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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:57

Christophe Masson raconte sa jeunesse à Clermont, mais aussi aux USA et en Angleterre, sous les auspices et le soleil d’une jeune fille : Pascale. Il n’utilise pas le « je » mais le « Il » pour parler de Christophe. C’est une évocation tendre, parfois dure, parfois douloureuse, du parcours d’un très jeune homme, pas très mûr, mais déterminé à ressembler aux « Grands » tel Antoine Blondin (qu’il rencontre plusieurs fois d’ailleurs, homme adorable mais fortement alcoolique – ce qui fait partie de son charme ).  Christophe veut écrire, lit et boit, écrit et boit, boit et voyage, suivi souvent par la douce Pascale. Christophe se sait en fait qu’une seule chose : IL VEUT DEVENIR UN ECRIVAIN ; et on comprend (JE comprends) sa détermination  et cette paresse qui n’est en fait qu’apparente. Roman qui m’a paru court et qui pourtant m’a fait prendre mille notes (affaire de génération ?). Un roman qui se lit vite si l’on est un peu pressé, beaucoup plus lentement si l’on se délecte (ce qui a été mon cas).

 

« Il ne sera jamais un mari, pas même un compagnon, juste un amant, ce garçon de passage qui se tient à l’écart, solitaire et rêveur. » P 142, avant-dernière page du livre et belle conclusion.

 

Il me tarde de lire « Lost In Dubai » du même auteur (que j’aurais bien vu  poète ou botaniste, c’est une idée qui me vient comme ça.Impressions…)

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 22:42

Réveillon de Noël : Nobody at home, except my dear cat.

I don't feel lonely, but I feel like talking in English.

 

I have just translated the first paragraph of a poem called : "CHANSON TENDRE" by Emilien Davidenko

(from a Russian ascendence, but lived in France and fought for it -Her ?-)

 

Come on, you'll tell me  your pain.

Against our harmony she (? it ?) will break.

So will come back to you your peace of mind, (So your peace of mind will come back to you ?)

And I'll kiss your brow.

(...)

 

Very difficult to translate a poem, even with simple words.

 

Emilien Davidenko was one of my French poet friends.

 

I ate little tonight and watched a TV a program on Hits (so/too many in English !).

 

A glass of Bordeaux though.

 

2013 :

 

I want to be read, so I will make this effort to use the Shakespeare Language again ( I love Shakespeare and Dickens and Emily and Charlotte Brontë, and... some American novelists too.)

 

I'm writing now my Parisian memories from the 80s. (my novel : LUCILE A PARIS.)

 

 

But If you read me, you will learn a lot of things concerning the intellectual life of poor young people in Paris in the Eighties.

So, RENDEZ-VOUS in 2013 !

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 17:05

Rue Lécluse, Pierre me fabriquaun bureau avec deux caisses et une planche sur laquelle il peint un joli paysage. Nous étions pauvres, d’une pauvreté chronique que je ne cherchais pas à expliquer (IL Y AVAIT des explications) et que j’acceptais comme si elle était naturelle (enfin, c’est plus compliqué que ça, j’en reparlerai sans doute par la suite pour raconter ma vie avec Pierre). Et je trouvai mon bureau charmant. Au-dessus, j’accrochai un paysage de montagne offert par Cyril. On commençait alors à m’offrir des dessins et des peintures, ce que mes amis ont fait  toute ma vie. Pierre, Cyril, et surtout Marc, dessinaient et peignaient. Tous trois allèrent étudier  (des cours du soir) à l’Ecole Boulle. Pierre très peu de temps, Cyril je ne me souviens pas, et Marc très sérieusement. Il songeait déjà à quitter ses Réfugiés de Neuilly (à l’époque le HCR recevait principalement les « boat people ») et qui sait ? peut-être même son cher cinéma ? Puis je rencontrai Jean-Baptiste et Pascale (1985) qui venaient des Beaux-Arts. Jean- Baptiste peignait et Pascale était mosaïste. Mais je rencontrai donc JB et Pascale plus tard, après l’histoire de ce bureau.

 

Pour l’instant, j’étais assise là, la tête dans les nuages comme d’habitude, devant ce bureau boiteux bricolé par Pierre qui n’avait fait aucune étude et venait d’une famille misérable et désunie de  Saint-Denis (en 2012, qu’on ne me parle pas des HORRIBLES familles du 93, elles existaient déjà en 1960, date de naissance de Pierre). Quand je relevai la tête, je voyais le paysage de montagne de Cyril qui, de même, n’avait pas étudié et avait souffert dans une famille déchirée. Sonia et moi, même combat ! Nous nous étions choisi des Sans-Familles

-Sans-Etudes, nous les ex-étudiantes en langues (Espagnol et Anglais, Université de Paris X-Nanterre).

 

(Aujourd’hui, en 2012, je vais faire hurler mes amis lecteurs, je comprends ces familles étrangères qui choisissent le futur époux de leur fille : ils cherchent à les mettre à l’abri. Sonia et moi étions plongées la tête la première dans…).

 

Mais nous étions en 1980-1981 et, sur ce bureau, j’écrivais des histoires de femmes libres qui travaillaient. Mes héroïnes cela dit cherchaient à grimper  dans l’échelle sociale et magouillaient avec leurs patrons pour faire prospérer l’entreprise (les « yuppies », vers 1984-85,sont nés dans ces années-là, non ?). Et, évidemment, elles tombaient amoureuses de leurs patrons. Je ris en écrivant cela : je sortais de Nanterre où j’avais lu de très près Jane Austen et Charlotte Brontë. Et d’ailleurs, dans la bibliothèque de ma mère, à Conflans, il y avait un vieil exemplaire de « Jane Eyre » (j’en respire encore l’odeur, je revois encore les illustrations vieillottes en noir et blanc de ce merveilleux ouvrage), « Jane Eyre » que j’ai lu à quatorze ans, et lu et relu par la suite, à Nanterre, à Paris, à Gien (en français, en anglais)… Et après tout (malgré les cris de révolte féministes de l’héroïne), que fait Jane ? Elle travaille, puis elle épouse son patron. Lucile, elle, à vingt-deux ans, s’était envolée pour l’Angleterre et, à vingt-trois, s’était élancée toutes voiles dehors, vers Paris. Sonia et moi ne voulions pas nous marier ; d’ailleurs franchement nous n’y songions même pas ! (Nous avions entre vingt-cinq et trente ans). A Nanterre, Sonia m’avait tenu des propos violemment anti-mariage. Moi, je ne savais pas. Je ne savais jamais rien : ni le jour des manifs, ni ce que j’allais faire plus tard, ni pourquoi je ne semblais pas plaire aux hommes.

