Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
  • Contact

textes littéraires de l'auteur

Recherche

Bloc-notes

Liens

20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 15:23

“ Tous les pays qui n’ont plus de légende

Seront condamnés à mourir de froid...”

 

Patrice de La Tour Du Pin, “La Quête de joie”

 --------------------------------------------------------------

 

André Gide

 

Ayant acheté à une vente de livres d’Amnesty International, à Gien, “Isabelle”, que je n’avais jamais lu, me voici replongée dans Gide : j’enchaîne sur “la Symphonie pastorale” puis la sévère “Porte étroite” (Folio). Gide est-il entré, comme je l’ai entendu dire, dans une sorte de Purgatoire ? Il semble que non. Je vais jeter un coup d’œil sur Amazon.com et j’y découvre les commentaires de lecteurs de “la Symphonie pastorale”. Ces lecteurs ont lu ce livre comme s’il venait de paraître, c’est assez curieux et amusant. “La Symphonie...”, 1925, et “Isabelle” (l’histoire d’un jeune homme qui fantasme sur une jeune femme qu’il n’a jamais vue, espèce d’Arlésienne du récit), 1921, ça ne date pas d’hier ! Mais les gens lisent “la Symphonie...” avec une grande fraîcheur d’esprit. Du coup, je me commande les Entretiens avec Catherine Gide (2002-2003, Gallimard) et lis avec un intérêt très “People” le récit de l’enfance de Catherine, enfance très solitaire et pas très marrante où l’on croise Roger Martin du Gard, Malraux, Marc Allégret... Catherine n’a su qu’elle était la fille de Gide que très tard ; Gide a mené une vie incroyable, très moderne dans les moeurs, tout en interdisant à sa fille de lire “Madame Bovary” dans le train, au vu et au su de tout le monde ! Ahurissant.

 

Julien Green

 

Je ne sais pas si c’est la fréquentation de Gide, mais me voilà qui ressors les “Pléiade” Julien Green (le Protestant Gide comme était Protestante la famille américaine de Green converti -très “bruyamment” je trouve au niveau littéraire- au catholicisme). J’ai adoré (à 20 ans) Green et je ne vais pas brûler ce que j’ai adoré, mais je le trouve bien hypocrite dans beaucoup de domaines. Quand il parle d’”amitié platonique” avec Robert de Saint Jean par exemple, ou quand il parle de la “pauvreté” de sa famille qui avait des domestiques et envoyait ses enfants faire des séjours à l’étranger, comme toute bonne et chic famille américaine le fait (ou le faisait en ces temps anciens, comme les personnages d’Henry James). J’adore “Minuit” (roman) et j’adore son Journal (celui en particulier des années entre les deux guerres) et, en lisant ses interviews par Franz-Olivier Giesbert je suis infiniment triste qu’on ne le lise plus (il paraît) et que Giesbert ou moi soyons peut-être ses derniers lecteurs (des gens ayant largement dépassé la cinquantaine). J’ai vu que ses récits sur sa jeunesse viennent d’être réédités, mais qui va être intéressé par ses interminables explications concernant ses états d’âme religieux ? Existe-t-il encore des romanciers catholiques ? (mais Julien Green n’aimait pas qu’on le classe dans les “écrivains catholiques”...) Je viens de lire avec un immense intérêt le récit qu’il a fait de l’histoire de sa sœur Anne (avec qui il a vécu longtemps -et pourtant ils étaient d’une telle “politesse” qu’ils ne savaient apparemment rien l’un de l’autre) et je vois avec ma curiosité très People qu’il a adopté un monsieur, Eric Jourdan, qui est une espèce de phénomène littéraire, mystérieux et marginal, qui veille à la mémoire de son “père”.

 

Patrice de La Tour du Pin (on fête le Centenaire de sa naissance cette année)

 

Il faut (et je trouve cela bien triste) que les écrivains aient justement des enfants ou des héritiers pour prolonger leur mémoire (Jean-Louis Curtis qui n’avait pas de famille est en train de sombrer dans l’oubli) (rectificatif du 23/7/11 : Je n'ai pas lu le Prix Goncourt 2010, mais je viens de lire que dans "la carte et le territoire, Houellebecq fait un hommage vibrant à JL Curtis, pages  168-169). C’est le cas de Patrice de La Tour du Pin dont sa famille s’occupe pieusement. Je suis allée hier au Château du Bignon (19 juin - petit village du Bignon Mirabeau au nord de Montargis) où l’on avait organisé une journée Hommage (je fais partie des “Amis de Patrice de La Tour du Pin” suite à une visite en 99 au château où j’avais été reçue délicieusement par Anne, sa veuve). J’ai d’abord eu du mal à trouver l’endroit, c’est complètement perdu dans la campagne et je ne fonctionne qu’avec les cartes. Puis, sur place, je me suis demandée ce que je faisais là. Famille parisienne, des aristocrates, des soeurs (!!!). A 16 heures, dans le séchoir, apparaît une espèce de vieux prof de la Sorbonne : il a au moins cent ans ! (sans rire), et prononce un discours pour moi incompréhensible. On se croirait dans une autre époque, une époque bien, bien lointaine. Puis, après cet épisode bizarre, apparaissent deux jeunes gens (un garçon et une fille) qui se mettent à réciter et lire des poèmes de La Tour du Pin, et là, la magie opère. La parole du Poète est limpide et magnifique. Je regarde ma voisine et nous nous sourions. “Que c’est beau !” Oui, le “Prélude”, “Enfants de septembre”, etc. c’est la Beauté à l’état pur. Les jeunes gens s’appelaient François-Xavier Durye et Valérie Taÿ. Dieu merci (c’est le cas de le dire, Patrice de La Tour du Pin était TRES catholique et semble avoir plus travaillé pour le salut de son âme que pour la Poésie), je ne me suis pas déplacée pour rien. Pendant la récitation des poèmes, je crois reconnaître assis devant moi Jean-Pierre Sueur (homme politique socialiste) et je me dis que c’est trop incroyable, que j’ai dû rêver... Mais après tout les poètes catholiques sont à tout le monde. J’ai bien lu sans sourciller, pendant des années, les états d’âme religieux de Julien Green, moi qui étais incroyante, et j’ai aimé Mauriac et Bernanos. J’avais vingt ans. Il faut croire que j’avais l’âme sombre (oui, tout était bien noir à cette époque-là, je pleurais beaucoup...) Mais tout de même, la notion de “péché” ou la croyance au Diable me paraissent complètement moyenâgeuses. Mes croyances au Bien et au Mal sont en fait, me semble-t-il, très laïques. Mais il doit y avoir en moi une Catholique enfouie pour que j’aime tant tous ces écrivains.

