu.

- Ah ! s’exclama l’inconnu en riant. Raconte-moi ce que tu as vécu.

- Je suis allé à Londres avec maman, j’ai pris l’avion tout seul, j’ai fait du bateau avec papa...

- Effectivement, c’est beaucoup.

- Vous voyez.

 

Ils fouillèrent le jardin.

 

 

*

 

- Monsieur Montoire a-t-il pris sa voiture ? demanda Maître Latour à Marie.

- C’est peut-être madame qui l’a prise, dit Marie vaguement.

- Il faudrait qu’il soit là.

- En quel honneur ? dit Marie, prête à la rebuffade.

Éric tapa violemment dans son ballon.

- Papa fait ce qu’il veut.

- Et ce n’est pas la première fois, murmura Maître Latour. Asseyons-nous dans le salon, attendons-le... Viens près de moi...

- Non.

- J’ai besoin de quelqu’un à qui parler. Sers-moi de petit compagnon, réconforte-moi : j’ai besoin d’être réconforté.

Éric consentit à s’asseoir à côté de Maître Latour, sur le sofa orange.

- Aimez-vous jouer au ballon ?

- J’aime l’attraper, pas le lancer.

- On ne fait pas l’un sans l’autre, dit Éric.

- Moi, je n’arrive à faire qu’une seule chose à la fois. C’est peut-être un de mes défauts.

- Monsieur ne reviendra pas, dit Marie, surgissant comme un furie.

- “Reviendra” ?... Il était parti ?

- Monsieur fait ce qu’il veut.

- J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Maître Latour. Éric, et ta maman, où est-elle ?

- Maman va revenir tout de suite. Elle n’est pas bien loin.

3

 

Des sirènes se firent entendre. On tambourina à la porte.

- Oh ! Ça va..., dit Marie mollement en allant ouvrir.

- Monsieur Montoire !

- Maître Jean-René Latour, représentant monsieur Montoire. Il ne saurait tarder.

- Que voulez-vous ? dit Éric.

- Écartez cet enfant.

- C’est sa maison, si c’est pas la vôtre ! hurla Marie.

- Calmez-vous. Où est ton papa ? dit l’uniforme.

- Sûrement dans le jardin.

Les uniformes disparurent dans le jardin et revinrent très vite.

- Pas âme qui vive !

- Mon client est disponible, il est à votre disposition.

- On se demande bien où.

Éric tapa dans son ballon dans la direction de la porte d’entrée.

Maître Jean-René Latour suivit le ballon volontaire des yeux.

- Papa est très fort, dit Éric.

 

 

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