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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 15:05

Lucile à Paris

 

 

CHAPITRE IX

 

Musiques (des années 80)

 

En 2008, lorsque je racontai à Michèle l’histoire de « Lucile qui tombait des nues », je songeai à un décor comique du genre « Lucile-à-Paris-qui-ne-sait-rien-de-rien-et-regarde-ses-amis-fumer-en-pensant-que-c’est-du-tabac ». L’histoire d’une naïve la tête farcie de livres qui vit sans s’en rendre compte la fin des Hippies.

 

Puis je me suis dit que j’allais être provocatrice, raconter par exemple l’histoire de mon d. pour choquer la galerie.

 

Mais la gentille petite Lucile que je suis encore ne veut choquer personne. Je choquerais d’ailleurs qui en 2012-2013 ? La seule chose qui pourrait choquer (et qui me choque moi !) c’est qu’on pût être vierge à vingt-cinq ans en 1980.

 

Ce fut une nuit de cauchemar. Entre une fille qui ne connaissait rien et un garçon qui ne comprenait rien. Et en plus le fiasco final. Après, je réussis à remonter la pente. Petit à petit. A m’accrocher aux branches qui pendent au-dessus de l’eau qui m’emporte. Lucile, capitaine courageux. Toujours dans une rivière tumultueuse, et toujours les branches au-dessus.

 

Ce chapitre devait s’intituler « MD » et il s’intitulera « Musiques ».

 

MUSIQUES DONC…

 

Les Doors. Je n’ai pas l’oreille musicale (ou je crois ne pas l’avoir ?). Quand je disais à Marc que je n’avais pas l’oreille musicale, que je n’aimais pas vraiment la musique, il ouvrait des yeux et me regardait comme si j’étais une espèce de monstre.  Comment peut-on NE PAS AIMER la musique ? En fait, peut-être n’osais-je  pas dire alors  que chez mes parents j’écoutais Trenet, Yves Montand, Brassens, Brel, et que j’avais écouté intensément les Beatles. A vingt-et-un ans, j’avais écouté Simon et Garfunkel grâce à Mathilda et Dominique, et ça déjà ça datait. Et qu’à vingt-deux ans, en Angleterre (Hillingdon) j’allais avec Jane Alderton écouter des concerts classiques. J’aimais le piano et Ravel. Et, en 1979, j’achetai « City To City » de Gerry Rafferty que j’adorai (et que je viens de redécouvrir et que je réécoute). Je crois qu’en 1980, les Beatles n’étaient plus trop écoutés. Pas par mes amis en tout cas.

 

Je fis l’amour avec Pierre au son des Doors (très bonne idée !). Et puis au son de Ricky Lee Jones et Stan, Getz et Gilberto. Nous avons écouté les mêmes K7 de Ricky Lee Jones et de Stan, Getz et Gilberto pendant ces sept ans à Paris.

 

Un jour, les Doors en fond sonore, on mit un foulard sur une lampe par terre (nous avons couché sur un matelas pendant… tout le temps, tout le temps de mes années à Paris), et le foulard prit feu. Nous avons failli plusieurs fois rue Lécluse  mettre le feu. Avec Pierre, on cassait les objets et on mettait le feu.

 

Led Zeppelin ; Jimmy Hendrix ; Crosby, Still, Nash and Young. “Stairway to Heaven”. J’adorai “Led Zep”. J’ai réécouté Jimmy Hendrix hier (28 octobre 2012) sur Deezer pour savoir, pour me souvenir de ce que c’était… Oui, c’était chouette. Mes amis m’avaient convertie, j’aimais bien, sans me concentrer sur la musique, sur les paroles (j’aurais pu, n’oublions pas  que j’avais étudié l’anglais à Nanterre-Paris X). Je n’ai jamais su me concentrer sur quoi que ce soit. Défaillance intellectuelle ou QI trop élevé ? (c’est ce que j’ai lu récemment dans un journal, I’m kidding…) Ça me plaisait assez tout ça, sans excès, sans vraie passion ; je n’étais pas encore au bout de l’explosion quand, le matin dès le réveil,  Pierre mettait à fond sa        musique. Rue Lécluse le matin à 7 heures, nous nous réveillions au son de FIP. Ce qui me rappelle Julien Dellifiori et son inénarrable équipière Clémentine Célarié (c’était le soir sur France Inter). Sans se démonter et inlassablement, Julien parlait de son jazz adoré, coupé par la future « Madame Sans-Gêne » qui nous faisait hurler de rire (autour des années 2000 j’essayai de prétendre aimer le jazz). Oui, FIP et France Inter pour Pierre, l’enfant abandonné de Seine-Saint-Denis (ex 75), l’engagé dans la Légion (on l’en avait exclu pour pipi au lit), taulard à l’Armée pendant un an pour « rébellion avec arme », aucunes études, coursier, téléphoniste, apprenti libraire… Pierre avait découvert France Inter en prison, y avait poursuivi ses lectures. Et il adorait la BD.

 

Hubert-Félix Thiéfaine, Areski et Fontaine (Pierre parlait d’Areski et Fontaine sans arrêt mais je ne savais pas de quoi, de qui il parlait), Charlelie Couture, Dick Annegarn, Bobby Lapointe (Pierre et Jules le chantaient par cœur), Jimmy Hendrix, The Rose, Kate Bush (je viens de découvrir –Deezer toujours- que nous écoutions « Wuthering Heights », et « Wuthering Heights » est un de mes romans préférés depuis toujours  - et je n’ai jamais su alors que la chanson s’appelait « Wuthering Heights » !), tous ceux que je viens de citer là n’y sont pas. Le seul nom que j’ai entendu est celui de Louis Bertignac. Mes amis étaient, je le sais, des amoureux passionnés du Rock des années 70. Donc, beaucoup de toutes ces figures sortaient des années 70. Mais Bobby Lapointe, d’où sortait-il ? Par quelle étrangeté se trouvait-il parmi les chéris de mes amis ? Nous vîmes « Tirez sur le pianiste », bien sûr, un Truffaut noir et blanc. Truffaut. Qu’est-ce  qui pouvait mieux évoquer la vie de Pierre que « Les 400 Coups » ? « Where is the father ? » « - Elle est où ta mère ? – Elle est morte. Morte, Monsieur. » Non, non, « Les 400 Coups » pour Pierre et POUR MOI. « On voulait que je me taise, que je ne fasse pas de bruit. » (Truffaut.) Where is the mother ?