Après toutes ces lectures, comment fait-on pour redescendre sur terre ? Je lis des écrivains d’aujourd’hui, mais que sont-ils à côté de Gide, Green ou La Tour du Pin ?

Dans vingt ou trente ans, qui se souviendra de M., W., D. ou R. (je ne veux pas être une peste et je préfère ne pas les citer) si déjà on ne lit plus Green aujourd’hui ? Moi qui dis déjà qu’il n’y a plus personne après les grands romanciers du XIXè siècle ! Mais bon, si, redescendons sur terre : après tout, je lis Sagan et même Katie Fforde (une romancière anglaise de la “chick” literature -je crois que c’est comme ça qu’on dit...-). Je suis loin d’être tout le temps en train de planer au-dessus du commun des lecteurs ! (Déjà être un “lecteur” aujourd’hui tient du miracle, mais je connais quand même des jeunes lecteurs -10 ans- qui liront peut-être Green un jour ? (c’est un grand “peut-être”.)

 

 

 CINE JUIN 2011

 

 

La conquête, Xavier Durringer

Montargis, 2/6

Denis Podalydès, Samuel Labarthe, Bernard Le Coq...

La conquête du pouvoir par Nicolas Sarkozy au moment où sa femme Cécilia le quitte. Au bout de 5 minutes, on oublie que ce sont des personnages réels et on se laisse emporter par cette histoire d’ambition politique. J’ai trouvé ça plutôt réussi et je ne me suis pas ennuyée une seconde. Un très bon acteur joue Henri Guaino, mais je n’ai pas retenu son nom.

 

Le chat du rabbin, Joann Sfar

Montargis, 5/6

Le chat qui parle d’un rabbin d’Alger dans les années 20. Le rabbin part faire un grand voyage (un voyage initiatique pour vieux messieurs) à travers l’Afrique avec des compagnons très divers (diversité des personnalités et des religions), le chat et un âne. La fille du rabbin est une charmante jeune fille (voix d‘Hafzia Herzi). Le chat est intelligent, cool, marrant. Joli dessin animé. J’ai aimé bien que je reste un tout petit peu frustrée...

 

London Boulevard, William Monahan

 

 

Colin Farrell, Keira Kneightley

Montargis, 12/6

Polar en grande partie incompréhensible. On ne comprend pas vraiment pourquoi tous ces gangsters se tapent dessus et s’entr’assassinent. Colin Farrell est pas mal (“impeccablement mélancolique” dit Télérama) et Keira Kneightley inconsistante. L’histoire d’amour entre ces deux-là est tout sauf convaincante. J’avais aimé Colin Farrell dans “bons baisers de Bruges”, film d’humour noir où il promenait sa mauvaise humeur de manière très cocasse. Trois personnes dans la salle (y compris moi), dont deux hyper bizarres ! ça fout presque les jetons... (dimanche à 14 H, je me demande parfois comment vivent les cinémas.)

 

Pourquoi tu pleures ? Katia Lewscovitz

 

Benjamin Bioley, Nicole Garcia, Emmanuelle Devos

Les Carmes, 17 juin

Film qui n’a pas très bonne presse, mais j’ai apprécié le charme de Benjamin Bioley et le côté un peu paresseux du récit. Emmanuelle Devos est extra.

 

Une séparation, Asghar Farhadi (film iranien)

Les Carmes, même jour 17/6

 

Dans l’Iran d’aujourd’hui, une séparation entraîne tout un tas de complications dans une famille, en particulier un procès qui oppose une famille de la classe moyenne à une famille pauvre et très religieuse. Les enfants (des filles) innocentes sont témoins et souffrent. Remarquable étude de la société iranienne d’aujourd’hui (tout du moins ce film nous donne une idée de ce qui peut se passer en Iran). Film applaudi par la critique, à juste titre vraiment.

 

 

20/6 : C'est déjà pas mal pour le mois de juin, non ?

 

 

PREVISIONS JUIN-JUILLET 2011 : Journée à Sens (23 juin), Chambord, château de la Verrerie (sur la route de Bourges), la piscine de Gien, le film "Pater" d'Alain Cavalier avec Mathieu Lindon, "le gamin au vélo" des frères Dardenne, Benoît Duteurtre,  et des rêves d'écriture... 

 

 

Repost 0
Published by Joëlle Carzon - dans bloc-notes
commenter cet article
4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 11:15

J’irai...

 

 

J’irai à Orléans naviguer sur la Loire

J’irai en Normandie nager dans l’onde froide

J’irai à Londres manger des doughnuts sous un parapluie

J’irai à Cork boire de la Guinness avec un grand barbu

J’irai à New York au Russian Tea Room

J’irai à San Francisco au 28 Barbary Lane

Mais j’irai aussi

Devant chez moi sur l’herbe suivre l’oiseau des yeux

Sur le seuil de ma porte parler au chat qui passe

Sur le coussin du lit aux livres naviguant

Dans le chapitre ailé d’un classique fringant

Entre les pages pleines de rosée de l’aube naissante

 

 

19/5

Repost 0
12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 10:59

  "Prenez plaisir à faire ce que vous faites, ne vous préoccupez pas de la reconnaissance ou du succès, elle ne vous rendra pas moins mortel."

                                                 Woody Allen (Télérama, mai 2011)

 

 

Mes amis se marrent et me disent qu’au lieu de parler de cinéma et de livres, et ceci afin d’attirer des lecteurs pour mon blog, je ferais mieux de parler de MON REGIME.

Alors allons-y ! Joëlle fait un régime depuis un an et cinq mois et UN REGIME QUI MARCHE. En décembre 2009, un jour fatal, je suis montée sur une balance (que j’avais cachée depuis plusieurs années dans un placard) et j’ai lu : 76,600 kg (pour 1 m 55). J’ai failli tomber dans les pommes je l’avoue.

Mais j’ai commencé sur-le-champ un régime et il a marché. En 1 an et 5 mois donc j’ai perdu 13,800 kg. Pas mal, non ? Régime en douceur, je perdais peu par mois.

 

MON REGIME QUI MARCHE :

Pas de

: beurre (sauf le matin sur une tartine), pâtes, riz, pommes de terre (sauf dans le potage), gâteaux, charcuterie. Très peu de fromage. On peut bien sûr s’accorder un petit écart de temps en temps.

 

Un peu de marche et de piscine (mais pas du tout de façon acharnée).

 

MENU TYPE :

Matin : thé ou café (ou les deux pour moi), une tartine beurrée.

Midi : carottes râpées (avec huile de noix ou huile d’olive) - viande grillée/légumes (haricots verts, petits pois, macédoine...) - fruit.

