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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 15:12

 

            Depuis quelques jours, je sais que je dois reprendre « Lucile à Paris » et je suis saisie d’angoisse à l’idée de raconter l’histoire (l’enfance surtout) de Pierre. Et pourtant je dois en passer par là. Lucile et Pierre à Paris, c’est d’abord Lucile à Conflans et Pierre à Saint-Denis. Nous étions tous deux nés dans le 75 car, dans les années 50 (et aussi je crois plus tard dans les années 60), Paris et sa proche banlieue étaient regroupés dans le département « Seine ». Paris n’a fait sa figure de reine solitaire que plus tard. Et les habitants du 93 d’aujourd’hui n’étaient pas alors considérés comme des voyous et des exclus. C’est vrai que d’après les récits de Pierre, Saint-Denis était alors pauvre, ouvrier et rempli déjà de gens qui avaient de grosses difficultés. Je suis angoissée à l’idée de raconter l’enfance de quelqu’un marqué dès sa naissance par l’abandon et la pauvreté. Je me dis que Lucile faisait partie des privilégiés alors que Pierre pas du tout. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. Nous fûmes tous les deux abandonnés par nos parents, même si les miens hurleraient si je leur disais cela. Et pourtant j’ai bien été séparée de mes parents à ma naissance. Et Pierre…

 

            Pierre était né à Saint-Denis le 17 août 1959 (quatre ans après moi) d’une jeune mère d’origine bretonne (elle était de Lorient) et d’un père peintre en bâtiment. La jeune femme avait déjà un fils, sans doute d’un autre père que celui de Pierre.

 

            Pierre se souvient qu’on les laissait seuls son frère et lui, longtemps, si longtemps, et qu’on ne s’occupait pas d’eux. Encore bébés, les deux garçons essayaient de faire sécher les draps pleins d’urine en les étendant sur les murs.

 

            Une petite fille naît, peu de temps après Pierre, puis, quelques années plus tard, une autre petite fille. Le père abandonne le foyer.

 

            C’est la détresse, la grande détresse. La mère ne travaille pas. Elle ne sait comment s’occuper des quatre enfants. Un jour, elle les prend par la main –la petite bébé encore dans les bras - et va les abandonner à l’Assistance Publique. Pierre fut séparé de ses sœurs, mais jamais de son frère aîné.

 

            Pendant quelques années, c’est donc l’Assistance Publique, l’Assistance Publique des années 60 où les « surveillants » (appelons-les comme ça) ont les longs cheveux des hippies et pourtant obligent les enfants à se mettre à genoux pour les punir et les frappent avec des serviettes mouillées.

 

            La grand-mère (la mère du père) obtient la garde de ses petits-enfants, et ils vont vivre dès lors dans une minuscule maison de Saint-Denis avec elle. Elle est communiste. Tout le monde est communiste à Saint-Denis. Pendant la guerre, elle a travaillé dans une usine de chocolat où les ouvriers pissaient dans les préparations pour lutter contre l’ennemi nazi. Pierre vit sa grand-mère une fois cracher dans la main d’un élu de droite sur un marché. Au Premier Mai, les enfants distribuent, sans être payés bien sûr, le muguet pour le parti Communiste. Les enfants travaillent dur à plier des tracts et à les distribuer. Pierre travaille sur les marchés. Il semble qu’on n’ait rien contre le travail des enfants dans les années 60. Beaucoup plus tard, de « mon » temps, devenu flemmard professionnel, Pierre dira à qui voudra bien l’entendre : « Moi je travaille depuis que je suis haut comme ça. » La grand-mère est dure. Je suppose qu’elle s’occupe bien d’eux, qu’elle les nourrit très correctement, mais ils n’ont le droit à rien, n’ont pas le droit de rapporter des livres à la maison (Pierre aime lire), et elle les frappe. Le soir, Pierre, son frère et ses sœurs se mettent le nez dans l’entrebâillement de leur unique chambre pour essayer d’obtenir des bribes de la télévision qu’ils n’ont pas le droit de regarder. Pierre se souvient de tous les programmes. Sa grand-mère se penche vers le bas de la télévision pour essayer d’apercevoir le reste du corps des speakerines. Elle les aime ses petits-enfants. Je suppose qu’elle les aimait puisque l’unique fois où je la vis (au mariage de la plus jeune sœur de Pierre qui avait épousé un horrible voisin terriblement plus âgé qu’elle pour échapper à la maison de sa grand-mère où elle était restée toute seule – nous ne fîmes qu’une apparition à cet horrible mariage), elle se plaignit avec un regard très triste et très déçu de la désertion de Pierre. Pierre aime les comiques ; il aimera plus tard Coluche (et avec moi, passionnément, Pierre Desproges). Il a une passion pour Fernand Reynaud. Un jour, il réussit à acheter un livre de sketches de Fernand Reynaud, le jette et le déchire dans un caniveau pour pouvoir le rapporter à la maison et ainsi dire à la grand-mère qu’il l’a trouvé dans la rue car elle lui demanderait où il a eu l’argent.

 

            Pierre a un joli visage un peu féminin, avec de belles lèvres. Il est souvent ennuyé par des attouchements dans les transports publics. Deux voisins le violent alors qu’il est encore très jeune. Il ne sait pas ce qui se passe, mais en parle quand même à la grand-mère qui met le holà.

 

            C’est pour ça, pour tout ça, que cela me semble si difficile d’écrire ce chapitre. Mais l’injustice est là. L’injustice sociale. Et la mauvaise conscience. Ma mauvaise conscience éternelle. Et puis mon histoire de Paris passe obligatoirement par celle de l’histoire de Pierre à Saint-Denis.

 

            L’injustice sociale, l’injustice scolaire. Lorsqu’il reprend l’école après l’Assistance Publique, on ne sait pas d’où il vient, le directeur d’école ne sait pas où le mettre, alors on le met avec les plus déshérités, on le fait redoubler une classe où il s’ennuie car il a déjà tout fait ce qu’on lui apprend. Alors il décroche et c’en est fini de l’égalité des chances. J’ai déjà entendu cette histoire plusieurs fois dans ma  vie. Si vous n’avez pas de parents qui viennent gueuler auprès des enseignants, de toute façon on vous laisse sur le bord de la route.

 

            Je me souviens quand même de cette anecdote : un jour, devant les mauvais résultats de l’enfant, on lui fait passer un test de QI. Il se révèle qu’il a un QI supérieur. La grand-mère le frappe alors, sans doute pour le punir de faire exprès d’avoir de mauvais résultats.

 

            Pierre est intelligent, sensible, très fin, subtil, doué, il dessine, il écrit. Infernal gâchis. Je suis absolument révoltée, moi qui fus prof et qui fis partie de ce système.

