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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:51

 

Pourquoi ai-je intitulé deux de mes chapitres précédents « Juliet Berto Volumes I et II » ? Pourquoi « volume » ? Il me semble que cela vient de Rivette et de ses films à épisodes, il se prenait un peu pour Eugène Sue. Est-ce dans « Merry Go Round » ou dans « Le Pont du Nord » qu’il y a ces « volumes » ?  Volume, ce serait donc Rivette que Marc et moi, puis Pierre dans la foulée, adorions. Mais volume, c’est aussi les livres. Mais volume, c’est aussi le poids. Le poids de nos vies, le poids de celle de Pierre qui allait s’abattre sur moi, la petite bourgeoise de Conflans, de lui l’enfant abandonné de Saint-Denis. On ne parlait pas du tout du « 93 » à l’époque (9/3) et, sur sa carte d’identité, Pierre était né dans le 75. Car, en 1960, on faisait encore à Saint-Denis l’honneur d’appartenir à Paris.

 

Très vite, Juliet Berto allait nous appartenir à tous. Marc m’avait emmenée voir « Céline et Julie vont en bateau », j’y emmenai Pierre à son tour, puis ce fut la sortie de « Neige » en 1981 et Juliet nous appartint à tous.

 

J’ignorais absolument la chanson d’Yves Simon :

 

« Sur les vieux écrans de 68

Vous étiez Chinoise mangeuse de frites

Godard vous avait alpaguée

De l’autre côté du miroir d’un café »

 

Peut-être que Jules,  Pierre et Sonia connaissaient cette chanson, je ne m’en souviens pas. J’ai toujours été nulle avec les chansons alors que mes amis vivaient avec plein de chansons dans la tête. Sonia d’ailleurs lisait les romans d’Yves Simon.

 

Juliet Berto nous appartenait, elle faisait partie  de nous comme « Neige » et son Montmartre plutôt sombre. Je n’ai jamais revu « Neige ». Jamais.  Je me souviens d’une neige qui tombait sur une piscine et des rues glauques de Montmartre. Et de flics perdus. C’est tout. En fait, je ne me souviens pas de « Neige ». Mais de Juliet Berto, c’est tout mon cœur et ma mémoire qui s’en souviennent. Elle est gravée comme un tableau, dans le musée de ma vie, neige ou pas.

 

« Neige » parlait de drogue bien sûr, et c’est sans doute cela qui avait frappé mes amis. Ils baignaient dans la fumée et les expériences bizarres dont Sonia me parlait parfois.

Mais je ne comprenais pas ce qu’elle me racontait.

 

Pour moi il fallait remplacer le mot « neige » par « brouillard ».

 

La tête en plein dans la brume, Lucile.

 

J’aime beaucoup « de l’autre côté du miroir d’un café » d’Yves Simon. Pierre venait très exactement de l’autre côté du miroir d’un café. C’était une apparition dans Paris où les cafés ont tant d’importance.

 

Pierre tomba amoureux de Lucile (pourquoi un vagabond tombe-t-il amoureux d’une demoiselle si propre sur elle ?).

 

Les samedis ou les dimanches, il m’emmena sur les bords de la Seine, puis dans les jardins du Palais-Royal.

 

Sur un bord de Seine, il était assis et roulait ses cigarettes lui-même. Et cela m’émut profondément (bien sûr que cela aurait dû m’inquiéter !) car toute ma petite enfance me retombait dessus en bouffées. Qui roulait ses cigarettes lui-même, le soir, avec cette même concentration ? Mon grand-père Sence (il se prénommait Jules comme notre Jules). Jules Sence l’ouvrier et le prisonnier de guerre (cinq années !), mon grand-père à moi, mon seul grand-père. C’était si merveilleux de revoir ces gestes-là.

 

Dans les jardins du Palais-Royal, nous fîmes le tour dix fois et Pierre voulut me séduire en me chantant du Nougaro. Oui, l’enfant de Saint-Denis de cette époque-là chantait du Nougaro. Pierre avait eu sa parenthèse enchantée, dans son adolescence catastrophique ayant suivi une enfance catastrophique, en fréquentant un an, pas loin de Saint-Denis mais pas à Saint-Denis, une bibliothèque et de jeunes amis qui eux allaient au lycée.

 

Il chantait les chansons de Nougaro, d’Higelin bien sûr (son Higelin, leur Higelin, qui allait devenir mon Higelin) et de Bobby Lapointe. Ce jour-là, dans les jardins précieux (et pas très grands finalement), il me fit sa prestation de Claude Nougaro. Claude de Toulouse pour nous les enfants de Paris, pour moi Lucile-Cinéma.

 

« Une petite fille en pleurs

Dans une ville en pluie

Mais qu’est-c’que j’lui ai fait… ? »

 

Etait-ce celle-là ? Place de la Concorde, place de la Concorde…
Ô Paris !