Soir : potage de légumes ou potage aux vermicelles - 2 oeufs à la coque ou 2 oeufs durs - un peu de poisson éventuellement - Fruit.

 

Régime un peu dur les premiers mois, mais facile maintenant. Je ne suis pas affamée et c’est tellement plaisant d’être plus légère ! Et je continue à maigrir. Je vise les 60 kilos, car à mon âge il est irraisonnable de demander la taille mannequin.

 

Ceci était un clin d’œil (je veux plus de lecteurs pour mon blog !). Je reprendrai bientôt mon bloc-notes livres et cinéma...

 

Côté cinéma, mai 2011 :

--------------------------------

Tomboy, Céline Sciamma

Montargis, 1er mai

Zoé Héran, Mathieu Demy

L’histoire d’une petite fille, Laure, qui se fait passer auprès de ses nouveaux copains pour un petit garçon, Mickaël. Le temps des vacances d’été. C’est filmé à hauteur d’enfant, comme dans “l’argent de poche” de François Truffaut. La réalisatrice ne cherche pas trop à expliquer ce qui se passe et c’est très réussi.

Bon à tirer, les frères Farrelli

Owen Wilson, Kristina Applegate

Montargis, 9 mai

Deux jeunes femmes accordent un “bon à baiser” d’une semaine à leurs maris obsédés. Film plutôt marrant malgré sa vulgarité, mais la fin est beaucoup trop morale, nous sommes aux Etats Unis ! J'aurais carrément aimé que ça s'assume vulgaire jusqu'au bout...

Midnight in Paris, Woody Allen

Owen Wilson, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Gad Elmaleh, Carla Bruni, Katie Bates (Gertrude Stein)...

Montargis, 15 mai, à 10 H 55 à l’Alticiné

J’ai beaucoup aimé ce dernier adorable Woody Allen. Un Owen Wilson (encore !) lunaire (qui voudrait être un grand écrivain et qui pense trouver l’inspiration en se baladant dans Paris sous la pluie) se balade dans le temps avec Marion Cotillard, fait un bond dans le passé dans le Paris des années 20, rencontre donc les écrivains d’alors exilés à Paris, Hemingway, Scott Fitzgerald, et des peintres : Dali, Picasso... Mais l’on n’est jamais content de l’époque où l’on vit... Pour Marion Cotillard, l’âge d’or c’est la Belle Epoque. Owen Wilson à la fin décide de rester dans le beau Paris et traverse le Pont Alexandre III avec la charmante Léa Seydoux. Film gai, fantaisiste, amusant, très joli à regarder. Ah ! cher Woody Allen ! Sur la musique de Cole Porter avec une introduction magnifique sur des images de Paris : Paris fantasmé ?

The tree of life, Terrence Malick

Brad Pitt

Une histoire de jeune garçon dans les années 50 accablé par l’autoritarisme de son père. Un frère meurt. D’où des digressions importantes d’une religiosité énorme et bêtasse. La voix off ne dit strictement rien d’intéressant. Malgré la beauté des images, je me suis copieusement ennuyée (et film interminable : 2 H 20). Ce film était très attendu au Festival de Cannes, on lui a décerné la Palme d'Or, on se demande vraiment pourquoi... Parce que le Président  du Jury était américain et que les Américains sont sensibles aux messages évangélistes ? La représentation du Paradis, à la fin, m'a semblé particulièrement ridicule. Allez voir "Midnight in Paris" qui ne cherche pas à passer de quelconque message, où l'on est charmé, où l'on ne s'ennuie pas ! Cela dit, "les Moissons du ciel" du même Terence Malick était une merveille.

 

 Côté Littérature :

 ---------------------

J'ai lu ce mois-ci "L'été 76" de Benoît Duteurtre, auteur que je ne connaissais que par ouïe-dire. L'écrivain y raconte ses années d'adolescence au Havre, années intensément intellectuelles. La langue y est claire, fluide et agréable et, si l'on est né dans les années 60 (et même 50 comme moi), on prend plaisir à lire la formation musicale du jeune Benoît, ses rencontres littéraires, son amitié passionnée mais platonique avec Hélène, bouillonnante jeune fille (deux ans de plus que le narrateur) de ces années-là. Benoît Duteurtre n'est pas prétentieux et nous fait participer gaiement à sa formation de jeune intellectuel.

 

J'ai trouvé ce matin au vide-grenier de la Place de la Victoire à Gien (beau soleil et du monde dont des Néerlandais, 2 juin) un Agatha Christie (Tommy et Tuppence, si joyeusement interprétés à l'écran avec Pascal Thomas par Catherine Frot et André Dussolier) et "l'Ecume des jours" que j'ai lu à 17 ans et que je voudrais relire.

 

 

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Bon, rendez-vous fin juin pour un mois de juin que j'espère joyeux et cinématographique, pour mes petites notes cinés et livres ! Et Carpe Diem à vous tous !

 

Repost 0
Published by Joëlle Carzon - dans bloc-notes
commenter cet article
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 17:31

QUELQUES JOURS DE VACANCES-Joëlle Carzon

 

- Je serais bien venue, dit Paula.

Elle souriait. La mer, le vent dans les narines, les voiles des bateaux, les enfants qui crient en courant devant... Ç’aurait été chouette.

- Alors, viens !

Charlotte croyait tout possible. Qu’il suffit de sortir le sac de voyage de son placard, le maillot de bain, et hop ! Laisser la maison : et les fleurs, et les chats, et Jacques ?

- Mais tu sais bien que...

- Les chats, les plantes... Je sais. Jacques pourrait s’en charger.

- Mais justement, Jacques...

- A trop de travail ?

- Non... Il a l’habitude que je sois là.

- Les habitudes, on en change. Les nouvelles habitudes remplacent les anciennes. Je vois très bien Jacques avec un arrosoir et des croquettes. Il serait très mignon, tiens... Un nouveau Jacques, sans cravate et sans femme pour l’épier.

- Je ne l’épie pas.

- Vous vous épiez mutuellement. Et toi tu serais adorable sans mari. Je t’imagine déjà... Écharpe au vent et rire aux lèvres. Paula-de-Bretagne.

- Comment réagirait-il si je lui demandais cela ?

- Si ça se trouve, il serait enchanté ! Pas de femme, pas d’enfants : j’invite mes copains à faire la bringue !

Paula réfléchit : Jacques avait-il tant de copains ? Il n’avait plus qu’un copain d’études, dans le Nord. Quelques collègues dont elle entendait parler mais qu’elle ne connaissait pas, un collègue qui était passé un après-midi avec sa femme. On avait mangé un gâteau en ne sachant que se dire. Les amis de la maison étaient ceux de Paula.

