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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:58

 

Je n’avais pas la télévision, je ne l’avais pas eue à Conflans, nous ne l’avions pas. Etait-ce pour ça que nous étions libres ? La tête pas encombrée justement de tous les événements politiques de ces années-là. Les loisirs, pour moi, ça avait toujours été de tourner les pages, voir des films, et écrire. Et grimper en haut de Notre-Dame. Et marcher interminablement dans Paris. Et parcourir le Marais (quand j’habitais rue de Saintonge) et découvrir le Musée Picasso qui venait d’ouvrir.  Puis traverser Paris du nord au sud (quand j’ai habité rue Lécluse, près de la place de Clichy), à pied, toute seule. Puis avec Pierre.

 

Juliet Berto traverse Montmartre suivie par Dominique Labourier. C’est une traque rigolote, personne ne se prend au sérieux : ni Jacques Rivette ni Juliet Berto, la Juliet Berto qui allait tourner « Neige » en 1981. 1981 : année de «  Ma » Libération sexuelle à moi. Avec Marc aussi j’avais l’impression d’une course à travers Paris. Ce jeune homme (mon jeune homme, j’avais aimé un homme de trente ans de plus que moi à vingt ans et, au même moment, été

aimée par un homme de quarante ans) m’avait fait prendre mille chemins détournés pour m’emmener voir « Céline et Julie vont en bateau ». Juliet est belle et mystérieuse, Dominique rousse et obstinée.  Mais tout ça de façon marrante. Et la liberté. La Liberté. La liberté de ce film merveilleux. On marche beaucoup, on suce des bonbons interdits, on entre dans une maison où il ne faut pas entrer. Où il se passe des choses perverses. Des amours perverses. Barbet Schroeder aime deux femmes. Elles sont complètement inventées, complètement folles. La folie de tout ça. Ma liberté (sexuelle ?) à moi c’était de courir avec Marc à l’autre bout de Paris pour voir Juliet et Dominique dans une salle toute noire.

 

Les livres et le cinéma, c’est plein de sexe. Même quand tout a l’air marrant et anodin. Comme Juliet et Dominique qui deviennent copines au milieu de tours de magie et de substances interdites.

 

Marc m’avait-il entraînée à « Céline et Julie… » pour me dire : « Je ne te fais pas l’amour, mais vois, là, la liberté des femmes. »

 

Et l’une de mes premières lettres à Pierre, après avoir débuté notre relation, fut de lui écrire : « Laisse-moi tranquille. J’ai besoin de ma liberté. » La liberté, ma liberté, c’était la liberté de Céline  et Julie (sans hommes dans le film, sans fiancés je veux dire). Où était le sexe dans tout ça ?

 

Partout bien sûr. Mais je ne voyais pas grand-chose. Dans Paris, dans les cheveux longs de Jules et Pierre (c’était la fin des Hippies), sous nos robes indiennes, dans les boîtes de nuit, partout, chez Sonia (qui avait des aventures), chez Jules, chez Marc (que je croyais seuls), dans l’air du temps avant la fin de l’ère magique, avant l’apparition du sida. Me croyais-je toujours laide ? Non, je ne crois pas puisque Jane (Alderton) m’avait photographiée à la fontaine de l’Observatoire, les pieds sur la margelle, dans ma jupe azur, avec de jolies jambes, presque vaporeuse sous le ciel de Paris. Etais-je, enfin, arrivée à me croire jolie ? Mais lorsque j’étais avec d’autres jeunes femmes, ce n’était pas moi que les hommes voyaient. Etais-je un bas-bleu, enseveli sous ces kilos de livres que j’avais lus entre quinze et vingt-deux ans ? Ou une planeuse totale, la tête dans le cinématographe, qui ne voyait autour d’elle que des Ava Gardner et des Giene Tierney ? (Alors, comment être triomphante ?)  Ou avais-je un grave problème (ma mère, ma mère, comment as-tu regardé ta fille ? De bas en haut, tu m’as regardée, ma mère, avec des soupirs exaspérés) ?

 

Un jour, je m’achetai à Saint-Lazare une magnifique robe d’été, évasée et décolletée. Dans la rue, on me prit pour une putain et cela me terrifia. J’allai une fois avec Marc voir un De Oliveira en portant cette fameuse robe. Marc sembla surpris et me fit  un petit compliment. Mais avoir été prise par le bras par un homme affreux dans la rue près de l’Action-Lafayette (IXè) m’avait tétanisée. Je remisai la robe maudite.

 

J’ai toujours aimé les grandes boucles d’oreilles et les rouges à lèvres écarlates. Il paraît que c’est pour attirer les hommes. Mais Lucile aux lèvres rouges, dans les années 80, allait dans les salles obscures.

 

Contradictoire Lucile. Discrète et pipelette. Jolie et se cachant. Sociable et solitaire. Indépendante jusqu’à l’ivresse et rêvant d’un Marc à domicile.

 

 Moi qui avais tant aimé les hommes beaucoup plus âgés que moi,  j’allais tomber dans les bras de Pierre qui était un très jeune homme. Un gamin, avec un livre de yoga sous le bras, chez Jules.

 

Chez Jules.

 

C’est ainsi que je vis Pierre pour la première fois, fin 1980. J’étais en train de parler à Jules de

Lucile-Ecrivain et cette irruption m'agaça fortement.

 

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7 janvier 2013

Pourquoi ces chapitres intitulés "Juliet Volumes 1, 2..." ? Volumes, je pense, à cause de Jacques Rivette qui construisait ses films ainsi : avec des épisodes interminables et mystérieux (Les Mystères de Paris...) et qui les mettait dans ses films sans se soucier de la logique de tout ça.

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