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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 20:19

CINEMA ETE 2013 - Le grand méchant loup, Nicolas et Bruno

Benoit Poelvoorde, Fred Testot, Kad Merah

Montargis, 12/7

La crise de la quarantaine chez trois frères après une attaque cardiaque de leur mère. Bof, bof, bof ! J’aime bien Benoit Poelvoorde, Fred Testot plutôt sympa, mais à part ça…

   

Pour une femme, Diane Kurys

Mélanie Thierry, N. Duvauchelle, B. Magimel, Sylvie Testud

Montargis, 26/7

Souvenirs, souvenirs… Diane Kurys se rappelle sa mère (ce qu’elle a déjà fait), évoque l’arrivée des juifs de l’est en France, le communisme, l’arrivée d’un oncle mystérieux. Atmosphère des années 45-50 parfaitement reconstituées. Par contre la fin, avec un Benoit Magimel vieilli pour le rôle, est assez ratée. Mélanie Thierry est vraiment ravissante, et très bonne actrice.

 

Moi moche et méchant 2,  Chris Renaud, Pierre Coffin

Montargis, 9/8

Je n’ai pas vu le premier opus. Celui-là m’a bien plu, avec un héros moche et gentil, qui n’a pas de chance avec les femmes, et qui ici tombe amoureux d’une espionne rouquine. L’ensemble est plutôt pas mal. Beaucoup de détails à voir dans ce film d’animation.

J’ai réussi à compléter mes 5 films en deux mois (carte Solo), mais vraiment le programme cinématographique de cet été est désastreux, entre les blockbusters américains, les comédies françaises lourdingues, les pagnolades de Daniel Auteuil et autres futurs sébastienades.

 

Alors, j'attends le fameux et déjà polémique " Vie d'Adèle"... (Gauthier Jurgensen -AlloCiné- furieux.) Et j'aurais beaucoup voulu voir "Frances Ha" de Noah Baumbach, mais c'est mal barré...

 

Et COTE LITTERATURE :

Toujours dans Stefan Zweig. Merveilleux Zweig que j'ai aimé toute ma vie.

 

Je suis en train de lire "Ecrire" de Marguerite Duras.

"Ça rend sauvage l'écriture. On rejoint une sauvagerie d'avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c'est celle des forêts, celle ancienne comme le temps."

 

Et les émissions du soir sur France Inter ("Un été avec Proust", dont j'ai loupé une partie hélas) m'ont donné envie de relire Proust. A ce propos, lire "Je vais relire Proust", très amusant chapitre de Philippe Delerm, "Je vais passer pour un vieux con", qui se moque des gens comme moi.

Mais quand même, j'ai bien lu "La Recherche..." entre 18 et 22 ans.

 

Et lire les livres de mes amis : "Médecin des dames" d'Isabelle Delamotte, et "A l'ombre du banian" de Christophe Masson.

 

24/8/13

 

Lu, sur la plage à Granville, "Contes glacés" de Jacques Sternberg. (30/8/13)

 

P.S. Et et... MOI : "Collines et Mensonges" (roman) "paru" dans http://www.les-ecrits.fr

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Published by Joëlle Carzon - dans bloc-notes
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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 11:37

CHAPITRE XV

 

L’amour, l’amour…, l’imaginaire

 

            Qui ai-je aimé ? « Qui ai-je osé aimer ? »  J’ai aimé François-Régis Bastide, c’est sûr… et l’on me dira que ce fut un amour totalement fantasmé. Et pourtant je n’arrive pas vraiment à me dire que j’ai aimé un autre homme que cet homme-là. Non, pas un homme : un Ecrivain.

 

            J’ai aimé Pierre, je suppose. Il faut l’avoir beaucoup aimé… Seize ans quand même. J’ai aimé Patrice deux mois. Je me suis imaginé aimer quelques camarades, au lycée, et plus tard dans ma vie…

 

            J’ai aimé mes amis d’amour : Marc, Jules. J’ai aimé l’amitié d’amour. J’ai été amoureuse de l’amitié.

 

            Ma vie sentimentale, ma vie sexuelle aussi, furent des échecs cuisants.

 

            J’ai beaucoup aimé imaginer que j’aimais.

 

            J’ai beaucoup écrit. Je crois que j’ai écrit au lieu d’aimer. Pendant que j’écrivais mes histoires, j’étais amoureuse de mes personnages. Lorsque j’écrivais « 7, rue Pierre-Brossolette », je ressentais du désir pour mes deux héros, Luc et Iris, frère et sœur et amoureux l’un de l’autre !

 

            J’ai tant écrit autour de mes vingt ans sur Bastide que je crois que j’ai plus passé de temps à écrire sur lui qu’à l’aimer.

 

            J’ai aimé mes mots d’amour.

 

            J’ai aimé les personnages de roman. J’ai été amoureuse des personnages masculins de « Guerre et Paix », des hommes emportés des « Frères Karamazov », de l’adolescent fugueur de « Catcher in the Rye », des hommes charmants de Sagan, de Julien Sorel, de Darcy, de Mr Rochester… Après tout, pour moi, qu’était Bastide sinon un personnage de roman ? Il l’est d’ailleurs devenu dans le livre de Jérôme Garcin, en 2008, « Son excellence, Monsieur mon ami ». Monsieur. Monsieur Bastide. Un homme aimé si fort dans la chaleur de l’été 1976, l’été où j’écrivis mon plus beau texte sur un homme. J’étais emportée par une passion brumeuse des vapeurs de cet été-là. Dans une demi-vérité, dans un imaginaire totalement personnel, dans une vie rêvée (Bastide a écrit d’ailleurs un roman intitulé « La Vie rêvée »).

 

            Et Marc Valloire fut un rêve aussi. Un rêve brouillé de cinéma.

 

            Et Patrice fut un rêve. Avec Nelly. J’allais chez eux à Gentilly en 1984-85 et j’écrivis alors un roman : « La Lune en plein jour ».

 

*

 

            Je n’ai pas le courage ce jour (24 juillet 2013) de ressortir de ma pile (là-haut sur le buffet de ma grand-mère) de tous les manuscrits de mes romans (nouvelles…) refusés pendant trente-cinq ans cette « Lune en plein jour ». Non. Et puis je n’aurais pas le courage, pas la force de relire ce roman de mes trente ans. Le roman de mes fantasmes amoureux.

 

            Et pourtant, quand je le donnai à lire à Marc et à Jean-Pierre O., ils crurent bien que C’ETAIT ARRIVÉ. L’amour, les amours, les nuits avec Patrice, les nuits à plusieurs ! La romancière que j’étais arrivait à faire croire à mes fantasmes. Extraordinaire ! J’en fus assez flattée. Flattée de faire croire à l’impossible, flattée de me donner une vie agitée que je n’avais pas.

 

            Il faut dire que, concentrées sur huit années dans mon Beau Paris, j’ai testé toutes les sensations amoureuses : Bastide pas si loin encore, Marc, Pierre, la beauté et la gentillesse de Patrice et Nelly (que j’avais fini par confondre dans ma création romanesque) dans leur appartement de Gentilly. Et l’histoire entre Jules-Pierre-moi ! J’avais été, en si peu de temps, tellement amoureuse de mes amis et tellement enflammée par la création artistique autour de moi : Cyril, Marc, Jean-Baptiste et Pierre (rien que ça !) dessinaient et peignaient, Marc faisait aussi de la critique de cinéma, j’écrivais des nouvelles et des romans, Pascale faisait des mosaïques, nous avions tous la tête dans les écrans de cinéma ! Dans les étoiles ! J’avais complètement la tête dans les étoiles malgré les boulots idiots et les patrons racistes. J’étais ailleurs. J’ai toujours été ailleurs.

 

            La plus grande preuve d’amour fut, en 1975, mon vol de « la Fantaisie du voyageur » de François-Régis Bastide dans la librairie de la galerie marchande de la gare Saint-Lazare. J’eus des ailes. Par cet acte (que je ne renouvelai jamais), j’aimai « mon » écrivain. Le cœur battant très fort, je rejoignis mon train pour Conflans. Je n’avais pas couché avec Bastide, mais j’avais volé son livre. Volé, moi l’enfant sage d’alors !