- Jacques n’a guère de copains, dit Paula tristement.

- Eh bien, ça lui fera l’occasion de s’en faire. Pourquoi pas ? Il est réservé avec nous. Peut-être le serait-il moins sans nous. Ou alors il va se découvrir une passion pour la solitude. Les hommes ont besoin de solitude.

Paula essaya d’imaginer son mari seul, assis sur le canapé, une bière sur la table basse... C’était difficile. Ses bavardages semblaient le distraire, les enfants ne semblaient pas le déranger. Jamais. Jacques était un homme que la famille ne soûlait pas. Il était ravi, à sa façon paisible, d’être entouré.

- Allez ! intima Charlotte. Fais-toi violence. Cesse d’être une femme qui pense que son mari va être perdu sans elle. La révolution est passée par là. On te croirait encore dans les années cinquante... Tu penses que ton mari va t’engueuler ?...

- Bien sûr que non !

- Effectivement, ce n’est pas le genre. Demande-lui ce soir.

- D’accord, dit Paula.

 

*

 

 

Elle lui parla de la proposition de Charlotte : une semaine en Bretagne avec les enfants, les leurs et ceux de son amie. C’est court, une semaine. Il ne la verrait pas passer. Paula souriait. Tout paraissait couler de source au moment où elle parlait.

 

Elle vit la main de son mari qui se resserrait autour du verre. Il la regarda droit dans les yeux.

 

- Non, dit-il.

 

Paula fut frappée par la voix claire et nette, elle en demeura muette quelques secondes.

 

- Je ne pensais pas que cela poserait problème, finit-elle par dire.

- Cela ME pose problème.

- Une semaine... Charlotte est avec moi. Nous sommes toutes les deux capables de nous occuper des enfants.

- Tu ne serais pas là. J’ai besoin de toi à la maison.

- Tu veux dire pour la cuisine, le ménage...? demanda-t-elle d’une voix hésitante.

- Peut-être... Mais surtout, ta place est ici, près de moi.

- Ne rêves-tu pas parfois d’un peu de solitude, d’un peu d’espace à toi ?

- Si j’ai besoin de solitude, je sais comment et où la trouver. Toi, tu dois rester ici.

 

Le ton était devenu dur. Paula frissonna.

 

- Je te trouve...

 

Elle s’arrêta là. La main avait déposé le verre sur la table, la main était partie, frappant durement sa joue. Paula porta ses doigts à son visage, incrédule.

 

- Tu n’as pas à discuter.

 

Jacques. Son mari. Son mari tranquille. Son mari, Jacques, plutôt doux et popote. Frappée. Elle, Paula, frappée.

 

- Mais... Tu as levé la main sur moi. Tu n’avais jamais fait une chose pareille... Que se passe-t-il ? Je ne pensais pas que...

- Il n’y aura pas de Bretagne, pas de ta Charlotte et d’enfants en vadrouille. Nos enfants doivent rester avec nous, ici. Je te le répète : ne discute pas.

- Aurais-tu peur que... ? Es-tu jaloux ?

- J’ai parfaitement confiance en toi.

- Alors ?...

 

Un deuxième coup s’abattit sur sa joue, lui faisant plus mal que la première fois. Une émotion la submergea : c’était à la fois de l’incrédulité et de la colère.

 

- Tu n’as pas le droit !

 

Un troisième coup. Paula s’assit. L’aîné des enfants était apparu. Il regardait son père, puis sa mère. Paula tendit son bras vers son fils et il vint s’asseoir à côté d’elle. Ils se serrèrent l’un contre l’autre en silence. Jacques leur tourna le dos et se dirigea vers la cuisine. Elle vit s’éloigner son dos paisible, volontaire. Un dos sans remords. Elle ne se demanda pas ce qu’elle avait fait. Elle découvrait simplement quelque chose de nouveau et cela la laissait complètement démunie.

 

*

 

 

- Il se trouve que cela tombe mal, expliqua Paula.

Sa voix ne tremblait pas.

- Qu’y a-t-il ?

- Jacques doit inviter son patron qui s’en va en déplacement la semaine d’après. Ce dîner devait avoir lieu depuis longtemps. Et puis Lou me couve un gros rhume, j’espère que cela ne va pas empirer.

- Quel dommage ! Je suis tellement déçue ! Mais nous prévoirons le même genre de truc pour une autre fois.

- Peut-être... Charlotte, je dois te laisser. Les enfants...

Elles se dirent au revoir. La voix de Paula n’avait pas failli. Une autre fois ? Elle verrait à ce moment-là. A quoi bon se causer du souci à l’avance ? Sa pommette était encore douloureuse. Ce n’était qu’une petite douleur. De toute façon, cela ne se reproduirait pas. Elle avait expliqué à son aîné que papa était fatigué. Son regard intrigué ne lui avait pas fait détourner les yeux. D’ailleurs, c’était vrai : Jacques était fatigué. Ce travail lassant, ces collègues ennuyeux... Elle n’irait pas en Bretagne avec Charlotte, ce n’était pas grave. On attendrait les grandes vacances. Elle se voyait sur la plage avec les petits et son mari, un grand monsieur calme et séduisant. Elle savait que l’image de sa famille faisait envie à beaucoup. Paula marcha vers le lave-vaisselle. De toute façon, cela ne se reproduirait pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 16:59

Au mois d’avril, je me suis découverte de plus d’un fil et je suis allée à Paris (14-17 avril). Quatre jours d’expos, musée, cinés et théâtre, je n’ai pas eu le temps de souffler, si... J’ai mangé plein de frites. Et j’ai traversé le Trocadéro presqu’en courant, agacée par les trop nombreux vendeurs de petites tours Eiffel. Quel dommage ! Jadis, il y avait là les jeunes skaters, ça allait vite, ça avait un air jeune et romantique, c’était super.

 

Expos :

Au ravissant musée Jacquemart-André, j’ai vu l’expo des frères Caillebotte, l’un peintre l’autre photographe. Je me suis plus intéressée au peintre. Gustave, ami et mécène des Impressionnistes, peint des toiles qui ressemblent à Monet et s’intéresse aussi à la Révolution industrielle de son époque et peint gares, trains et chemins de fer. J’aime beaucoup “le Pont de l’Europe” (1876) (on se rappelle les Gares Saint-Lazare de Monet). Je ressors ravie pour aller manger au chic “Café Hortense” rue Cézanne un “Paris-Paris”, pain Poilâne et salade super bon. Je suis allée aussi voir l’expo Van Dongen (de 1895 aux années 1930) au musée d’Art Moderne (pas le même jour). Dès le début de l’expo, un immense tableau représentant une chimère me donne un coup au cœur. C’est magnifique ! Je connaissais très peu Van Dongen ; j’ai beaucoup aimé cette expo. Le Musée de la Vie romantique  (où je vois une expo sur les jardins romantiques français et où j'écoute Chopin) est rue Chaptal dans le IXe, c’est une charmante maison provinciale au fond d’un jardin (que les lilas sentaient bon !), on peut prendre un verre dans le jardin à partir de fin avril. Paris rêvé... ? Non.