 

            Un jour, Pierre se sauve de chez sa grand-mère, veut aller vivre chez son père. Il y va. Je crois qu’on lui ouvre la porte, qu’on ne sait que faire de lui, qu’on va rechercher la grand-mère qui arrive, lui demandant pourquoi, mais pourquoi grands dieux, il s’est sauvé.

 

            Il y eut plusieurs épisodes, des vacances, où Pierre se retrouva chez des étrangers bienveillants, et aussi chez son oncle dans le Périgord. Vacances magiques et heureuses. Pierre adorera toujours la campagne. Il rêvera que quelqu’un l’adopte : les gens bienveillants, son oncle… Moi aussi j’ai toujours cherché, d’une certaine façon, à me faire adopter : par des profs, par les amis de mes parents, par mes propres amis plus tard. Je m’installais chez des couples en espérant qu’ils allaient me dire de rester !

 

            Il y avait aussi, chaque année, l’intermède merveilleux de la colonie de vacances des enfants de Saint-Denis : à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. C’était un bord de mer sauvage, avec des marais. Une année, ils arrivèrent et les beaux paysages de Vendée avaient été détruits, bétonnés. Ce fut un coup terrible pour les enfants. La nuit, ils se relevèrent et cassèrent toutes les vitres des affreux immeubles. J’ai connu ce genre d’épreuve moi aussi dans les années 60-70, quand on s’amusa à souiller le patrimoine français, pour certains beaux villages des Alpes.

 

            Pierre chercha toujours, pendant des années et des années, à se sauver de Saint-Denis et de chez sa grand-mère. Se sauver, se sauver. Aller ailleurs, loin. Fuir cet horrible endroit, ces horribles voisins, ces communistes obtus, ce destin. Adolescent, Pierre s’inscrivit au Parti Communiste, son frère aussi. Les réunions de cellules le guérirent très vite. Il était libre, en tout cas se voulait libre. Ce qu’il fallait c’était échapper à tout bourrage de crâne et fuir de cet endroit, de sa grand-mère, de ce désastre. Fuir l’école technique, fuir la petite maison où ils étaient tous entassés.

 

            Par deux fois (ou trois ? j’ai perdu le fil de ces fuites), il s’engagea. Dans l’Armée de l’Air et dans la Légion étrangère. Pour la Légion étrangère, quand il arriva, il faisait encore pipi au lit. On le découvrit le premier matin, on lui fit un « cassage de gueule » en règle et on lui dit de s’en aller. Pierre fut guéri !

 

            Et puis (on se rapproche de moi), il dut « réellement » faire son service militaire. Qui se termina très mal. Après une « rébellion avec arme », il dut faire un an de prison. Très longtemps après, à Trescléoux, je voulus que Pierre vote et on l’inscrivit à la mairie. On découvrit le matin du vote qu’il était privé de ce droit, sans doute à la suite de cette histoire, mais Pierre l’ignorait. Il put enfin voter quelque temps après.

 

            La prison pour un garçon qui ne rêvait que de campagne, de mer, de liberté. Il flirta dangereusement avec les Témoins de Jéhovah, eut des criminels perdus pour voisins de cellule, mais aussi écouta France Inter et lut beaucoup. On lui demanda de s’occuper des livres. Un animateur le prit en affection et lui fit découvrir le cinéma à sa     sortie.

 

            « Tu finiras au bagne. » C’était ce que sa grand-mère lui disait, ou quelque chose comme ça. Pierre disait de lui-même : « Bon à rien, bon à tout. » Quand j’écoutais les histoires de Pierre (qui se racontait très bien), je me croyais au XIXè siècle. C’était du Dickens, du Jules Vallès. Je me disais : « Mais pourquoi tant de souffrance, tant de malheur ? Pourquoi fait-on ainsi du mal aux enfants ? » Il m’arrivait d’en pleurer. Pierre me disait gentiment : « Toi aussi tu as souffert. » (Oui.) Et malheureusement je me disais aussi : « Mais maintenant, Pierre est avec toi. Il t’a. » Comme si la petite Lucile, avec toutes ses souffrances personnelles, avec sa dépression latente, avec ses doutes et son absolu manque de confiance en soi, allait pouvoir effacer tout ce gâchis d’enfance.

 

            Entre les séjours à l’Armée, il y eut un espace ensoleillé, mais je suis incapable de le situer. Pierre disait : « Quand je voyais mes amis de Saint-Maur ». C’était une autre ville que Saint-Denis, un peu moins défavorisé. Ces amis étaient liés à une bibliothèque. Une de ces bibliothèques municipales gratuites que Pierre aima et fréquenta toute sa jeune vie. Ces amis le prirent sous leur aile et Pierre eut alors ses premiers amis « classe ». Avant Jules, Sonia, moi… Il lisait les classiques, mais aussi de la B.D. Beaucoup de B.D. L’évasion parfaite. Pierre adorait Corto Maltes.

 

            Je revois Pierre plongé dans ses B.D. le soir au lit. Je pouvais lui parler… Il n’entendait plus rien. Corto Maltes et les ailleurs. Saint-Denis a complètement disparu, enfoui sous l’imaginaire. Je crois que Pierre et moi avons toujours vécu dans un autre monde, complètement inadaptés à celui-ci.

 

            Quand j’étais toute petite, dans la rue Jules Ferry à Châlette, mémère Lucile me confiait à une nourrice pendant la journée, madame T. Il y avait trois petits garçons orphelins chez madame T. Deux plus grands que moi, un de mon âge. C’était mes petits frères d’infortune. Après tout, mes parents aussi étaient loin. Plus d’une fois, ils se firent disputer à cause de moi. Pourquoi ? Parce que j’étais une fille ? Parce que je rapportais plus à madame T qu’eux ? En tout cas, je les gardai dans mon cœur et j’eus mauvaise conscience à cause d’eux. Ma mauvaise conscience de toujours. Qui sait si vingt ans plus tard, Pierre ne fut pas pour moi un de ces trois petits garçons ? Un orphelin, quelqu’un à cajoler, à choyer, quelqu’un à qui je dirais : « Tu n’as pas de parents, mais je suis là, moi, Lucile. Je t’aime. Je nous aime. Nous nous en sortirons. »

 

            Nous ne nous en sommes pas sortis. A part peut-être, un peu, dans ces années-là, dans ces jeunes années 80 où Paris brillait de nos lumières à nous : Rohmer, Jim Jarmush, Higelin, le XIVè arrondissement et la rue de l’Abbé-Carton et Jules…

 

            Pierre et Lucile. Autrefois. Pierre, mon pauvre « petit canard ». Mes années, mes chères années, celles où je voudrais dire : « Alors nous étions heureux. »

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13 juillet 2013

 

Je suis en train d'écrire : "Jules, l'enfant de Valenton" (de "Lucile à Paris"), mais il y a des choses du passé, dans doute, qui ne sont pas destinées à être sur la toile. C'est si loin et cela me paraît si proche. Ai-je eu une vie agitée ? Ou y a-t-il eu autour de moi des amis qui avaient une vie agitée ? Mes amis actuels me voient sage et douce. Qui voudra savoir ce qui s'est passé entre Jules, Pierre et moi auront droit au récit sur papier.