 

Etait-ce cette chanson-là, chanson rapide, vite vite, il fallait enchaîner les syllabes, les mots… ? Pierre aimait ce rythme à tout casser et la performance de la chose. Chanter une chanson de Nougaro, sans se tromper dans les paroles, pas une seule fois, et la chanter jusqu’au bout, dans un seul souffle. Vite. En me regardant dans les yeux pour me dire Je T’Aime.

 

Ou était-ce « le Cinéma » ?... Les deux me correspondaient. La petite fille en pleurs ou la petite fille insomniaque cinéphile ? Les deux c’était bien moi. Je le regardais chanter, il s’y prit à plusieurs fois avant de réussir à chanter la chanson de bout en bout. Oui, c’était une performance. Une performance émouvante. Bravo, Pierre, tu avais réussi ton coup. J’étais vraiment épatée.

 

« … j’ouvre : c’est toi !

Vais-je te prendre par les hanches

Comme sur l’écran de mes nuits blanches ?

Non : je te dis « comment ça va ? »

Et je t’emmène au cinéma… »

 

Oui, diable, c’était parfait. Les deux étaient parfaites, la ville en pluie ou la ville de nos écrans. La même : Paris.

 

Et Lucile à Paris qu’un garçon allait prendre par les hanches, enfin, c’était pas trop tôt.

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J’avais attendu François-Régis Bastide rue Jacob en 1975 et j’allais attendre un plutôt joli garçon (tellement plus jeune qu’un barbon !) très bientôt place Furstenberg où il travaillait alors. Après tout, on aurait pu croire que j’y gagnais au change. Un coursier contre un écrivain célèbre… Ouais, mais c’était un mignon coursier qui me chantait du Nougaro dans les jardins du Palais-Royal. Claude Nougaro rien que pour moi.

 

Dans mon beau Paris.

 

Je m’aperçois que je n’ai aimé des hommes qu’à Paris.

 

Loin de Paris, les visages des hommes se dissolvent dans les paysages. Dans les bois mousseux, dans les brumes de la Loire ou autre. A Paris, on estourbit l’insomnie, on « vous emmène au cinéma ». Pierre et Nougaro : j’étais étourdie-estourbie.

 

Plus tard, nous traverserions Paris à pied du nord au sud. De la place de Clichy à Montparnasse, puis jusqu’à la rue de l’Abbé-Carton dans le XIVè, là où allait habiter Jules. Les dernières années de Jules. 30, rue de l’Abbé-Carton. Une maison grise (pas un immeuble parisien) avec un petit jardin et un lapin dans le jardin. Les gins toniques du samedi soir devant le bar de Jules, rue de l’Abbé-Carton, Nelly la tête enveloppée d’un tissu indien, Nelly et sa cystite, Jean-Baptiste et Pascale, Pascale fragile et trop mince qui s’allongeait sur les lits, épuisée, un livre de Cioran à la main, Pascale aux mosaïques pleines de brumes et de petits trains (la vapeur s’échappait encore des trains de Pascale en 1985), Jeanny et ses bibis noirs, Jeanny et son chauffeur de taxi de mari kabyle invisible (il travaillait lors des soirées chez Jules), et cette discussion terrible qu’il y eut un soir entre Jean-Baptiste, un Kabyle et moi sur la place des filles dans la famille. Je me mis à pleurer (mais je n’allais pas bien ce soir-là), choquée qu’on puisse parler des filles ainsi. Il n’y avait jamais eu de Maghrébins dans mon entourage, dans notre entourage. Pas un seul Maghrébin dans ma classe de Terminale A à Poissy, ce fut quand ? Pas entre 1979 et 1986 en tout cas. Pas chez Jules.

 

Au moment des jardins du Palais-Royal, j’habitais encore rue de Saintonge. Puis j’allais céder mon appartement pour la rue Lécluse (au numéro 8). Pierre habitait une chambre au 6è étage dans un quartier chic de Paris. Ou il habitait chez Jules.

 

Oui, Pierre chez Jules. Sonia, Cyril et moi nous ne nous étonnions de rien. Marc seul et mystérieux entre Conflans et Levallois. Tous ces types seuls, ça aurait dû nous paraître bizarre. Mais Sonia avait appris la vie « avec les hommes » (me dit-elle vingt-cinq ans après et moi j’avais appris quelques « trucs » en lisant des romans de Jacques Sternberg, un écrivain que j’avais rencontré lorsque, à vingt ans, je courais désespérément après les vieux écrivains. Il n’y avait pas Internet dans les années 70. Sonia et moi n’étions pas allées voir « Emmanuelle »,  nous n’en aurions d’ailleurs même pas eu l’idée. J’avais des copines vierges à Nanterre. Plein.

 

Etions-nous des niaises ?

 

Non, nous n’étions absolument pas des niaises. Nous avions été élevées comme ça, dans l’ignorance totale instituée par madame Ramais pour Sonia, et moi, dans l’ignorance déjà de mon propre corps (nous avions eu, c’est vrai, des cours d’initiation à la sexualité en classe de Troisième, mais le prof me faisait tellement peur, et il racontait les choses de manière si froide, que je n’avais rien compris). Nous devions être sages, étudier et TRAVAILLER. Ma grand-mère pensait que je pouvais me marier un jour, ma mère pas du tout. Lucile, cette gourde, mariée !