 

            Après ma folie pour Bastide, après Sternberg au café de Flore, après mes lettres échangées avec Roland Duval (tout cela en 1975), qui pouvais-je aimer ? Je ne pouvais que retomber de très haut. Je ne me fis jamais éditer. Même Marc Valloire, quelques années plus tard (qui lui fut journaliste et édité) fut moins que tous ces écrivains, et lui aussi malgré tout hors de ma portée, évanescent, irréel, imaginaire. Et le voilà, par ce manuscrit, « personnage ».

 

*

 

            Oui, je ne fus jamais douée pour le vrai, la réalité, le quotidien, la chair, les amours vécues. J’ai heureusement nagé entre un mari vagabond, le travail et sa contrainte, les écueils. Je ne suis pas morte. J’ai réussi (malgré tous mes efforts) à ne pas être passée de l’autre côté.

 

            Je suis là, devant mon ordinateur en 2013 (alors que je fus pendant des dizaines d’années devant des feuilles de papier), transformant mes amis 80 en personnages imaginaires, les seuls que j’ai toujours aimés et qui m’ont toujours secourue. Pierre est « l’homme aux semelles de vent », Jules est l’Ami, Marc le cinéma et le romantisme, Patrice un très beau passant, Nelly une hirondelle, Sonia une petite souris de conte.

 

            Je revois Pascale Pigeon, en 1985, devant ses mosaïques « monetiennes », rien ne la faisait sortir de son rêve intérieur. Elle était comme moi, ailleurs. J’ai recherché Jean-Baptiste et Pascale sur internet. Jean-Baptiste est toujours à Paris, mais Pascale ne semble plus être là.

 

            Plus dans mon beau Paris des années 80, rue de la Condamine. Et plus aux Beaux-Arts. Comme moi, qui ne pus jamais publier, elle ne put jamais vivre de ses mosaïques. Elle a disparu de Paris, comme Pierre, comme moi. Qui sait si nous existons encore, en dehors de l’imagination de Lucile ?

 

(à suivre)

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"D'un tableau de Constable", nouvelle fantastique parue ce jour (19/8/13) sur le site http://www.les-ecrits.fr

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 10:11

Patrice, mai 1985

 

J’ai eu un rêve :

Tu étais là

Brillant secret

Infaillible

Ton mystère était tel

Que la nuit était encore plus nuit

Que la lumière de ce rêve était encore plus lumière

Que la clarté de cette vision était encore plus claire

Plus visionnaire plus magique plus sorcière

Que la couleur de la nuit était encore plus nocturne

Plus lune plus univers plus couleur des couleurs plus reine…

Que ma vision était reine plus reine

Que la lune était plus lune et mon cœur plus près

Plus près de toi

Plus près de la nuit et de la lune

Plus près de la terre de l’univers de moi-même

Si près si près que les astres auraient pu me toucher

J’étais irréelle comme toi

J’étais nue comme ton visage en moi

J’étais pluie comme les larmes

J’étais vie comme la terre qui te porte

J’étais magique comme la magie de ton regard

 

J’ai eu un rêve

Et toute souillure toute absence toute solitude

Ont disparu de l’univers

Mon corps ma tête le monde étaient si pleins

Si pleins de toi

Que mon rêve était l’universel rêve

Le rêve unique

Le rêve des animaux

Le rêve des arbres

Un rêve de pluie et de chair

Le rêve divin

Le rêve de la sérénité et de la douleur comme seule douleur

Toi douleur unique et unique consolation

La consolation d’une femme à qui l’on dit :

 

Tu as eu un rêve

Mais ce rêve est un rêve

Et tu retournes au sommeil ou à la chair

Tu retournes au labeur au jour à l’acte

Tu dois bouger parler faire semblant

Faire semblant de croire que le rêve

Est illusoire

Et continuer à rire

Rire rire raconter ton rêve

En disant :

 

J’ai rêvé de lui

Comme si

Je n’avais que l’amour en tête

Comme si

Un rêve pouvait raconter l’amour

Comme si

Tu existais encore pour moi

Car j’ai eu un rêve

Où tu étais là

 

*

 

            J’envoyai à Patrice, par courrier, deux poèmes que j’avais écrits sur lui dans ma flamme toute nouvelle. J’ai toujours été ainsi spontanée, étourdie, assez fraîche ! J’avais été ainsi, dix ans auparavant, avec François-Régis Bastide, avec Jacques Sternberg. Aujourd’hui, le doigt sur un twit, et hop ! c’est parti ! Le message étourdi est envoyé. Mais avec le courrier finalement, c’était pareil. Une fois la lettre dans la boîte, impossible de la rattraper, et le monsieur au bout la reçoit, la lit, et se dit… Une jeune femme, une femme de plus ! Sans penser que l’auteur de cette lettre est avant tout un écrivain et pense plus aux mots qu’à la chair. Aux mots précieux. Aux mots qui sont chair.

 

            C’est comme si, ayant écrit ces poèmes, j’avais déjà fait l’amour. Mes poèmes ETAIENT l’amour. Aujourd’hui, et toute ma vie, j’ai dormi avec mes livres. Ils sont la nuit à côté de mon oreiller quand je dors, ils sont là, collés à moi. Pierre fut une parenthèse sans livre finalement ! Je suppose qu’il m’a bien encombrée ! D’ailleurs, il n’était pas dupe. Il me fit plusieurs fois des scènes de jalousie au sujet d’un livre que j’ouvrais trop précipitamment, au sujet du « Masque et la Plume » que j’essayai de réécouter dans les années 90. Cela me fut impossible. Pierre voyait sans doute l’ombre de Bastide derrière la radio. Il avait semblé écouter d’une oreille distraite l’histoire du grand amour de mes vingt ans, mais il avait bien écouté. Mon histoire d’amour (qui dura plusieurs années) n’était pas passée inaperçue comme je le croyais. Pierre connaissait bien la petite Lucile.

 

            Comme Bastide, Patrice se trompa. Il crut à un appel. J’étais chez moi rue Lécluse, insouciante, imprudente, ne croyant pas curieusement que ma lettre aurait une suite. Et il sonna à ma porte.

 

*

 

            J’ai oublié l’autre poème. Je ne l’ai pas retrouvé. Mais quelle flamme ! Quel amour ! Patrice était là, chose étrange et absolument imprévue. Ce jeune père si beau. Il était là pour moi. Jules ne me croirait pas quand je le lui dirais. C’était magique. Jamais un homme comme ça ne se serait déplacé pour moi… Mais si !

 

            Je me souviens des vêtements que je portais (très féminin, je sais) : un pantalon d’été et un joli corsage vert d’eau, très décolleté. Il faisait chaud comme aujourd’hui (22 juillet 2013), et l’homme que j’aimais allait me faire l’amour. La vie valait la peine d’être vécue !

 

*

 

            Cette flamme, ces confidences chuchotées à Jules (qui je pense me trouvait déjà bien tête en l’air), ces poèmes, cet après-midi-là… Tout ça pour ça, comme on dirait aujourd’hui. Patrice était venu, et puis…

 

            Je lui ai parlé de Célia. Il m’a dit qu’un jour prochain on se reverrait. Il amènerait Célia.

 

            Prise. Oubliée. Jetée ? Du Haut-Commissariat-pour-les-Réfugiés, je le rappelai un mois ou deux plus tard. Il fut aimable. Gentil ?... Je ne sais plus. Cela me rassura plus ou moins. Il n’était pas fâché. Nous étions toujours amis.

 

            En fait, nous n’étions plus amis du tout et nous ne nous revîmes qu’à Valenton trois ans plus tard, dans ces circonstances affreuses.