Le prochain chapitre sur mon blog sera donc le XIII.

 

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 10:08

AVEC TON CHER SOUVENIR

 

Tu es partie

En catimini

Tu es partie

La Sagan d'autrefois

Celle de jadis

Nous faisait sourire un peu

Celle d'aujourd'hui

Est partie

En catimini

 

J'ai aimé tes romans usés

J'ai aimé le Livre de Poche

A travers toi

J'ai aimé les pièces de théâtre

Où l'on s'embrassait

A trois plutôt qu'à deux

 

J'ai aimé les cocktails que je ne buvais pas

Les cigarettes que je ne fumais pas

Les amants qui s'enfuyaient

J'ai aimé les gros magots du Casino

 

J'ai aimé la petite Sagan

J'ai aimé la frêle et la rapide

J'ai aimé son air chinois

J'ai aimé qu'elle ne fût pas qu'à moi

Qu'elle fût à nous à tu et à toi

Notre Sagan Saga la Grande

 

25 septembre 2004

("Femme volante", 2009)

 

"Sagan et fils", Denis Westhoff - Le Livre de Poche

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J'ai été très touchée à la lecture de "Sagan et fils". Denis parle de son père et de sa mère avec plein d'amour et d'admiration. Il n'a aucune rancune contre eux et pourtant, bébé, ses parents passaient leur temps à faire la fête et le laissaient à la mère de Sagan. Il n'y a que de l'affection et de la reconnaissance dans les propos de Denis. Il faut dire que Sagan était d'une générosité infinie, vidait ses poches pour des inconnus, détestait l'injustice et l'intolérance... Denis a hérité de la bonté de sa mère. Il a hérité malheureusement (il a "choisi" d'être l'héritier malgré l'extrême difficulté de cet héritage) aussi, devant l'Etat intraitable (honteusement intraitable) devant Sagan qui fut pourtant source de notre rayonnement à l'étranger, devant tous les créanciers, devant les éditeurs qui ne veulent pas (pourquoi ???) ressortir ses merveilleux livres. Denis en parle longuement à la fin de son livre, ce qui est un peu ennuyeux mais me choque beaucoup. On a brûlé ce qu'on a adoré. Sagan ne méritait pas cet oubli. J'ai une affection immense pour ses excellents premiers romans : "Bonjour Tristesse", "Un certain sourire" (qui fait partie de mes livres préférés), "Dans un mois dans un an"... Ils ont bercé mes vingt ans, ils m'ont aidé à comprendre l'amour. J'adore aussi ses pièces de théâtre, merveilleusement divertissantes et joyeuses. Ces dernières années, j'ai trouvé beaucoup de ses livres dans les vides- greniers (pour ceux qui cherchent en vain ses romans, ses pièces...).

Denis nous parle aussi des goûts littéraires de son père et de sa mère, qui avaient un goût certain, et qui lui ont fait aimer la Littérature : Proust, "La Chartreuse de Parme", Styron... Sagan adorait Racine, ce qui l'a aidée à écrire dans un français pur et magnifique.

Il est heureux que Denis Westhoff ait pu publier ses mémoires et nous faire ainsi oublier les mensonges diffusés par certains des biographes de Françoise Sagan.

 

Juillet 2013

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 10:57

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas les faire, c’est parce qu’on n’ose pas les faire que les choses sont difficiles. » Sénèque.

 

Pop redemption, Martin Le Gall

Julien Doré, Grégory Gadebois

Montargis, 7/6

Un groupe de black métal, au tournant de la trentaine, se retrouve dans des situations inattendues au milieu de la France profonde. L’histoire n’est pas palpitante, les acteurs ne sont pas extraordinaires (et pourtant Grégory Gadebois…), les situations sont molles. Julien Doré semble abonné aux navets (voir –ou surtout ne pas voir-) l’avant-dernier film de Pascal Thomas. Voilà !

 

Le passé, Asghar Farhadi

Bérénice Bejo, Ali Mosaffa, Tahar Rahim

Gien, 9/6

Etonnant : « Le passé » au nullissime cinéma de Gien. Dans une banlieue parisienne recréée par le très doué Asghar Farhadi, Bérénice Bejo retrouve Ali Mosaffa, son ancien mari, dans le but de divorcer pour épouser son nouvel amour Tahar Rahim. Mais la femme de TH est dans le coma suite à une tentative de suicide. Pourquoi (suspense du film, suite à quelles révélations) a-t-elle voulu se suicider ? Comment les enfants (trois) réagissent-ils, interviennent-ils dans cette histoire ? Le personnage qu’incarne Ali Mosaffa peut-il faire quelque chose (il incarne le « sage », le « juste ») dans cette histoire compliquée ? De scène en scène, on suit cette histoire, désolés, interpellés, touchés. Asghar Farhadi admire le génial Kristov Kieslowski, ce que j’ai appris avec intérêt. Kieslowski et Farhadi sont les très grands de cette fin de XXè siècle, début XXIè.

 

Le pouvoir, Patrick Rotman

Montargis, 14 juin

Le journaliste a filmé les 8 premiers mois de pouvoir de François Hollande. Le pouvoir à l’Elysée. Tout est beau dans ce palais, doré, magnifique ; les gens glissent sur les parquets cirés. Hollande dit au début du film à ses collaborateurs qu’il ne faut pas qu’ils oublient qu’ils ne sont pas dans une bulle. Mais ce palais donne vraiment l’impression d’une bulle. Tout là est si beau et grandiose. Les réunions avec les collaborateurs sont fort intéressantes et montrent un François Hollande pas si commode que ça. Un président serein qui a du caractère. J’ai beaucoup aimé cette entrée dans un monde inconnu.

 

Les beaux jours, Marion Vernoux

Montargis, 21/6                                                                                                                    Laurent Lafitte est séduisant à souhait, Patrick Chesnais compose un personnage exposé et délicat, et Fanny Ardant (la soixantaine) est fine, attentive, et merveilleusement belle. C’est l’histoire d’une aventure, une aventure avec un homme plus jeune, aventure qui n’était pas attendue. Les personnages secondaires (les femmes en particulier) sont bien mis en valeur (Fanny Cotençon…). J’ai regardé ce film avec beaucoup de plaisir. Tiré d’un roman : " La fille aux cheveux blancs", la romancière a participé au scénario.