 

Je tombais des nues à vingt ans comme je tombais des nues à vingt-six devant mon bureau peint en écrivant des romans qui allaient être publiés incessamment sous peu, bien sûr.

 

Un jour, Sonia me parla des souvenirs de sa mère. Une radio avait lancé un concours auprès des personnes qui avaient l’âge que j’ai aujourd’hui (tiens !)  et madame Ramais avait écrit ses souvenirs d’enfance. Je m’intéressais toujours à ce qu’écrivaient les autres (j’ai toujours été une écrivain, mais une écrivain-lectrice) et je réclamai le manuscrit.

 

Le manuscrit de madame Ramais était donc là, sur mon bureau peint de son paysage bleu, c’était un gros manuscrit, et je le lus, et il était remarquable. La mère de Sonia évoquait avec amour son grand-père et son fameux verre qui n’était jamais lavé, que lui seul avait le droit de toucher. Mais elle racontait surtout « son » Exode d’enfant et c’était extraordinaire, épique. Elle racontait entre autres le bombardement du Pont de Gien (Gien où j’habite aujourd’hui). C’était un monument littéraire.

 

Sonia m’expliqua que sa mère avait voulu se justifier aux yeux de ses enfants, se faire pardonner. SE JUSTIFIER DE QUOI, SE FAIRE PARDONNER QUOI ? Des bombardements des Allemands (et des Italiens me semble-t-il me souvenir), d’avoir souffert petite fille ? Je ne compris pas. Et aujourd’hui, moi aussi (et pourtant je n’ai pas d’enfants), j’essaie de me justifier, d’expliquer. Me justifier d’avoir été complètement indifférente à la politique de ces années-là (1979-1987) ? Expliquer qu’on était jeunes et qu’on avait envie que la vie soit un cinéma permanent.

 

Quelle radio avait demandé ces mémoires aux gens de la génération de mes parents ? C’était l’époque de la naissance des radios libres. Je ne me souviens pas du tout des « radios libres ». Nous écoutions, Pierre et moi, les émissions sur la musique (Jean-Louis Foulquier…) pour Pierre, et les émissions de Claude Villers (Le Tribunal des Flagrants Délires).  En 1980, je n’écoutais plus « le Masque et la Plume » depuis plusieurs années, je ne sais plus pourquoi… Parce ce que Jean-Louis Bory était mort ?  Et puis Bastide était-il devenu ambassadeur pour Mitterrand ?  Beaucoup plus tard, Pierre me fit des crises de jalousie lorsque je réessayai de retrouver mes critiques du « Masque et la Plume ». Exit le Masque, exit le Grand Amour de mes vingt ans. (Pierre savait très bien que j’avais été éperdument amoureuse de François-Régis Bastide et peut-être avait-il peur que je retombe amoureuse d’un autre Bastide ?)

 

Est-ce que, dans les années 80, les mauvais souvenirs ressortaient, amplifiés par des Historiens qui en avaient plus qu’assez d’entendre parler des Noël-Noël  et de la Glorieuse Résistance ? Est-ce que j’avais enfin intégré que ma grand-mère (et sa propre mère, Léontine Moreau) avaient adoré Pétain et que certains de mes amis étaient juifs ?

 

A Ville-d’Avray, à la fin de mes études, je me revois dans cet appartement très chic des parents de Mathilda. Déjà à cette époque, je ne me sentais pas concernée par le terme « lutte des classes ». Je croyais tellement à la simplicité dans les rapports entre les gens et à l’égalité, que l’aisance ou la pauvreté des uns et des autres ne m’émouvaient pas plus que ça. A mes yeux, nous étions tous égaux et la beauté de Ville-d’Avray ne me mit nullement en concurrence avec Mathilda. Elle était jolie, avait de très beaux yeux bleus et était à moitié juive (sa mère était Bretonne), ce que j’appris ce jour-là. Tout à coup (de quoi parlions-nous donc ?), elle se mit à pleurer. Elle me raconta que, pendant la guerre, son grand-père était très malade et que ses deux fils ne voulaient pas le laisser là, à Paris. Il se suicida pour leur permettre de partir. Le père de Mathilda put ainsi, avec son frère, franchir les Pyrénées et gagner l’Espagne.

 

Je ne peux pas raconter cette histoire à voix haute, cela me fait monter les larmes aux yeux. Je me souviens de l’appartement clair, de la beauté de Ville-d’Avray qui était le lieu du « Lac » de Camille Bourniquel, l’un des plus beaux romans que j’aie lus   dans ma vie. Dans « Le Lac » d’ailleurs, au milieu de la beauté tranquille et d’une bohème enchanteresse, surviennent la guerre, la Résistance et la mort.

 

Mitterrand faisait porter des gerbes sur la tombe de Pétain.

 

 

 

Je voulais parler du bonheur de ces années-là et ce sont ces histoires (l’Histoire) qui me reviennent en tête. Les visages de mes amis étaient les visages de leurs parents. Marc portait en lui, gravé au cœur, le portrait de son grand-père collabo. Derrière Jean-Baptiste et         Mathildaflottaient les ombres des morts. Et dans l’album de ma famille, malgré les opinions politiques de mes parents, , il y avait le portrait de ma grand-mère Lucile, secrétaire au Bureau de Ravitaillement, fière  devant un portrait de Pétain.

 

Je n’avais pas lecœur lourd dans les années 80. Il me semble que j’avais le cœur léger et que nous vivions une sorte de bohème aménagée en nouvelle bohème d’un Paris accueillant.

 

Mais quelque chose, quelqu’un, un je-ne-sais-quoi cherchaient à me faire sentir coupable.

 

Coupable, aux yeux de mes parents, de n’avoir pas choisi un ingénieur.

 

Coupable, toujours aux yeux de ma mère, de tirer le diable par la queue.

 

Coupable de commencer à en avoir plus que marre des problèmes de ma meilleure amie avec son Cyril (problèmes qui étaient –mais je ne le voyais pas du tout – les mêmes que les miens avec Pierre).

 

Coupable d’accepter sans broncher des boulots imbéciles et débilitants.