 

*

 

            La Lucile étourdie décida de ne pas s’en faire. C’était l’été. Je riais avec Jules qui pourtant dit alors à Pascale, qui me le répéta : « Patrice a très mal agi avec Lucile. » Déjà qu’il n’avait pas bonne opinion de Patrice ! Notre groupe d’amis (« Friends » me fait toujours beaucoup penser aux Sonia-Lucile-Pierre-Jules-Nelly-Patrice d’alors) commença à se disloquer. Pierre jouait à « l’homme aux semelles de vent », Sonia et Cyril se disputaient insupportablement, les secrets de Jules commençaient à peser, Nelly comme Pierre disparaissait, il commençait à régner dans notre Beau Paris une atmosphère pénible : un homme mourait de froid cet hiver, on se mettait à courir pour trouver du travail, les pages du Figaro avaient de moins en moins d’offres d’emplois. J’étais entre deux corrections de livres chez des éditeurs de moins en moins accueillants. On commençait à « nommer » le sida. Pascale parlait de ses amis malades aux Beaux-Arts. Ce n’était plus le moment de jouer les insouciants, les bohèmes, les étourdis à la Lucile. Ce n’était plus le moment.

 

            Bref, ça craignait.

 

*

 

            Je décidai d’être la femme libre que j’étais d’ailleurs, d’aimer les hommes, d’avoir une autre aventure.

 

            Je ne sais pas quand la douleur commença. Sans doute avait-elle commencé avec le rejet de Patrice. L’abandon ! « L’abandon », mot ignoré, repoussé ;  ce mot-là ne serait jamais prononcé. Des pics d’exaltation, des pics d’inquiétude sourde. Cette  maladie de la différence (pas le sida), qui couvait depuis toujours, allait se déclarer pour toute ma vie restante avec « l’autre ».

 

*

 

            Jules essaya de me consoler.

 

            Jules me dit que les hommes c’était des salauds, qu’il en savait quelque chose. Que les hommes étaient cruels. Que lui aussi il aurait voulu qu’un homme fût gentil avec lui, qu’il le berçât, qu’il lui dît qu’il était amoureux. Oui, les hommes étaient des salauds et ils vous plaquaient comme de vieux Kleenex. Et vous vous sentiez moins que rien. Et vous étiez là à pleurer des nuits entières par manque d’amour.

 

*

 

            J’avais tellement voulu être insouciante. Sonia et moi avions tellement désiré être « des artistes », vivre une espèce de bohème. Nous aurions tellement voulu être des femmes de notre époque. L’époque des amours libres qui se terminait. Non. Peut-être Jules, Patrice et Nelly, Pierre aussi, avaient un peu goûté de cette liberté-là. Pas Sonia et moi. Pas moi. Nous étions trop sérieuses, nous avions été éduquées de façon trop sévère. J’avais peut-être lu trop de romans ! « Tu lis trop, tu vas t’abîmer les yeux », disait ma grand-mère préférée. Je croyais sans doute à l’Amour (ma mère, je le sais, elle me l’avait clairement exprimé, n’y croyait pas). J’ai essayé la liberté, mais ma tête devait être ailleurs. Dans la poésie, dans l’espoir, dans les rêveries éternelles. J’étais libre, oui, comme les jeunes femmes de mon époque, mais mon corps ne l’était pas. Le lien avec les femmes de ma famille - des femmes qui n’aimaient pas les hommes et l’amour physique, des femmes veuves très jeunes et ne se remariant pas - était encore trop fort.

 

            En une année, je « connus » (comme dans la Bible) Patrice et «  l’autre », mais cela ne me précipita que dans le chagrin et la douleur de l’abandon.

 

            Toute cette douleur.

 

Quand, où, me suis-je trompée ? M’a-t-on condamnée (mes parents en m’arrachant à Châlette et mes grands-parents) ? Tous ces hommes que j’ai croisés et aimés : Bastide, Marc, Pierre, Patrice, ne sont-ils que des accidents qui n’auraient jamais dû arriver ? Ils n’auraient jamais dû ETRE LA. Comme moi, petite Lucile, je n’aurais jamais dû en fait être là, sur cette terre. Ma mère ne voulait pas de moi. Elle a tout fait, enceinte, pour « m’éviter ». Pierre, Marc, Patrice n’auraient jamais dû me connaître. Je suis un accident.

 

Je voulais écrire le livre des rires et j’écris, à l’infini, le livre de la douleur. Toute cette douleur. C’est injuste. Elle me prend au ventre, aux yeux, elle me monte à la tête. Elle me rend folle. Lucile, pauvre folle. Comment la douleur peut être une telle douleur. Comment peut-on autant souffrir par un homme. Ou par deux, peu importe. J’ai vécu ma liberté et je l’ai transformée en douleur.

 

            « J’étais pluie comme les larmes. » Je peux me dire aujourd’hui quand même qu’heureusement j’ai connu Patrice. Je peux dire : « J’ai vécu. » Faire croire que j’ai été une femme de mon temps. J’ai écrit des romans où les femmes étaient de joyeuses luronnes. Bref, j’ai bien fait semblant ! L’influence de mes anars préférés : Roland Duval, Jacques Sternberg, mais aussi Jules et Pierre, a bien été, « heureusement », là.

 

            J’ai fait l’amour, j’ai vécu, oui j’étais bien à Paris entre 1979 et 1987.

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 13:51

 

            Eté 1982 : Pierre s’en va. « Ailleurs l’herbe est plus verte. » Avec Pierre, ailleurs sera toujours plus vert. En l’occurrence, Lamanon brûle sous le soleil. Pierre ramasse du foin chez un patron en compagnie du seul garçon resté dans cette ferme « anarcho-écolo-libertaire » où se réfugia un jour Jules. On va aux WC derrière la ferme. Je vais le rejoindre en août. Pierre me laisse seule les moments où il devrait être là. Il va à la recherche de cannabis, mais je ne m’en rends pas vraiment compte. Je plane comme d’habitude. Ou je me fais des plans parano : « Pierre m’abandonne. Il devrait être en train de me dorloter et il n’a même pas besoin d’être avec moi le peu que je suis là. » En fait c’est horrible. Je fais semblant de trouver tout normal, y compris cette fille qui loge aussi dans cette ferme, qui médite des heures dès cinq heures le matin et qui ne raconte que des histoires de défonce. Certes Pierre s’est musclé avec les foins et est devenu un très beau jeune homme. Mais ces WC au fond du jardin, ces gens aux discours qui ne me correspondent finalement pas le moins du monde, et cette chaleur insupportable. Ma famille et moi avons toujours détesté la chaleur. J’ai des ancêtres chtimis et normands.

 

            Il fait infernalement chaud et je pleure sur un lit bancal, en Provence, loin de mon beau Paris. Je n’ai rien à faire là. Je n’ai rien à faire avec ce type de gens. Et je mettrai plus de dix ans ensuite à m’en rendre compte.

 

            Pierre m’abandonnera peut-être une saison. Puis il reviendra à Paris la queue entre les jambes. Fin 1984, il repartira. Encore. Se faire gifler par le docteur G. dont il me parle depuis des années. Une espèce de psy pas commode qui sembla quand même faire du bien à Pierre. Ce fut alors un faux départ. Il avait l’habitude de faire du stop et le stop ne marcha pas ce soir-là à partir de Paris. Je croyais qu’il était parti pour de bon. Lui raccrochai-je au nez ? Il appela Jules qui le reçut à contrecoeur. Faux départ. Départ mélodramatique et ridicule. Même le gentil Jules fut exaspéré. Il se plaignit de Pierre à moi au téléphone. Je crois que nous n’en pouvions plus. Pierre et ses nombreux petits jobs, Pierre et ses disparitions qu’il n’expliquait jamais, Pierre et sa Kro, Pierre et ses pétards. Nous approchions de la trentaine. Je crois que Jules commençait à avoir besoin de calme, d’une vie stable, d’un ami définitif. Et moi je n’en pouvais plus non plus. Je n’en pouvais plus de me faire du souci, de me demander où il avait disparu et pourquoi il quittait notre appartement rue Lécluse soudain, sur des lubies. Je n’en pouvais plus des récits de son enfance qui me cassaient le moral. J’avais dépassé le stade « c’est du Dickens ».