 

 

DU COTE LITTERATURE :

 

Avec beaucoup de flamme et de psychologie, Stefan Zweig raconte "Marie Stuart". Une biographie qui traînait dans ma bibliothèque avec d'autres Zweig : "24 heures de la vie d'une femme", "Le Joueur d'échecs", "Balzac, le roman de sa vie". Zweig s'est suicidé pendant la Seconde Guerre mondiale, atterré par le nazisme. Dommage qu'il n'ait pas patienté. D'autres biographies brûlantes nous attendaient peut-être encore. A vingt-cinq ans, Marie-Stuart avait tout joué et tout dévasté ; elle n'avait plus qu'à attendre, dans des châteaux anglais où elle était prisonnière, complotant jusqu'au bout, la condamnation à mort de sa "sœur", cousine et ennemie Elizabeth Ière. Deux femmes qui se haïrent, firent semblant de s'aimer, toute leur vie, sans jamais se rencontrer. Etonnant.

 

"LE ROMAN DU MARIAGE", Jeffrey Eugenides (l'auteur de "Virgin Suicides") : un gros roman tel que je les aime. De ces histoires qui se passent dans des universités américaines (ou anglaises), avec étudiants, professeurs et intrigues amoureuses (comme dans les David Lodge de sa meilleure période, dans "le Maître des illusions" de Donna Tartt, et aussi dans Alison Lurie). Madeleine tombe amoureuse de Leonard (qui souffre de maniaco-dépression comme moi qui vous parle, et on décrit très précisément cette maladie dans ce livre), mais c'est Mitchell, étudiant en religions, qui est amoureux d'elle. On les suit tous les trois à travers l'Amérique, la France et l'Inde et cela se lit avec beaucoup de plaisir. Etudiants mal dégrossis, encore très adolescents, ils ont un parcours plutôt difficile. Mitchell arrivera-t-il enfin à séduire Madeleine  ? Et à la sortir des griffes du tout de même sinistre Leonard ? Madeleine acceptera-t-elle de NE PAS SE MARIER comme dans "la non demande en mariage" de Brassens ? "Le Roman du mariage" est un "Bildungsroman" (je crois que c'est comme ça qu'on dit - un roman de la construction de jeunes gens) tel que je les aime. Moi-même j'ai essayé d'en écrire, mais je fais toujours trop court.

 

Et IL PLEUT, IL PLEUT, IL PLEUT ! Encore ce matin (29 juin). La Loire a été très haute, mais est bien redescendue. Les grenouilles coassent à perdre haleine.

 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 14:09

HOMMES REVES

 

Le bleu des yeux de la rivière

Brad Pitt adouci encore par les eaux

Le sourire de Charles Boyer

La beauté de Mathieu Carrière

 

Le son de voix d'Yves Montand

La cigarette de Serge Gainsbourg

La rapidité de Berry

La beauté de Mathieu Carrière

 

La longue main brune d'Anglade

Les bas de soie de Talleyrand

Le savoir de Casanova

La beauté de Mathieu Carrière

 

La jeunesse de River Phoenix

La fossette de Cary Grant

La pipe d'Apollinaire

La beauté de Mathieu Carrière

 

L'homme mystère de Prud'hon

Le berger nu de frère Flandrin

Les yeux d'Alain les yeux d'Alain

Et la beauté de Mathieu Carrière

 

Joëlle Carzon

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 14:03

Ce que j’ai pu râler contre « les films boum-boum » américains ! Mais je ne suis pas à une contradiction près : je dis détester la violence dans les films et les films que j’ai le plus aimés ces dernières années sont des films hyper violents. « Les Promesses de l’ombre », « History of Violence » (David Cronenberg), « La Nuit nous appartient » de James Gray, film qui m’a fait très peur ! Et aujourd’hui me voici en admiration devant « Only God forgives », l’hyper violence chez les Atrides (mais n’y emmenez pas vos enfants de moins de quinze ans !). Je commence vaguement à comprendre la fascination pour la violence.

En 1981, « Pulsions » de Brian de Palma m’avait terrifiée. A en faire des cauchemars. Depuis, je m’étais promis de ne plus aller voir de films violents. Mais Cronenberg, mais Gray, mais  Nicolas Winding Refn…

(J’oublie sur ma route « Casino » qui fait que, pendant des années, j’ai refusé d’aller voir les films de Scorcese. Les scènes de torture de « Casino » m’ont empêchée de dormir pendant plusieurs jours !)

Cela dit, tous ces films ne sont pas des « films boum-boum ». La lenteur, les ralentis d’ »Only God forgives » sont très savants.

 

Après ces films, comment parler des comédies actuelles françaises ? On est au top de la nullité. Il faut FAIRE RIRE à tout prix, mais vraiment faire rire avec quoi ? J’ai honte des comédies françaises. Je me cache la tête dans les mains pendant les bandes-annonces !! Même Jude Apatow (metteur en scène américain vulgaire qui raconte des histoires à n’en plus finir) arrive à faire mieux.  Oui, il y a eu le film avec Omar Sy et François Cluzet (que j’adore – ciel, j’ai un trou de mémoire ! Oh, Intouchables), pas mal, et « The Artist », pas mal du tout, mais tous les autres…

 

Là où on continue à être bons, c’est du côté des films intimistes amoureux des acteurs : « Le Temps de l’aventure » de Jérôme Bonnell en est un bon exemple. Je ne sais pas si ce film a marché, je trouve qu’il a été très mal distribué. Pratiquement impossible de le voir dans le Loiret au moment où il est sorti. Je l’ai recommandé à tous mes amis, y compris mes deux amis cinéphiles Facebook (mes « jeunes » amis, Gauthier et David) avec qui je n’ai pas eu de succès. Vraiment quel dommage !

 

DONC CINE MAI 2013 :

 

Le Temps de l’aventure, Jérôme Bonnell

Emmanuelle Devos, Gabriel Byrne

Les Carmes Orléans, 21 avril

J’ai enfin pu voir ce film, j’étais impatiente. Je l’ai vu aux Carmes après deux heures d’attente dans un café, après ma visite chez D. Une « brève rencontre » d’une actrice à Paris, entre deux trains. Les deux acteurs sont filmés au plus près. On voit le grain de peau. C’est pratiquement en temps réel. On suit Emmanuelle Devos avec sympathie et même affection. C’est très émouvant et c’est une magnifique histoire. Très beau film d’un réalisateur que je ne connaissais pas.