 

Coupable de ne pas avoir dit à Marc que je l’aimais, puis coupable de lui avoir dit que non réflexion faite je ne l’aimais même pas, puis coupable de l’avoir aimé, oui, finalement, et de ne le lui avoir jamais dit.

 

Coupable de ne pas pouvoir aider Pierre l’Imprévisible et le Vagabond.

 

Coupable d’un passé mystérieux où erraient mon grand-père prisonnier pendant la Seconde Guerre Mondiale (que j’avais été obligée de quitter à l’âge de sept ans pour rejoindre deux inconnus à Conflans-Sainte-Honorine) et les grands-parents malheureux de Mathilda et de Jean-Baptiste.

 

Coupable d’être née, bien sûr. Combien de fois ma mère m’avait-elle dit qu’elle avait essayé en vain de se débarrasser du fœtus que j’étais ?

 

J’aimais et j’avais aimé ma grand-mère maternelle plus que tout.

 

Non, décidément, je n'aimais pas du tout "le Chagrin et la Pitié".

 

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NOTE DE BAS DE PAGE :

Jean-Baptiste ne s'appelait pas "Jean-Baptiste". Il avait changé son prénom lorsqu'il était devenue artiste-peintre. Cela créa des drames et des malentendus -que je serais incapable d'expliquer ici-.

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 14:58

Pourquoi ai-je tant aimé ce livre ? Sans doute parce que je partage avec Athénaïs  Mialaret (future Mme Michelet) beaucoup de points communs : elle fut abandonnée dès sa naissance aux soins d’une nourrice (c’est ce qu’on faisait à l’époque dans les familles bourgeoises), reprise sans raison (c’est ce qui sembla à Athénaïs) par des parents inconnus, dont une mère non aimante et même cruelle et violente. Puis Athénaïs aima les animaux (à poils et à plumes) toute sa vie passionnément. Puis elle aima l’étude et l’écriture au point de se confier, toute jeune femme, à un écrivain célèbre (mon Dieu, que de points communs avec mon humble personne !). Et puis Athénaïs n’eut qu’un enfant qui mourut vite  et fut elle-même L’ENFANT vénérée de Jules Michelet, homme brillant et admiré, père des historiens français. Il était nettement plus âgé qu’elle (elle avait adoré son père qui la protégeait des cruautés de sa mère) et il l’adorait au point de combattre bizarrement la froideur (et même la douleur) sexuelle de sa femme. Il l’étudiait, étudiait son sang, ses selles… Oui, étrange me direz-vous, mais ces deux-là en furent comme les deux doigts de la main. Quand Athénaïs se mit à écrire sur les sciences naturelles, Michelet s’empara de son manuscrit et le remit au propre, à son goût à lui. Athénaïs, jeune et très aimante, se laissa faire, quitte à se rebeller beaucoup plus tard. Les prémisses de la libération féminine se faisaient jour, Athénaïs n’y fut pas complètement insensible. Elle essaya de  tempérer les relations orageuses avec les enfants d’un premier lit de Michelet, mais ce fut difficile et douloureux. On mourait beaucoup de la tuberculeuse à cette époque et la fille de Michelet en mourut. Naturellement, violemment anti-clérical et proche des socialistes,Micheletfut ami avec des personnes telles que Lamartine et Quinet. C’est dans cette admiration immense qu’Athénaïs vécut une grande partie de  son existence avec cet homme étonnant. Même à la mort de  Michelet, Athénaïs reprit la plume POUR LUI. La fin de la vie d’Athénaïs fut éclairée par ses relations amicales avec le jeune sculpteur Bourdelle. C’est peut-être ce qui m’a un tout petit peu frustrée à la fin de ce livre épatant, c’est le peu de choses qui est dit sur Bourdelle et Athénaïs.

Il est heureux qu’Isabelle Delamotte (après son livre sur la petite Jeanne, maîtresse de Zola) nous ait fait faire la connaissance de cette dame méconnue. C’est un livre très agréable à lire, d’une écriture fluide, et on y apprend des tonnes de choses  (par exemple sur les Révolutions de 1848, au moment où Athénaïs se trouvait à Vienne, gouvernante des enfants d’une princesse autrichienne).

 

A LIRE pour l’histoire (l’histoire d’une femme du XIXè siècle), pour l’Histoire (l’Histoire avec un grand H), pour les chats qui traversent ces pages…

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 11:58

Un journaliste de France 2 a pris la place d'un SDF (pourquoi ne pas dire "sans-logis", ce serait moins inhumain, plus vrai ?).

Ses conclusions : solitude et aucune entraide entre ces pauvres gens.

 

La SOLITUDE. Même ceux qui vous donnent une pièce n'osent pas vous regarder.

La dernière fois que je suis allée à Paris, j'ai VU deux prêtres passer sans broncher et sans cesser leur conversation devant...deux SDF assis sur le trottoir.

Des gens là devant vous que vous NE REGARDEZ PAS, que vous ne voulez surtout pas voir.

 

Et Monsieur LE GROS va mettre à l'abri sa fortune en Belgique.

Gros comme un ventre rempli d'or.

Gros comme l'Egoïsme.

Gros comme sont grosses mes larmes (et vos larmes un peu j'espère).

Il n'y a pas 3 millions de fainéants.

Il n'y a pas 3 millions de gens qui aiment la solitude, le froid, la recherche d'un peu de sommeil pour la nuit.

Il y a par contre des gens qui disent que "c'est bien fait pour eux, ils n'ont qu'à travailler."

 

J'ai parlé avec ma voisine tout à l'heure : elle a travaillé 45 ans, très dur, dans une usine, et elle touche 700 euros de retraite.

Si notre loyer augmente, à toutes les deux, nous finirons où ?

Sous les ponts de Paris ?

Car c'est dans les grandes villes que vont "ces gens".

 

Ces gens, c'est vous, c'est moi, c'est peut-être nos futurs enfants, c'est peut-être un membre de notre famille que nous ne voyons plus.

 

REGARDONS et PARLONS à ceux qui sont dans la rue.

C'est peut-être vous, c'est peut-être moi.

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21 novembre 2012

Suite à l'émission sur F5 "C dans l'air" (Tapie, DSK et Depardieu) :" Les boucs émissaires ?"

J'ai réfléchi et je pense que Depardieu est libre (nous avons la liberté de circuler en Europe, n'est-ce pas ?), qu'il a le droit d'aller habiter où il veut (même un endroit apparemment sinistre !), cet argent : cet homme jadis pauvre l'a gagné.

