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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 15:01

Mon plaisir de mars a été Paris.

 

Le 25, Jean-Marc Roberts, qui venait d'écrire "Deux vies valent mieux qu'une" (que j'ai acheté à Paris, que j'ai lu et que je recommande), est décédé. Il avait cinquante-huit ans comme moi. Il m'avait écrit en 2008 un très gentil mot au sujet de mon "journal de jeunesse" car il était aussi éditeur (patron de Stock).

 

DERNIERS CINES :

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Au bout du conte, Agnès Jaoui

Montargis, 8/3

Agnès Jaoui, Agathe Bonitzer, Arthur Dupont, Jean-Pierre Bacri, Benjamin Bioley…

« Le goût des autres » a été à mon avis le meilleur Jaoui/Bacri, mais celui-là n’est pas mal du tout. Plein de personnages, plein d’histoires (et de contes moraux), plein de clins d’œil et d’humanité. J’ai beaucoup aimé, j’ai ri, et j’ai été souvent touchée. Agnès et Jean-Pierre ne vieillissent pas mal… On les aime toujours. Ça fait du bien de retourner au cinoche.

 

20 ans d’écart, David Moreau

Virginie Efira, Pierre Niney

Montargis, 9/3

Ce fut toute une aventure pour gagner le centre ville de Montargis (accident ?). J’y suis arrivée quand même (je pars toujours avec une heure d’avance de Gien) pour ce tout petit, petit film. Mais les acteurs sont charmants. Virginie Efira très fantaisiste et vraiment très jolie. Pierre Niney, jeune premier qui doit faire rêver, très joli lui aussi. Deux films deux jours de suite, ouais, je me rattrape !

  

40 ans, mode d’emploi, Judd Apatow

Paul Rudd (qui jouait dans « Friends »)

Montargis, 15 mars

Vraiment pas terrible. Et long ! Une grossièreté pas très amusante. Le doublage est une catastrophe : la jeune fille de 14 ans a la voix d’une jeune femme de 25 ans. J’attends Paris maintenant pour aller voir des films un peu plus excitants.

 

Paris, du 20 au 23 mars

 

Musées Bourdelle et Jacquemart-André : expo « Boudin,  au fil de ses voyages ».

 

Comédie des Champs- Elysées : La Folle de Chaillot, avec Anny Duperey et Dominique Pinon : jeudi 21 mars (costumes : Pascale Bordet).

 

3 cinés :

Blanca Nieves, Pablo Berger, le Lucernaire (mercredi) – Très beau film franco-espagnol  en noir et blanc.

C'est l'histoire de "Blanche-Neige" revue au goût espagnol et c'est très beau. Je n'ai même pas été gênée par les scènes de corrida (et pourtant...)

 

Spring Breakers, Harmony Korine, UGC Odéon (sortie avant la fin) (jeudi).

L'histoire de quatre jeunes filles bêtes et influençables qui se laissent entraîner dans le crime, la violence, le sexe. Au bout d'une heure, accablée, j'avais la nausée. Le film est de plus fait à la va comme je te pousse. Un monsieur et quatre adolescentes sont sortis juste avant moi de la salle.

 

L’Artiste et son modèle, Fernando Trueba, L’Arlequin rue de Rennes (samedi)

Film en noir et blanc avec Jean Rochefort qui est un prince. Je ne sais pas si le noir et blanc est justifié (cela se passe dans le Sud-Ouest, au soleil), mais l’histoire est belle. L’actrice qui joue le modèle (espagnole) est magnifique. Film esthétiquement réussi, mais je n’ai pas ressenti beaucoup d’émotion.

 

 

  9 avril :

29 visiteurs sur mon blog en mars.

600 visiteurs depuis 2009.

 

Au "Masque et la Plume" dimanche soir, on démolit deux films que je voulais voir : l'Almodovar (sauf Michel Ciment qui semble s'être bien amusé, un film gay, gai...) et le dernier film d'Anne Fontaine qui paraît-il est une vaste publicité pour l'Office de tourisme australien ("Perfect Mothers"). Doris Lessing est une très grande romancière et il semble dommage qu'Anne Fontaine n'ait pas respecté son roman ("Les Grands-mères"). Dans "les Grands-mères", ces dames ne sont absolument pas des bombes sexuelles. Anne Fontaine est l'excellente réalisatrice de "Nettoyage à sec" que j'avais beaucoup aimé et qui m'avait beaucoup troublée. "Le Masque" m'a ôté l'envie de voir "Perfect Mothers", mais si j'ai l'occasion de voir l'Almodovar...

 

C"est "l'Hiver le plus long". Depuis décembre, nous essayons de résister au froid.

 

10 avril :

"Le temps de l'aventure", dont j'ai vu la bande-annonce à Paris, et cette bande-annonce m'a fait très envie, vient de sortir. Belle critique dans "Télérama" (quoique Télérama : voir les éloges de Jude Apatow (vulgaire et sans intérêt) et de Terence Malick (philosophe New Age)...) Et évidemment, ce film n'est ni à Gien (on rêverait !) ni à Montargis ni à Châteaurenard. Le programme des Carmes à Orléans n'apparaît pas sur mon écran. J'en crierais de frustration. Je vais ronger mon frein et attendre patiemment de pouvoir voir la belle, merveilleuse Emmanuelle Devos et Gabriel Byrne dans ce film de Jérôme Bonnell.

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 14:50

J’ai souvent raconté ce jour-là, d’abord pour faire rire, puis pour expliquer les « effets », pour dire à quel point cela avait été agréable. Aujourd’hui cela me paraît si loin…

 

Je descendais les escaliers de la rue de Saintonge (un très vieil escalier en bois), entourée de Pierre, Alain et Jules. Alain était le frère de Sonia. Il avait préparé un très bon gâteau au chocolat, recette qu’il me donna ensuite et que j’ai faite toute ma vie : la recette du gâteau, pas ce qu’il y avait dedans. Car Alain avait fourré dans le gâteau un ingrédient supplémentaire.