 

            Et l’argent. L’argent, l’argent, l’argent. Nous n’avions jamais d’argent. Curieusement, je ne me suis jamais dit que Pierre aurait dû participer aux paiements du loyer, du chauffage, de l’électricité, de la bouffe… Si nous n’avions pas d’argent à mon avis, c’était la faute de mes boulots idiots et de mes salaires trop bas. Je n’ai jamais songé à réclamer auprès de Pierre. C’était mon bébé. Il était normal que je le nourrisse. Je fus rédactrice dans une compagnie d’assurances imbécile, secrétaire chez un expert (catholique et fasho) auprès des assurances, intérimaire, secrétaire dans une maison d’éditions médicales, correctrice… Je travaillais moi, et déjà c’était moi qu’on engueulait (ma mère, ma banque…). « Pourquoi ne savez-vous pas garder l’argent ? »

 

            Ah, oui, tiens, pourquoi donc ? C’était cher le ciné, les concerts d’Higelin, mais aussi la Kro, les pétards.

            Début 85, le départ (finalement il avait réussi à quitter Paris) de Pierre fut un extraordinaire soulagement. Je retrouvai Marc et son cinéma (puis ses dessins, ou les deux ?) et une liberté qui me permit quelque temps d’être correctrice à domicile. Je travaillai même deux mois à Neuilly, au Haut-Commissariat-pour-les-Réfugiés dépendant de la Suisse (c’était Marc qui m’avait pistonnée pour un arrêt maternité). La classe en fait.  Et je me réfugiai moi chez Nelly et Patrice, puis plus tard chez Christophe et Sehra, des amis de Marc.

 

            Je devins pendant un an et demi une petite célibataire qui se faisait chouchouter par de jeunes couples. J’étais d’une fragilité extrême, je l’ai toujours été. J’ai toujours trouvé le moyen de passer entre les gouttes, entre les orages, et même les pires orages, parce qu’il y avait toujours quelqu’un, sur mon chemin, pour me prendre sous son aile. Toute petite je me souviens, lors de vacances à Turriers (le début de la montagne avec mes parents, avant Fond-de-France, puis Saint-Christophe-en-Oisans pendant plus de dix ans) (à Turriers j’avais peut-être cinq ou six ans), je fus la cible d’un groupe de gamins qui, m’entendant tousser, me dirent qu’ils allaient m’éviter car la coqueluche était contagieuse ; une gamine de mon âge accourut à ma rescousse et déclara aux autres qu’il n’était pas question de me mettre à part. Elle m’entraîna dans son sillage, se décréta mon amie protectrice. C’était ma première « petite maman », il y en eut bien d’autres toute ma vie.

 

            On me dorlotait, on me réconfortait. Sonia se chargea plus d’une fois de me remettre sur les rails, de me dire que j’étais jolie, que j’étais intelligente, qu’il ne fallait pas que je m’en fasse tant. « Allons, Lucile, mais tu vas t’en sortir ! »

 

            Le mieux c’était les couples. Une femme, mais aussi un homme, une maison, de la nourriture dans mon assiette, du vin dans mon verre. On aurait pu me faire fumer aussi à cette époque (mais je ne fumais pas). On ne me bordait pas le soir, mais… Mais si, presque : je me demande si Patrice et Nelly ne m’ont pas plus ou moins bordée ! Ils étaient désolés que Pierre soit parti, m’ait laissée toute seule. Je pouvais aller chez eux le week-end, j’étais la bienvenue. Rue Albert Guilpain, 94 Gentilly.

 

            Il faut dire que j’étais (et je le suis toujours) bavarde (toujours des confidences à faire, toujours des films à raconter), plutôt marrante, très sociable. Le rire au bord des larmes. Comme Nelly. Mais alors je ne le savais pas. Au bord du suicide, mais proches d’autrui et pleines d’affection et d’amour.

 

            Nelly était une mince bretonne aux cheveux courts. Elle se fit raser la tête un jour, à notre grande consternation. Elle se vêtait robes indiennes et mettait souvent un foulard dans ses cheveux. Elle disait aimer surtout les femmes, ce qui me laissait dans la perplexité (elle vivait avec Patrice !). Et cela ne semblait pas troubler Patrice le moins du monde. Un jour, elle nous dit, et nous avions beaucoup ri : « Comme ce serait bien s’il y avait la guerre ! Nous ne serions plus qu’entre femmes. » Elle était semblable à tous mes amis : faisant traîner les années 70 dans les années 80. Les filles de vingt ans avaient alors abandonné les fichus indiens.

 

            Nous vivions pas terre. Chez moi, chez Sonia, chez Nelly. Nous mettions par terre les coussins, la théière, nous étions en rond et discutions pendant des heures. Je ne sais pas si les jeunes d’aujourd’hui font encore cela. Tous étaient d’extrême-gauche,  un peu écolos. Etais-je moi aussi d’extrême-gauche ?... J’ai toujours eu un train de retard, comme je l’ai déjà dit. Toujours en panne d’une information (en plus pas de télé chez moi). En général je tombais des nues. Mais j’ai toujours voté Mitterrand. Jules et Pierre disaient : « Gauche-droite, piège à cons. » Ce n’était pas la façon dont j’avais été élevée. Mon père disait fermement que les ouvriers s’étaient battus longtemps pour un jour voter et que voter était un devoir. Mon père avait bien grimpé l’échelle sociale, mais dans sa tête il se considéra à jamais comme un ouvrier.

 

            Je pense que Jules et Pierre étaient complètement anars. Ils étaient « coluchiens ». Ils adoraient Coluche, et si moi je pleurai à la mort de Truffaut, eux ils pleurèrent à la mort de Coluche. Quant à Patrice, ses discours sur « la mentalité judéo-chrétienne », qu’il ressortait sans arrêt, nous faisaient rire, Jules et moi. Jules me déclara un jour que Patrice était « un peu con », mais c’était trop tard pour moi. J’étais amoureuse.

 

            J’étais amoureuse d’un mec plutôt beau, au visage régulier, au corps de sportif, aux multiples talents. C’était venu petit à petit. A force d’aller me faire chouchouter chez Nelly et Patrice, j’avais fini par bien les connaître. Par bien les REGARDER. Et Patrice était vraiment pas mal. Ils étaient disponibles, moi aussi. Et Patrice était doué. Je me suis toujours, toute ma vie, laissée éblouir par l’intelligence, le savoir, le talent. Les talents. Ce n’était pas pour rien qu’à vingt ans j’étais tombée amoureuse de François-Régis Bastide. D’abord simplement en l’écoutant à la radio, puis en allant au « Masque et la Plume ». Rien que de le voir de loin, j’avais du soleil partout. Bastide était ECRIVAIN (ah ! écrivain !), c’était un excellent musicien, il parlait plusieurs langues dont le suédois, il faisait de la politique, il interviewait comme un dieu. Il était romancier, éditeur, musicien et bientôt ambassadeur. Pareil, c’était venu en douceur et je crois qu’un matin, je m’étais réveillée sur un rêve érotique où il était là. Présent à jamais. La tête dans les nuages, Lucile. La tête dans un monde où je n’avais pas le droit de pénétrer. En fait, ce que j’aimais c’était l’inaccessible. Le soleil, le ciel.

 

            A trente ans, j’avais quand même fini par renoncer à l’inaccessible. Patrice était un tout petit peu plus accessible. Aimer ce qu’on pouvait toucher. Ne plus aimer le vent. Patrice était un musicien de jazz, il jouait dans un groupe. Il aimait les maths et la physique, et en faisait le soir après le travail. Il lisait bien sûr (c’est lui qui me passa « Don Quichotte ») et, à mon époque de cocooning  à Gentilly, il faisait de la photo. Il s’était exercé à Paris chez Sonia, et aussi dans la rue, en faisant nos portraits : de Pierre et moi. J’ai encore ces photos noir et blanc. Nous avions posé. Pierre était incroyablement mignon, et très comédien. Patrice chercha à m’expliquer combien faire de la photo avec un bon appareil était agréable et créatif ; je ne demandais qu’à être convaincue, assise par terre près de ce beau jeune homme, mes yeux posés sur lui, pleins d’admiration. Patrice ressentait bien cette admiration. Ensemble, nous caressions les chats (ils avaient une collection de chiens et de chats) et nos mains parfois se touchaient presque. Nelly allait se coucher. Nous restions seuls lui et moi, caressant les chats.

 

            Il ne se passa rien bien sûr. Comment un homme aussi séduisant aurait-il pu m’aimer ? Bastide ne m’avait pas aimée.