Et il fut -et cela je ne pourrai jamais l'oublier- les héros des "Valseuses", du "Dernier métro", de "La Femme d'à côté", de "Green card"... Ce qui n'excuse pas mais ne permet pas non plus de le traiter de minable.

 

Joëlle (21 heures, 10/12/12)

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 09:04

CHAPITRE V

Le Chagrin et la Pitié

 

            Deux ans après, j’étais chez Marc à Levallois, métro Louise-Michel, là où il habita au moins dix ans. Je me revois sur son lit d’enfant (combien de fois ai-je couché, chastement, sur ce lit ?), assise les jambes croisées comme d’habitude, Marc debout m’écoutant, vaquant à ses occupations de maître des lieux. De la fenêtre de son appartement, on pouvait voir la tour Eiffel au loin. Quand nous sommes partis en 1987, Pierre et moi, on travaillait à nous cacher notre chère tour Eiffel (de nouvelles constructions) de la fenêtre de Marc.

 

-         Non, non, je n’aime pas ce film, disais-je, non, je ne peux pas accepter ça !

 

Accepter quoi ? « Le Chagrin et la Pitié » de Marcel Ophuls (le fils du grand Max, de « Madame de… », certainement un de mes films préférés), film de 1971 qui semblait être ressorti en 1981, puisque Ophuls écrivait dans Le Monde :

 

            « Le film a bénéficié d’une exploitation démagogique, d’un malentendu délibéré à propos de sa portée politique. Il n’est antigaulliste que dans la mesure où il conteste le mythe de la grandeur française –tout comme le mythe communiste du peuple en marche. Il propose une autre perception de l’histoire, celle qui m’intéresse, qui s’appuie sur des comportements individuels, qui s’interroge sur la mémoire collective. LE CHAGRIN ET LA PITIE prête à des polémiques moins par son contenu que par sa construction. Il ne s’agit pas d’un simple collage de documents et d’interviews, mais d’un récit dramatique, réalisé en salle de montage, à partir de ces documents et interviews. » (Le Monde, 18/8/81 –Dictionnaire du Cinéma, Jean Tulard.)

 

-         Alors tu n’aimes que les héros de la Résistance dans les films, dit Marc, calme et en souriant. Tu ne veux pas qu’on te dise le contraire ?

-         Je ne peux pas, JE NE PEUX PAS croire que les Français aient tous été si mauvais. Ils étaient bien quelque part, hein, les héros ?

-         Peut-être, disait Marc sans se mouiller.

 

 

Est-ce que je croyais aux héros ? Est-ce que Marc et moi étions aussi naïfs que nous le paraissions parfois ? En tout cas, ce n’était pas une réaction de droite (toute la France a résisté, vive De Gaulle !), moi qui avait voté Mitterrand, moi qui étais la suiveuse de mes amis Charlie-Hebdistes, anticonformistes, Led Zep-Higelin-Fontaine-Desproges.

 

Nous (Marc, Sonia, Jules, Patrice et Nelly… Pierre ne votait pas) avions tous voté Mitterrand, mais nous n’en parlions pas. Nous ne parlions jamais politique, en tout cas pas de celle-là. Je me souviens vaguement qu’il y eut des gouvernements Maurois, Rocard, Edith Cresson, mais nous n’en parlions pas. Si, avec Jules un jour, nous  avions parlé d’Edith Cresson parce qu’elle avait dit que tous les Anglais étaient plus ou moins homosexuels… ou avait-elle dit réellement cela ? En tout cas, nous nous étions esclaffés avec Jules : « Quelle gaffeuse, celle-là ! » ; on en avait ri. Avec Jules,

même si c’était un sujet qui nous touchait de près, on finissait toujours dans les rires.

 

Maurois, Rocard and Co nous passaient complètement au-dessus de la tête.

 

Mais, même gauchiste, Le Chagrin et la Pitié, non, ça ne passait pas. Je reste à jamais traumatisée par des descriptions de tortures de femmes faites dans ce film (racontées en fait par des témoins, tortures des Nazis bien sûr).

 

Il y eut aussi « Blanche et Marie » avec Miou-Miou, et Marc me dit :

 

-         De vieilles femmes torturées, non, on n’a pas l’habitude !

 

     Nous étions encore une génération hantée par la guerre 39-45. Nos parents avaient souffert de la faim en cette période, ils avaient vécu l’Exode avec leurs propres parents. Enfin, c’était plus compliqué que ça. Pendant l’Exode, ma mère était dans un préventorium sur la Côte Basque et ma grand-mère coincée à Châlette-sur-Loing avec mon arrière-grand-mère qui n’avait pas voulu partir.

 

     Ma grand-mère et sa mère étaient toutes les deux pétainistes. Oui, je savais pertinemment cela dans les années 80 et je nous revois un jour, mon adorée grand-mère et moi, devant la télé à Châlette. Nous ne parlions jamais politique elle et moi. Nous devions très bien savoir que nous ne votions pas pareil. Et nous nous aimions trop. François Mitterrand apparut sur l’écran. Je ne sais pas pourquoi, je dis :

 

-         Je ne l’aime pas cet homme-là. Je ne l’ai jamais aimé.

-         Moi non plus, dit ma grand-mère. Il n’inspire pas confiance.

     Et je me sentis chaleureusement proche de ma grand-mère. Comme si nous venions de dire quelque chose de très important. Mais c’était comme ça, en passant.

     Et ma grand-mère avait admiré Pétain. Et ça ne me plaisait pas du tout.

 

 

     Il y avait eu « Les Guichets du Louvre » de Michel Mitrani quelques années auparavant, avec les beaux yeux de Christine Pascal. Christine Pascal sur un pont à Paris, à la fin, qui disait : « Je m’appelle Jeanne. » Christine Pascal qui se défenestra en 1996.

 

            Il y eut « Shoah » en 1985, quelques années après la scène dont je parle à Levallois. D’ailleurs dans ma tête pas très solide, il y eut toujours une confusion entre le film d’Ophuls et celui de Lanzmann. (Il n’y a pas aujourd’hui -2012- de référence à Claude Lanzmann dans « le Dictionnaire du Cinéma » de Jean Tulard). De même que je ne réussis jamais, dans les cinémas de Paris des années 80 où l’on repassait ce film, à entrer dans une salle voir « Le Locataire » de notre Polanski adoré, à Marc et moi, de même je ne réussis jamais à voir le fameux « Shoah ».