 

Après Bastide et un prof de Nanterre qui m’avaient fait croire que je pouvais effectivement plaire (mais j’étais tombée des nues), j’avais oublié et étais retombée dans une espèce de doute assez terrorisant. Pierre me fit à nouveau croire que j’étais une femme.

 

Mais il était si jeune. Et il arrivait de la planète Mars, un mélange de Saint-Denis et de Dickens. Et moi, les yeux fermés, je me disais que peut-être…

 

Peut-être.

 

Je n’étais pas amoureuse. Il avait juste surgi dans l’appartement de Jules.

 

Il était là, il ne me terrifiait pas trop.

 

« Une petite fille en fleurs dans une ville en pluie… »

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 15:00

JoelleWutheringHeights1978-3-1-.JPG

 

Joëlle in Wuthering Heights, 1978.

(Les Hauts de Hurlevents, près de Haworth, Yorkshire, résidence de la famille Brontë.)

 

C'était la fin de l'année scolaire où j'avais été assistante de français (1977-78) à Hillingdon, près de London.

Voyage scolaire donc. Une jeune élève me prit en photo.

Elle s'appelait Alison Newman (Swakeleys School in Hillingdon, Secondary School), et m'écrivit au dos de cette photo : "A pleasant reminder of the visit to Wuthuring Heights on the York trip 12.7.78.")

 

Wuthering Heights and Jane Eyre sont deux de mes livres de chevet.

 

18th January 2013

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:58

 

Je n’avais pas la télévision, je ne l’avais pas eue à Conflans, nous ne l’avions pas. Etait-ce pour ça que nous étions libres ? La tête pas encombrée justement de tous les événements politiques de ces années-là. Les loisirs, pour moi, ça avait toujours été de tourner les pages, voir des films, et écrire. Et grimper en haut de Notre-Dame. Et marcher interminablement dans Paris. Et parcourir le Marais (quand j’habitais rue de Saintonge) et découvrir le Musée Picasso qui venait d’ouvrir.  Puis traverser Paris du nord au sud (quand j’ai habité rue Lécluse, près de la place de Clichy), à pied, toute seule. Puis avec Pierre.

 

Juliet Berto traverse Montmartre suivie par Dominique Labourier. C’est une traque rigolote, personne ne se prend au sérieux : ni Jacques Rivette ni Juliet Berto, la Juliet Berto qui allait tourner « Neige » en 1981. 1981 : année de «  Ma » Libération sexuelle à moi. Avec Marc aussi j’avais l’impression d’une course à travers Paris. Ce jeune homme (mon jeune homme, j’avais aimé un homme de trente ans de plus que moi à vingt ans et, au même moment, été

aimée par un homme de quarante ans) m’avait fait prendre mille chemins détournés pour m’emmener voir « Céline et Julie vont en bateau ». Juliet est belle et mystérieuse, Dominique rousse et obstinée.  Mais tout ça de façon marrante. Et la liberté. La Liberté. La liberté de ce film merveilleux. On marche beaucoup, on suce des bonbons interdits, on entre dans une maison où il ne faut pas entrer. Où il se passe des choses perverses. Des amours perverses. Barbet Schroeder aime deux femmes. Elles sont complètement inventées, complètement folles. La folie de tout ça. Ma liberté (sexuelle ?) à moi c’était de courir avec Marc à l’autre bout de Paris pour voir Juliet et Dominique dans une salle toute noire.

 

Les livres et le cinéma, c’est plein de sexe. Même quand tout a l’air marrant et anodin. Comme Juliet et Dominique qui deviennent copines au milieu de tours de magie et de substances interdites.

 

Marc m’avait-il entraînée à « Céline et Julie… » pour me dire : « Je ne te fais pas l’amour, mais vois, là, la liberté des femmes. »

 

Et l’une de mes premières lettres à Pierre, après avoir débuté notre relation, fut de lui écrire : « Laisse-moi tranquille. J’ai besoin de ma liberté. » La liberté, ma liberté, c’était la liberté de Céline  et Julie (sans hommes dans le film, sans fiancés je veux dire). Où était le sexe dans tout ça ?

 

Partout bien sûr. Mais je ne voyais pas grand-chose. Dans Paris, dans les cheveux longs de Jules et Pierre (c’était la fin des Hippies), sous nos robes indiennes, dans les boîtes de nuit, partout, chez Sonia (qui avait des aventures), chez Jules, chez Marc (que je croyais seuls), dans l’air du temps avant la fin de l’ère magique, avant l’apparition du sida. Me croyais-je toujours laide ? Non, je ne crois pas puisque Jane (Alderton) m’avait photographiée à la fontaine de l’Observatoire, les pieds sur la margelle, dans ma jupe azur, avec de jolies jambes, presque vaporeuse sous le ciel de Paris. Etais-je, enfin, arrivée à me croire jolie ? Mais lorsque j’étais avec d’autres jeunes femmes, ce n’était pas moi que les hommes voyaient. Etais-je un bas-bleu, enseveli sous ces kilos de livres que j’avais lus entre quinze et vingt-deux ans ? Ou une planeuse totale, la tête dans le cinématographe, qui ne voyait autour d’elle que des Ava Gardner et des Giene Tierney ? (Alors, comment être triomphante ?)  Ou avais-je un grave problème (ma mère, ma mère, comment as-tu regardé ta fille ? De bas en haut, tu m’as regardée, ma mère, avec des soupirs exaspérés) ?