 

            Il me prêta le fameux appareil photos, avec force recommandations. J’avais entre les mains l’appareil de Patrice ! J’allai Parc Monceau faire des photos. J’apportai cet appareil photos chez mes parents, à Noël, ne pouvant pas m’empêcher de parler de Patrice à mon père. Papa fit avec de belles photos de moi, ce qui me ravit. Mon père avait touché l’appareil photos de Patrice. Nous étions fixés à jamais en noir et blanc (j’aime avant tout le noir et blanc, au cinéma et en photographie). Les œuvres de Patrice et de mon père sont toujours là, à Gien, en 2013, classées dans mes photos préférées.

 

            Et puis, en 1984, naquit la fille de Nelly et Patrice, Célia. Ce bébé fut le premier bébé qui naissait dans ma vie, chez des amis. Il serait suivi de Sébastien, le fils de Sonia et Cyril. Le premier bébé, le premier petit bout de chou dans les bras d’amis devenus des parents. Ça comptait. C’était impressionnant. Patrice avec, dans ses bras, un petit enfant. Patrice père. Visiblement il adorait être père, il était fier. Il paraît que les femmes (et j’avais trente ans, l’heure où l’on fait des enfants) sont attirées instinctivement par les pères de famille. Ils ont créé.

 

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 15:12

 

            Depuis quelques jours, je sais que je dois reprendre « Lucile à Paris » et je suis saisie d’angoisse à l’idée de raconter l’histoire (l’enfance surtout) de Pierre. Et pourtant je dois en passer par là. Lucile et Pierre à Paris, c’est d’abord Lucile à Conflans et Pierre à Saint-Denis. Nous étions tous deux nés dans le 75 car, dans les années 50 (et aussi je crois plus tard dans les années 60), Paris et sa proche banlieue étaient regroupés dans le département « Seine ». Paris n’a fait sa figure de reine solitaire que plus tard. Et les habitants du 93 d’aujourd’hui n’étaient pas alors considérés comme des voyous et des exclus. C’est vrai que d’après les récits de Pierre, Saint-Denis était alors pauvre, ouvrier et rempli déjà de gens qui avaient de grosses difficultés. Je suis angoissée à l’idée de raconter l’enfance de quelqu’un marqué dès sa naissance par l’abandon et la pauvreté. Je me dis que Lucile faisait partie des privilégiés alors que Pierre pas du tout. Mais ce n’est pas aussi simple que ça. Nous fûmes tous les deux abandonnés par nos parents, même si les miens hurleraient si je leur disais cela. Et pourtant j’ai bien été séparée de mes parents à ma naissance. Et Pierre…

 

            Pierre était né à Saint-Denis le 17 août 1959 (quatre ans après moi) d’une jeune mère d’origine bretonne (elle était de Lorient) et d’un père peintre en bâtiment. La jeune femme avait déjà un fils, sans doute d’un autre père que celui de Pierre.

 

            Pierre se souvient qu’on les laissait seuls son frère et lui, longtemps, si longtemps, et qu’on ne s’occupait pas d’eux. Encore bébés, les deux garçons essayaient de faire sécher les draps pleins d’urine en les étendant sur les murs.

 

            Une petite fille naît, peu de temps après Pierre, puis, quelques années plus tard, une autre petite fille. Le père abandonne le foyer.

 

            C’est la détresse, la grande détresse. La mère ne travaille pas. Elle ne sait comment s’occuper des quatre enfants. Un jour, elle les prend par la main –la petite bébé encore dans les bras - et va les abandonner à l’Assistance Publique. Pierre fut séparé de ses sœurs, mais jamais de son frère aîné.

 

            Pendant quelques années, c’est donc l’Assistance Publique, l’Assistance Publique des années 60 où les « surveillants » (appelons-les comme ça) ont les longs cheveux des hippies et pourtant obligent les enfants à se mettre à genoux pour les punir et les frappent avec des serviettes mouillées.

 

            La grand-mère (la mère du père) obtient la garde de ses petits-enfants, et ils vont vivre dès lors dans une minuscule maison de Saint-Denis avec elle. Elle est communiste. Tout le monde est communiste à Saint-Denis. Pendant la guerre, elle a travaillé dans une usine de chocolat où les ouvriers pissaient dans les préparations pour lutter contre l’ennemi nazi. Pierre vit sa grand-mère une fois cracher dans la main d’un élu de droite sur un marché. Au Premier Mai, les enfants distribuent, sans être payés bien sûr, le muguet pour le parti Communiste. Les enfants travaillent dur à plier des tracts et à les distribuer. Pierre travaille sur les marchés. Il semble qu’on n’ait rien contre le travail des enfants dans les années 60. Beaucoup plus tard, de « mon » temps, devenu flemmard professionnel, Pierre dira à qui voudra bien l’entendre : « Moi je travaille depuis que je suis haut comme ça. » La grand-mère est dure. Je suppose qu’elle s’occupe bien d’eux, qu’elle les nourrit très correctement, mais ils n’ont le droit à rien, n’ont pas le droit de rapporter des livres à la maison (Pierre aime lire), et elle les frappe. Le soir, Pierre, son frère et ses sœurs se mettent le nez dans l’entrebâillement de leur unique chambre pour essayer d’obtenir des bribes de la télévision qu’ils n’ont pas le droit de regarder. Pierre se souvient de tous les programmes. Sa grand-mère se penche vers le bas de la télévision pour essayer d’apercevoir le reste du corps des speakerines. Elle les aime ses petits-enfants. Je suppose qu’elle les aimait puisque l’unique fois où je la vis (au mariage de la plus jeune sœur de Pierre qui avait épousé un horrible voisin terriblement plus âgé qu’elle pour échapper à la maison de sa grand-mère où elle était restée toute seule – nous ne fîmes qu’une apparition à cet horrible mariage), elle se plaignit avec un regard très triste et très déçu de la désertion de Pierre. Pierre aime les comiques ; il aimera plus tard Coluche (et avec moi, passionnément, Pierre Desproges). Il a une passion pour Fernand Reynaud. Un jour, il réussit à acheter un livre de sketches de Fernand Reynaud, le jette et le déchire dans un caniveau pour pouvoir le rapporter à la maison et ainsi dire à la grand-mère qu’il l’a trouvé dans la rue car elle lui demanderait où il a eu l’argent.

 

            Pierre a un joli visage un peu féminin, avec de belles lèvres. Il est souvent ennuyé par des attouchements dans les transports publics. Deux voisins le violent alors qu’il est encore très jeune. Il ne sait pas ce qui se passe, mais en parle quand même à la grand-mère qui met le holà.

 

            C’est pour ça, pour tout ça, que cela me semble si difficile d’écrire ce chapitre. Mais l’injustice est là. L’injustice sociale. Et la mauvaise conscience. Ma mauvaise conscience éternelle. Et puis mon histoire de Paris passe obligatoirement par celle de l’histoire de Pierre à Saint-Denis.

 

            L’injustice sociale, l’injustice scolaire. Lorsqu’il reprend l’école après l’Assistance Publique, on ne sait pas d’où il vient, le directeur d’école ne sait pas où le mettre, alors on le met avec les plus déshérités, on le fait redoubler une classe où il s’ennuie car il a déjà tout fait ce qu’on lui apprend. Alors il décroche et c’en est fini de l’égalité des chances. J’ai déjà entendu cette histoire plusieurs fois dans ma  vie. Si vous n’avez pas de parents qui viennent gueuler auprès des enseignants, de toute façon on vous laisse sur le bord de la route.

 

            Je me souviens quand même de cette anecdote : un jour, devant les mauvais résultats de l’enfant, on lui fait passer un test de QI. Il se révèle qu’il a un QI supérieur. La grand-mère le frappe alors, sans doute pour le punir de faire exprès d’avoir de mauvais résultats.

 

            Pierre est intelligent, sensible, très fin, subtil, doué, il dessine, il écrit. Infernal gâchis. Je suis absolument révoltée, moi qui fus prof et qui fis partie de ce système.

 

            Un jour, Pierre se sauve de chez sa grand-mère, veut aller vivre chez son père. Il y va. Je crois qu’on lui ouvre la porte, qu’on ne sait que faire de lui, qu’on va rechercher la grand-mère qui arrive, lui demandant pourquoi, mais pourquoi grands dieux, il s’est sauvé.