 

            Ce « roman » se passe entre la sortie du « Dernier métro » (1980) et la sortie de « Shoah » de Lanzmann. Il faut vraiment croire que nous baignions dans les souvenirs cachés de la guerre 39-45. Mitterrand justement. Mitterrand pas encore montré aux côtés de Pétain. Mitterrand que ma grand-mère (elle aussi s’appelait Lucile –ou je m’appelle Lucile comme elle) et moi n’aimions pas.

 

            Marc allait me raconter un jour (très tard dans notre amitié) que son grand-père avait été collaborateur et que des troubles psychiques étaient chez lui venus de cette histoire.

 

            Autour de nous, Patrice, Jean-Baptiste et Pascale* (que Jules m’avait fait rencontrer ; ils habitaient dans le XVIIè près de la rue Lécluse, ma deuxième rue à Paris), Mathilda (une amie de la fac de Nanterre) étaient juifs.

 

            Mais nous n’en parlions pas. « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle… » « Tous les archevêques de Paris sont juifs », disait notre étonnant Desproges (Monseigneur Lustiger était alors archevêque de Paris).

 

            Marc ne parlait pas de son grand-père collaborateur qui avait mis en péril la vie de sa famille à la Libération. Nos amis étaient juifs, et nous n’en parlions pas.

 

            De quoi parlions-nous entre vingt-cinq et trente ans dans les années 80 ? De Rohmer, de Rivette, de Truffaut, et de Proust (Jules et moi faisions de longues tirades sur « la Recherche » que nous étions très fiers d’avoir lue).

 

            De quoi parlions-nous donc ?

 

            Pas de Mitterrand et de socialistes en tout cas.

 

            On voyait la tour Eiffel de partout. C’était Paris. C’était merveilleux.

 

 

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  • Jean-Baptiste nous en parla UNE fois (à Marc et moi, ou à Jules et moi ?), rue des Dames, à l’entrée ou à la sortie du « Nuage Bleu », et nous dit qu’une grosse partie de sa famille avait disparu « en fumée » (tels furent les mots de JB) dans les camps. Cela prit à tout casser entre trois et cinq minutes (ou moins ?). Je dis quelque chose du genre : « Oh la la ! » et nous rîmes avec gêne. Et c’est tout.

Une autre fois, Pascale, sa petite amie, me dit qu’elle était également juive. Elle riait ( des rires, toujours).

Et moi je dis : "Ah bon ? Toi aussi ?" Et, encore, cela s'arrêta là.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 17:43

PARLE DU TEMPS

(Urgence !)

 

Quatre heures du mat j’ai des frissons

Comme disait la chanson

Quatre heures du mat le temps le temps

Peau de chagrin

Il y a urgence

Le temps le temps

A coulé sur ma vie a coulé sur les herbes

A coulé en rosée

Sur ma mince vie

 

Quatre heures du matin tout s’est gelé

Aux années aimées

A Paris les beaux seins

La taille mince et le teint clair

Des jeunes Parisiennes qui le dimanche

Traversent le pont avec des amants

Après des nuits passées

Des nuits dorées

De pleine lune ô mon Rohmer

Des nuits passées avec Augier

O mon passé de cinéma

Cinémato

Cinématophotographies

 

Quatre heures du mat le corps urgent

Dit la peau fatiguée et le ventre noué

Et le temps qui reste

Il faut parler disent les ombres

Alain Desproges et puis Truffaut

Pascale Augier Juliet Berto

Christine Pascal sur un pont de Paris

Il faut prendre le dernier métro

Passer le pont Mirabeau

Et parler des amis perdus

Tu as trop marché

Tu t’es trop tue

 

Je me tue à me souvenir

Mais le temps le temps

A quatre heures du matin

Passe comme un éclair méchant

Au-dessus de la Seine

 

Retournerai-je à Paris

Revoir Jacques et la gare de Lyon

Images fixées et ces trains qui m’emportent

Je me suis longtemps tue j’aurais dû parler

D’Apollinaire qui parlait de moi

Et moi je me suis tue tuée

Je me suis tuée quelquefois

Au bord des grands fleuves

Qui n’étaient pas ma Seine aimée

Parle Joëlle il n’est que temps

Le temps le temps de cette urgence

Mouloudji et Gainsbourg sont morts

Comme un p’tit coquelicot mon âme

Doit être rouge avant de flétrir

 

Sur mon ocre Paris aux musées recréés

Hopper Cassatt et les robes des impressionnistes

Il faut alors traverser Montargis

Alors qu’il faut s’arrêter sur le pont Joëlle

Pas seulement ceux de Paris

Et dire s’il y a urgence

La fleur ne s’est pas encore refermée

L’eau encre de la Loire coule dans mon stylo

Jacques est encore là La P’tite Conne est ressuscitée

Dans les mots tes mots peut-être

                                   Ô ma douce

Mais dans le mot il y a mort

 

 

Quatre heures du matin j’ai des frissons

Sur le dos fatigué du matin

Joëlle douce a tant vécu

Il ne faut pas mourir mon cœur

Il faut se souvenir du temps

Que traversent les artistes et les hippies

Et Patti Smith à Charleville

Et Neil qui écrit Young

Urgence urgence

A ne pas baisser les bras

A embrasser le temps qui fuit

A dire : Temps reste là

J’ai tant de choses encore à dire

Tant de ponts encore à parcourir

Et sur eux je jetterai

Le coquelicot de Mouloudji

L’ambre solaire des vacances à Cassis

Le poème où je disais : Je suis morte

 

Mais je ne suis pas morte

Même Déon Modiano D’Ormesson vivent encore

Tu vis Joëlle

A quatre heures au lieu des somnifères

Prends les bonbons de Jacques Rivette

Et prends le tournant voulu

Au coin de la rue voulue

Pour aller vers le temps

Tant de temps à raconter

 

Tant de temps et de poids du temps

Et ces rues ces ruelles et ces plages et ces cols en montagne

Au milieu desquels

Après tout tu as passé

 

Nuit du 24 octobre 2012

 

 

ET SI DEMAIN…

 

Et si demain on se levait

Et si demain on disait

La mer la mer

Et les lacs de gelée blanche

Et les edelweiss

Des pentes alpines

Et si demain on se levait

Et on disait

On part on part

Et plus rien plus de soucis plus d’ombres

Plus d’âme tourmentée

Plus de pentes trop raides

Plus de vagues glacées

Et si demain on partait

Et si demain on vivait

 

25/11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 16:28

 

     

 

     

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 14:36

Sylvie-boisrame-1979-Conflans.jpg "Sonia", à Conflans Ste Honorine chez mes parents, 1979 _ CHAPITRE III - Portrait de Sonia Ramais

 

9 octobre 2012 : Sonia Ramais s’appelait en réalité S.B. Je ne l’ai plus jamais vue entre 1986 et 2011. En 2011, je suis allée pour la première fois sur un réseau social et je lui ai envoyé un petit mot. Elle m’a répondu. Nous nous sommes revues l’été 2011, à Gien.