 

Théâtre :

Je voulais absolument voir Pierre Arditi sur scène, ça y est, je l’ai vu ! Dans “la Vérité” de Florian Zeller au théâtre Montparnasse rue de la Gaîté. La pièce est pas mal sans plus, mais Pierre Arditi a un vrai génie comique. Il a des mimiques irrésistibles. Je me suis éclatée. Il faut citer ses collègues acteurs qui ont beaucoup de talent aussi : Fanny Cottençon, Patrice Kerbrat et Christiane Millet (mention spéciale pour cette dernière). Moyenne d’âge des spectateurs : 75 ans. J’exagère à peine ! Il faudrait que les grands-parents apprennent à leurs petits-enfants à aller au théâtre, sinon dans dix ans, les acteurs seront encore plus au chômage qu’aujourd’hui... Il faut dire que le prix, bonjour !

J’ai vu aussi “Trahisons” d’Harold Pinter au théâtre de l’Escabeau à Briare (donc rien à voir avec le monde parisien), très bonne pièce (Pinter est peut-être mon dramaturge préféré) et acteurs amateurs qui ont fait un bon travail.

 

Et mon cher ciné :

Après avoir vu “Tous les soleils” de l’écrivain (excellent écrivain) Philippe Claudel, j’ai été très agacée par la critique qui n’a pas forcément été très gentille avec ce film. “Tous les soleils” est un film gai, et triste, et marrant et fantaisiste et musical et tendre et avec une jolie histoire d’amour. Pour se réconcilier avec la vie, on peut aller voir ce film sans hésiter. De plus, cela se passe à Strasbourg qui est une ville magnifique (je n’y suis jamais allée, mais les vues donnent vraiment envie). Autrement, j’ai vu ce mois-ci “Incendies” de Denis Villeneuve (canadien), d’après Wadji Mouawad, remarquable film qui raconte la quête de deux jeunes jumeaux après la mort de leur mère au Canada. Selon la volonté de cette dernière, ils doivent rechercher leur père et leur frère, loin, au Liban. La jeune fille part d’abord et commence sa terrible quête qui va la mener de douleur en douleur (c’est un film de guerre aussi). Son frère la rejoint, au moment où elle commence à n’en plus pouvoir, et reprend la quête... Une tragédie grecque. Ce film est un choc. J’en ai rêvé la nuit d’après. Je dois dire aussi que je suis toujours très touchée (et attirée) par les histoires de frère et sœur. J’ai vu ce film au cinéma d’art et d’essai de Châteaurenard, le Vox.

A Paris, j’ai vu trois films : le premier, “Si tu meurs je te tue” est un film d’Hiner Saleem qui se passe dans la communauté kurde de Paris. Le héros (Jonathan Zaccaï) se retrouve avec sur les bras le cadavre d’un ami kurde qu’il vient de rencontrer. La fiancée, le père arrivent de Turquie... Un joli film sur la liberté de la femme et la communauté kurde à Paris. C’est un film drôle et tendre que j’ai beaucoup aimé. Le deuxième fut “Winter’s bone” que Gauthier Jurgensen m’avait chaudement recommandé. On y voit l’Amérique des “pauvres blancs”. Une petite jeune fille doit absolument savoir, pour la survie de sa famille (la mère est inapte), ce que son père est devenu : elle doit au moins retrouver les os de son père (d’où le titre) pour prouver à la police qu’il est mort. J’ai été stupéfaite de la bêtise et de la violence de ce monde pauvre américain qui paraît bien loin de nous (de moi ?). Mais c’est vrai que c’est un film réussi. J’ai aussi couru, pour mon troisième film, à l’Action-Christine, comme d’hab. L’Action-Christine est liée à l’histoire de ma vie. J’y ai vu (revu plutôt) “Pendez-moi haut et court” (de Jacques Tourneur, 1947), histoire hyper compliquée avec une, deux, trois intrigues mêlées et une méchante (et belle naturellement) dame qui tire les ficelles. C’était dans un festival Robert Mitchum et j’ai donc admiré pour la Nième fois cette grande carcasse de Robert Mitchum. Retour à Gien ensuite avec du cinéma plein la tête.

 

Et côté Littérature :

Fin mars, “le Protocole compassionnel” d’Hervé Guibert (l’antipathique Hervé Guibert il faut le dire) m’est tombé des mains. Me tombent des mains ensuite (en vrac) John Le Carré, Martha Grimes, Rachel Cusk, Alice Munro. Décidément... Que me veulent ces auteurs, ou plutôt qu’est-ce que je veux de la littérature ? De la distraction, de l’amusement, de la passion ? Il est évident que fin mars-début avril Joëlle-l’Intello n’est plus guère intello. Je lis avec tiédeur “Eau-de-feu” de François Nourissier qui est mort il y a peu. Ce n’est pas ce livre en tout cas qui me fera lire les autres Nourissier. Seul, Somerset Maugham (“les 4 Hollandais”, recueil de nouvelles) me fait sortir de ma torpeur et me fait battre le cœur. A travers ces nouvelles, le narrateur, un homme distingué et cultivé, se balade à travers le monde, dans l’empire britannique d’autrefois (toutes ses colonies) et raconte des aventures singulières, avec humour, avec précision, et souvent avec cruauté. La distinction de Somerset Maugham n’est qu’apparente, la réalité cruelle transperce les hommes (et les femmes). Comme chez Nourissier, on boit beaucoup chez Maugham. J’aimerais un jour goûter ses “Gin pahit” dont il parle avec gourmandise. Est-ce que ce cocktail mystérieux existe encore en 2011 ?

 

Repost 0
Published by Joëlle Carzon - dans bloc-notes
commenter cet article
19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 17:21

LE BALLON DANS LA PORTE (nouvelle)

 

 

- Où est ton père ?

- Il n’est pas là, dit Éric qui jouait avec son ballon.

- Il est bien quelque part.

Éric regarda l’intrus, un homme gros, portant capuche et une lourde sacoche.

- Sais pas, dit-il.

- Tu dois être Éric...

- Sais pas, dit Éric qui ne voyait pas pourquoi décliner son identité à un homme qui n’en avait pas, d’identité.