 

Et Jacques Higelin. Higelin, Higelin, Higelin. Ils l’aimaient tous. Pierre l’adorait. Etait-ce le père rêvé ? Le père royal et léger, le père saltimbanque, le père funambule. Monumental Higelin dans nos concerts de ces années-là. Au Cirque d’Hiver, il était comme sur un fil. Chanteur, danseur et acrobate. C’était déjà un « vieux » pour nous pourtant. Il chantait, dansait pendant des heures, jusqu’au bout de la fatigue. Pierre l’aimait. Il était amoureux d’Higelin, oui. Jacques, le Grand Jacques. Une grande perche sur la pointe des pieds que Pierre avait choisi d’adorer.

 

Et Jacques est toujours là, en 2012. Pierre en serait si heureux !  (Pierre serait-il mort ?) J’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine un soir d’octobre  à la télévision. Il a l’air jeune. Jeune et calme, pas de poches sous les yeux bleus, comme si toutes ces chansons d’Higelin, de Thiéfaine, de Bertignac existaient encore dans un état de jeunesse permanente, alors que, lorsque je songe à ces années à Paris, il me semble que certains sont bel et bien morts, avec Truffaut et Pascale Augier. Lorsque je vois surgir (d’où ? De quels enfers mystérieux ?) Philippe Djian et Mickey Rourke, il me semble cauchemarder : mais « 37°2 », « Rumble Fish », c’était il y a mille ans ! En fait, c’est peut-être moi qui suis sortie d’un Enfer.

 

Où sont les voix de Kate Bush (cette toute, toute petite voix qui n’a jamais été reproduite depuis) et surtout celle de Nina Hagen ? Jules me faisait écouter Nina Hagen en riant, et, en me la faisant écouter, il se moquait sans doute un peu de moi, la Lucile si récemment « décoincée » : cette Nina Hagen, cette folle, cette cinglée, cette infernale, cette démonique Nina Hagen. Elle surgissait d’un monde de noirceur et d’étrangeté dont surgirent aussi deux chanteurs (un gros et un maigre sur la pochette du disque Vinyle), très bizarres, que Jules me sortit de son chapeau un jour. Je ne me souviens absolument pas du nom du groupe de ces deux énergumènes. Je crois que Raoul Ruiz les prit comme acteurs. « L’Eveillé du Pont de l’Alma », dans « Les Destins de Manuel », ou « Mammam » ?... Il faudrait que je demande à l’enfant Melvil Poupaud… L’un des deux s’appelait Dominique. Je crois…

 

Et Dick Annegarn, Bruxelles c’était loin. Un jardin écolo avant l’heure. Les légumes de Dick. Pierre et moi, nous nous tenions la main en écoutant l’énumération de couples de prénoms dans une chanson d’Annegarn ; nous étions dedans : « Michel et Joëlle, Pierre et Lucile… »…

 

Nous faisions l’amour sur les Doors, Ricky Lee Jones ; et Stan, Getz et Gilberto. Il y a beaucoup de morts, me dis-je, même s’il paraît que Djian bouge encore (je  le mets dans les Rock Stars, je pense que ça lui plairait).

 

Alain Bashung a rejoint The Rose. En 1982 ou 1983, on nous dit un matin qu’il était mort, à l’heure où les rumeurs sur Internet n’existaient pas (c’était faux). « Gaby ô Gaby », chantaient en cœur mes amis  dans un Paris où la beauté d’Higelin, Charlely Couture et Bashung était encore une beauté cinématographique à la Patti Smith. On découpait encore les mots dans du papier pour faire des poèmes et des chansons.

 

Beaucoup plus tard, bien après 2000, j’ai vu à Londres, à la British Library, 96 Euston Road, des morceaux de papiers, déchirés sur les bords, avec le « Yesterday » des Beatles. J’étais toute émue, et infiniment joyeuse. Presque aussi émue que de voir le manuscrit de « Jane Eyre » à quelques pas de là. Chacun sa Magna Carta.

 

Les Magna Carta de Pierre, c’était les chansons de Bobby Lapointe qu’il avait pu photocopier à la bibliothèque du XVIIè, le par-cœur amoureux de Claude Nougaro, les billets d’entrée, qui s’accumulaient et s’accumulaient, des concerts de cette grande bringue d’Higelin.

 

1979-1987. En 87, lorsque Pierre et moi avons quitté mon Paris, ce fut aux sons de Tom Waits (Tom Waits lié à jamais à Jim Jarmusch et son cinéma) et Paolo Conte.

 

Mais en attendant, il y eut Jacques Higelin au Cirque d’Hiver.

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PS. Jeanne Moreau chante Norge – Bronsky Beat – The Cure – Jean-Jacques Goldman (je ne me souviens pas l’avoir entendu chez aucun de mes amis).

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En ce qui concerne ces deux mecs qui ont joué dans Raoul Ruiz, j’ai fait des recherches sur Internet mais ne les ai pas retrouvés. Je sais qu’ils ne sortent pas de mon imagination. Jules, reviens pour me dire… (2/2/2013)

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