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Sonia n’aimait pas ma tête : elle trouvait que je faisais la gueule. Sonia n’avait pas aimé que je sois vierge à vingt-cinq ans (il faut dire que je la trouvais plutôt patiente de ce côté-là). Sonia n’aimait pas mes fautes de français quand je m’enflammais et elle me reprenait avec sévérité : “on ne dit pas..., mais...” Sonia n’aimait pas mes goûts (“t’es snob“...). Sonia ouvrait de gros yeux vengeurs quand je lui disais que “Mad Max” c’était bien, que c’était philosophique. Sonia n’aimait pas que je boive au lieu de fumer de l’herbe comme tout le monde. Sonia n’aimait pas mon choix de petit ami, Pierre ; elle faisait pourtant partie de ceux qui me l’avaient jeté dans les bras.

 

Sonia n’aimait pas Pierre (elle fait semblant de l’aimer, elle y arrivera, comme tout le monde). Sonia n’aimait pas que je sois l’amie de Marc Valloire alors que c’était elle sa pote au collège de Conflans, alors que c’était elle qui avait fait du Latin avec lui (“toi, Lucile, tu n’as pas fait de Latin...”), alors que c’était elle qui avait bien rigolé avec lui quand ils avaient treize, quatorze, quinze ans... Est-ce que je méritais Marc (est-ce que qui que ce fût méritait Marc ?) ? Elle n’aimait pas que je n’aie pas couché avec lui, mais elle aurait détesté que je couche avec lui. Sonia n’aimait pas que je mange avec voracité et que je boive comme un trou en restant scandaleusement mince. Sonia n’aimait pas que je me plaigne sans arrêt (elle avait raison), mais elle-même était à elle toute seule un concert de plaintes à Notre-Dame.

 

 

Sonia ne s’était jamais assise à côté de moi en Première L au lycée de Poissy juste à côté de ce bloc de béton de Le Corbusier (Jean-Christophe Averty avait raison de dire qu’on aurait dû le noyer direct, celui-là, un bloc de béton accroché à ses pieds), pas une seule fois en une année. Elle s’asseyait à côté de Danièle C. Et moi j’étais restée une pestiférée toute l’année dans cette classe de petits merdeux (de petites merdeuses plutôt car c’était une classe de L). Sonia ne m’avait jamais invitée en Bretagne où ses parents avaient une maison alors qu’elle avait invité ses collègues de bureau (dont Jules). Sonia ne me complimentait jamais sur mes écrits, elle m’engueulait, elle me disait tu exagères, tu geins, tu es snob. Sonia ne disait jamais à ses amis (devenus nos amis) que j’écrivais.

 

Sonia trouvait que j’étais stupide de m’obstiner. Elle me regardait avec patience et agacement.

 

 

Sonia me lisait cependant, elle me consolait, elle m’écoutait, elle essayait de comprendre, elle me donnait des conseils sur mes rapports avec ma harpie de mère, elle m’écoutait des heures et des heures parler de ladite mère sans s’énerver ni se lasser, Sonia se désolait de mon histoire avec Pierre, Sonia soulevait un cil sans faire de commentaires quand je lui parlais de Marc, Sonia avait un petit frère adorable, elle me présenta le petit frère... Sonia m’avait présenté Jules, Serge, Fabrice et Nelly... Sonia m’avait emmenée en boîte, m’avait entraînée dans des conférences, m’avait fait manger à “La Crêpe carrée”, crêperie qui était devenue “notre” restaurant, à nous les fauchés, pendant des lustres. Sonia m’avait prêté cent francs tous les dimanches soir à partir du jour où j’avais connu Pierre. Sonia avait prêté, puis presque donné (elle ne le fit pas finalement parce que je hurlai), sa guitare à Pierre. Sonia croyait que j’étais écrivain, même si elle ne le disait pas.

 

 

PORTRAIT DE SONIA RAMAIS (bis)

 

 

Sonia avait des migraines à n’en plus finir. Migraines par-ci, migraines par-là, elle me rappellait ma mère. Mais est-ce que je savais qu’elle me rappelait ma mère ?...

Sonia se couchait, au moins deux fois par mois, la tête à pleines mains, en gémissant qu’elle était malade, que personne ne comprenait à quel point elle était malade, qu’elle se sentait partir, qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle n’allait pas pouvoir aller travailler, que Cyril ne pouvait rien pour elle à part lui tendre les compresses. Sonia et Nelly se racontaient leurs migraines. Et moi, qu’est-ce que j’avais à raconter... ? Mes maux de ventre ? J’avais souvent mal au ventre. Le lundi matin par exemple. Ou au milieu de la semaine à l’aube lorsque je me disait : Il faut, aujourd’hui, un nouveau jour, me coltiner les assurés en colère au téléphone, surtout ceux de la MAIF. Ils hurlaient après la compagnie Truc et la compagnie Machin qui étaient des voleuses (ce qui était vrai, je pus le vérifier lors de mon premier emploi rue de Châteaudun), des lambines, des coupeuses de cheveux en quatre, des ordures, des putes, des exploiteuses, et les experts (pour lesquels je travaillais) c’était du pareil au même puisqu’ils collaboraient. Mon patron s’arrachait les cheveux en silence. Il souffrait le martyre, ce bourge des beaux quartiers, obligé de faire ce travail de larbin quand il était artiste (il peignait à la plume), obligé de fréquenter des juifs (le cabinet Cohen), des homosexuels (le cabinet Herzog), des parvenus (le cabinet Martin) dans l’exercice de ses tristes fonctions. Mais on est catholique ou on ne l’est pas. Alors mon patron souffrait en silence en maudissant la MAIF (les profs) et la M. (les médecins, des juifs, c’est sûr...). Madame la Femme de mon