- Mon nom est Latour, Jean-René Latour, dit l’inconnu comme s’il avait deviné l’enfant.

Éric tendit sa main, mais ne proféra pas un son.

- Jean-René Latour, tu sais, l’avocat...

L’avocat ?... Eh bien, qu’il soit avocat, ou docteur, ou marchand de pommes de terre..., qu’importait. René se fichait bien des avocats. Il tapa dans son ballon.

Pouf ! Contre la porte de la salle à manger. Marie surgit, frottant ses mains contre son tablier.

- Monsieur ? dit-elle faisant face à l’inconnu.

- Monsieur Latour. Jean-René Latour.

- Ah, bien ! dit Marie, confirmant Éric dans son opinion : l’homme avait, aurait, peu d’importance.

- Je ne sais trop où est Monsieur...

- Ça ne fait rien. Je vais le chercher.

L’étranger fit demi-tour, se dirigeant vers le jardin.

- Accompagne monsieur Latour, dit Marie.

- Pff ! souffla Éric.

 

 

 

*

 

Le jardin était mal préparé pour la visite des inconnus. On n’avait pas tondu la pelouse depuis des lustres. Des branches lourdes tombaient sur les allées. La balançoire rasait des mottes.

- Tu t’appelles Éric.

- Éric Montoire, précisa le petit garçon.

- Tu ressembles à ton papa.

- A ma maman aussi, s’indigna Éric.

- Je n’ai pas l’honneur de connaître ta maman.

- Elle est très jolie, précisa le jeune garçon.

- Je n’en doute pas... Montoire ne peut choisir que de jolies femmes, ajouta l’inconnu comme pour lui-même.

- Marie est jolie aussi.

- Marie ? La petite de tout là l’heure. Oui...Marie est jolie aussi.

- On ne peut pas dire que papa est joli.

- C’est vrai : on ne dit pas que les hommes sont jolis.

- Papa n’est pas “joli”, il est “fort”.

- Fort ? Peut-être... En tout cas, pour toi, mon petit, il est fort.

- Il n’est pas fort pour vous ?

2

 

- Ça dépend des jours..., dit l’inconnu en souriant.

- Il est fort ! insista Éric.

- D’accord.

- Vous vous appelez Latour ?

- Oui. Maître Jean-René Latour.

- Papa ne m’a jamais parlé de vous.

- Ton papa a des secrets.

- Papa a des secrets pour maman, pour Marie... Il n’en a pas pour moi.

- Comment le sais-tu ?

- Il me l’a dit un jour. Il m’a dit : “Éric, tu es mon fils, tu dois tout savoir.”

- Cela ne veut pas dire qu’il t’a tout dit.

- A moi, si.

- Quelle assurance ! Tu n’es qu’un tout petit garçon.

- J’ai beaucoup vécu.

- Ah ! s’exclama l’inconnu en riant. Raconte-moi ce que tu as vécu.

- Je suis allé à Londres avec maman, j’ai pris l’avion tout seul, j’ai fait du bateau avec papa...

- Effectivement, c’est beaucoup.

- Vous voyez.

 

Ils fouillèrent le jardin.

 

 

*

 

- Monsieur Montoire a-t-il pris sa voiture ? demanda Maître Latour à Marie.

- C’est peut-être madame qui l’a prise, dit Marie vaguement.

- Il faudrait qu’il soit là.

- En quel honneur ? dit Marie, prête à la rebuffade.

Éric tapa violemment dans son ballon.

- Papa fait ce qu’il veut.

- Et ce n’est pas la première fois, murmura Maître Latour. Asseyons-nous dans le salon, attendons-le... Viens près de moi...

- Non.

- J’ai besoin de quelqu’un à qui parler. Sers-moi de petit compagnon, réconforte-moi : j’ai besoin d’être réconforté.

Éric consentit à s’asseoir à côté de Maître Latour, sur le sofa orange.

- Aimez-vous jouer au ballon ?

- J’aime l’attraper, pas le lancer.

- On ne fait pas l’un sans l’autre, dit Éric.

- Moi, je n’arrive à faire qu’une seule chose à la fois. C’est peut-être un de mes défauts.

- Monsieur ne reviendra pas, dit Marie, surgissant comme un furie.

- “Reviendra” ?... Il était parti ?

- Monsieur fait ce qu’il veut.

- J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Maître Latour. Éric, et ta maman, où est-elle ?

- Maman va revenir tout de suite. Elle n’est pas bien loin.

3

 

Des sirènes se firent entendre. On tambourina à la porte.

- Oh ! Ça va..., dit Marie mollement en allant ouvrir.

- Monsieur Montoire !

- Maître Jean-René Latour, représentant monsieur Montoire. Il ne saurait tarder.

- Que voulez-vous ? dit Éric.

- Écartez cet enfant.

- C’est sa maison, si c’est pas la vôtre ! hurla Marie.

- Calmez-vous. Où est ton papa ? dit l’uniforme.

- Sûrement dans le jardin.

Les uniformes disparurent dans le jardin et revinrent très vite.

- Pas âme qui vive !

- Mon client est disponible, il est à votre disposition.

- On se demande bien où.

Éric tapa dans son ballon dans la direction de la porte d’entrée.

Maître Jean-René Latour suivit le ballon volontaire des yeux.

- Papa est très fort, dit Éric.

 

 

Repost 0
9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 10:48

PAS DE PRINCE CHARMANT

 

Joëlle Carzon

 

 

Il était une fois une jeune fille qui avait une large robe. Sa robe était si large et si gonflée qu’en dessous

il y avait des maisons. Des maisons et même tout un village. Tout un village et presque une ville. Une

ville entière avec ses remparts, ses ânes, ses chameaux, ses marchands, ses femmes avec de multiples

bébés, ses tentes avec ses bédouins, ses puits, ses esclaves, mais..., mais... aucun prince. Aucun prince

charmant ! Une fille avec une robe avec tout un village dessous, mais même pas de prince charmant !!

Une fée, des fées plutôt, une bonne fée, une fée carabosse, des affreuses, des charmantes fées, mais pas

de prince charmant !! Un roi, une reine avec un miroir, des tas de petits princes et princesses, et encore

des ânes et encore des chameaux et encore des bédouins... , mais pas de prince charmant !

Pas de prince charmant, sacrebleu !

Toute cette robe, toute cette parure, tous ces falbalas, toutes ces fleurs sur cette robe

magnificente, mais pas de prince, pas de prince malin, avec de beaux atours, un cheval blanc, un panache

blanc, et tout un tac de trucs blancs qui en mettent plein la vue de pauvres villageois un peu niais, PAS

DE PRINCE CHARMANT !