 

La cage dorée, Ruben Alves

Montargis, 5 mai

L’auteur de ce film évoque avec nostalgie ses parents gardiens d’immeuble à Paris, la vie que quartier, la communauté portugaise, le Portugal lointain qu’on regrette, et l’on dit qu’on va y retourner… Petit film qui ne casse pas des briques, trop classique, sans beaucoup de trouvailles, mais c’est sympathique quand même.

 

The place beyond the pines,  Derek Cianfrance (US)

Montargis, le 7/5

Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes

Film absolument magnifique, au récit mené de main de maître. Un film comme seuls les Américains savent les faire quand ils ont décidé de faire bien. Une histoire de filiation et de générations successives, avec le destin qui joue des tours terribles. Tout est magnifique, y compris bien sûr les acteurs dont Ryan Gosling, ange blond et mâle qui fait des ravages dans la première moitié du film. Je suis pleine d’admiration pour ce film. Les 2 H 20 ont passé comme l’éclair.

 

Hôtel Normandy, Charles Nemes

Montargis, 10 mai 2013

Héléna Noguerra est belle. Elmosnino et Ary Abittan ne sont pas mal. Mais il en faut plus, beaucoup plus, pour faire une bonne comédie.

 

Les gamins, Anthony Marciano

Max Boublil, Alain Chabat, Sandrine Kiberlain

Montargis, 11/5

Deux hommes (un de 30, un de 50) retombent dans l’adolescence. Ils sont père et fiancé de la fille du père. Film un peu mode qui ne va pas jusqu’au bout de son délire.

 

Sous surveillance, Robert Redford

Montargis, 17/5

R. Redford, Nick Nolte, Julie Christie…

Des militants violents anti-guerre du Vietnam sont obligés de ressortir de l’ombre. Un peu trop de vieux visages dans ce film (un jeune journaliste quand même mène l’enquête), mais bon c’est le sujet qui veut ça. L’histoire est bien racontée et on suit les péripéties avec intérêt.

 

25/5 Nicolas Jules, chanteur, à l’espace culturel à Gien (chanteur de textes français, à la voix de crooner, ayant beaucoup d’humour. Bonne soirée).

 

Only God forgives, Nicolas Winding Refn (auteur de “Drive”)

Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas

Montargis, 26/5 – 18

Brrr… ! Dans le genre violence sur papier glacé. Esthétique superbe et violence très grande. De savants ralentis. Un policier-Dieu venge tout un tas de gens qui eux-mêmes se vengent au départ. Rien ne nous est épargné y compris Ryan Gosling plongeant sa main dans les entrailles de sa mère. J’ai aimé !

27/5 : Au Masque et la Plume hier soir les critiques comparent la violence  de ce film avec celle d’un film mexicain du festival (plus violent paraît-il finalement). Tout de même « Only God… » interdit seulement aux moins de 12 ans, je trouve cela un peu fort de café. Ce genre de film devrait AU MOINS être interdit aux moins de 15 ans.

Kechiche a obtenu la Palme d’Or au fait pour « la Vie d’Adèle », et Bérénice Béjo a obtenu le prix d’interprétation féminine.

 

DOUCEUR

Je me repose de toutes ces émotions en continuant à lire Louisa May Alcott : XIXè siècle et douceur et morale familiales, mais en fait Louisa M. Alcott cachait bien son jeu et était une  vraie féministe.

 

QUELQUES CITATIONS POUR FINIR :

 

Patrick Modiano (Interview dans le Journal du Dimanche de dimanche dernier) :

« On ne peut pas s’abstraire du monde actuel, et ce que l’on a écrit ne pouvait pas être écrit à une autre date. On est « de son temps », même si on ne l’aime pas particulièrement. »

 

Modiano citant Maurice Blanchot :

« Tu ne trouveras pas les limites de l’oubli, si loin que tu puisses oublier. »

 

Et Arielle Dombasle (qui vient de diriger « Opium »)  citant Cocteau :

« Il ne faut pas entraver la vie avec la raison. L’important est de ne jamais se trahir. »

(Même « Journal du Dimanche »)

 

30 Mai 2013

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:58

Vivien Leighveronica Lake

1) Vivien Leigh

2) Veronica Lake

 

Comme le cinéma (américain entre autres) des années 1940-50 présentaient, magnifiaient de belles actrices !

Que s'est-il passé depuis ?

Cette beauté était-elle plus mise en valeur par le noir et blanc ?

Parmi ces plus belles : Lauren Bacall, Ava Gardner bien sûr, la Laura d'Otto Preminger, Gene Tierney...

Elles étaient si belles.

Il y a maintenant Angelina Jolie ou Michele Pfeiffer, beautés plus "bizarres" que vraiment belles. Je ne trouve pas Marion Cotillard particulièrement jolie.

 

En France tout de même, deux vraies BEAUTES émergent : Fanny Ardant et Jeanne Balibar.

La Fanny Ardant en noir et blanc de "Vivement dimanche ! " de Truffaut.

Et Jeanne Balibar, oui, oui : je la rêve en noir et blanc.

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 16:47

LE VIEUX CHIEN

 

Le vieux chien n’a plus de maître

Et bientôt l’hiver viendra,

Avec la neige et le froid

Il n’aura plus de retraite.

 

Il s’est arrêté chez nous

Et par la porte entrouverte,

J’aperçois la pauvre bête

Au pelage sale et roux.

 

De ses yeux il me supplie :

N’auriez-vous pas une croûte ?

Puis je reprendrai ma route

Et chercherai un abri.

 

Il est tout couvert de boue

Et ses pauvres pattes saignent,

Un morceau de corde traîne

Pendue autour de son cou.

 

Il y a la soupe au lard,

On va te la faire chauffer

Et puis tu pourras coucher

Pour la nuit dans le hangar.

 

Il s’est roulé dans le foin

Après s’être rassasié

Et s’endort, rassuré,

Sans penser au lendemain.

 

Les enfants ont supplié :

Il ne peut pas repartir,

Il fait froid, il va mourir !

… Et le vieux chien est resté.

 

Eliane de Taxis du Poët

(Poétesse des Hautes-Alpes - Trescléoux -  1943 - Mai 2013)

Hommage à elle...

 

 

CHANTE LA VIE CHANTE

 

Chante l’oiseau

Voici l’aurore,

Chante un refrain gai et sonore,

Chante l’oiseau !

 

Chante grillon

Voici le jour,

Chante un couplet au vent qui court,

Chante grillon !

 

Chante cigale

Quand midi sonne,

Lance tes trilles monotones,

Chante cigale !

 

Chante soleil

Voici l’Avril,

Réveille la rainette agile,

Chante soleil !