 

            Il y eut plusieurs épisodes, des vacances, où Pierre se retrouva chez des étrangers bienveillants, et aussi chez son oncle dans le Périgord. Vacances magiques et heureuses. Pierre adorera toujours la campagne. Il rêvera que quelqu’un l’adopte : les gens bienveillants, son oncle… Moi aussi j’ai toujours cherché, d’une certaine façon, à me faire adopter : par des profs, par les amis de mes parents, par mes propres amis plus tard. Je m’installais chez des couples en espérant qu’ils allaient me dire de rester !

 

            Il y avait aussi, chaque année, l’intermède merveilleux de la colonie de vacances des enfants de Saint-Denis : à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. C’était un bord de mer sauvage, avec des marais. Une année, ils arrivèrent et les beaux paysages de Vendée avaient été détruits, bétonnés. Ce fut un coup terrible pour les enfants. La nuit, ils se relevèrent et cassèrent toutes les vitres des affreux immeubles. J’ai connu ce genre d’épreuve moi aussi dans les années 60-70, quand on s’amusa à souiller le patrimoine français, pour certains beaux villages des Alpes.

 

            Pierre chercha toujours, pendant des années et des années, à se sauver de Saint-Denis et de chez sa grand-mère. Se sauver, se sauver. Aller ailleurs, loin. Fuir cet horrible endroit, ces horribles voisins, ces communistes obtus, ce destin. Adolescent, Pierre s’inscrivit au Parti Communiste, son frère aussi. Les réunions de cellules le guérirent très vite. Il était libre, en tout cas se voulait libre. Ce qu’il fallait c’était échapper à tout bourrage de crâne et fuir de cet endroit, de sa grand-mère, de ce désastre. Fuir l’école technique, fuir la petite maison où ils étaient tous entassés.

 

            Par deux fois (ou trois ? j’ai perdu le fil de ces fuites), il s’engagea. Dans l’Armée de l’Air et dans la Légion étrangère. Pour la Légion étrangère, quand il arriva, il faisait encore pipi au lit. On le découvrit le premier matin, on lui fit un « cassage de gueule » en règle et on lui dit de s’en aller. Pierre fut guéri !

 

            Et puis (on se rapproche de moi), il dut « réellement » faire son service militaire. Qui se termina très mal. Après une « rébellion avec arme », il dut faire un an de prison. Très longtemps après, à Trescléoux, je voulus que Pierre vote et on l’inscrivit à la mairie. On découvrit le matin du vote qu’il était privé de ce droit, sans doute à la suite de cette histoire, mais Pierre l’ignorait. Il put enfin voter quelque temps après.

 

            La prison pour un garçon qui ne rêvait que de campagne, de mer, de liberté. Il flirta dangereusement avec les Témoins de Jéhovah, eut des criminels perdus pour voisins de cellule, mais aussi écouta France Inter et lut beaucoup. On lui demanda de s’occuper des livres. Un animateur le prit en affection et lui fit découvrir le cinéma à sa     sortie.

 

            « Tu finiras au bagne. » C’était ce que sa grand-mère lui disait, ou quelque chose comme ça. Pierre disait de lui-même : « Bon à rien, bon à tout. » Quand j’écoutais les histoires de Pierre (qui se racontait très bien), je me croyais au XIXè siècle. C’était du Dickens, du Jules Vallès. Je me disais : « Mais pourquoi tant de souffrance, tant de malheur ? Pourquoi fait-on ainsi du mal aux enfants ? » Il m’arrivait d’en pleurer. Pierre me disait gentiment : « Toi aussi tu as souffert. » (Oui.) Et malheureusement je me disais aussi : « Mais maintenant, Pierre est avec toi. Il t’a. » Comme si la petite Lucile, avec toutes ses souffrances personnelles, avec sa dépression latente, avec ses doutes et son absolu manque de confiance en soi, allait pouvoir effacer tout ce gâchis d’enfance.

 

            Entre les séjours à l’Armée, il y eut un espace ensoleillé, mais je suis incapable de le situer. Pierre disait : « Quand je voyais mes amis de Saint-Maur ». C’était une autre ville que Saint-Denis, un peu moins défavorisé. Ces amis étaient liés à une bibliothèque. Une de ces bibliothèques municipales gratuites que Pierre aima et fréquenta toute sa jeune vie. Ces amis le prirent sous leur aile et Pierre eut alors ses premiers amis « classe ». Avant Jules, Sonia, moi… Il lisait les classiques, mais aussi de la B.D. Beaucoup de B.D. L’évasion parfaite. Pierre adorait Corto Maltes.

 

            Je revois Pierre plongé dans ses B.D. le soir au lit. Je pouvais lui parler… Il n’entendait plus rien. Corto Maltes et les ailleurs. Saint-Denis a complètement disparu, enfoui sous l’imaginaire. Je crois que Pierre et moi avons toujours vécu dans un autre monde, complètement inadaptés à celui-ci.

 

            Quand j’étais toute petite, dans la rue Jules Ferry à Châlette, mémère Lucile me confiait à une nourrice pendant la journée, madame T. Il y avait trois petits garçons orphelins chez madame T. Deux plus grands que moi, un de mon âge. C’était mes petits frères d’infortune. Après tout, mes parents aussi étaient loin. Plus d’une fois, ils se firent disputer à cause de moi. Pourquoi ? Parce que j’étais une fille ? Parce que je rapportais plus à madame T qu’eux ? En tout cas, je les gardai dans mon cœur et j’eus mauvaise conscience à cause d’eux. Ma mauvaise conscience de toujours. Qui sait si vingt ans plus tard, Pierre ne fut pas pour moi un de ces trois petits garçons ? Un orphelin, quelqu’un à cajoler, à choyer, quelqu’un à qui je dirais : « Tu n’as pas de parents, mais je suis là, moi, Lucile. Je t’aime. Je nous aime. Nous nous en sortirons. »

 

            Nous ne nous en sommes pas sortis. A part peut-être, un peu, dans ces années-là, dans ces jeunes années 80 où Paris brillait de nos lumières à nous : Rohmer, Jim Jarmush, Higelin, le XIVè arrondissement et la rue de l’Abbé-Carton et Jules…

 

            Pierre et Lucile. Autrefois. Pierre, mon pauvre « petit canard ». Mes années, mes chères années, celles où je voudrais dire : « Alors nous étions heureux. »

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13 juillet 2013

 

Je suis en train d'écrire : "Jules, l'enfant de Valenton" (de "Lucile à Paris"), mais il y a des choses du passé, dans doute, qui ne sont pas destinées à être sur la toile. C'est si loin et cela me paraît si proche. Ai-je eu une vie agitée ? Ou y a-t-il eu autour de moi des amis qui avaient une vie agitée ? Mes amis actuels me voient sage et douce. Qui voudra savoir ce qui s'est passé entre Jules, Pierre et moi auront droit au récit sur papier.

Le prochain chapitre sur mon blog sera donc le XIII.

 

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 10:08

AVEC TON CHER SOUVENIR

 

Tu es partie

En catimini

Tu es partie

La Sagan d'autrefois

Celle de jadis

Nous faisait sourire un peu

Celle d'aujourd'hui

Est partie

En catimini

 

J'ai aimé tes romans usés

J'ai aimé le Livre de Poche

A travers toi

J'ai aimé les pièces de théâtre

Où l'on s'embrassait

A trois plutôt qu'à deux

 

J'ai aimé les cocktails que je ne buvais pas

Les cigarettes que je ne fumais pas

Les amants qui s'enfuyaient

J'ai aimé les gros magots du Casino

 

J'ai aimé la petite Sagan

J'ai aimé la frêle et la rapide

J'ai aimé son air chinois

J'ai aimé qu'elle ne fût pas qu'à moi

Qu'elle fût à nous à tu et à toi

Notre Sagan Saga la Grande

 

25 septembre 2004

("Femme volante", 2009)

 