 

On me le dit, mais comme d’habitude je ne fis pas vraiment attention. « Ah bon ? » C’est ce que je disais toujours, légèrement étonnée mais pas plus que ça. « Ah bon ? », c’est ce que dit sans arrêt mon père aujourd’hui, maintenant qu’il a perdu la mémoire et qu’il ne sait plus où il en est, dans quel lieu, à quel moment, à quelle époque, et  pourquoi on est là. Qu’est-ce qu’on fait sur cette terre bizarre ? Mystère !

 

Qu’est-ce que je faisais, moi Lucile, petite bourgeoise de banlieue nouvellement installée à Paris, avec ces amis-là ? Mystère. Mystère ce qu’on me disait de la politique, de l’écologie, des chanteurs qu’ils aimaient du Rockn’roll, des gâteaux au chocolat fourrés. J’étais sur mon petit nuage, je croyais au progrès et à la gentillesse des gens. Quand mes amis fumaient du shit –c’était là pourtant, cela se passait sous mes yeux – je ne me posais pas de questions. Je ne me demandais pas pourquoi ils faisaient ça. Tout le monde semblait fumer sauf moi, cela participait d’une espèce de normalité qui ne me posait aucun problème. J’étais tellement heureuse de ne plus être dans la maison de mes parents que tout ce qui semblait m’éloigner d’eux soulevait mon approbation. C’était loin des conventions, de la vie réglée au millimètre de mon père, de la bouche pincée de ma mère, alors tant mieux. J’étais nouvelle, j’étais légère, j’étais libre. Libre. C’est peut-être ça qui a dirigé toute ma vie. Etre libre et écrire. Impression de liberté, impression que l’on va pouvoir écrire et raconter toutes les histoires du monde. Pierre représentait faussement une liberté que les femmes de ma famille n’avaient jamais eue. Mes nouveaux amis étaient ma liberté toute neuve. C’était la première fois que je descendais un escalier en ayant ingurgité une substance  interdite, c’était la première fois que j’allais voir Higelin.

 

Le gâteau était bon, aussi j’en avais repris plusieurs fois. On m’avait dit de faire attention, mais je ne me rendais compte de rien. Tout ça me semblait anodin. Ce n’était qu’un gâteau après tout.

 

En descendant l’escalier, je disais déjà que j’allais m’envoler et mes amis riaient. Alain surtout riait. « Tu n’aurais peut-être pas dû en reprendre deux fois », me dit Jules.

 

Ce fut une expérience merveilleuse, et d’ailleurs ce fut l’unique fois où l’expérience fut merveilleuse. J’eus tout le temps l’impression que j’étais sur le point de m’envoler et que j’allais me poser sur l’épaule d’Higelin. D’ailleurs le Grand Jacques est lui-même un oiseau. Il danse, il chante, il se déplace comme un bel oiseau. Je déployais de grandes ailes, je n’étais plus ce poussin rabougri de la vie de tous les jours, cette toute petite jeune fille (1,54 m) qui travaillait dans un horrible bureau avec d’horribles gens. Ce fut magique de faire la connaissance d’Higelin de cette façon-là.

 

Car Pierre écoutait Higelin tout le temps. J’avais intérêt à être un peu fan moi aussi. J’ai vu Higelin cinq fois en concert au cours de ma vie avec Pierre.

 

*

 

Je ne me mis jamais à la fumette. D’ailleurs j’aurais étouffé ! Comment, si longtemps (environ seize ans), ai-je pu vivre (et respirer) entourée de fumeurs, je ne sais pas… Tout le monde fumait dans les années 80. Bernard Pivot faisait « Apostrophes » au milieu d’une invraisemblable tabagie (mais « Apostrophes » existait-elle encore en 1980 ? et j’avais abandonné la lecture pour le cinéma). Ce n’est qu’en 86 que je commençai à ne plus en pouvoir de la fumée. Pierre n’eut jamais le droit de fumer dans la chambre. Quand même ! Toute ma vie j’ai été d’une tolérance infinie avec tous et chacun, tolérance qui allait me coûter beaucoup par la suite.

 

Mais là, en 1981 (82 ?), au Cirque d’Hiver, ma tolérance s’était étendue à moi-même. J’avais le droit de prendre des substances interdites, d’aller me poser sur l’épaule d’Higelin, de voler. J’ai gardé longtemps un souvenir exalté de ce soir-là, je l’ai raconté mille fois dans des récits où Higelin était une espèce de grand poète, un Cocteau, un Rimbaud. Quand l’affection pour Pierre fut partie, détruite, souillée, je gardai toujours une affection pour Higelin. L’entendre parfois à la radio me rappelle toute ma jeunesse à Paris, toutes mes amitiés, tout l’amour. Il est pour toujours un magicien, un homme incroyablement généreux, capable de chanter jusqu’au bout de la nuit si le public veut rester. J’ai bien compris que Pierre L'AIMAIT.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 10:45

Ci-dessous mes films de 2013, vus à ce jour.

Vous allez dire : "Elle faiblit". C'est vrai, je faiblis un peu. Les films américains de 2 heures 40 ne m'attirent pas trop (ex. Tarantino) et je ne pète pas la forme depuis décembre.

 

Renoir

Gilles Bourdos

Montargis, 6/1

Michel Bouquet Vincent Rottiers Christa Théret

Bon premier choix de l’année. Avec de merveilleux acteurs (dont Vincent Rottiers jeune acteur très remarqué depuis 2 ans), l’histoire de l’introduction d’un modèle chez Le Vieux Renoir au moment de la guerre 14. Belle nature, belles femmes, le Midi resplendit.

  

Happiness Therapy,  David O. Russel (Silver linings playbook)

Montargis, 3/2

Bradley Cooper, Robert de Niro

Je croyais rire aux éclats, ou tout du moins sourire : raté ! Mais le film parle quand même de deux bi-polaires et de leur histoire d’amour, de danse, d’amour père-fils. C’est un joli film romantique. Mais la « famille » dans les films américains est un sujet qui m’agace fortement. Bradley Cooper et Jennifer Lawrence forment un joli couple. Cela faisait 1 mois que je n’étais pas allée au ciné et, comme Orléans, Montargis me semble de plus en plus loin. Seulement 40 films en 2012, je ne sais pas comment ça va tourner en 2013. Je vieillis ?

