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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 14:55

Chapitre XVIII

 

Après Paris

 

Aujourd’hui, après Divine Mort apparue avec la disparition de François Truffaut et celle de Pascale Ogier (non, pourquoi cette jeune fille aux traits de Madone ?), après la Maladie de la fin de notre jeunesse, après Trescléoux et le froid des montagnes, après la chaleur zingue de la Haute-Provence, après la mort de Coluche, après la Maladie qu’on ne nomme plus et la mort, la mort de Jules, après la mort de Jules-aux-yeux-violets, après la mort de Jules et la mort du rire, après notre Desproges, notre Desproges à nous, après l’Injustice de la Mort (car Pierre Desproges est mort, étonnant, non ?), après tous les pétards de la terre fumés dans mes maisons à moi par d’autres que moi, après les guerres en ex-Yougoslavie et ces images qu’on ne voulait plus voir, après la souffrante, la douloureuse Yougoslavie, après ma maison de Châlette vendue, vendue, quand ma grand-mère est partie, après la maison dans les collines et les bois à côté de chez Colette, après le froid glacial de cette maison en 1996, après le froid de la nuit et la solitude de cette maison dans les collines, après la violence, après le manque de soins et d’amour de l’époux, après la haine, après les cris, après l’alcool, après m’être enfin résolue à quitter ce mari-là, après l’Inadéquation nationale et ses élèves persécuteurs et ses parents harceleurs, après les tentatives de suicides, après les re-suicides (quand on aime se suicider on ne compte plus), après la Nième tentative de suicide et les cliniques psychiatriques, après les psys fous et  les fous qui raisonnent, après les amis qu’on aime toujours et qui vous abandonnent pour toujours, après les chats qu’on a tant aimés et qui meurent (car les animaux meurent aussi), après Le Pen en 2002 au deuxième tour et non ce n’est pas possible, ce n’est pas possible, ce n’est pas possible, après les villages et les villes de la Loire dans lesquels j’ai habité, après la Loire de 2003 qui monte, monte, monte, et jusqu’où va-t-elle monter, et il faut peut-être que je sauve mes manuscrits et que je les emmène chez Michèle, Michèle et sa maison en bois dans la verdure, et son hamac dans la verdure, ma belle et sauveuse Michèle, après B. et tous les livres et tous les manuscrits (dont les miens),  après les films vus et revus à satiété, après Cria Cuervos et Elisa Vida Mia, après Polanski-le-Terrible et Harrisson Ford cherchant sa femme dans les rues de Paris,  après David Cronenberg découvert dans un souffle fin 2007, et pareil pour James Gray, après la sulfureuse beauté de Viggo Mortensen, après Londres et New York, et New York et Londres, mes villes adorées où il fait si bon se promener, après Gilles-Gauthier-Roland Duval mes très chers “cramés de la bobine“,  après mon Gilles et ma Virginie et leur Moulin et la Bretagne, après la mer à Camaret et à l’île de Houat et à Granville et ma mère à moi qu’il est si compliqué d’aimer, après les Nuits de la Pleine Lune dans ma capitale désormais imaginée, et Christophe Honoré dans mes rues aimées, après mon pauvre papa qui vieillit mal malgré les cols et les sommets escaladés dans les Alpes, après S. ensevelie sous des tonnes de livres et sous les hectolitres de notre chère piscine de Gien, après Sylvie la première Sylvie-Sonia retrouvée quatorze ans après dans une chorale de Mozart, après Marc retrouvé et Marc reperdu (1997-2002), après les coups qui pleuvent et les coups du sort, après les kilos, après la cinquantaine ; aujourd’hui je me demande encore pourquoi j’ai jamais quitté mon beau Paris.

 

 

EPILOGUE

 

            Je voudrais épiloguer sur les yeux de mes amis et sur un sourire. Pas un rire, je ne vois pas comment cela serait possible après la vie si difficile qui a suivi mes années parisiennes.

 

            Les yeux bleu froid de Marc qui ne tomba jamais amoureux de moi. Les yeux bleu clair de Cyril (c’était un jeune homme mince et rouquin). Les yeux noisette de Sonia qui s’illuminaient enfin devant les tableaux des Impressionnistes. Les yeux (soi-disant) caressants de Patrice. Les yeux timides aux paupières palpitantes de Pierre devant ses B.D. Et enfin, et toujours, et vivants pour moi à jamais, les yeux moqueurs, pétillants, violets, rieurs de Jules.

 

            Malgré l’argent qui manquait, malgré une vie professionnelle stupide et frustrante (tout ce temps gâché !), nous avons tellement ri ensemble.

 

            Je veux me souvenir de Jules qui pardonnait tout, de son regard tellement gentil sur nos folies. Toute cette indulgence, toute cette liberté.

 

            En 2013, des jeunes gens réactionnaires manifestent contre le « mariage pour tous », les catholiques allument des bougies dans les rues pour ranimer l’homophobie.

 

            Nous, nous étions libres et pleins d’indulgence. Il ne nous serait pas venu à l’idée de mépriser les pauvres et de pourchasser les Roms.

 

*

 

            Je voulais écrire le livre de la jeunesse et des rires et je crois bien que je n’ai pas vraiment réussi ! Tant pis. Je ne suis pas une joyeuse luronne, même si j’ai fait de mon mieux pour en être une.

 

            Mais je me souviens des films, de Paris magique, de la voix chaude de Marc et de ma joie troublée quand je vis apparaître Patrice rue Lécluse.

 

            Et je me souviens que j’étais fière d’être une marginale avec Pierre.

 

            Et je me souviens du sourire de Jules, si doux, si amical, qui a marqué de sa mélodieuse empreinte les chères années de ma jeunesse.

 

 Gien et Cancale, 2008 - Gien, août 2013

 

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Note de Joëlle : Le chapitre XII "Jules, l'enfant de Valenton" peut vous être envoyé sur vos mails personnels. Je ne le mets pas sur Internet.

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