 

Eliane De Taxis du Poët 

 

 

BRUME MATINALE

 

Le matin transparent s’est drapé d’une brume

Les prairies et les bois sont nimbés d’air ouaté

Et le premier soleil brode un feston doré,

Les collines et les monts d’auréoles s’allument.

 

Chaque jour le miracle s’est renouvelé,

Chaque jour différent de teinte ou de nuage

Et la clarté nouvelle inonde le village

S’étirant comme un chat dans le matin mouillé.

 

La toile d’araignée suspendue dans les branches

M’est apparue soudain comme un fin napperon,

Tendue comme un tableau sur un fond d’horizon

Fait de fils d’argent et perles scintillantes.

 

Comme la mousseline emportée par le vent,

La brume s’évapore en volutes bleutées

Dans l’air transparent monte comme une fumée,

Dissipée peu à peu par les rayons d’argent.

 

Eliane de Taxis du Poët

 

POUR L'ETOILE DE DAVID

 

Ils sont partis pour une étoile

Qu'ils portaient cousue sur le coeur

Ils sont partis pour une étoile,

Muets de peur.

 

Ils sont partis dans la nuit froide,

De Romainville ou de Drancy,

Ils sont partis dans la nuit froide

Muets, sans bruit.

 

Ils sont montés dans un train sale,

Transis d'horreur, transis de froid,

Ils sont montés dans un train sale,

Muets d'effroi.

 

Ils ont roulé des nuits entières,

Combien de nuits ? Combien de jours ?

Ils ont roulé des nuits entières

Muets, toujours.

 

Ils s'appelaint Sarah, Ismaël ou Moshé,

Ils sont partis vers les étoiles

Ils s'appelaient Judith, Jacob ou Salomé ;

Depuis la nuit des temps, ils sont persécutés

............. Pour une étoile.

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 15:13

 

 

            Marc avait de larges épaules, de beaux cheveux bouclés blonds (un casque que j’admirais de loin à l’étage d’anglais de Nanterre, c’était l’époque où les veinards aux cheveux bouclés voulaient tous ressembler à Angela Davis), un visage régulier et… une voix. Une Voix. Oh, cette voix de basse, la voix des hommes, de l’Homme, une voix qui a disparu aujourd’hui (et depuis déjà au moins trois décennies) ! Cette voix, c’était une promesse, une caresse, le côté flatteur (je n’en pouvais plus alors, je me pâmais) de la fille des A.G.P. qui me disait : « Un homme a téléphoné pour toi, c’était personnel, et il avait « une voix »… » Une voix. La voix de Marc. La voix du cinéma, la voix des prochains week-ends, la voix de l’amitié, la voix de l’Ami. J’avais un ami garçon, moi, la petite Lucile aux cheveux plats, passionnée, mais passionnée avec sa toute, toute petite voix.

 

            J’avais une voix de souriceaude timide qui m’a bien desservie par la suite.

 

            « Viens ! » me disait Marc Valloire. Mais Viens selon Marc cela ne voulait pas dire comme vous pouvez le penser Viens chez moi faire ce que vous pouvez imaginer, « viens » ça voulait dire « viens avec moi au cinéma ».

 

            Marc était un pur esprit, un elfe, il volait au gré des films qui passaient dans Paris, il me disait « viens » et je le suivais d’un cinéma l’autre, nous étions des avions, nous volions d’un quartier à l’autre de Paris, pour un film, pour un cinéaste, pour un acteur, nous étions des avions vivants, pleins d’ardeur et de chaleur. Nous parlions un peu de littérature, je parlais un peu de ma mère, lui de la sienne (rapports violents) et nous parlions de cinéma, de cinéma, et encore de cinéma… Nous avions le cœur battant cinéma. Nous allions au rythme des images de cinéma. Nous nous appréciions, nous nous aimions par et pour le cinéma. Rien d’autre n’existait, nous n’avions pas de mains, de pieds, de genoux, de sexe, nous vivrions, il nous arriverait de vivre et de mourir dans une salle de cinéma.

 

-         Que cherches-tu exactement auprès de lui ? disait Sonia.

 

Elle ne comprenait pas et avait raison de ne pas comprendre.

 

Je cherchais le couteau dans l’eau de Polanski, le rêve de Denise (l’héroïne du « Bonheur des Dames » -Marc avait adoré Zola au lycée), le mystère des rapports humains de « Violence et Passion » de Visconti, le trouble d’un poème inachevé ?

 

-         Mais emmène-le chez toi ! disait Dominique, une copine plus prosaïque.

 

Mais Marc venait chez moi parfois, rue de Saintonge. Une fois, après une soirée chez Dominique, il y avait même dormi.

 

            Tic tac, tic tac, faisait le réveil. Un vieux réveil. Une sorte de gros réveil argenté, un « machin », un cadeau de ma mère qui l’avait sans doute hérité de ma grand-mère.

 

            Je m’étais relevée pour l’enfermer dans un placard, au grand soulagement de Marc. « Ah bon ! » avait-il dit de ce ton sec qu’il prenait si souvent et qui pouvait vous terrifier.

 

            Mais en 1979, j’étais si naïve que je n’étais pas encore terrifiée. Rien ne m’étonnait. Il ne se passait (semblait-il) jamais rien et je n’étais pas étonnée. Jules était seul, Marc était seul, et cela ne m’étonnait pas. Pas de petites amies. Je croyais les hommes timides, ou alors c’était des lonesome cowboys. Cowboy solitaire, comme Marc avec ses joues creuses, son ton pète-sec et ses courses d’un cinéma l’autre.

 

            Je l’admirais. Il écrivait dans « Image et Son ». Je croyais encore que moi aussi, un jour, j’écrirais pour une maison d’édition. Comme ça. D’un coup de baguette magique.

 

            Après tout, nous étions à Paris. Je ne savais pas encore que je n’étais rien, que je n’étais pas allée au lycée Henri IV, que je n’avais pas fait Khâgne-Hypokhâgne ; je ne m’étais encore curieusement pas aperçu que je n’étais pas une combative. Par on ne sait quel miracle j’avais eu une Licence et une Maîtrise d’anglais, et puis je m’étais arrêtée là. Mais j’avais toujours cru que je deviendrais écrivain.

 

            Marc était bien critique de cinéma ! On s’appréciait, oui, on s’appréciait, n’était-ce pas déjà comme un peu de magie ?

 

            Le cinéma est magique. Marc participait de cette magie.

 

            Il fallait travailler (je venais de familles ouvrières ; même devenu technicien mon père parlait toujours de « l’usine » et utilisait un argot d’ouvrier). C’était comme ça. Dans ma tête, à vingt-deux ans, on travaillait. Et je travaillais aux A.G.P., rue de Châteaudun.