  

Alceste à bicyclette, Ph. Le Guay

Montargis, 9/2

F. Luchini, Lambert Wilson

Un Lambert Wilson plein de superbe va trouver Luchini sur son île de Ré pour le solliciter pour « le Misanthrope ». Mais Luchini va se révéler un Alceste machiavélique. Carrère a participé à ce film. Excellent et drôle (tant pis pour la méchanceté des critiques). Les spectateurs riaient de bon cœur autour de moi.

 

 

Amitiés sincères, Stéphan Archinard

Montargis, 18/2

Jean-Hugues Anglade, Gérard Lanvin, Ana Girardot, JP Lorit…

Un film qui certes ne casse pas des briques, mais qui m’a beaucoup plu. Encore l’île de Ré. Et les riches de la capitale. Mais bon, j’adore les histoires de jeunes filles qui tombent amoureuses d’hommes plus âgés. Et les histoires de gros ours (Gérard Lanvin).

 

Möbius, Eric Rochant

Montargis, 3 mars

Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth

Une sombre histoire d’espionnage entre Monaco, la Russie, Montréal, histoire à laquelle je n’ai pas compris grand-chose mais ce n’est pas grave : c’est une belle histoire de désir et de passion entre deux agents. Jean Dujardin et Cécile de France sont beaux et ont des visages expressifs dont on tombe amoureux. Dujardin, Cécile de France : des trésors du cinéma français comme le sont Audrey Tautou, André Dussolier ou Sandrine Bonnaire… Ils sont des acteurs magiques qu’on a envie de tenir contre soi.

 

CINQ films depuis janvier, c'est vrai : ce n'est pas terrible.

Où est la Joëlle cinéphile ?

Je vais à Paris très bientôt et je pense que je vais me rattraper. Il y a bien "Biancanieves" à Montargis cette semaine, il paraît que c'est une merveille, mais le soir, tard, à Montargis... Aïe, aïe, aïe, -tu faiblis vraiment, Joe... Ma jeunesse se mesure à mon nombre de films par an. Il faut que je me remette à courir !

 

Quant à "Lucile à Paris", un chapitre m'attend (vous attend) sur ce bureau, et le reste est dans ma petite tête.

 

Aux stylos, citoyenne !

 

7 mars 2013 

 

P.S. Sur Twitter, je suis "amie" avec Nicolas Saada et Fabrice Luchini. Ouais ! 

 

 

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 14:44

                       BECAUD

 

Il était encore si beau à son âge

Petite il me faisait rêver

Ah ! les tantes Jeanne ! "C'est qui les tantes Jeanne ?" disait la petite fille

"Les poules ! " répondait mon père

Les poules de Bécaud me faisaient rêver

 

 

Elle était si belle Nathalie

Nathalie Belle Nathalie Blonde Nathalie Russe Nathalie toutes les filles du monde

Les plus belles Nathalie donnant la main aux poules de mon papa

Ah ! les marchés de Provence et puis ces baladins ces baladins de mon cœur

Dans ma maison fermée* de mes vingt ans je les chantais ces baladins

 

 

Il y eut les fauteuils cassés

Les fauteuils cassés de leurs vingt ans

Il y eut Brigitte couchée sur le piano du poète

Et encor Nathalie dans les rues de Moscou

Je prendrai un mauvais chocolat au café Pouchkine

Il paraît qu'il n'existait pas le café Pouchkine

Mais Nathalie elle existe bien !

Et les poules aux marchés de Provence

Et le souffle de Bécaud sur les touches de son piano.

 

23 décembre 2001

 

 

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* Dans ma maison de Conflans Ste Honorine.

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Un de mes "petits poèmes" que j'écris depuis 2011 :

 

Deux fleurs d'hiver

Sur ma table provençale

Deux fleurs d'hier

Et d'aujourd'hui marquées dans mon cœur

Comme de l'encre dorée.

 

10 février 2013

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Rien à voir :

qui pourrait me dire où je peux trouver une version irlandaise de la chanson O'Danny Boy ! ?

Je n'ai trouvé sur You Tube qu'une version en français  (ce qui gâchait tout) d'un choeur.

 

10/2/13

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16 février 2013

Je suis en train d'écouter "Un Pedigree" de Modiano, lu par Jean-Louis Trintignant. Chef-d'œuvre. Et chef-d'œuvre qui donne envie d'écrire.

Alors, je me censure (cela m'arrive) ; j'ai censuré mes méchancetés de mars 2010 sur ce blog.

 

 

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 15:05

Lucile à Paris

 

 

CHAPITRE IX

 

Musiques (des années 80)

 

En 2008, lorsque je racontai à Michèle l’histoire de « Lucile qui tombait des nues », je songeai à un décor comique du genre « Lucile-à-Paris-qui-ne-sait-rien-de-rien-et-regarde-ses-amis-fumer-en-pensant-que-c’est-du-tabac ». L’histoire d’une naïve la tête farcie de livres qui vit sans s’en rendre compte la fin des Hippies.

 

Puis je me suis dit que j’allais être provocatrice, raconter par exemple l’histoire de mon d. pour choquer la galerie.

 

Mais la gentille petite Lucile que je suis encore ne veut choquer personne. Je choquerais d’ailleurs qui en 2012-2013 ? La seule chose qui pourrait choquer (et qui me choque moi !) c’est qu’on pût être vierge à vingt-cinq ans en 1980.

 

Ce fut une nuit de cauchemar. Entre une fille qui ne connaissait rien et un garçon qui ne comprenait rien. Et en plus le fiasco final. Après, je réussis à remonter la pente. Petit à petit. A m’accrocher aux branches qui pendent au-dessus de l’eau qui m’emporte. Lucile, capitaine courageux. Toujours dans une rivière tumultueuse, et toujours les branches au-dessus.

 

Ce chapitre devait s’intituler « MD » et il s’intitulera « Musiques ».