JE VOUS DEMANDE UN PEU... !

Il était une fois une belle, belle, vraiment belle jeune fille, avec tout un village dessous, une ville

même, et rien du tout, pouf, pouf, pouf, pas de tralala, pas de prince charmant.

 

Repost 0
22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 14:04

Que dire du mois de mars  (à part le Japon, les pays arabes, la Libye bien sûr) ?... Que Toulouse est bien loin (partie de Gien à 8 h 20, arrivée à Toulouse à 16 h 50) et que là-bas le vent souffle bien fort : il s'appelle le vent d'autan, bien joli nom pour un bien vilain vent. Mais que ça fait toujours plaisir d'aller vers le Sud et de réentendre le joli accent du Sud-Ouest de mes amis. Amis qui se sont  moqués de moi et de mon accent du Nord : il paraît qu'on dit "hein" à chaque fin de phrase. Ah bon ?

 

Côté littérature :

---------------------

J'ai fini le "Mauriac". Passionnant, mais je suis restée frustrée parce que Jean-Luc Barré ne parle pas des rapports écrivain à écrivain de François et de Claude (son fils aîné) qui a tout de même beaucoup publié. On aimerait savoir ce que François pensa des romans à la Alain Robbe-Grillet que Claude écrivit. Et ses filles ? Mauriac eut deux filles qui ne furent pas n'importe qui. Comment s'entendait-il avec ses filles ?...  Le côté "People" m'a manqué, je n'y peux rien.

J'ai enchaîné ensuite sur "la Femme de hasard", premier roman de mon cher Jonathan Coe qui dézingue dans ce livre toutes les institutions : les fiançailles, le mariage, la famille, la maternité, l'amitié. Volontairement sinistre, mais j'ai souvent éclaté de rire. C'est un heureux jeu de massacre. Sa pauvre héroïne (Maria) ne peut s'en sortir vivante.

Et puis, suite à ma lecture de Mathieu Lindon, je lis Hervé Guibert que je n'avais jamais lu (tout en ayant beaucoup entendu parler de lui) : "Mes parents", "A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie", "le Protocole compassionnel". "Mes parents" est franc et glauque. Cela frappe, mais est-ce que cela procure du plaisir ? Hervé Guibert ne semble pas écrire pour donner du plaisir à ses lecteurs, mais je crois qu'on est malgré tout fasciné. J'ai lu une grande partie de "A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" dans le train Paris-Toulouse (10 mars). C'est le récit de la maladie du sida (d'un malade du sida), cela se lit avec un immense intérêt d'où n'est pas absente la gêne. J'ai pensé à mon Alain tout le temps (il est mort en 1988), mon Alain à qui, plus de vingt ans après, j'ai encore envie de téléphoner, pour lui parler des livres et des cinés, et pour rire de mes petits malheurs.

 

Côté ciné :

-------------

 

Dans "Angèle et Tony" (Alix Delaporte), le rôle d'Angèle est joué par la fine Clotilde Hesme (vue chez Christophe Honoré) et celui de Tony par Grégory Gadebois (de la Comédie Française).

C'est une jeune femme qui sort de prison et veut retrouver son jeune fils confié à la garde des grands-parents paternels. Elle a le visage fermé d'une femme qui a connu la galère. La vie est dure, le monde est hostile, elle se bute aux gens qui sont chargés d'elle (un animateur, une juge).  On la voit pédaler sans relâche sur un vélo qu'elle vient de voler. Ce vélo est son passeport pour une éventuelle liberté. Elle rencontre Tony, un marin d'une quarantaine d'années qui n'ouvre pas sa porte comme ça à tout le monde. Si elle se mariait avec lui, peut-être lui confierait-on plus facilement la garde de son garçon ? Elle s'offre, brute. Mais on n'apprivoise pas Tony du premier coup. Gagner Tony, c'est gagner sa famille aussi, son milieu, les gens du village... Ce film raconte comment Angèle et Tony s'apprivoisent, à tous petits pas, comment ils apprennent à se connaître, à s'apprécier, puis à s'aimer. Ce film raconte comment une femme réapprend à vivre, à s'intégrer, à être heureuse enfin. C'est non seulement une histoire d'amour, mais aussi une histoire de rédemption. La Normandie est froide et belle. Les comédiens sont remarquables.

Ce qui m'a le plus touchée dans "le Discours d'un roi" (Ben Hooper, le roi joué par l'excellent Colin Firth), c'est l'histoire d'une relation accidentée entre un maître et son élève. Le maître étant un comédien australien raté, mais qui a le don d'apprendre aux autres à parler, l'élève étant un roi qui ne voulait pas être roi et que les circonstances historiques amenèrent à se dépasser. Je ne voulais surtout pas voir ce film en français et j'ai attendu d'être à Toulouse, chez Chantal et Michel, pour le voir en anglais (vu à l'Utopia, merveilleux cinéma d'art et d'essai que les Toulousains ont bien de la chance d'avoir chez eux).

 

Et du côté de Milly-la-Forêt :

------------------------------------

24 mars. A Milly-la-Forêt, on a ouvert en 2010 la maison de Jean Cocteau qui fut un poète et un cinéaste plein de grâce. Nous visitons sa maison (calme et jolie maison avec un beau jardin au bord d'une petite rivière) en naviguant entre les arts : l'écriture bien sûr, la peinture, la photo, le cinéma (j'ai revu "La Belle et la Bête" il y a deux ans au Vox à Châteaurenard, scotchée dans mon fauteuil devant tant de beauté). Cocteau disait que si sa maison brûlait, il emporterait le feu. Moi de Milly j'emporterais l'âme du poète. Dans la petite église St Blaise des Simples peinte par Cocteau, les plantes médicinales s'élèvent vers le toit comme des prières. Un chat dans un coin passe par-là.

Repost 0
Published by Joëlle Carzon - dans bloc-notes
commenter cet article
18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:31

LA CATHEDRALE, nouvelle de Joëlle Carzon

Elle s’arrêta devant le tableau : une cathédrale, un pré, quelques petits personnages s’en allant à l’horizon. Ce n’était pas excitant, mais elle était excitée. Son cœur battait fort. Elle aurait voulu être avec eux, les petits personnages de l’horizon, et s’en aller ailleurs, vers une époque révolue. Le dix-huitième, le dix-neuvième siècle ? Peu importait. Elle aurait voulu être avec eux. Ne plus être dans ce vingt-et-unième siècle inhospitalier et marcher vers une maison accueillante, avec un feu de cheminée et des domestiques en habit.