Patron allait écouter le nouveau Pape , Jean-Paul II, dans je ne sais quel cirque des abords de la capitale. Elle se pâmait. Pas un juif celui-là, comme le Cardinal de Paris. Et elle aussi baissait les yeux modestement dans sa condition de martyre: elle élèvait une fille handicapée et devait tenir vaillamment une maison de bonne prestance où l’un des fils, Henri-Alexandre, nous faisait beaucoup rire, la secrétaire en chef et moi, lorsqu’il secouait sa gabardine. Bref, mes lundis matins étaient difficiles. Je n’avais rien à faire avec ces gens-là, moi qui fréquentais des critiques de cinoche et des fous du genre Jules ou Pierre. Moi aussi je supportais ma condition vaillamment et j’essayais de faire bonne figure, de croire que mon petit emploi de secrétaire servait à quelque chose, que j’étais utile à quelqu’un, au moins à mon pauvre fascho de patron. Bientôt, je ne serais plus là, au cabinet S., je serais au Haut-Commissariat-Pour-les-Réfugiés (grâce à Marc), puis dans l’édition médicale. Il y aurait d’autres espoirs, d’autres aubes glaciales où il faudrait se lever au son de FIP (que Dieu bénisse FIP) en se disant que c’était la vie, qu’il fallait se lever dans les brumes d’hiver pour aller gagner un salaire de plouc alors qu’on avait été jadis une étudiante (pas brillante mais une étudiante licenciée et maîtrisée quand même) en anglais. Au temps où Clovis Brunelli (professeur de fac) était amoureux de moi, au temps où moi, Lucile Colline, j’étais amoureuse de François-Régis Bastide (écrivain célébrissime). Te souviens-tu, Sonia, toi en Espagnol, moi en Anglais, du temps où nous croyions que nous allions devenir journalistes, traductrices, chercheuses d’or au Mexique ?

Sonia, tu écrivais une maîtrise sur les herbes des sorciers dans les pays d’Amérique du Sud, et moi j’écrivais la mienne sur l’ambition sociale des femmes chez Jane Austen et Frances Burney. Il n’y avait pas de hasard. Nous étions ambitieuses. Nous nous le cachions bien en proclamant haut et fort notre liberté, surtout toi Sonia, des femmes libres et cultivées qui ne se marieraient sûrement pas, qui ne feraient pas d’enfants (à l’époque du nucléaire, non mais !), qui parcourraient les montagnes du Pérou en suçant du coca, qui reviendraient à Paris fortes et bronzées comme Alexandra David-Neel pour vivre sages le reste de leur âge.

 

Nous travaillions à Paris, toi dans une banque qui exploitait les petits agriculteurs, et moi dans un cabinet d’expertise qui grappillait sur tout et rien auprès des assurés qui ne savaient pas se défendre. On gagnait cent sous par mois, tu rognais sur la bouffe et sur les fringues, et moi sur les fringues et sur la bouffe. On voulait voir Jacques Higelin et courir les cinémas. Je portais une jupe indienne bleu turquoise que tu m’avais donnée et un corsage en den-

telles blanc que ma mère m’avait rapporté du Tyrol. J’étais jolie (pfff, Pierre me le disait en tout cas) et coquette, toi pas.

 

Tu portais une espèce de pull blanc, plutôt gris, difforme, du 1er janvier au 31 décembre, tu le portais comme un étendard, l’étendard de la misère. “Je suis pauvre, clamais-tu, je suis Sonia Ramais, de la Classe Ouvrière, et je me proclame Reine des Miséreuses !” “Tu as vu, me chuchotait Jules hilare, elle a SON PULL !” Jules, Pierre et moi, on se poussait du coude, on pouffait, on s’étranglait de notre méchanceté à l’égard de cette PAUVRE Sonia. Elle avait de jolies robes pourtant, de jolies robes que lui avait offertes Cyril qui rêvait d’une femme épanouie dans des robes de toutes les couleurs. Mais Sonia-l’Intraitable était intraitable. Fidèle à son pull blanc-gris, à la vie à la mort.

 

Sortie de ses migraines, Sonia parlait de la dérive de son pauvre cerveau, elle disait “je ne sais pas où je vais“, elle disait que parfois elle perdait pied, qu’elle s’enfonçait, qu’elle ne savait plus suivre le fil de la vie, qu’elle était malheureuse, que notre avenir était bien sombre. Elle pleurait. Moi, Lucile, son amie, j’étais patiente, je me disait que ça passerait. Jusqu’à la prochaine crise. Sonia n’était pas très heureuse, c’est vrai. Son boulot n’était pas très passionnant. Cyril n’était pas l’homme dont on pouvait rêver. Mais la vie allait s’arranger. Ce ne pouvait être tout le temps comme ça. Nous allions changer de job, monter en grade, aller passer vos vacances en Irlande, acheter une voiture.

 

 

Parfois, j’étais avec Sonia et elle se mettait à sangloter. J’étais bavarde et pourtant je n’arrivais presque plus à la consoler. Que dire, mais que dire ? Elle était TOUT LE TEMPS malheureuse. Elle portait tout le temps son pull blanc-gris. Cyril et elle étaient tout le temps en crise. Ils étaient le couple en crise que chacun connaît, dans les cercles d’amis. Nous avions beau nous parler, tous, communiquer, nous concerter, nous n’arrivions pas à leur trouver de solution. Jules me téléphonait : “Sonia m’a appelé et, devine... !”

“Ça ne va pas !” Pierre et moi criions en cœur !

 

 

Sonia n’allait pas bien.

 

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Eh, Sonia, je n’allais pas bien.

 

 

Nous étions cyclothymiques. Elle, moi. Et Marc. Et peut-être Jules.

 

 

Petits employés de bureau dans la grande cité. Sauf Marc, le cinéphile. Sonia était Mon Amie. Et on se ressemblait, bien sûr. On aurait pu être de grandes amoureuses, de grandes dames (1,45 mètres, 1,55 mètres). On aurait pu.

 

Ouais, on aurait pu : 9 octobre 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 14:58

CHAPITRE II

Juliet Berto, volume 1

 

 

“Viens, viens !” me disait Marc me tirant par la main.