 

            Klaus, en Allemagne (c’était un ancien « assistant » que j’avais connu en Angleterre), m’avait dit : « Tu n’es pas plus qu’une employée dans une compagnie d’assurances parce qu’il est moins demandé aux filles qu’aux garçons. Les garçons, on les pousse, on les force à être plus ambitieux. »

 

            J’avais trouvé ça idiot.

 

 

            Un jour.

            Un jour, de toute façon, je serais Françoise Sagan. Echarpe au vent dans une voiture en Normandie. Je ne pensais pas à l’argent. Je pensais juste à l’écharpe au vent. Et à la Normandie. La liberté en fait.

 

            J’avais envoyé, étudiante, un bel article (bel article à mes yeux) sur Bernard Frank, l’ami de Sagan, au « Magazine littéraire », mais on ne m’avait pas répondu.

 

            Ça ne m’avait fait ni chaud ni froid. J’étais poète et romancière, pas critique littéraire. Le critique c’était Marc.

 

            Je mettais des croix dans des cases aux A.G.P., dans le secteur des sinistres (non, sans rire, l’énormité de la chose me saute aux yeux aujourd’hui), il fallait bien bosser.

 

            Bosser pour aller au cinéma le soir et le week-end. 1979 a été le début calme des boulots idiots et abrutissants que j’allais faire pendant…

 

            Je fréquentais des Sonia musiciennes, des Jules aux cheveux longs, des Cyril dessinateurs, et des Marc critiques de cinéma, et je ne me révoltais pas.

 

            A gauche toutes, mes amis manifestaient (pour quoi ?) et moi j’ouvrais grands les yeux sur la fenêtre du mensonge permanent. Le ciné.

 

            Marc et moi vivions ailleurs.

 

            A Paris et ailleurs.

 

            Partout.

 

            Dans le monde entier.

            Cinés français, polonais, japonais… Et américain bien sûr.

            Ciné, fenêtre du vol des vies.

 

            Je travaillai un an aux A.G.P., mais de cette année-là je ne me souviens que de mes discussions avec Marc, du rire de Jules, des airs de guitare de Sonia, et de Rivette, Polanski, un reste de Visconti, Humphrey Bogart et les cinémas Action, et le cinéma italien en noir et blanc que Marc me faisait alors découvrir.

 

            Et du chat du cinéma de Frédéric Mitterrand dans le XIXè qui se baladait dans la salle de café et qui venait s’asseoir sur les genoux de Marc. Marc tranquille et serein, fumant sa cigarette. Ce chat, c’est le Paris-Ciné de ma jeunesse.

 

            Il y a ce jour devant moi un réveil avec des genres de chats du Cheshire, un gros sur le côté, et un petit dessus. J’ai toujours aimé les gros réveils.

 

            Comme le réveil que Marc me demanda de ranger dans le placard la nuit où il ne vint pas me rejoindre dans mon lit.

 

Marc c’était le vent,

L’ange des écrans,

Un écrin de cheveux blonds

Pour l’amoureuse en devenir,

La femme aux hommes passants. 

 

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 10:32

Jacques-Sternberg-et-son-Solex.jpg

 

JACQUES STERNBERG, 1975

 

            Comment parler de Jacques Sternberg sans parler de moi ?

            J’étais une petite jeune fille très sage, j’étudiais l’anglais à l’université de Nanterre. J’avais des goûts très classiques et, adorant la littérature, je m’employais à lire Balzac, Tolstoï, Julien Green, Gide, Bernanos, Cocteau... et les classiques anglais bien sûr. En fait, je ne connaissais rien à rien, mais étais très curieuse.

            Un jour, un peu par hasard, je me suis trouvée plongée dans le “Magazine littéraire”, et, à la première page, Monsieur Sternberg me tendait les bras. Je me suis abonnée. Et ma vie littéraire a changé... un peu, beaucoup ?... Je me suis aperçu que la littérature n’était pas seulement une affaire de vieux messieurs sérieux comme des papes, mais aussi une affaire d’insolence, de choses nouvelles et surprenantes (pour moi) comme la science-fiction, l’érotisme, les délires verbaux...

            Jacques Sternberg secouait le cocotier et me parlait d’Henry Miller, de Cami... et de lui-même. Il m’indignait et m’amusait. Il me réveillait et me faisait rire. Il attaquait des gens que, jusqu’à présent, j’avais jugé inattaquables. J’étais vibrante de respect, il était vibrant de révolte. C’était un anarchiste et je m’apercevais que, très loin au fond de moi, quelque part bien caché, il y avait aussi ce désir de bouger, de me moquer, de mettre les belles phrases sens dessus dessous, de les tordre, et d’en faire quelque chose de plus marrant et de plus cruel (car j’écrivais, évidemment). Sternberg m’a donné envie de lire Henry Miller, entre autres, ce qui allait me procurer un sacré choc. Et puis je l’ai lu, lui, et j’ai appris beaucoup dans sa façon de voir le monde, dans sa façon de parler de l’amour...

            Alors, je lui ai écrit. Je lui ai envoyé des poèmes, si je me souviens bien, ce qui était stupide car Sternberg n’était pas attiré par la poésie. Mais il a été touché par ma jeunesse, je suppose, et il m’a donné rendez-vous à Paris (j’étais banlieusarde). Je suis arrivée avec Lettre ouverte aux Terriens sous le bras au café de Flore où je mettais les pieds pour la première fois de ma vie. Je l’ai vu arriver sur son Solex, ce qui ne me surprenait guère puisque dans ma famille on utilisait encore les Solex. Il était simple, bavard, sérieux..., timide (ou était-ce le reflet de ma propre timidité ?). Nous avons parlé de poésie (il m’a redit que la poésie ne le branchait pas trop) et du livre de Guy Sitbon qui venait de paraître : Yves et Véronique, sorte d’utopie post-soixante-huitarde sur les communautés où règneraient la liberté sexuelle et le partage des partenaires. Cela m’avait effarée et Sternberg s’est chargé de me rassurer. Il a vu que j’étais une innocente étudiante et une apprentie écrivain à qui il a expliqué à quel point il était difficile, sinon impossible, de trouver un éditeur. Il m’a parlé de son fils qui avait trouvé avec peine un emploi. La vie quotidienne, déjà, n’était pas simple. J’ai bu ses critiques sarcastiques des très jeunes écrivains (Didier Decoin, François-Marie Banier et consorts), qu’il appelait “les minets de la plume” avec délices. Cela me vengeait un peu de mes déboires personnels. Sternberg m’a dédicacé mon précieux livre que j’avais fait lire à tout le monde autour de moi.