 

Un jour, je m’achetai à Saint-Lazare une magnifique robe d’été, évasée et décolletée. Dans la rue, on me prit pour une putain et cela me terrifia. J’allai une fois avec Marc voir un De Oliveira en portant cette fameuse robe. Marc sembla surpris et me fit  un petit compliment. Mais avoir été prise par le bras par un homme affreux dans la rue près de l’Action-Lafayette (IXè) m’avait tétanisée. Je remisai la robe maudite.

 

J’ai toujours aimé les grandes boucles d’oreilles et les rouges à lèvres écarlates. Il paraît que c’est pour attirer les hommes. Mais Lucile aux lèvres rouges, dans les années 80, allait dans les salles obscures.

 

Contradictoire Lucile. Discrète et pipelette. Jolie et se cachant. Sociable et solitaire. Indépendante jusqu’à l’ivresse et rêvant d’un Marc à domicile.

 

 Moi qui avais tant aimé les hommes beaucoup plus âgés que moi,  j’allais tomber dans les bras de Pierre qui était un très jeune homme. Un gamin, avec un livre de yoga sous le bras, chez Jules.

 

Chez Jules.

 

C’est ainsi que je vis Pierre pour la première fois, fin 1980. J’étais en train de parler à Jules de

Lucile-Ecrivain et cette irruption m'agaça fortement.

 

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7 janvier 2013

Pourquoi ces chapitres intitulés "Juliet Volumes 1, 2..." ? Volumes, je pense, à cause de Jacques Rivette qui construisait ses films ainsi : avec des épisodes interminables et mystérieux (Les Mystères de Paris...) et qui les mettait dans ses films sans se soucier de la logique de tout ça.

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 20:14

Come on in my arms, you'll tell your pain

Close to our harmony it will break

So your peace of mind will come back to you

And I'll kiss your brow

 

 

Come on in my arms, you'll tell me your doubts

The life ways will be easier to you

When our certainty'll show the road

Then I'll kiss your eyes

 

 

Come on in my arms, you'll tell me about your soul.

Led by its lights we'll go to the innermost depths of our souls,

And our interlaced hands will secure its flame

 

 

In an  inmutable affection, and deep

Then my love song will rock for you without rest

Come on in my arms, you'll tell me your dream.

 

 

Emilien Davidenko

(45 Les Choux, died in 1998.)

 

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Sorry for my English translation if it is not perfect ! Je suis une apprentie traductrice. And thanks to Nicole, his wife, to give me the permission to do it.

JOELLE

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 17:57

Christophe Masson raconte sa jeunesse à Clermont, mais aussi aux USA et en Angleterre, sous les auspices et le soleil d’une jeune fille : Pascale. Il n’utilise pas le « je » mais le « Il » pour parler de Christophe. C’est une évocation tendre, parfois dure, parfois douloureuse, du parcours d’un très jeune homme, pas très mûr, mais déterminé à ressembler aux « Grands » tel Antoine Blondin (qu’il rencontre plusieurs fois d’ailleurs, homme adorable mais fortement alcoolique – ce qui fait partie de son charme ).  Christophe veut écrire, lit et boit, écrit et boit, boit et voyage, suivi souvent par la douce Pascale. Christophe se sait en fait qu’une seule chose : IL VEUT DEVENIR UN ECRIVAIN ; et on comprend (JE comprends) sa détermination  et cette paresse qui n’est en fait qu’apparente. Roman qui m’a paru court et qui pourtant m’a fait prendre mille notes (affaire de génération ?). Un roman qui se lit vite si l’on est un peu pressé, beaucoup plus lentement si l’on se délecte (ce qui a été mon cas).

 

« Il ne sera jamais un mari, pas même un compagnon, juste un amant, ce garçon de passage qui se tient à l’écart, solitaire et rêveur. » P 142, avant-dernière page du livre et belle conclusion.

 

Il me tarde de lire « Lost In Dubai » du même auteur (que j’aurais bien vu  poète ou botaniste, c’est une idée qui me vient comme ça.Impressions…)

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 22:42

Réveillon de Noël : Nobody at home, except my dear cat.

I don't feel lonely, but I feel like talking in English.

 

I have just translated the first paragraph of a poem called : "CHANSON TENDRE" by Emilien Davidenko

(from a Russian ascendence, but lived in France and fought for it -Her ?-)

 

Come on, you'll tell me  your pain.

Against our harmony she (? it ?) will break.