 

MUSIQUES DONC…

 

Les Doors. Je n’ai pas l’oreille musicale (ou je crois ne pas l’avoir ?). Quand je disais à Marc que je n’avais pas l’oreille musicale, que je n’aimais pas vraiment la musique, il ouvrait des yeux et me regardait comme si j’étais une espèce de monstre.  Comment peut-on NE PAS AIMER la musique ? En fait, peut-être n’osais-je  pas dire alors  que chez mes parents j’écoutais Trenet, Yves Montand, Brassens, Brel, et que j’avais écouté intensément les Beatles. A vingt-et-un ans, j’avais écouté Simon et Garfunkel grâce à Mathilda et Dominique, et ça déjà ça datait. Et qu’à vingt-deux ans, en Angleterre (Hillingdon) j’allais avec Jane Alderton écouter des concerts classiques. J’aimais le piano et Ravel. Et, en 1979, j’achetai « City To City » de Gerry Rafferty que j’adorai (et que je viens de redécouvrir et que je réécoute). Je crois qu’en 1980, les Beatles n’étaient plus trop écoutés. Pas par mes amis en tout cas.

 

Je fis l’amour avec Pierre au son des Doors (très bonne idée !). Et puis au son de Ricky Lee Jones et Stan, Getz et Gilberto. Nous avons écouté les mêmes K7 de Ricky Lee Jones et de Stan, Getz et Gilberto pendant ces sept ans à Paris.

 

Un jour, les Doors en fond sonore, on mit un foulard sur une lampe par terre (nous avons couché sur un matelas pendant… tout le temps, tout le temps de mes années à Paris), et le foulard prit feu. Nous avons failli plusieurs fois rue Lécluse  mettre le feu. Avec Pierre, on cassait les objets et on mettait le feu.

 

Led Zeppelin ; Jimmy Hendrix ; Crosby, Still, Nash and Young. “Stairway to Heaven”. J’adorai “Led Zep”. J’ai réécouté Jimmy Hendrix hier (28 octobre 2012) sur Deezer pour savoir, pour me souvenir de ce que c’était… Oui, c’était chouette. Mes amis m’avaient convertie, j’aimais bien, sans me concentrer sur la musique, sur les paroles (j’aurais pu, n’oublions pas  que j’avais étudié l’anglais à Nanterre-Paris X). Je n’ai jamais su me concentrer sur quoi que ce soit. Défaillance intellectuelle ou QI trop élevé ? (c’est ce que j’ai lu récemment dans un journal, I’m kidding…) Ça me plaisait assez tout ça, sans excès, sans vraie passion ; je n’étais pas encore au bout de l’explosion quand, le matin dès le réveil,  Pierre mettait à fond sa        musique. Rue Lécluse le matin à 7 heures, nous nous réveillions au son de FIP. Ce qui me rappelle Julien Dellifiori et son inénarrable équipière Clémentine Célarié (c’était le soir sur France Inter). Sans se démonter et inlassablement, Julien parlait de son jazz adoré, coupé par la future « Madame Sans-Gêne » qui nous faisait hurler de rire (autour des années 2000 j’essayai de prétendre aimer le jazz). Oui, FIP et France Inter pour Pierre, l’enfant abandonné de Seine-Saint-Denis (ex 75), l’engagé dans la Légion (on l’en avait exclu pour pipi au lit), taulard à l’Armée pendant un an pour « rébellion avec arme », aucunes études, coursier, téléphoniste, apprenti libraire… Pierre avait découvert France Inter en prison, y avait poursuivi ses lectures. Et il adorait la BD.

 

Hubert-Félix Thiéfaine, Areski et Fontaine (Pierre parlait d’Areski et Fontaine sans arrêt mais je ne savais pas de quoi, de qui il parlait), Charlelie Couture, Dick Annegarn, Bobby Lapointe (Pierre et Jules le chantaient par cœur), Jimmy Hendrix, The Rose, Kate Bush (je viens de découvrir –Deezer toujours- que nous écoutions « Wuthering Heights », et « Wuthering Heights » est un de mes romans préférés depuis toujours  - et je n’ai jamais su alors que la chanson s’appelait « Wuthering Heights » !), tous ceux que je viens de citer là n’y sont pas. Le seul nom que j’ai entendu est celui de Louis Bertignac. Mes amis étaient, je le sais, des amoureux passionnés du Rock des années 70. Donc, beaucoup de toutes ces figures sortaient des années 70. Mais Bobby Lapointe, d’où sortait-il ? Par quelle étrangeté se trouvait-il parmi les chéris de mes amis ? Nous vîmes « Tirez sur le pianiste », bien sûr, un Truffaut noir et blanc. Truffaut. Qu’est-ce  qui pouvait mieux évoquer la vie de Pierre que « Les 400 Coups » ? « Where is the father ? » « - Elle est où ta mère ? – Elle est morte. Morte, Monsieur. » Non, non, « Les 400 Coups » pour Pierre et POUR MOI. « On voulait que je me taise, que je ne fasse pas de bruit. » (Truffaut.) Where is the mother ?

 

Et Jacques Higelin. Higelin, Higelin, Higelin. Ils l’aimaient tous. Pierre l’adorait. Etait-ce le père rêvé ? Le père royal et léger, le père saltimbanque, le père funambule. Monumental Higelin dans nos concerts de ces années-là. Au Cirque d’Hiver, il était comme sur un fil. Chanteur, danseur et acrobate. C’était déjà un « vieux » pour nous pourtant. Il chantait, dansait pendant des heures, jusqu’au bout de la fatigue. Pierre l’aimait. Il était amoureux d’Higelin, oui. Jacques, le Grand Jacques. Une grande perche sur la pointe des pieds que Pierre avait choisi d’adorer.

 

Et Jacques est toujours là, en 2012. Pierre en serait si heureux !  (Pierre serait-il mort ?) J’ai vu Hubert-Félix Thiéfaine un soir d’octobre  à la télévision. Il a l’air jeune. Jeune et calme, pas de poches sous les yeux bleus, comme si toutes ces chansons d’Higelin, de Thiéfaine, de Bertignac existaient encore dans un état de jeunesse permanente, alors que, lorsque je songe à ces années à Paris, il me semble que certains sont bel et bien morts, avec Truffaut et Pascale Augier. Lorsque je vois surgir (d’où ? De quels enfers mystérieux ?) Philippe Djian et Mickey Rourke, il me semble cauchemarder : mais « 37°2 », « Rumble Fish », c’était il y a mille ans ! En fait, c’est peut-être moi qui suis sortie d’un Enfer.