 

            Je n’ai jamais revu Monsieur Sternberg, si ce n’est une fois de loin dans un cinéma avec une jolie fille, et une fois, alors que j’avais commencé à travailler, à travers la vitre d’un café, entouré d’une bande de jeunes gens.

 

            Je ne suis jamais devenue écrivain et je n’ai appris la mort de Monsieur Sternberg que récemment en pianotant sur Internet. Je me souviens, comme dirait

2

 

Perec (que Jacques Sternberg appréciait sûrement), du Café de Flore et des Solex, je me souviens des quais où j’ai trouvé l’écrivain Cami, je me souviens des beaux visages des écrivains de cinquante ans de ces années-là, je me souviens de Trouville que j’aimais  sans savoir que Sternberg y avait ses habitudes, je me souviens des passages érotiques de ses livres, je me souviens de la texture des pages des livres de chez Eric Losfeld, je me souviens de mes joies littéraires et de toutes mes découvertes de jeune fille, je me souviens de mon bonheur lorsque je recevais le “Magazine littéraire” où je plongeais immédiatement dans la première page, MA page, je me souviens de mes cris de plaisirs en lisant Lettre ouverte aux Terriens, je me souviens de mes phrases que j’ai commencé à chambouler...

 

            Grâce à Sternberg, la jeune fille que je fus apprit à ne pas aimer “le pire dans l’ignorance absolue de ce qu’il y a de marginal, de plus excitant pour l’esprit, car tout germe d’humour, de charnel, de délire est banni des programmes scolaires...” (Lettre ouverte aux Terriens, p 45). J’eus un peu vingt ans d’une autre façon, dans une époque maudite car, comme chacun le sait, rien n’est pire que d’avoir vingt ans.

 

            Jacques Sternberg n’est plus, mais il est encore dans toutes nos mémoires. J’ai parlé de lui il y a quelques jours avec des amis (une jeune prof de français et Roland Duval, critique de cinéma et journaliste). Si l’on n’a pas parlé de lui à sa mort, son exemple fera encore écrire des jeunes gens. Mais je suppose que Sternberg aurait bien ri si l’on avait parlé de lui comme “exemple”. Alors, je me contente de le saluer ici et d’aller rouler mes mots sur les bosses de la vie.

 

Joëlle CARZON -

 

Gien, 14/5/08

Texte publié sur le site de Jacques Sternberg, par son fils, en 2008

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Le 26/7/13

Livre publié chez "l'Age d'Homme", 2013, "Jacques Sternberg ou l'oeil sauvage" de Lionel Marek, son fils (également écrivain).

"Un livre qui tient également de la biographie, de l'autobiographie, des mémoires intimes, de l'essai littéraire et même du récit initiatique (la quête du père)." Jean-Baptiste Baronian.

 

 

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:30

Le Sud-le Nord

Fin avril-début mai, je suis allée à Neffes près de Gap. Je m’y rends trois ou quatre fois dans l’année. J’ai aussi vécu à Trescléoux, un petit village près de Laragne (1987-89). Est-ce que j’aime le Sud ? Les Hautes-Alpes, c’est très beau. Comment résister aux magnifiques balades en montagne en automne, en mai… ? Mais également comment résister à la chaleur insupportable de juillet-août ? Je ne suis vraiment pas une fille du sud. Je ne m’épanouis qu’à Paris, en Normandie, en Bretagne, dans la Somme ! Ce n’est pas pour rien que j’ai des ancêtres du Nord et du Havre. Pour mes amis de Toulouse, la Normandie c’est comme l’Antarctique. Pour moi, le Sud c’est comme l’étranger bien étranger.

 

Télérama et ses approximations

Quand on lit les rubriques cinéma de Télérama depuis un an ou deux, on croit parfois rêver : des éloges du dernier Astérix, de Jude Apatow, metteur en scène vulgaire aux histoires plus que longuettes, de Terrence Malick aux récits philosophico-stupido-chiants. Terrence Malick, c’est de la philosophie New Age pour le dernier degré de l’intelligence. On croirait que les critiques de Télérama cherchent à perdre leurs derniers lecteurs de mon âge : les vieux profs qui essaient de penser un peu. Le service Abonnement, lors d’une de mes sautes d’humeur, a réussi à me rattraper. J’espère que je ne vais pas perdre plus patience. Je suis abonnée à Télérama depuis plus de vingt ans.

 

« Le Temps de l’aventure », de Jérôme Bonnell

Télérama a réussi quand même à faire l’éloge de ce film magnifique. Jérôme Bonnell filme au plus près la peau, les sourires, les regards, les baisers, l’amour. La performance d’Emmanuelle Devos est inégalable. Gabriel Byrne est très bien aussi. J’ai adoré cette « Brève Rencontre » qui reste pour l’instant mon meilleur film de l’année. J’en ai parlé partout avec enthousiasme : sur Facebook, Twitter… Ce film est malheureusement très mal distribué. J’ai pu le voir aux Carmes, à Orléans.

 

Le rêve de San Francisco

Irai-je un jour à San Francisco ? Ça fait plusieurs années que j’en parle. Quelques livres en anglais et en français sont déjà dans ma bibliothèque. J’ai parlé ainsi de l’Irlande, de New York (où je voulais passer mon réveillon 1999-2000, et où je suis allée finalement en 2004 et en 2006) pendant des années avant de m’y rendre bel et bien. Mais oh ! San Francisco s’éloigne. Pas d’argent. Et hier je me suis perdue dans le TGV Grenoble-Paris ; ça craint ! Avec les crises de panique que je me paye, je me vois mal, toute seule, partir à la conquête de San Francisco. Mais qui sait ?

 

Prêchi-prêcha américain

Harriet Beecher-Stowe le fit dans « la Case de l’oncle Tom ». Certes c’était une bonne cause. Je suis en train de relire (pour la première fois en anglais) « Little Women » (Les 4 Filles du docteur March) de Louisa May Alcott. La romancière, qui vécut courageusement au XIXè siècle un statut de liberté de femme non mariée, ne peut s’empêcher de jouer les moralisatrices, ce qui rend cet excellent récit parfois ennuyeux : les fifilles doivent aimer et respecter maman et papa, qui bien sûr sont des anges sans reproche ; elles doivent aimer le Travail et n’être point coquettes. Valeur travail et au pas ! On ne rigole pas avec les feignants en Amérique ! Les Etats-Unis continuent aujourd’hui à nous soûler de morale et de bons sentiments (les films doivent bien se terminer et se terminer moralement) alors que c’est le pays où le port des armes s’étend jusqu’aux enfants. Pouvoir tuer = liberté. Bon, j’aime beaucoup « Little Women » quand même.

 

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