So will come back to you your peace of mind, (So your peace of mind will come back to you ?)

And I'll kiss your brow.

(...)

 

Very difficult to translate a poem, even with simple words.

 

Emilien Davidenko was one of my French poet friends.

 

I ate little tonight and watched a TV a program on Hits (so/too many in English !).

 

A glass of Bordeaux though.

 

2013 :

 

I want to be read, so I will make this effort to use the Shakespeare Language again ( I love Shakespeare and Dickens and Emily and Charlotte Brontë, and... some American novelists too.)

 

I'm writing now my Parisian memories from the 80s. (my novel : LUCILE A PARIS.)

 

 

But If you read me, you will learn a lot of things concerning the intellectual life of poor young people in Paris in the Eighties.

So, RENDEZ-VOUS in 2013 !

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 17:05

Rue Lécluse, Pierre me fabriquaun bureau avec deux caisses et une planche sur laquelle il peint un joli paysage. Nous étions pauvres, d’une pauvreté chronique que je ne cherchais pas à expliquer (IL Y AVAIT des explications) et que j’acceptais comme si elle était naturelle (enfin, c’est plus compliqué que ça, j’en reparlerai sans doute par la suite pour raconter ma vie avec Pierre). Et je trouvai mon bureau charmant. Au-dessus, j’accrochai un paysage de montagne offert par Cyril. On commençait alors à m’offrir des dessins et des peintures, ce que mes amis ont fait  toute ma vie. Pierre, Cyril, et surtout Marc, dessinaient et peignaient. Tous trois allèrent étudier  (des cours du soir) à l’Ecole Boulle. Pierre très peu de temps, Cyril je ne me souviens pas, et Marc très sérieusement. Il songeait déjà à quitter ses Réfugiés de Neuilly (à l’époque le HCR recevait principalement les « boat people ») et qui sait ? peut-être même son cher cinéma ? Puis je rencontrai Jean-Baptiste et Pascale (1985) qui venaient des Beaux-Arts. Jean- Baptiste peignait et Pascale était mosaïste. Mais je rencontrai donc JB et Pascale plus tard, après l’histoire de ce bureau.

 

Pour l’instant, j’étais assise là, la tête dans les nuages comme d’habitude, devant ce bureau boiteux bricolé par Pierre qui n’avait fait aucune étude et venait d’une famille misérable et désunie de  Saint-Denis (en 2012, qu’on ne me parle pas des HORRIBLES familles du 93, elles existaient déjà en 1960, date de naissance de Pierre). Quand je relevai la tête, je voyais le paysage de montagne de Cyril qui, de même, n’avait pas étudié et avait souffert dans une famille déchirée. Sonia et moi, même combat ! Nous nous étions choisi des Sans-Familles

-Sans-Etudes, nous les ex-étudiantes en langues (Espagnol et Anglais, Université de Paris X-Nanterre).

 

(Aujourd’hui, en 2012, je vais faire hurler mes amis lecteurs, je comprends ces familles étrangères qui choisissent le futur époux de leur fille : ils cherchent à les mettre à l’abri. Sonia et moi étions plongées la tête la première dans…).

 

Mais nous étions en 1980-1981 et, sur ce bureau, j’écrivais des histoires de femmes libres qui travaillaient. Mes héroïnes cela dit cherchaient à grimper  dans l’échelle sociale et magouillaient avec leurs patrons pour faire prospérer l’entreprise (les « yuppies », vers 1984-85,sont nés dans ces années-là, non ?). Et, évidemment, elles tombaient amoureuses de leurs patrons. Je ris en écrivant cela : je sortais de Nanterre où j’avais lu de très près Jane Austen et Charlotte Brontë. Et d’ailleurs, dans la bibliothèque de ma mère, à Conflans, il y avait un vieil exemplaire de « Jane Eyre » (j’en respire encore l’odeur, je revois encore les illustrations vieillottes en noir et blanc de ce merveilleux ouvrage), « Jane Eyre » que j’ai lu à quatorze ans, et lu et relu par la suite, à Nanterre, à Paris, à Gien (en français, en anglais)… Et après tout (malgré les cris de révolte féministes de l’héroïne), que fait Jane ? Elle travaille, puis elle épouse son patron. Lucile, elle, à vingt-deux ans, s’était envolée pour l’Angleterre et, à vingt-trois, s’était élancée toutes voiles dehors, vers Paris. Sonia et moi ne voulions pas nous marier ; d’ailleurs franchement nous n’y songions même pas ! (Nous avions entre vingt-cinq et trente ans). A Nanterre, Sonia m’avait tenu des propos violemment anti-mariage. Moi, je ne savais pas. Je ne savais jamais rien : ni le jour des manifs, ni ce que j’allais faire plus tard, ni pourquoi je ne semblais pas plaire aux hommes.

 

Je tombais des nues à vingt ans comme je tombais des nues à vingt-six devant mon bureau peint en écrivant des romans qui allaient être publiés incessamment sous peu, bien sûr.

