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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 15:30

 

Les années 80... Immédiatement on pense, 1981, l’élection de François Mitterrand. J’étais justement ce soir-là à Conflans-Sainte-Honorine chez mes parents, je ne sais pas pourquoi car j’habitais à Paris depuis deux ans. Mon père était déjà couché (oui, je sais, 20 heures c’est un peu tôt, mais c’est à cette heure-là que mon père se couchait) ; ma mère a réveillé mon père pour le lui dire. “La gauche a gagné ! “ ou “C’est Mitterrand qui a gagné !” Mon père a fait “Ah bon ?” et s’est rendormi. Aujourd’hui encore, il fait encore “ah bon ?” l’œil étonné, mais c’est pour d’autres raisons, de tristes raisons. “Ah bon ?” a donc dit mon père comme s’il n’était pas du tout concerné alors que nous votions tous les trois à gauche. Ma mère et moi, si je me souviens bien, étions très contentes. Très contentes et très étonnées. On est plutôt pessimistes dans ma famille et on croyait que la droite c’était pour toujours. A jamais. Contentes, mais finalement pas plus que ça. Mes parents n’avaient la télévision que depuis peu. D’ailleurs, mon père ne la regardait jamais, c’était réservé à ma mère dans une petite maison au fond du jardin. Une maison séparée de la maison principale. La télévision l’Ennemie du Peuple, selon mon père. Comme le téléphone. Si, si, en 1981 je vous assure ! Mon père, qui travaillait à la SNEGMA et faisait des essais sur les vibrations de moteurs d’avions, était opposé au progrès. Randonnées-randonnées, et surtout pas d’infos. Pourquoi ? Pour cause de nervosité peut-être. Mon père avait horreur du bruit (cela venait peut-être du fait qu’il avait travaillé comme ouvrier dans des ateliers très bruyants). Pauvre papa, opposé au bruit et à la foule, et vivant dans la région parisienne, et travaillant sur les moteurs d’avions.

 

Non, ma mère et moi, malgré nos opinions politiques, pas plus contentes que ça. Si j’avais été à Paris ce soir-là (et pas à Conflans) serais-je allée avec Jules Place de la République faire la fête ? Non, je suppose que non. A Nanterre, étudiante (en anglais), j’apprenais toujours le jour d’après le déroulement d’une manifestation qui avait eu lieu la veille. J’ouvrais de grands yeux et je disais : “Mais si j’avais su, je serais venue !” J’en ai ouvert de grands yeux, souvent, dans ma vie ! J’ai imité mon père : je n’ai pas eu la télévision jusqu’à trente et un ou trente-deux ans (1987), je n’écoutais pas les infos, et je n’étais jamais au courant de rien. C’est peut-être entre trente-cinq et quarante ans que j’ai enfin commencé à regarder le 20 Heures et que je me suis, curieusement, vraiment intéressée à la politique. Pendant longtemps, j’ai été vaguement proche de l’extrême-gauche, parce que j’étais entourée de gauchistes (voir la suite de ce récit), mais bon, je ne dirais pas “Rouge c’est la vie”, comme Thierry Jonquet que j’ai lu très tard. Trop rêveuse pour être politique. Trop sensible pour supporter les récits aux infos des guerres de la planète. Trop flemmarde sans doute pour essayer de comprendre les problèmes entre Israéliens et Palestiniens dont Jules m’avait parlé un soir où je passais chez lui. “Ça ne finira jamais”, m’avait-il alors dit, ce qui m’avait frappée, mais j’étais trop occupée de cinéma et de mes problèmes personnels (les boulots idiots et ma vie avec Pierre) pour essayer de décortiquer ce problème fort lointain.

 

Pas plus contentes que ça. Juste “contentes”. Cela nous étonnait surtout d’être passé de la droite à la gauche. La droite était éternelle, indétrônable, De Gaulle était encore tout proche. Ce Mitterrand et son Union de la Gauche, c’était un vêtement neuf et pas encore frippé. Même pas porté.

 

En fait, très franchement, en 1981, je m’en fichais pas mal de Mitterrand. Je savais juste que je détestais (le mot est faible) la droite et ces gens comme mon patron d’alors (je travaillais dans un tout petit bureau d’expertises en assurances). Mon patron était un catholique intégriste, homophobe, antisémite ; cela me hérissait, m’a toujours hérissée, me hérisse encore.

 

Non, les années 80 pour moi, c’était :

 

La découverte de la liberté.

 

Les cinémas, les cinémas Action de Paris, le cinéma de Frédéric Mitterrand (oui, encore un !) dans le XIXè, mon cher Action-Christine.

 

A Paris.

 

Paris, Paris, Paris !

 

Mon Beau Paris, comme disait mon cher Apollinaire. Mon Beau Paris, ma Seine, mes rues de Paris, mon atmosphère de Paris, le métro qu’on prenait pour aller chez les uns et les autres. Paris, Paris, Paris...

 

La rue de Saintonge, la rue Lécluse.

 

Paris !