"Sagan et fils", Denis Westhoff - Le Livre de Poche

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J'ai été très touchée à la lecture de "Sagan et fils". Denis parle de son père et de sa mère avec plein d'amour et d'admiration. Il n'a aucune rancune contre eux et pourtant, bébé, ses parents passaient leur temps à faire la fête et le laissaient à la mère de Sagan. Il n'y a que de l'affection et de la reconnaissance dans les propos de Denis. Il faut dire que Sagan était d'une générosité infinie, vidait ses poches pour des inconnus, détestait l'injustice et l'intolérance... Denis a hérité de la bonté de sa mère. Il a hérité malheureusement (il a "choisi" d'être l'héritier malgré l'extrême difficulté de cet héritage) aussi, devant l'Etat intraitable (honteusement intraitable) devant Sagan qui fut pourtant source de notre rayonnement à l'étranger, devant tous les créanciers, devant les éditeurs qui ne veulent pas (pourquoi ???) ressortir ses merveilleux livres. Denis en parle longuement à la fin de son livre, ce qui est un peu ennuyeux mais me choque beaucoup. On a brûlé ce qu'on a adoré. Sagan ne méritait pas cet oubli. J'ai une affection immense pour ses excellents premiers romans : "Bonjour Tristesse", "Un certain sourire" (qui fait partie de mes livres préférés), "Dans un mois dans un an"... Ils ont bercé mes vingt ans, ils m'ont aidé à comprendre l'amour. J'adore aussi ses pièces de théâtre, merveilleusement divertissantes et joyeuses. Ces dernières années, j'ai trouvé beaucoup de ses livres dans les vides- greniers (pour ceux qui cherchent en vain ses romans, ses pièces...).

Denis nous parle aussi des goûts littéraires de son père et de sa mère, qui avaient un goût certain, et qui lui ont fait aimer la Littérature : Proust, "La Chartreuse de Parme", Styron... Sagan adorait Racine, ce qui l'a aidée à écrire dans un français pur et magnifique.

Il est heureux que Denis Westhoff ait pu publier ses mémoires et nous faire ainsi oublier les mensonges diffusés par certains des biographes de Françoise Sagan.

 

Juillet 2013

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 10:57

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas les faire, c’est parce qu’on n’ose pas les faire que les choses sont difficiles. » Sénèque.

 

Pop redemption, Martin Le Gall

Julien Doré, Grégory Gadebois

Montargis, 7/6

Un groupe de black métal, au tournant de la trentaine, se retrouve dans des situations inattendues au milieu de la France profonde. L’histoire n’est pas palpitante, les acteurs ne sont pas extraordinaires (et pourtant Grégory Gadebois…), les situations sont molles. Julien Doré semble abonné aux navets (voir –ou surtout ne pas voir-) l’avant-dernier film de Pascal Thomas. Voilà !

 

Le passé, Asghar Farhadi

Bérénice Bejo, Ali Mosaffa, Tahar Rahim

Gien, 9/6

Etonnant : « Le passé » au nullissime cinéma de Gien. Dans une banlieue parisienne recréée par le très doué Asghar Farhadi, Bérénice Bejo retrouve Ali Mosaffa, son ancien mari, dans le but de divorcer pour épouser son nouvel amour Tahar Rahim. Mais la femme de TH est dans le coma suite à une tentative de suicide. Pourquoi (suspense du film, suite à quelles révélations) a-t-elle voulu se suicider ? Comment les enfants (trois) réagissent-ils, interviennent-ils dans cette histoire ? Le personnage qu’incarne Ali Mosaffa peut-il faire quelque chose (il incarne le « sage », le « juste ») dans cette histoire compliquée ? De scène en scène, on suit cette histoire, désolés, interpellés, touchés. Asghar Farhadi admire le génial Kristov Kieslowski, ce que j’ai appris avec intérêt. Kieslowski et Farhadi sont les très grands de cette fin de XXè siècle, début XXIè.

 

Le pouvoir, Patrick Rotman

Montargis, 14 juin

Le journaliste a filmé les 8 premiers mois de pouvoir de François Hollande. Le pouvoir à l’Elysée. Tout est beau dans ce palais, doré, magnifique ; les gens glissent sur les parquets cirés. Hollande dit au début du film à ses collaborateurs qu’il ne faut pas qu’ils oublient qu’ils ne sont pas dans une bulle. Mais ce palais donne vraiment l’impression d’une bulle. Tout là est si beau et grandiose. Les réunions avec les collaborateurs sont fort intéressantes et montrent un François Hollande pas si commode que ça. Un président serein qui a du caractère. J’ai beaucoup aimé cette entrée dans un monde inconnu.

 

Les beaux jours, Marion Vernoux

Montargis, 21/6                                                                                                                    Laurent Lafitte est séduisant à souhait, Patrick Chesnais compose un personnage exposé et délicat, et Fanny Ardant (la soixantaine) est fine, attentive, et merveilleusement belle. C’est l’histoire d’une aventure, une aventure avec un homme plus jeune, aventure qui n’était pas attendue. Les personnages secondaires (les femmes en particulier) sont bien mis en valeur (Fanny Cotençon…). J’ai regardé ce film avec beaucoup de plaisir. Tiré d’un roman : " La fille aux cheveux blancs", la romancière a participé au scénario.

 

 

DU COTE LITTERATURE :

 

Avec beaucoup de flamme et de psychologie, Stefan Zweig raconte "Marie Stuart". Une biographie qui traînait dans ma bibliothèque avec d'autres Zweig : "24 heures de la vie d'une femme", "Le Joueur d'échecs", "Balzac, le roman de sa vie". Zweig s'est suicidé pendant la Seconde Guerre mondiale, atterré par le nazisme. Dommage qu'il n'ait pas patienté. D'autres biographies brûlantes nous attendaient peut-être encore. A vingt-cinq ans, Marie-Stuart avait tout joué et tout dévasté ; elle n'avait plus qu'à attendre, dans des châteaux anglais où elle était prisonnière, complotant jusqu'au bout, la condamnation à mort de sa "sœur", cousine et ennemie Elizabeth Ière. Deux femmes qui se haïrent, firent semblant de s'aimer, toute leur vie, sans jamais se rencontrer. Etonnant.

 

"LE ROMAN DU MARIAGE", Jeffrey Eugenides (l'auteur de "Virgin Suicides") : un gros roman tel que je les aime. De ces histoires qui se passent dans des universités américaines (ou anglaises), avec étudiants, professeurs et intrigues amoureuses (comme dans les David Lodge de sa meilleure période, dans "le Maître des illusions" de Donna Tartt, et aussi dans Alison Lurie). Madeleine tombe amoureuse de Leonard (qui souffre de maniaco-dépression comme moi qui vous parle, et on décrit très précisément cette maladie dans ce livre), mais c'est Mitchell, étudiant en religions, qui est amoureux d'elle. On les suit tous les trois à travers l'Amérique, la France et l'Inde et cela se lit avec beaucoup de plaisir. Etudiants mal dégrossis, encore très adolescents, ils ont un parcours plutôt difficile. Mitchell arrivera-t-il enfin à séduire Madeleine  ? Et à la sortir des griffes du tout de même sinistre Leonard ? Madeleine acceptera-t-elle de NE PAS SE MARIER comme dans "la non demande en mariage" de Brassens ? "Le Roman du mariage" est un "Bildungsroman" (je crois que c'est comme ça qu'on dit - un roman de la construction de jeunes gens) tel que je les aime. Moi-même j'ai essayé d'en écrire, mais je fais toujours trop court.

 

Et IL PLEUT, IL PLEUT, IL PLEUT ! Encore ce matin (29 juin). La Loire a été très haute, mais est bien redescendue. Les grenouilles coassent à perdre haleine.

 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 14:09

HOMMES REVES

 

Le bleu des yeux de la rivière

Brad Pitt adouci encore par les eaux

Le sourire de Charles Boyer

La beauté de Mathieu Carrière

 

Le son de voix d'Yves Montand

La cigarette de Serge Gainsbourg

La rapidité de Berry

La beauté de Mathieu Carrière

 

La longue main brune d'Anglade

Les bas de soie de Talleyrand

Le savoir de Casanova

La beauté de Mathieu Carrière

 

La jeunesse de River Phoenix

La fossette de Cary Grant

La pipe d'Apollinaire

La beauté de Mathieu Carrière

 

L'homme mystère de Prud'hon

Le berger nu de frère Flandrin

Les yeux d'Alain les yeux d'Alain

Et la beauté de Mathieu Carrière

 

Joëlle Carzon

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 14:03

Ce que j’ai pu râler contre « les films boum-boum » américains ! Mais je ne suis pas à une contradiction près : je dis détester la violence dans les films et les films que j’ai le plus aimés ces dernières années sont des films hyper violents. « Les Promesses de l’ombre », « History of Violence » (David Cronenberg), « La Nuit nous appartient » de James Gray, film qui m’a fait très peur ! Et aujourd’hui me voici en admiration devant « Only God forgives », l’hyper violence chez les Atrides (mais n’y emmenez pas vos enfants de moins de quinze ans !). Je commence vaguement à comprendre la fascination pour la violence.