 

Un jour, Sonia me parla des souvenirs de sa mère. Une radio avait lancé un concours auprès des personnes qui avaient l’âge que j’ai aujourd’hui (tiens !)  et madame Ramais avait écrit ses souvenirs d’enfance. Je m’intéressais toujours à ce qu’écrivaient les autres (j’ai toujours été une écrivain, mais une écrivain-lectrice) et je réclamai le manuscrit.

 

Le manuscrit de madame Ramais était donc là, sur mon bureau peint de son paysage bleu, c’était un gros manuscrit, et je le lus, et il était remarquable. La mère de Sonia évoquait avec amour son grand-père et son fameux verre qui n’était jamais lavé, que lui seul avait le droit de toucher. Mais elle racontait surtout « son » Exode d’enfant et c’était extraordinaire, épique. Elle racontait entre autres le bombardement du Pont de Gien (Gien où j’habite aujourd’hui). C’était un monument littéraire.

 

Sonia m’expliqua que sa mère avait voulu se justifier aux yeux de ses enfants, se faire pardonner. SE JUSTIFIER DE QUOI, SE FAIRE PARDONNER QUOI ? Des bombardements des Allemands (et des Italiens me semble-t-il me souvenir), d’avoir souffert petite fille ? Je ne compris pas. Et aujourd’hui, moi aussi (et pourtant je n’ai pas d’enfants), j’essaie de me justifier, d’expliquer. Me justifier d’avoir été complètement indifférente à la politique de ces années-là (1979-1987) ? Expliquer qu’on était jeunes et qu’on avait envie que la vie soit un cinéma permanent.

 

Quelle radio avait demandé ces mémoires aux gens de la génération de mes parents ? C’était l’époque de la naissance des radios libres. Je ne me souviens pas du tout des « radios libres ». Nous écoutions, Pierre et moi, les émissions sur la musique (Jean-Louis Foulquier…) pour Pierre, et les émissions de Claude Villers (Le Tribunal des Flagrants Délires).  En 1980, je n’écoutais plus « le Masque et la Plume » depuis plusieurs années, je ne sais plus pourquoi… Parce ce que Jean-Louis Bory était mort ?  Et puis Bastide était-il devenu ambassadeur pour Mitterrand ?  Beaucoup plus tard, Pierre me fit des crises de jalousie lorsque je réessayai de retrouver mes critiques du « Masque et la Plume ». Exit le Masque, exit le Grand Amour de mes vingt ans. (Pierre savait très bien que j’avais été éperdument amoureuse de François-Régis Bastide et peut-être avait-il peur que je retombe amoureuse d’un autre Bastide ?)

 

Est-ce que, dans les années 80, les mauvais souvenirs ressortaient, amplifiés par des Historiens qui en avaient plus qu’assez d’entendre parler des Noël-Noël  et de la Glorieuse Résistance ? Est-ce que j’avais enfin intégré que ma grand-mère (et sa propre mère, Léontine Moreau) avaient adoré Pétain et que certains de mes amis étaient juifs ?

 

A Ville-d’Avray, à la fin de mes études, je me revois dans cet appartement très chic des parents de Mathilda. Déjà à cette époque, je ne me sentais pas concernée par le terme « lutte des classes ». Je croyais tellement à la simplicité dans les rapports entre les gens et à l’égalité, que l’aisance ou la pauvreté des uns et des autres ne m’émouvaient pas plus que ça. A mes yeux, nous étions tous égaux et la beauté de Ville-d’Avray ne me mit nullement en concurrence avec Mathilda. Elle était jolie, avait de très beaux yeux bleus et était à moitié juive (sa mère était Bretonne), ce que j’appris ce jour-là. Tout à coup (de quoi parlions-nous donc ?), elle se mit à pleurer. Elle me raconta que, pendant la guerre, son grand-père était très malade et que ses deux fils ne voulaient pas le laisser là, à Paris. Il se suicida pour leur permettre de partir. Le père de Mathilda put ainsi, avec son frère, franchir les Pyrénées et gagner l’Espagne.

 

Je ne peux pas raconter cette histoire à voix haute, cela me fait monter les larmes aux yeux. Je me souviens de l’appartement clair, de la beauté de Ville-d’Avray qui était le lieu du « Lac » de Camille Bourniquel, l’un des plus beaux romans que j’aie lus   dans ma vie. Dans « Le Lac » d’ailleurs, au milieu de la beauté tranquille et d’une bohème enchanteresse, surviennent la guerre, la Résistance et la mort.

 

Mitterrand faisait porter des gerbes sur la tombe de Pétain.

 

 

 

Je voulais parler du bonheur de ces années-là et ce sont ces histoires (l’Histoire) qui me reviennent en tête. Les visages de mes amis étaient les visages de leurs parents. Marc portait en lui, gravé au cœur, le portrait de son grand-père collabo. Derrière Jean-Baptiste et         Mathildaflottaient les ombres des morts. Et dans l’album de ma famille, malgré les opinions politiques de mes parents, , il y avait le portrait de ma grand-mère Lucile, secrétaire au Bureau de Ravitaillement, fière  devant un portrait de Pétain.