 

La liberté, le cinéma, les acteurs, le cinéma américain des années 40-50, le Film Noir, Roman Polanski, Fellini, Bertrand Blier, Truffaut, Rivette, Rohmer, les frères Taviani, Céline et Julie vont en bateau, Juliet Berto, Neige, Bresson (quoique déjà passé pour moi, “Le Diable probablement” c’était ma Maîtrise d’anglais, 1977), E la nave va, l’irritant Jacques Doillon, “Diva” du petit nouveau Jean-Jacques Beineix : ce sont les premiers noms qui me viennent.

Le cinéma, mon cher cinéma. Le cinéma auquel on pense en se réveillant le matin, auquel on pense en étant secrétaire pour des réacs imbéciles et bornés, le cinéma où l’on va le soir. On mange vite quelques pâtes et hop ! on va au cinoche. On y va, on y court, on mange, on boit, on vit, on rêve avec le cinéma.

Je n’ai pas d’argent, je souffre déjà de pauvreté, l’argent va au cinéma, pas à la nourriture.

On n’est pas très riches, tous. On s’en fout si je me souviens bien. On va au cinéma. Le samedi, de temps en temps, on va à la Crêpe Carrée.

 

La Crêpe Carrée, Paris.

 

La rue de l’Abbé-Carton, XIVè.

 

Ma jupe bleu ciel indienne que m’a donnée Sonia. Le corsage blanc décolleté, en dentelles, que ma mère m’a rapporté du Tyrol. (On voit que déjà je ne dépense personnellement pas beaucoup de sous pour mon habillement.)

Ma veste beige en velours côtelé que j’ai portée des années : peut-être toutes ces années à Paris justement ? De 1980 à 1987. Je m’en fous des fringues. Je suis habillée en rêve par Ava Gardner, Gene Tierney, Carole Laure et bientôt Fanny Ardant. Je ne me vois pas. Je vole de par les rues de cinéma en cinéma, ma robe bleu ciel indienne au vent de mon Beau Paris. Jane Alderton, l’été 1980, me photographie devant la fontaine de l’Observatoire : c’est ma photo de moi préférée, il n’y en aura jamais d’autre.

 

Je suis jeune et jolie. Moi, jolie ! Jusqu’à l’âge de vingt ans, j’ai été persuadée que j’étais laide, suite à des moqueries en classe de Seconde. Je le croirai en fait jusqu’à la fin de ma vie (mais aujourd’hui ça n’a plus aucune importance), mais il y a là, cet instant magique, Joëlle vingt-cinq ans, assise devant les chevaux de l’Observatoire, dans sa robe indienne bleu ciel et son corsage blanc. Joëlle jolie pour l’éternité.

 

Les années 80. Gabriel Garcia Marquez Prix Nobel de Littérature en 1982. Jules m’offre “Cent ans de Solitude” que je ne finirai jamais. Son écriture, l’écriture de Jules, sur la page des dédicaces. Je vous la recopierai au cours de ce récit. Mon Jules, mon cher Jules, notre Jules, Jules l’Ami. Jules qui nous fait lire “la Crucifixion en rose” d’Henry Miller. Sexus, Plexus, Nexus. Nos lectures de jeunesse : Miller, et puis donc Anaïs Nin. La ravissante Anaïs Nin avec un camélia dans les cheveux (aujourd’hui encore je la vois avec ce camélia, je ne sais pas si c’est juste un rêve). Et puis “le Parfum” qui sort en 1985. Jean-Paul et Brigitte me l’offrent et je le fais lire à tout le monde. On n’en finit pas de parler de Jean-Baptiste Grenouille. Je frémis encore en pensant aux pages finales de ce livre étonnant.

 

Henry Miller Premier Beatnik, enfin notre premier Beatnik à nous. Jules bien sûr, au fait de tout (je n’ai pas du tout conscience à l’époque des courants de pensée que nous représentons, de notre côté Rock And Roll, de notre côté Fante-Hammett-Led Zep, des Hippies que nous prolongeons languissamment, d’une gauche très à gauche mais tout de même pas très énervée) me parle de William Burroughs. William Burroughs ? Ça, c’est pas pour Joëlle, me dis-je.

Miller, Anaïs, la drogue, les pétards (que je NE VOIS PAS, je vous le redirai plus tard), Jean-Baptiste Grenouille, Charlie Hebdo et les chroniques de Desproges, le premier kilo de patates que j’achète moi (moi, pas mes parents) rue de Bretagne, les dernières années de Truffaut (mais nous ne le savons pas, JE ne le sais pas, j’en pleurerais), ce terrible film de Brian de Palma où il y a “cette” scène dans un ascenseur, Marc et “Céline et Julie...”, Jules et Burroughs, Pierre et ses cigarettes qu’il roule près de la Seine... Paris, ô Paris, mon beau Paris.

 

Mes années 80 commencent avec “Diva” de Jean-Jacques Beineix et se terminent avec Leos Carax, “Mauvais Sang”. Oui, c’est exactement ça : cela commence par un air d’Opéra, glorieux, et cela se termine avec l’apparition du sida.

 

 

Alors, je quitte pour toujours “mon Beau Paris”.

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