En 1981, « Pulsions » de Brian de Palma m’avait terrifiée. A en faire des cauchemars. Depuis, je m’étais promis de ne plus aller voir de films violents. Mais Cronenberg, mais Gray, mais  Nicolas Winding Refn…

(J’oublie sur ma route « Casino » qui fait que, pendant des années, j’ai refusé d’aller voir les films de Scorcese. Les scènes de torture de « Casino » m’ont empêchée de dormir pendant plusieurs jours !)

Cela dit, tous ces films ne sont pas des « films boum-boum ». La lenteur, les ralentis d’ »Only God forgives » sont très savants.

 

Après ces films, comment parler des comédies actuelles françaises ? On est au top de la nullité. Il faut FAIRE RIRE à tout prix, mais vraiment faire rire avec quoi ? J’ai honte des comédies françaises. Je me cache la tête dans les mains pendant les bandes-annonces !! Même Jude Apatow (metteur en scène américain vulgaire qui raconte des histoires à n’en plus finir) arrive à faire mieux.  Oui, il y a eu le film avec Omar Sy et François Cluzet (que j’adore – ciel, j’ai un trou de mémoire ! Oh, Intouchables), pas mal, et « The Artist », pas mal du tout, mais tous les autres…

 

Là où on continue à être bons, c’est du côté des films intimistes amoureux des acteurs : « Le Temps de l’aventure » de Jérôme Bonnell en est un bon exemple. Je ne sais pas si ce film a marché, je trouve qu’il a été très mal distribué. Pratiquement impossible de le voir dans le Loiret au moment où il est sorti. Je l’ai recommandé à tous mes amis, y compris mes deux amis cinéphiles Facebook (mes « jeunes » amis, Gauthier et David) avec qui je n’ai pas eu de succès. Vraiment quel dommage !

 

DONC CINE MAI 2013 :

 

Le Temps de l’aventure, Jérôme Bonnell

Emmanuelle Devos, Gabriel Byrne

Les Carmes Orléans, 21 avril

J’ai enfin pu voir ce film, j’étais impatiente. Je l’ai vu aux Carmes après deux heures d’attente dans un café, après ma visite chez D. Une « brève rencontre » d’une actrice à Paris, entre deux trains. Les deux acteurs sont filmés au plus près. On voit le grain de peau. C’est pratiquement en temps réel. On suit Emmanuelle Devos avec sympathie et même affection. C’est très émouvant et c’est une magnifique histoire. Très beau film d’un réalisateur que je ne connaissais pas.

 

La cage dorée, Ruben Alves

Montargis, 5 mai

L’auteur de ce film évoque avec nostalgie ses parents gardiens d’immeuble à Paris, la vie que quartier, la communauté portugaise, le Portugal lointain qu’on regrette, et l’on dit qu’on va y retourner… Petit film qui ne casse pas des briques, trop classique, sans beaucoup de trouvailles, mais c’est sympathique quand même.

 

The place beyond the pines,  Derek Cianfrance (US)

Montargis, le 7/5

Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes

Film absolument magnifique, au récit mené de main de maître. Un film comme seuls les Américains savent les faire quand ils ont décidé de faire bien. Une histoire de filiation et de générations successives, avec le destin qui joue des tours terribles. Tout est magnifique, y compris bien sûr les acteurs dont Ryan Gosling, ange blond et mâle qui fait des ravages dans la première moitié du film. Je suis pleine d’admiration pour ce film. Les 2 H 20 ont passé comme l’éclair.

 

Hôtel Normandy, Charles Nemes

Montargis, 10 mai 2013

Héléna Noguerra est belle. Elmosnino et Ary Abittan ne sont pas mal. Mais il en faut plus, beaucoup plus, pour faire une bonne comédie.

 

Les gamins, Anthony Marciano

Max Boublil, Alain Chabat, Sandrine Kiberlain

Montargis, 11/5

Deux hommes (un de 30, un de 50) retombent dans l’adolescence. Ils sont père et fiancé de la fille du père. Film un peu mode qui ne va pas jusqu’au bout de son délire.

 

Sous surveillance, Robert Redford

Montargis, 17/5

R. Redford, Nick Nolte, Julie Christie…

Des militants violents anti-guerre du Vietnam sont obligés de ressortir de l’ombre. Un peu trop de vieux visages dans ce film (un jeune journaliste quand même mène l’enquête), mais bon c’est le sujet qui veut ça. L’histoire est bien racontée et on suit les péripéties avec intérêt.

 

25/5 Nicolas Jules, chanteur, à l’espace culturel à Gien (chanteur de textes français, à la voix de crooner, ayant beaucoup d’humour. Bonne soirée).

 

Only God forgives, Nicolas Winding Refn (auteur de “Drive”)

Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas

Montargis, 26/5 – 18

Brrr… ! Dans le genre violence sur papier glacé. Esthétique superbe et violence très grande. De savants ralentis. Un policier-Dieu venge tout un tas de gens qui eux-mêmes se vengent au départ. Rien ne nous est épargné y compris Ryan Gosling plongeant sa main dans les entrailles de sa mère. J’ai aimé !

27/5 : Au Masque et la Plume hier soir les critiques comparent la violence  de ce film avec celle d’un film mexicain du festival (plus violent paraît-il finalement). Tout de même « Only God… » interdit seulement aux moins de 12 ans, je trouve cela un peu fort de café. Ce genre de film devrait AU MOINS être interdit aux moins de 15 ans.

Kechiche a obtenu la Palme d’Or au fait pour « la Vie d’Adèle », et Bérénice Béjo a obtenu le prix d’interprétation féminine.

 

DOUCEUR

Je me repose de toutes ces émotions en continuant à lire Louisa May Alcott : XIXè siècle et douceur et morale familiales, mais en fait Louisa M. Alcott cachait bien son jeu et était une  vraie féministe.

 

QUELQUES CITATIONS POUR FINIR :

 

Patrick Modiano (Interview dans le Journal du Dimanche de dimanche dernier) :

« On ne peut pas s’abstraire du monde actuel, et ce que l’on a écrit ne pouvait pas être écrit à une autre date. On est « de son temps », même si on ne l’aime pas particulièrement. »

 

Modiano citant Maurice Blanchot :

« Tu ne trouveras pas les limites de l’oubli, si loin que tu puisses oublier. »

 

Et Arielle Dombasle (qui vient de diriger « Opium »)  citant Cocteau :

« Il ne faut pas entraver la vie avec la raison. L’important est de ne jamais se trahir. »

(Même « Journal du Dimanche »)

 

30 Mai 2013

 

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 10:58

Vivien Leighveronica Lake

1) Vivien Leigh

2) Veronica Lake

 

Comme le cinéma (américain entre autres) des années 1940-50 présentaient, magnifiaient de belles actrices !

Que s'est-il passé depuis ?

Cette beauté était-elle plus mise en valeur par le noir et blanc ?

Parmi ces plus belles : Lauren Bacall, Ava Gardner bien sûr, la Laura d'Otto Preminger, Gene Tierney...

Elles étaient si belles.

Il y a maintenant Angelina Jolie ou Michele Pfeiffer, beautés plus "bizarres" que vraiment belles. Je ne trouve pas Marion Cotillard particulièrement jolie.

 

En France tout de même, deux vraies BEAUTES émergent : Fanny Ardant et Jeanne Balibar.

La Fanny Ardant en noir et blanc de "Vivement dimanche ! " de Truffaut.

Et Jeanne Balibar, oui, oui : je la rêve en noir et blanc.

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