 

Je n’avais pas lecœur lourd dans les années 80. Il me semble que j’avais le cœur léger et que nous vivions une sorte de bohème aménagée en nouvelle bohème d’un Paris accueillant.

 

Mais quelque chose, quelqu’un, un je-ne-sais-quoi cherchaient à me faire sentir coupable.

 

Coupable, aux yeux de mes parents, de n’avoir pas choisi un ingénieur.

 

Coupable, toujours aux yeux de ma mère, de tirer le diable par la queue.

 

Coupable de commencer à en avoir plus que marre des problèmes de ma meilleure amie avec son Cyril (problèmes qui étaient –mais je ne le voyais pas du tout – les mêmes que les miens avec Pierre).

 

Coupable d’accepter sans broncher des boulots imbéciles et débilitants.

 

Coupable de ne pas avoir dit à Marc que je l’aimais, puis coupable de lui avoir dit que non réflexion faite je ne l’aimais même pas, puis coupable de l’avoir aimé, oui, finalement, et de ne le lui avoir jamais dit.

 

Coupable de ne pas pouvoir aider Pierre l’Imprévisible et le Vagabond.

 

Coupable d’un passé mystérieux où erraient mon grand-père prisonnier pendant la Seconde Guerre Mondiale (que j’avais été obligée de quitter à l’âge de sept ans pour rejoindre deux inconnus à Conflans-Sainte-Honorine) et les grands-parents malheureux de Mathilda et de Jean-Baptiste.

 

Coupable d’être née, bien sûr. Combien de fois ma mère m’avait-elle dit qu’elle avait essayé en vain de se débarrasser du fœtus que j’étais ?

 

J’aimais et j’avais aimé ma grand-mère maternelle plus que tout.

 

Non, décidément, je n'aimais pas du tout "le Chagrin et la Pitié".

 

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NOTE DE BAS DE PAGE :

Jean-Baptiste ne s'appelait pas "Jean-Baptiste". Il avait changé son prénom lorsqu'il était devenue artiste-peintre. Cela créa des drames et des malentendus -que je serais incapable d'expliquer ici-.

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 14:58

Pourquoi ai-je tant aimé ce livre ? Sans doute parce que je partage avec Athénaïs  Mialaret (future Mme Michelet) beaucoup de points communs : elle fut abandonnée dès sa naissance aux soins d’une nourrice (c’est ce qu’on faisait à l’époque dans les familles bourgeoises), reprise sans raison (c’est ce qui sembla à Athénaïs) par des parents inconnus, dont une mère non aimante et même cruelle et violente. Puis Athénaïs aima les animaux (à poils et à plumes) toute sa vie passionnément. Puis elle aima l’étude et l’écriture au point de se confier, toute jeune femme, à un écrivain célèbre (mon Dieu, que de points communs avec mon humble personne !). Et puis Athénaïs n’eut qu’un enfant qui mourut vite  et fut elle-même L’ENFANT vénérée de Jules Michelet, homme brillant et admiré, père des historiens français. Il était nettement plus âgé qu’elle (elle avait adoré son père qui la protégeait des cruautés de sa mère) et il l’adorait au point de combattre bizarrement la froideur (et même la douleur) sexuelle de sa femme. Il l’étudiait, étudiait son sang, ses selles… Oui, étrange me direz-vous, mais ces deux-là en furent comme les deux doigts de la main. Quand Athénaïs se mit à écrire sur les sciences naturelles, Michelet s’empara de son manuscrit et le remit au propre, à son goût à lui. Athénaïs, jeune et très aimante, se laissa faire, quitte à se rebeller beaucoup plus tard. Les prémisses de la libération féminine se faisaient jour, Athénaïs n’y fut pas complètement insensible. Elle essaya de  tempérer les relations orageuses avec les enfants d’un premier lit de Michelet, mais ce fut difficile et douloureux. On mourait beaucoup de la tuberculeuse à cette époque et la fille de Michelet en mourut. Naturellement, violemment anti-clérical et proche des socialistes,Micheletfut ami avec des personnes telles que Lamartine et Quinet. C’est dans cette admiration immense qu’Athénaïs vécut une grande partie de  son existence avec cet homme étonnant. Même à la mort de  Michelet, Athénaïs reprit la plume POUR LUI. La fin de la vie d’Athénaïs fut éclairée par ses relations amicales avec le jeune sculpteur Bourdelle. C’est peut-être ce qui m’a un tout petit peu frustrée à la fin de ce livre épatant, c’est le peu de choses qui est dit sur Bourdelle et Athénaïs.

Il est heureux qu’Isabelle Delamotte (après son livre sur la petite Jeanne, maîtresse de Zola) nous ait fait faire la connaissance de cette dame méconnue. C’est un livre très agréable à lire, d’une écriture fluide, et on y apprend des tonnes de choses  (par exemple sur les Révolutions de 1848, au moment où Athénaïs se trouvait à Vienne, gouvernante des enfants d’une princesse autrichienne).