 

 

Nous prenions le métro, le bus, nos jambes... Nous allions dans les quartiers de Paris les plus insolites. C’étaient parfois des quartiers pas très chic, des quartiers sales sous des ponts aériens. Souvent, c’était plutôt à Odéon ou aux Champs-Elysées. Emergeant de nos bureaux, nous courrions au cinématographe. Nous mangions à peine. Pas le temps de se nourrir. On se nourrissait d’images. Il fallait rattraper le temps perdu quand nous étions étudiants, nous avions alors si peu d’argent de poche, et il fallait compter le moindre sou. Vite, on se rattrapait. A nous les festivals de toutes sortes, cinéma italien, chefs-d’œuvre et nanars du cinéma français, festival Bresson, festival Mizoguchi... Vite ! A la Cinémathèque de Chaillot, on ressortait alors les Hitchcock en copies neuves, nous fîmes la queue en riant de joie devant Nathalie Sarraute qui pestait à cause de la foule pour la copie neuve de “Vertigo”. Nous voyions trois films par jour les week-ends. Parfois j’en avais des vertiges.

 

 

Le cinéma dans ma vie avait remplacé la littérature. Etudiante, j’avais lu Julien Green, Bernanos, Mauriac, jusqu’à intoxication. Et j’avais lu tous, je dis bien tous, les classiques de la littérature mondiale. Je tombais amoureuse des écrivains. Je m’endormais au milieu des pages. Juste avant de trouver mon premier boulot, je m’étais avalé A la Recherche du temps perdu sans sourciller, tout en ayant parfaitement conscience que la folie-littérature était terminée, que j’allais bosser nom de Dieu, que mon temps précieux allait m’être volé, et que j’allais tomber dans une autre folie.

 

J’avais aimé le cinéma à quinze ans, dix-huit ans, grâce à ma mère qui n’hésitait pas à sauter dans le train le samedi pour aller à Paris boulevard des Italiens. Mais je ressentais l’insuffisance de ce UN film par semaine. Entre-temps, j’avais rencontré Marc dans le train Nanterre-Paris, au cours d’une grève des étudiants (contre Mme Saunié-Seïté ?), et nous avions bavardé. Marc habitait Conflans et était un ancien camarade de Sonia. Il était grand, blond, avec une couronne de cheveux fous ; il avait de larges épaules et une voix grave, une voix vraiment mâle (qui s’est perdue ensuite chez les hommes dans les décennies suivantes). Il était

 

tombé dans la marmite du cinématographe en voyant un jour par hasard Deux hommes et une armoire de Roman Polanski. Ensuite, il s’était enfilé tout Polanski, puis les français, puis le muet, puis le reste. Lorsqu’il commença à travailler au Haut-Commissariat, il mit sa place en danger plusieurs fois en quittant le bureau au milieu de la journée sous prétexte d’aller chercher un dossier... En fait, il disparaissait pour aller voir un film dans un de ces coins pas possibles, un film qui était à une heure précise dans un cinéma fantôme et qui ne serait plus à l’affiche le lendemain, il fallait voir ce film, question de vie ou de mort. Adieu Neuilly et ses réfugiés, bonjour Paris.

 

 

“Viens !” me disait Marc. Viens voir Les Enfants du Paradis, Les Contes de la lune vague après la pluie, Jean-François Bizot dans le noir du XIe, Le Mécano de la “General“, “viens, je vais te faire voir le film, le film des films, j’y ai emmené ma frangine et elle l’a déjà vu deux fois, je te préviens c’est long mais c’est vraiment formidable...”

 

 

Le film vraiment formidable, c’était Céline et Julie vont en bateau. Aujourd’hui, parfois, il me semble que je n’ai jamais aimé que Rivette, et le Paris de Rivette, et les villas hantées de Rivette, et Dominique Labourier et Juliet Berto suçant des bonbons magiques dans des appartements de Montmartre. Et Juliet Berto. Elle était brune, elle n’était même pas jolie, et elle incarnait tout le charme, toute la séduction, tout le mystère, toute la liberté, que moi, Lucile Colline, j’aurais voulu avoir. Dominique la Rousse et Juliet la Brune, l’une suivant l’autre pendant des heures, et se retrouvant parfois dans une villa de roman du XIXe siècle où Marie-France Pisier et Bulle Ogier jouaient des garces fantomatiques en compagnie de Barbet Schrœder beau comme un camion. Dominique Labourier et Juliet Berto incarnaient les jeunes filles des années 70-80 que nous aurions voulu devenir, Sonia et moi. Sonia aurait été Dominique Labourier et moi Juliet Berto.

 

 

J’étais Juliet Berto-Lucile dans les rues du XVIIIe et Barbet Schroeder-Marc m’entraînait à l’assaut des petites rues montantes, vers tout là-haut le haut de Paname, j’étais essoufflée mais pour rien au monde je ne l’aurais dit à Marc, je l’aurais suivi dans tous les cinémas du monde, pour voir les films qui n’en finissent pas de Rivette, pour voir Métropolis dans le plus grand silence de la Cinémathèque, pour voir ces films italiens que je n’aimais guère, avec ces belles femmes plantureuses en jupons sur des lits bancals.

 

 

Marc aimait Polanski bien sûr, Jack Nicholson le faisait frémir, il aimait Henri Fonda parce que celui-ci lui ressemblait (ce que je me gardais de dire à Marc), nous tombions amoureux de Sandrine Bonnaire, actrice toute fraîche du tonitruant Maurice Pialat.

 

 

Quand j’étais petite, j’étais amoureuse de Jean Marais. Maintenant, j’étais amoureuse des acteurs, mais je crois que j’étais surtout amoureuse des metteurs en scène. Je savais les têtes qu’avaient Rivette, Bresson, Rohmer et Truffaut. Je mourais d’envie de faire partie de la cohorte des filles renversées par François Truffaut. Dans mes rêves, un monsieur metteur en scène de cinoche avait remplacé le beau visage à la Greco de François-Régis Bastide.

 

 

On appelait le cinéma “le 7e Art“. “Viens !” me disait Marc. Il était pressé, déjà ailleurs. “Mais dépêche-toi donc, Lucile, dépêche-toi, nous allons louper la séance !” Le 7e Art nous enveloppait, nous faisait bouger, avancer, nous faisait vivre, nous servait de nourriture et d’eau. Le toit du cinéma était le toit de l’art. Les murs du cinéma pouvaient s’effondrer sans problème. A nous les aventures, les amours, les grandes histoires, les stars, les étoiles. “Viens”, me disait Marc. Je courais, ou plutôt je m’envolais, vers le rêve et les étoiles, vers le septième ciel.

 

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