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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:02

CHAPITRE XVII

Les derniers films, 1986-1987

 

            Après avoir écrit tout ça, et après avoir pensé que ce récit serait un récit très franco-français (et parisien en plus !) ; après avoir pensé que je ne parlerais que de Truffaut, Rohmer, Rivette (ô Rivette !) des « Nuits de la pleine lune » et de « Céline et Julie vont en bateau », je m’aperçois que non, finalement je n’étais pas si franco-française que ça.

 

            Nous adorions le cinéma américain, celui des années 40-50, et passions notre temps à l’Action-Christine et à l’Action-Lafayette. On ressortait les Hitchcock. Marc et moi aimions follement les premiers films de Polanski (né à Paris, c’est vrai…). « Le Bal des vampires » nous faisait tous mourir de rire. Pendant ces années, c’était « Tess » et « Pirates ». Nous nous laissions bercer par les Woody Allen de l’époque, « Manhattan », « Hannah et ses sœurs » pour moi, « Stardust Memories », et nous nous racontions sans fin tous les épisodes de « Tout ce que vous avez voulu savoir sur le sexe… » lors des après-midi d’ennui. Sonia et Cyril, toujours fauchés (autant que nous, mais nous nous mangions des pâtes et courions dans les salles obscures) n’allaient pas tant au cinéma que ça, aussi nous leur racontions les films récents, de Mad Max à Rohmer.

 

            L’un de mes plus beaux souvenirs avec Jules (rien que Jules et moi un soir d’été) fut « Kaos » (contes siciliens, 1984) des frères Taviani où un bébé nimbé de poésie est livré à la lune. Il est dehors sous le ciel dans un panier. Quand je me remémore aujourd’hui cette image magique, j’en ai encore des frissons de plaisir. Jules et moi avions adoré.

 

            Mes amis écoutaient Neil Young, au cinéma je vénérais les Américains et les Japonais (« les Amants crucifiés », « Contes de la lune vague après la pluie »…). Non, nous n’étions pas si franco-français, si Parisiens… Quand, après une rupture d’un an et demi avec Pierre et mes tentatives cataclysmiques d’être une femme libérée, mon petit ami réémergea de son Sud, ce fut en nous apportant Paolo Conte.

 

            Et puis il y eut Jim Jarmush. Dans ma tête, les films de Jarmush mêlent poésie, liberté, musique…, adorable originalité en noir et blanc, avec une infinie tristesse. Paris était en train de mourir en moi, nous songions à partir, nous allions quitter Paris, oh ! non ! (qu’ai-je fait ?). Dans ce Sud des Etats-Unis recréé par Jarmush, le metteur en scène exprimait une nostalgie épaisse, pesante, embrumée par l’alcool. Ses personnages sortaient du lit, encore endormis par les cuites de la veille, paresseux, incapables d’envisager quoi que ce fût, surtout une vie amoureuse. C’était des hommes inefficaces, totalement inadaptés à cette vie. Dès le début du film, ils étaient prêts pour l’errance et la prison. Pas du tout chanceux. Le visage de Tom Waits est l’incarnation de cette semi-clochardise, de cette attente de rien. Dans « Down By Law » (1986, l’année du noir et du retour inéluctable de Pierre dans mes bras), il n’y a que le personnage joué par Roberto Benigni qui brise cette maussaderie et cette horreur. Il est un apport de fraîcheur, de lumière et d’espoir dans ces bayous de Louisiane qui emprisonnent et étouffent. Et l’on rit ! On rit beaucoup avec Benigni ; Pierre et moi fûmes parfaitement enchantés. A la fin de « Down By Law », abandonnés par Roberto qui a trouvé l’amour au milieu de nulle part, Tom Waits et John Lurie doivent choisir entre deux chemins, l’un allant à droite l’autre à gauche. Alors bien sûr ils se séparent. L’amitié ne peut survivre sans Roberto. Sans doute l’un et l’autre choisissent le mauvais chemin. Ils sont condamnés de toute façon depuis la première image par Jarmush : ce sont des paumés et paumés ils resteront.

 

            Pierre et moi nous reconnûmes dans ces paumés. Et nous aussi nous allions choisir le mauvais chemin.

 

*

 

            Le cinéma et Paris m’ont marquée à jamais. A vingt ans je fréquentai Marc, critique de cinéma, puis des années plus tard Roland Duval (scénariste et critique), et ensuite Gauthier Jurgensen. Gauthier adore Jim Jarmush et a publié sa photo avec lui à la page 51 de son livre « J’ai grandi dans les salles obscures ». Gauthier est né deux ans avant « Down By Law ». Il y a tout de même un lien dans ma tête et dans ma vie entre mes années parisiennes et aujourd’hui. Il n’y a JAMAIS de hasard, tout se tient. Il y a un lien entre Marc et Gauthier, entre Roland Duval et la littérature, entre la littérature et François-Régis Bastide, entre François-Régis Bastide et le cinéma. Je n’ai pas à arracher de moi mes années parisiennes en disant qu’elles furent et ne sont plus. Lucile-Joëlle aime toujours, incrustés en elle, attachés à sa peau même, le cinéma et les écrivains, les images et l’écrit, une seule musique pour une seule vie.

 

            Pierre et moi quittâmes Paris pour une vie obscure, mais « Lucile à Paris » était déjà écrit avant même notre départ.

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