 

Où sont les voix de Kate Bush (cette toute, toute petite voix qui n’a jamais été reproduite depuis) et surtout celle de Nina Hagen ? Jules me faisait écouter Nina Hagen en riant, et, en me la faisant écouter, il se moquait sans doute un peu de moi, la Lucile si récemment « décoincée » : cette Nina Hagen, cette folle, cette cinglée, cette infernale, cette démonique Nina Hagen. Elle surgissait d’un monde de noirceur et d’étrangeté dont surgirent aussi deux chanteurs (un gros et un maigre sur la pochette du disque Vinyle), très bizarres, que Jules me sortit de son chapeau un jour. Je ne me souviens absolument pas du nom du groupe de ces deux énergumènes. Je crois que Raoul Ruiz les prit comme acteurs. « L’Eveillé du Pont de l’Alma », dans « Les Destins de Manuel », ou « Mammam » ?... Il faudrait que je demande à l’enfant Melvil Poupaud… L’un des deux s’appelait Dominique. Je crois…

 

Et Dick Annegarn, Bruxelles c’était loin. Un jardin écolo avant l’heure. Les légumes de Dick. Pierre et moi, nous nous tenions la main en écoutant l’énumération de couples de prénoms dans une chanson d’Annegarn ; nous étions dedans : « Michel et Joëlle, Pierre et Lucile… »…

 

Nous faisions l’amour sur les Doors, Ricky Lee Jones ; et Stan, Getz et Gilberto. Il y a beaucoup de morts, me dis-je, même s’il paraît que Djian bouge encore (je  le mets dans les Rock Stars, je pense que ça lui plairait).

 

Alain Bashung a rejoint The Rose. En 1982 ou 1983, on nous dit un matin qu’il était mort, à l’heure où les rumeurs sur Internet n’existaient pas (c’était faux). « Gaby ô Gaby », chantaient en cœur mes amis  dans un Paris où la beauté d’Higelin, Charlely Couture et Bashung était encore une beauté cinématographique à la Patti Smith. On découpait encore les mots dans du papier pour faire des poèmes et des chansons.

 

Beaucoup plus tard, bien après 2000, j’ai vu à Londres, à la British Library, 96 Euston Road, des morceaux de papiers, déchirés sur les bords, avec le « Yesterday » des Beatles. J’étais toute émue, et infiniment joyeuse. Presque aussi émue que de voir le manuscrit de « Jane Eyre » à quelques pas de là. Chacun sa Magna Carta.

 

Les Magna Carta de Pierre, c’était les chansons de Bobby Lapointe qu’il avait pu photocopier à la bibliothèque du XVIIè, le par-cœur amoureux de Claude Nougaro, les billets d’entrée, qui s’accumulaient et s’accumulaient, des concerts de cette grande bringue d’Higelin.

 

1979-1987. En 87, lorsque Pierre et moi avons quitté mon Paris, ce fut aux sons de Tom Waits (Tom Waits lié à jamais à Jim Jarmusch et son cinéma) et Paolo Conte.

 

Mais en attendant, il y eut Jacques Higelin au Cirque d’Hiver.

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PS. Jeanne Moreau chante Norge – Bronsky Beat – The Cure – Jean-Jacques Goldman (je ne me souviens pas l’avoir entendu chez aucun de mes amis).

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En ce qui concerne ces deux mecs qui ont joué dans Raoul Ruiz, j’ai fait des recherches sur Internet mais ne les ai pas retrouvés. Je sais qu’ils ne sortent pas de mon imagination. Jules, reviens pour me dire… (2/2/2013)

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 07:55

PABLO, 2. Apollinaire (Julie Birmant et Clément Oubrerie, chez Dargaud)

 

Je ne suis pas une lectrice de BD (sauf Astérix, Tintin, Mafalda et Lili –l’ancienne), mais j’ai été attirée par le titre, étant une inconditionnelle d’Apollinaire et de cette période des peintres de Montmartre. Je n’ai pas été déçue. Le dessin est simple et beau. On y voit Max Jacob danser sur les tables, les excentriques Stein frère et sœur faire leur apparition, et mon adoré Apollinaire écrire « La Chanson du Mal-aimé ». Et Picasso et les femmes bien sûr (UNE femme ici). L’atmosphère parisienne est très bien rendue. J’attends la suite, Apollinaire ou pas !

 

LOST IN DUBAI, de Christophe Masson (éd. Baudelaire)

Bien loin de chez nous, in Dubaï, ville de toutes les nationalités, de tous les abus, de tous les changements, de toutes les histoires, Eusèbe rencontre Guy, "diamantaire au sommet de sa carrière". Une rencontre entre deux hommes que tout pourrait opposer.

De Christophe Masson j'ai quand même préféré "Pascale et Christophe". (C'est un copain Babelio, j'avoue. Ce qui ne l'empêche pas d'être un excellentissime écrivain.)

 

CINEMA :

- J'ai vu "Renoir" que personne ne m'empêchera d'aimer, malgré les mauvaises critiques (Ah ! les critiques ! Y'en a des choses à dire sur eux, sur le copinage entre écrivains du côté des éditeurs par exemple... Et je viens de parler de mon "ami Babelio", je fais pareil ! On me reconnaîtra mon honnêteté !) Vincent Rottiers, jeune acteur de mille promesses, y est merveilleux.

 

- Après deux mois de sinistrose (dans le Loiret, il pleut, il neige, il pleut il pleut Bergère), j'ai envie de rire, alors dimanche (nous sommes samedi, 8 heures du mat), j'irai voir le film américain HAPPINESS THERAPY, dont le sujet me convient parfaitement + beaux yeux bleus du héros + Robert de Niro toujours bien dans les films comiques, etc.

 

PS : A venir : chapitre IX de "Lucile à Paris" (les années 80 vues par...)