Martha décida de s’asseoir devant le tableau. Des gens passaient autour d’elle, aucun d’entre eux ne s’arrêtant vraiment et ne semblant intéressé par ce magnifique tableau. Oui, vraiment, on était ailleurs, on n’avait plus à se poser de questions, à se faire de soucis. L’herbe caressait les pieds, la cathédrale lançait paisiblement sa flèche dans le ciel. Adieu, aujourd’hui.

Un petit garçon de sept ou huit ans, pendant trois minutes, lui cacha la cathédrale. Il avait des cheveux bouclés, un peu longs et riait joyeusement. D’abord, Martha ne fit pas attention, puis elle fut attirée par ses clins d’œil jetés ostensiblement dans sa direction.

“Bonjour !” dit le petit garçon.

Elle ne répondit pas tout de suite, arrachée à sa contemplation. Puis elle finit par dire “bonjour” aussi, mais avec une douceur encore toute teintée de son rêve.

- Ne vous laissez pas ennuyer par mon fils, dit une voix derrière elle.

La jeune fille se retourna. Lui aussi avait des cheveux un peu longs. Il portait un grand manteau noir lui arrivant presque jusqu’aux chevilles. Il avait une trentaine d’années, il était de haute stature, il souriait.

- Mon fils est un peu vif et s’attache très facilement, dit l’inconnu avec toujours son beau sourire.

Elle sourit à son tour.

- Il ne me dérange pas.

Elle ne mentait pas.

- Me permettez-vous ?...

Bien sûr. Il s’assit près d’elle, prenant soin de ne pas la frôler, de ne pas prendre trop de place. Le petit garçon tendit son doigt vers le coin gauche du tableau :

- Papa, regarde les gens, là...

- Oui, ils semblent si loin, et à la fois si proches..., n’est-ce pas, mademoiselle?

- C’est exactement cela, dit-elle, enflammée. Nous pourrions être avec eux !

- Allons-y, dit l’homme, prenez-moi la main, Paul me prendra l’autre, et partons là-bas.

Il vit son regard pour le moins surpris.

- Je plaisante, dit-il. Paul aime bien que je lui invente des histoires.

- Oh, non ! ce n’est pas une histoire ! s’exclama le petit garçon. Partons !

Elle eut un petit soupir.

- On aimerait quand même que ce soit vrai, je pense ?...

Oui, Martha pensait à l’unisson. Elle sourit à l’homme, puis au petit garçon.

- Ainsi, tu t’appelles P aul ?

- Oui, Paul, Paulo Delacour-Visconti.

- Quel beau nom ! Tu es italien ?

- A moitié, dit le petit Paul avec beaucoup de sérieux. Maman est italienne.

2

 

- J’ai moi-même un peu de sang italien, dit l’homme comme si cette conversation, qui prenait un tour intime, lui paraissait tout à fait naturelle.

- Moi, je m’appelle Martha et je suis moitié normande-moitié morvandiote.

- “Morvandiote”, oh ! quel joli nom ! dit Paul. Martha Morvandiote...

Les deux adultes se mirent à rire.

- Vous êtes de passage à Paris ? demanda Monsieur Delacour.

- Non, j’y habite, dit Martha en soupirant.

- Paul et moi, nous sommes de passage. Nous venons d’Avignon. Connaissez-vous Avignon ?

- Non, je regrette.

- Oh ! Ne regrettez rien !

Le monsieur qui n’était plus si inconnu prit un air contrit. Instinctivement, elle se rapprocha de lui.

- Où logez-vous ?

- Dans un petit hôtel.

Il était vague tout à coup. Monsieur Delacour-Visconti... Quel beau nom, comme aurait dit le petit Paul ! Monsieur Delacour-Visconti avait un bien séduisant visage. Son manteau sentait bon la pluie de Paris et le parfum. Ce monsieur, après le charme du tableau : Martha se sentait tout étourdie...

- Dans quel quartier habitez-vous ?

- Dans le dix-septième, près de la place Clichy... Et...

Elle n’osait plus dire “et vous ?”... Elle s’arrêta net.

Il se leva, s’approcha du tableau, se pencha plus vers le coin gauche, revint vers elle et dit :

- Je crois que ces personnages sont trois.

- Vraiment ?

- Oui. Une charmante trinité. Allez-vous souvent ainsi dans les musées ?

- Ça m’arrive... J’aime aussi la sculpture.

- Nous, nous n’y allons pratiquement jamais. Sauf aujourd’hui.

Nous ? Qui était ce “nous” ? Monsieur Delacour, son fils et sa femme ? Monsieur Delacour, un enfant plus âgé peut-être, Paul, et madame ? Ou juste lui et Paul ? Oui... Juste Monsieur Delacour et son petit garçon...

- Vous êtes... dans quel hôtel ?

Il eut un large sourire.

- Un hôtel près de la place Clichy justement...

- Oh !

Elle ne savait que dire. Au loin disparaissaient les trois silhouettes floues du paysagiste. Elle retint son souffle. Elle attendit.

- Nous pourrions rentrer ensemble. Nous sommes nuls dans le métro, Paul et moi.

- Je dois... En fait, je dois rentrer à pied... Je dois rentrer à pied et passer en route chez une amie. Je le dois.

- Ah, bien !

Monsieur Delacour-Visconti sourit, d’un sourire plus faible, comme effacé.

- Souhaitez-moi un bon séjour, Mademoiselle...

Ils s’éloignaient déjà, ils s’éloignaient...

Je vous souhaite un bon séjour, murmura-t-elle.

3

 

 

Ils étaient partis.

 

Elle regarda le tableau, la cathédrale anglaise, l’herbe... Elle regarda le coin gauche...

 

Les trois personnages avaient disparu.

 

Gien, 7 février 2005

 

 

(Nouvelle inspirée d’un tableau du peintre anglais Constable.)

Repost 0
5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 15:26

MON CHAT EST LE FIL...

 

 

Mon chat est le fil lumineux qui me rattache à la vie

Ma petite fourrure que je tiens entre ciel et terre

Mon petit bout de nez rose qui m'humidifie

Un baiser vivant sur ma joue

Sur ma peau sèche

Un frémissement de vie

Mon petit chat chaud et clos sur lui-même

M'ouvre les coquillages du matin

Vaguelettes de l'espoir

Mon petit chat me dit

Tiens-moi serre-moi

Car je tiens à toi

Réveille-toi car tu dors trop

Serre-moi car nous vivons ensemble

Tu es mon soleil quand il n'y en a pas

Réveille-toi tu es ma vie

Je te protège car tu me dois protection

Réveille-toi je suis ton cœur qui bat

Mon petit chat lumineux qui me rattache à la vie

 

 

(Poème publié dans "Femme volante", 2009, dessins d'Isabelle Célingant)

Repost 0