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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 11:37

CHAPITRE XV

 

L’amour, l’amour…, l’imaginaire

 

            Qui ai-je aimé ? « Qui ai-je osé aimer ? »  J’ai aimé François-Régis Bastide, c’est sûr… et l’on me dira que ce fut un amour totalement fantasmé. Et pourtant je n’arrive pas vraiment à me dire que j’ai aimé un autre homme que cet homme-là. Non, pas un homme : un Ecrivain.

 

            J’ai aimé Pierre, je suppose. Il faut l’avoir beaucoup aimé… Seize ans quand même. J’ai aimé Patrice deux mois. Je me suis imaginé aimer quelques camarades, au lycée, et plus tard dans ma vie…

 

            J’ai aimé mes amis d’amour : Marc, Jules. J’ai aimé l’amitié d’amour. J’ai été amoureuse de l’amitié.

 

            Ma vie sentimentale, ma vie sexuelle aussi, furent des échecs cuisants.

 

            J’ai beaucoup aimé imaginer que j’aimais.

 

            J’ai beaucoup écrit. Je crois que j’ai écrit au lieu d’aimer. Pendant que j’écrivais mes histoires, j’étais amoureuse de mes personnages. Lorsque j’écrivais « 7, rue Pierre-Brossolette », je ressentais du désir pour mes deux héros, Luc et Iris, frère et sœur et amoureux l’un de l’autre !

 

            J’ai tant écrit autour de mes vingt ans sur Bastide que je crois que j’ai plus passé de temps à écrire sur lui qu’à l’aimer.

 

            J’ai aimé mes mots d’amour.

 

            J’ai aimé les personnages de roman. J’ai été amoureuse des personnages masculins de « Guerre et Paix », des hommes emportés des « Frères Karamazov », de l’adolescent fugueur de « Catcher in the Rye », des hommes charmants de Sagan, de Julien Sorel, de Darcy, de Mr Rochester… Après tout, pour moi, qu’était Bastide sinon un personnage de roman ? Il l’est d’ailleurs devenu dans le livre de Jérôme Garcin, en 2008, « Son excellence, Monsieur mon ami ». Monsieur. Monsieur Bastide. Un homme aimé si fort dans la chaleur de l’été 1976, l’été où j’écrivis mon plus beau texte sur un homme. J’étais emportée par une passion brumeuse des vapeurs de cet été-là. Dans une demi-vérité, dans un imaginaire totalement personnel, dans une vie rêvée (Bastide a écrit d’ailleurs un roman intitulé « La Vie rêvée »).

 

            Et Marc Valloire fut un rêve aussi. Un rêve brouillé de cinéma.

 

            Et Patrice fut un rêve. Avec Nelly. J’allais chez eux à Gentilly en 1984-85 et j’écrivis alors un roman : « La Lune en plein jour ».

 

*

 

            Je n’ai pas le courage ce jour (24 juillet 2013) de ressortir de ma pile (là-haut sur le buffet de ma grand-mère) de tous les manuscrits de mes romans (nouvelles…) refusés pendant trente-cinq ans cette « Lune en plein jour ». Non. Et puis je n’aurais pas le courage, pas la force de relire ce roman de mes trente ans. Le roman de mes fantasmes amoureux.

 

            Et pourtant, quand je le donnai à lire à Marc et à Jean-Pierre O., ils crurent bien que C’ETAIT ARRIVÉ. L’amour, les amours, les nuits avec Patrice, les nuits à plusieurs ! La romancière que j’étais arrivait à faire croire à mes fantasmes. Extraordinaire ! J’en fus assez flattée. Flattée de faire croire à l’impossible, flattée de me donner une vie agitée que je n’avais pas.

 

            Il faut dire que, concentrées sur huit années dans mon Beau Paris, j’ai testé toutes les sensations amoureuses : Bastide pas si loin encore, Marc, Pierre, la beauté et la gentillesse de Patrice et Nelly (que j’avais fini par confondre dans ma création romanesque) dans leur appartement de Gentilly. Et l’histoire entre Jules-Pierre-moi ! J’avais été, en si peu de temps, tellement amoureuse de mes amis et tellement enflammée par la création artistique autour de moi : Cyril, Marc, Jean-Baptiste et Pierre (rien que ça !) dessinaient et peignaient, Marc faisait aussi de la critique de cinéma, j’écrivais des nouvelles et des romans, Pascale faisait des mosaïques, nous avions tous la tête dans les écrans de cinéma ! Dans les étoiles ! J’avais complètement la tête dans les étoiles malgré les boulots idiots et les patrons racistes. J’étais ailleurs. J’ai toujours été ailleurs.

 

            La plus grande preuve d’amour fut, en 1975, mon vol de « la Fantaisie du voyageur » de François-Régis Bastide dans la librairie de la galerie marchande de la gare Saint-Lazare. J’eus des ailes. Par cet acte (que je ne renouvelai jamais), j’aimai « mon » écrivain. Le cœur battant très fort, je rejoignis mon train pour Conflans. Je n’avais pas couché avec Bastide, mais j’avais volé son livre. Volé, moi l’enfant sage d’alors !

 

            Après ma folie pour Bastide, après Sternberg au café de Flore, après mes lettres échangées avec Roland Duval (tout cela en 1975), qui pouvais-je aimer ? Je ne pouvais que retomber de très haut. Je ne me fis jamais éditer. Même Marc Valloire, quelques années plus tard (qui lui fut journaliste et édité) fut moins que tous ces écrivains, et lui aussi malgré tout hors de ma portée, évanescent, irréel, imaginaire. Et le voilà, par ce manuscrit, « personnage ».

 

*

 

            Oui, je ne fus jamais douée pour le vrai, la réalité, le quotidien, la chair, les amours vécues. J’ai heureusement nagé entre un mari vagabond, le travail et sa contrainte, les écueils. Je ne suis pas morte. J’ai réussi (malgré tous mes efforts) à ne pas être passée de l’autre côté.

 

            Je suis là, devant mon ordinateur en 2013 (alors que je fus pendant des dizaines d’années devant des feuilles de papier), transformant mes amis 80 en personnages imaginaires, les seuls que j’ai toujours aimés et qui m’ont toujours secourue. Pierre est « l’homme aux semelles de vent », Jules est l’Ami, Marc le cinéma et le romantisme, Patrice un très beau passant, Nelly une hirondelle, Sonia une petite souris de conte.

 

            Je revois Pascale Pigeon, en 1985, devant ses mosaïques « monetiennes », rien ne la faisait sortir de son rêve intérieur. Elle était comme moi, ailleurs. J’ai recherché Jean-Baptiste et Pascale sur internet. Jean-Baptiste est toujours à Paris, mais Pascale ne semble plus être là.

 

            Plus dans mon beau Paris des années 80, rue de la Condamine. Et plus aux Beaux-Arts. Comme moi, qui ne pus jamais publier, elle ne put jamais vivre de ses mosaïques. Elle a disparu de Paris, comme Pierre, comme moi. Qui sait si nous existons encore, en dehors de l’imagination de Lucile ?

 

(à suivre)

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"D'un tableau de Constable", nouvelle fantastique parue ce jour (19/8/13) sur le site http://www.les-ecrits.fr

 

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