 

Le 9 février 2013

J'ai vu "Happiness Therapy" à Montargis. Mon seulement 2è film de l'année. C'est un film agréable, mais plein de ces bons sentiments à l'américaine qui, moi, ont tendance à légèrement me taper sur les nerfs. Mais ce film parle de la bipolarité (ou maniaco-dépression), maladie dont je souffre, et il en parle avec justesse. Je n'ai pas ri (le sujet me touche-t-il de trop près ?), mais les deux jeunes acteurs sont beaux et très convaincants, et Robert de Niro fait un papa plein d'originalité. Film que je recommande, mais ne vous attendez pas à éclater de rire toutes les deux minutes.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:51

 

Pourquoi ai-je intitulé deux de mes chapitres précédents « Juliet Berto Volumes I et II » ? Pourquoi « volume » ? Il me semble que cela vient de Rivette et de ses films à épisodes, il se prenait un peu pour Eugène Sue. Est-ce dans « Merry Go Round » ou dans « Le Pont du Nord » qu’il y a ces « volumes » ?  Volume, ce serait donc Rivette que Marc et moi, puis Pierre dans la foulée, adorions. Mais volume, c’est aussi les livres. Mais volume, c’est aussi le poids. Le poids de nos vies, le poids de celle de Pierre qui allait s’abattre sur moi, la petite bourgeoise de Conflans, de lui l’enfant abandonné de Saint-Denis. On ne parlait pas du tout du « 93 » à l’époque (9/3) et, sur sa carte d’identité, Pierre était né dans le 75. Car, en 1960, on faisait encore à Saint-Denis l’honneur d’appartenir à Paris.

 

Très vite, Juliet Berto allait nous appartenir à tous. Marc m’avait emmenée voir « Céline et Julie vont en bateau », j’y emmenai Pierre à son tour, puis ce fut la sortie de « Neige » en 1981 et Juliet nous appartint à tous.

 

J’ignorais absolument la chanson d’Yves Simon :

 

« Sur les vieux écrans de 68

Vous étiez Chinoise mangeuse de frites

Godard vous avait alpaguée

De l’autre côté du miroir d’un café »

 

Peut-être que Jules,  Pierre et Sonia connaissaient cette chanson, je ne m’en souviens pas. J’ai toujours été nulle avec les chansons alors que mes amis vivaient avec plein de chansons dans la tête. Sonia d’ailleurs lisait les romans d’Yves Simon.

 

Juliet Berto nous appartenait, elle faisait partie  de nous comme « Neige » et son Montmartre plutôt sombre. Je n’ai jamais revu « Neige ». Jamais.  Je me souviens d’une neige qui tombait sur une piscine et des rues glauques de Montmartre. Et de flics perdus. C’est tout. En fait, je ne me souviens pas de « Neige ». Mais de Juliet Berto, c’est tout mon cœur et ma mémoire qui s’en souviennent. Elle est gravée comme un tableau, dans le musée de ma vie, neige ou pas.

 

« Neige » parlait de drogue bien sûr, et c’est sans doute cela qui avait frappé mes amis. Ils baignaient dans la fumée et les expériences bizarres dont Sonia me parlait parfois.

Mais je ne comprenais pas ce qu’elle me racontait.

 

Pour moi il fallait remplacer le mot « neige » par « brouillard ».

 

La tête en plein dans la brume, Lucile.

 

J’aime beaucoup « de l’autre côté du miroir d’un café » d’Yves Simon. Pierre venait très exactement de l’autre côté du miroir d’un café. C’était une apparition dans Paris où les cafés ont tant d’importance.

 

Pierre tomba amoureux de Lucile (pourquoi un vagabond tombe-t-il amoureux d’une demoiselle si propre sur elle ?).

 

Les samedis ou les dimanches, il m’emmena sur les bords de la Seine, puis dans les jardins du Palais-Royal.

 

Sur un bord de Seine, il était assis et roulait ses cigarettes lui-même. Et cela m’émut profondément (bien sûr que cela aurait dû m’inquiéter !) car toute ma petite enfance me retombait dessus en bouffées. Qui roulait ses cigarettes lui-même, le soir, avec cette même concentration ? Mon grand-père Sence (il se prénommait Jules comme notre Jules). Jules Sence l’ouvrier et le prisonnier de guerre (cinq années !), mon grand-père à moi, mon seul grand-père. C’était si merveilleux de revoir ces gestes-là.

 

Dans les jardins du Palais-Royal, nous fîmes le tour dix fois et Pierre voulut me séduire en me chantant du Nougaro. Oui, l’enfant de Saint-Denis de cette époque-là chantait du Nougaro. Pierre avait eu sa parenthèse enchantée, dans son adolescence catastrophique ayant suivi une enfance catastrophique, en fréquentant un an, pas loin de Saint-Denis mais pas à Saint-Denis, une bibliothèque et de jeunes amis qui eux allaient au lycée.

 

Il chantait les chansons de Nougaro, d’Higelin bien sûr (son Higelin, leur Higelin, qui allait devenir mon Higelin) et de Bobby Lapointe. Ce jour-là, dans les jardins précieux (et pas très grands finalement), il me fit sa prestation de Claude Nougaro. Claude de Toulouse pour nous les enfants de Paris, pour moi Lucile-Cinéma.

 

« Une petite fille en pleurs

Dans une ville en pluie

Mais qu’est-c’que j’lui ai fait… ? »

 

Etait-ce celle-là ? Place de la Concorde, place de la Concorde…
Ô Paris !

 

Etait-ce cette chanson-là, chanson rapide, vite vite, il fallait enchaîner les syllabes, les mots… ? Pierre aimait ce rythme à tout casser et la performance de la chose. Chanter une chanson de Nougaro, sans se tromper dans les paroles, pas une seule fois, et la chanter jusqu’au bout, dans un seul souffle. Vite. En me regardant dans les yeux pour me dire Je T’Aime.

 

Ou était-ce « le Cinéma » ?... Les deux me correspondaient. La petite fille en pleurs ou la petite fille insomniaque cinéphile ? Les deux c’était bien moi. Je le regardais chanter, il s’y prit à plusieurs fois avant de réussir à chanter la chanson de bout en bout. Oui, c’était une performance. Une performance émouvante. Bravo, Pierre, tu avais réussi ton coup. J’étais vraiment épatée.

 

« … j’ouvre : c’est toi !

Vais-je te prendre par les hanches

Comme sur l’écran de mes nuits blanches ?

Non : je te dis « comment ça va ? »

Et je t’emmène au cinéma… »

 

Oui, diable, c’était parfait. Les deux étaient parfaites, la ville en pluie ou la ville de nos écrans. La même : Paris.

 

Et Lucile à Paris qu’un garçon allait prendre par les hanches, enfin, c’était pas trop tôt.

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J’avais attendu François-Régis Bastide rue Jacob en 1975 et j’allais attendre un plutôt joli garçon (tellement plus jeune qu’un barbon !) très bientôt place Furstenberg où il travaillait alors. Après tout, on aurait pu croire que j’y gagnais au change. Un coursier contre un écrivain célèbre… Ouais, mais c’était un mignon coursier qui me chantait du Nougaro dans les jardins du Palais-Royal. Claude Nougaro rien que pour moi.

 

Dans mon beau Paris.

 

Je m’aperçois que je n’ai aimé des hommes qu’à Paris.

 

Loin de Paris, les visages des hommes se dissolvent dans les paysages. Dans les bois mousseux, dans les brumes de la Loire ou autre. A Paris, on estourbit l’insomnie, on « vous emmène au cinéma ». Pierre et Nougaro : j’étais étourdie-estourbie.

 

Plus tard, nous traverserions Paris à pied du nord au sud. De la place de Clichy à Montparnasse, puis jusqu’à la rue de l’Abbé-Carton dans le XIVè, là où allait habiter Jules. Les dernières années de Jules. 30, rue de l’Abbé-Carton. Une maison grise (pas un immeuble parisien) avec un petit jardin et un lapin dans le jardin. Les gins toniques du samedi soir devant le bar de Jules, rue de l’Abbé-Carton, Nelly la tête enveloppée d’un tissu indien, Nelly et sa cystite, Jean-Baptiste et Pascale, Pascale fragile et trop mince qui s’allongeait sur les lits, épuisée, un livre de Cioran à la main, Pascale aux mosaïques pleines de brumes et de petits trains (la vapeur s’échappait encore des trains de Pascale en 1985), Jeanny et ses bibis noirs, Jeanny et son chauffeur de taxi de mari kabyle invisible (il travaillait lors des soirées chez Jules), et cette discussion terrible qu’il y eut un soir entre Jean-Baptiste, un Kabyle et moi sur la place des filles dans la famille. Je me mis à pleurer (mais je n’allais pas bien ce soir-là), choquée qu’on puisse parler des filles ainsi. Il n’y avait jamais eu de Maghrébins dans mon entourage, dans notre entourage. Pas un seul Maghrébin dans ma classe de Terminale A à Poissy, ce fut quand ? Pas entre 1979 et 1986 en tout cas. Pas chez Jules.

 

Au moment des jardins du Palais-Royal, j’habitais encore rue de Saintonge. Puis j’allais céder mon appartement pour la rue Lécluse (au numéro 8). Pierre habitait une chambre au 6è étage dans un quartier chic de Paris. Ou il habitait chez Jules.

 

Oui, Pierre chez Jules. Sonia, Cyril et moi nous ne nous étonnions de rien. Marc seul et mystérieux entre Conflans et Levallois. Tous ces types seuls, ça aurait dû nous paraître bizarre. Mais Sonia avait appris la vie « avec les hommes » (me dit-elle vingt-cinq ans après et moi j’avais appris quelques « trucs » en lisant des romans de Jacques Sternberg, un écrivain que j’avais rencontré lorsque, à vingt ans, je courais désespérément après les vieux écrivains. Il n’y avait pas Internet dans les années 70. Sonia et moi n’étions pas allées voir « Emmanuelle »,  nous n’en aurions d’ailleurs même pas eu l’idée. J’avais des copines vierges à Nanterre. Plein.

 

Etions-nous des niaises ?

 

Non, nous n’étions absolument pas des niaises. Nous avions été élevées comme ça, dans l’ignorance totale instituée par madame Ramais pour Sonia, et moi, dans l’ignorance déjà de mon propre corps (nous avions eu, c’est vrai, des cours d’initiation à la sexualité en classe de Troisième, mais le prof me faisait tellement peur, et il racontait les choses de manière si froide, que je n’avais rien compris). Nous devions être sages, étudier et TRAVAILLER. Ma grand-mère pensait que je pouvais me marier un jour, ma mère pas du tout. Lucile, cette gourde, mariée !

 

Après Bastide et un prof de Nanterre qui m’avaient fait croire que je pouvais effectivement plaire (mais j’étais tombée des nues), j’avais oublié et étais retombée dans une espèce de doute assez terrorisant. Pierre me fit à nouveau croire que j’étais une femme.

 

Mais il était si jeune. Et il arrivait de la planète Mars, un mélange de Saint-Denis et de Dickens. Et moi, les yeux fermés, je me disais que peut-être…

 

Peut-être.

 

Je n’étais pas amoureuse. Il avait juste surgi dans l’appartement de Jules.

 

Il était là, il ne me terrifiait pas trop.

 

« Une petite fille en fleurs dans une ville en pluie… »

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 15:00

JoelleWutheringHeights1978-3-1-.JPG

 

Joëlle in Wuthering Heights, 1978.

(Les Hauts de Hurlevents, près de Haworth, Yorkshire, résidence de la famille Brontë.)

 

C'était la fin de l'année scolaire où j'avais été assistante de français (1977-78) à Hillingdon, près de London.

Voyage scolaire donc. Une jeune élève me prit en photo.

Elle s'appelait Alison Newman (Swakeleys School in Hillingdon, Secondary School), et m'écrivit au dos de cette photo : "A pleasant reminder of the visit to Wuthuring Heights on the York trip 12.7.78.")

 

Wuthering Heights and Jane Eyre sont deux de mes livres de chevet.

 

18th January 2013

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:58

 

Je n’avais pas la télévision, je ne l’avais pas eue à Conflans, nous ne l’avions pas. Etait-ce pour ça que nous étions libres ? La tête pas encombrée justement de tous les événements politiques de ces années-là. Les loisirs, pour moi, ça avait toujours été de tourner les pages, voir des films, et écrire. Et grimper en haut de Notre-Dame. Et marcher interminablement dans Paris. Et parcourir le Marais (quand j’habitais rue de Saintonge) et découvrir le Musée Picasso qui venait d’ouvrir.  Puis traverser Paris du nord au sud (quand j’ai habité rue Lécluse, près de la place de Clichy), à pied, toute seule. Puis avec Pierre.

 

Juliet Berto traverse Montmartre suivie par Dominique Labourier. C’est une traque rigolote, personne ne se prend au sérieux : ni Jacques Rivette ni Juliet Berto, la Juliet Berto qui allait tourner « Neige » en 1981. 1981 : année de «  Ma » Libération sexuelle à moi. Avec Marc aussi j’avais l’impression d’une course à travers Paris. Ce jeune homme (mon jeune homme, j’avais aimé un homme de trente ans de plus que moi à vingt ans et, au même moment, été

aimée par un homme de quarante ans) m’avait fait prendre mille chemins détournés pour m’emmener voir « Céline et Julie vont en bateau ». Juliet est belle et mystérieuse, Dominique rousse et obstinée.  Mais tout ça de façon marrante. Et la liberté. La Liberté. La liberté de ce film merveilleux. On marche beaucoup, on suce des bonbons interdits, on entre dans une maison où il ne faut pas entrer. Où il se passe des choses perverses. Des amours perverses. Barbet Schroeder aime deux femmes. Elles sont complètement inventées, complètement folles. La folie de tout ça. Ma liberté (sexuelle ?) à moi c’était de courir avec Marc à l’autre bout de Paris pour voir Juliet et Dominique dans une salle toute noire.

 

Les livres et le cinéma, c’est plein de sexe. Même quand tout a l’air marrant et anodin. Comme Juliet et Dominique qui deviennent copines au milieu de tours de magie et de substances interdites.

 

Marc m’avait-il entraînée à « Céline et Julie… » pour me dire : « Je ne te fais pas l’amour, mais vois, là, la liberté des femmes. »

 

Et l’une de mes premières lettres à Pierre, après avoir débuté notre relation, fut de lui écrire : « Laisse-moi tranquille. J’ai besoin de ma liberté. » La liberté, ma liberté, c’était la liberté de Céline  et Julie (sans hommes dans le film, sans fiancés je veux dire). Où était le sexe dans tout ça ?

 

Partout bien sûr. Mais je ne voyais pas grand-chose. Dans Paris, dans les cheveux longs de Jules et Pierre (c’était la fin des Hippies), sous nos robes indiennes, dans les boîtes de nuit, partout, chez Sonia (qui avait des aventures), chez Jules, chez Marc (que je croyais seuls), dans l’air du temps avant la fin de l’ère magique, avant l’apparition du sida. Me croyais-je toujours laide ? Non, je ne crois pas puisque Jane (Alderton) m’avait photographiée à la fontaine de l’Observatoire, les pieds sur la margelle, dans ma jupe azur, avec de jolies jambes, presque vaporeuse sous le ciel de Paris. Etais-je, enfin, arrivée à me croire jolie ? Mais lorsque j’étais avec d’autres jeunes femmes, ce n’était pas moi que les hommes voyaient. Etais-je un bas-bleu, enseveli sous ces kilos de livres que j’avais lus entre quinze et vingt-deux ans ? Ou une planeuse totale, la tête dans le cinématographe, qui ne voyait autour d’elle que des Ava Gardner et des Giene Tierney ? (Alors, comment être triomphante ?)  Ou avais-je un grave problème (ma mère, ma mère, comment as-tu regardé ta fille ? De bas en haut, tu m’as regardée, ma mère, avec des soupirs exaspérés) ?

 

Un jour, je m’achetai à Saint-Lazare une magnifique robe d’été, évasée et décolletée. Dans la rue, on me prit pour une putain et cela me terrifia. J’allai une fois avec Marc voir un De Oliveira en portant cette fameuse robe. Marc sembla surpris et me fit  un petit compliment. Mais avoir été prise par le bras par un homme affreux dans la rue près de l’Action-Lafayette (IXè) m’avait tétanisée. Je remisai la robe maudite.

 

J’ai toujours aimé les grandes boucles d’oreilles et les rouges à lèvres écarlates. Il paraît que c’est pour attirer les hommes. Mais Lucile aux lèvres rouges, dans les années 80, allait dans les salles obscures.

 

Contradictoire Lucile. Discrète et pipelette. Jolie et se cachant. Sociable et solitaire. Indépendante jusqu’à l’ivresse et rêvant d’un Marc à domicile.

 

 Moi qui avais tant aimé les hommes beaucoup plus âgés que moi,  j’allais tomber dans les bras de Pierre qui était un très jeune homme. Un gamin, avec un livre de yoga sous le bras, chez Jules.

 

Chez Jules.

 

C’est ainsi que je vis Pierre pour la première fois, fin 1980. J’étais en train de parler à Jules de

Lucile-Ecrivain et cette irruption m'agaça fortement.

 

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7 janvier 2013

Pourquoi ces chapitres intitulés "Juliet Volumes 1, 2..." ? Volumes, je pense, à cause de Jacques Rivette qui construisait ses films ainsi : avec des épisodes interminables et mystérieux (Les Mystères de Paris...) et qui les mettait dans ses films sans se soucier de la logique de tout ça.

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 20:14

Come on in my arms, you'll tell your pain

Close to our harmony it will break

So your peace of mind will come back to you

And I'll kiss your brow

 

 

Come on in my arms, you'll tell me your doubts

The life ways will be easier to you

When our certainty'll show the road

Then I'll kiss your eyes

 

 

Come on in my arms, you'll tell me about your soul.

Led by its lights we'll go to the innermost depths of our souls,

And our interlaced hands will secure its flame

 

 

In an  inmutable affection, and deep

Then my love song will rock for you without rest

Come on in my arms, you'll tell me your dream.

 

 

Emilien Davidenko

(45 Les Choux, died in 1998.)

 

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Sorry for my English translation if it is not perfect ! Je suis une apprentie traductrice. And thanks to Nicole, his wife, to give me the permission to do it.

JOELLE

 

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