 

A LIRE pour l’histoire (l’histoire d’une femme du XIXè siècle), pour l’Histoire (l’Histoire avec un grand H), pour les chats qui traversent ces pages…

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 11:58

Un journaliste de France 2 a pris la place d'un SDF (pourquoi ne pas dire "sans-logis", ce serait moins inhumain, plus vrai ?).

Ses conclusions : solitude et aucune entraide entre ces pauvres gens.

 

La SOLITUDE. Même ceux qui vous donnent une pièce n'osent pas vous regarder.

La dernière fois que je suis allée à Paris, j'ai VU deux prêtres passer sans broncher et sans cesser leur conversation devant...deux SDF assis sur le trottoir.

Des gens là devant vous que vous NE REGARDEZ PAS, que vous ne voulez surtout pas voir.

 

Et Monsieur LE GROS va mettre à l'abri sa fortune en Belgique.

Gros comme un ventre rempli d'or.

Gros comme l'Egoïsme.

Gros comme sont grosses mes larmes (et vos larmes un peu j'espère).

Il n'y a pas 3 millions de fainéants.

Il n'y a pas 3 millions de gens qui aiment la solitude, le froid, la recherche d'un peu de sommeil pour la nuit.

Il y a par contre des gens qui disent que "c'est bien fait pour eux, ils n'ont qu'à travailler."

 

J'ai parlé avec ma voisine tout à l'heure : elle a travaillé 45 ans, très dur, dans une usine, et elle touche 700 euros de retraite.

Si notre loyer augmente, à toutes les deux, nous finirons où ?

Sous les ponts de Paris ?

Car c'est dans les grandes villes que vont "ces gens".

 

Ces gens, c'est vous, c'est moi, c'est peut-être nos futurs enfants, c'est peut-être un membre de notre famille que nous ne voyons plus.

 

REGARDONS et PARLONS à ceux qui sont dans la rue.

C'est peut-être vous, c'est peut-être moi.

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21 novembre 2012

Suite à l'émission sur F5 "C dans l'air" (Tapie, DSK et Depardieu) :" Les boucs émissaires ?"

J'ai réfléchi et je pense que Depardieu est libre (nous avons la liberté de circuler en Europe, n'est-ce pas ?), qu'il a le droit d'aller habiter où il veut (même un endroit apparemment sinistre !), cet argent : cet homme jadis pauvre l'a gagné.

Et il fut -et cela je ne pourrai jamais l'oublier- les héros des "Valseuses", du "Dernier métro", de "La Femme d'à côté", de "Green card"... Ce qui n'excuse pas mais ne permet pas non plus de le traiter de minable.

 

Joëlle (21 heures, 10/12/12)

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 09:04

CHAPITRE V

Le Chagrin et la Pitié

 

            Deux ans après, j’étais chez Marc à Levallois, métro Louise-Michel, là où il habita au moins dix ans. Je me revois sur son lit d’enfant (combien de fois ai-je couché, chastement, sur ce lit ?), assise les jambes croisées comme d’habitude, Marc debout m’écoutant, vaquant à ses occupations de maître des lieux. De la fenêtre de son appartement, on pouvait voir la tour Eiffel au loin. Quand nous sommes partis en 1987, Pierre et moi, on travaillait à nous cacher notre chère tour Eiffel (de nouvelles constructions) de la fenêtre de Marc.

 

-         Non, non, je n’aime pas ce film, disais-je, non, je ne peux pas accepter ça !

 

Accepter quoi ? « Le Chagrin et la Pitié » de Marcel Ophuls (le fils du grand Max, de « Madame de… », certainement un de mes films préférés), film de 1971 qui semblait être ressorti en 1981, puisque Ophuls écrivait dans Le Monde :

 

            « Le film a bénéficié d’une exploitation démagogique, d’un malentendu délibéré à propos de sa portée politique. Il n’est antigaulliste que dans la mesure où il conteste le mythe de la grandeur française –tout comme le mythe communiste du peuple en marche. Il propose une autre perception de l’histoire, celle qui m’intéresse, qui s’appuie sur des comportements individuels, qui s’interroge sur la mémoire collective. LE CHAGRIN ET LA PITIE prête à des polémiques moins par son contenu que par sa construction. Il ne s’agit pas d’un simple collage de documents et d’interviews, mais d’un récit dramatique, réalisé en salle de montage, à partir de ces documents et interviews. » (Le Monde, 18/8/81 –Dictionnaire du Cinéma, Jean Tulard.)

 

-         Alors tu n’aimes que les héros de la Résistance dans les films, dit Marc, calme et en souriant. Tu ne veux pas qu’on te dise le contraire ?

-         Je ne peux pas, JE NE PEUX PAS croire que les Français aient tous été si mauvais. Ils étaient bien quelque part, hein, les héros ?

-         Peut-être, disait Marc sans se mouiller.

 

 

Est-ce que je croyais aux héros ? Est-ce que Marc et moi étions aussi naïfs que nous le paraissions parfois ? En tout cas, ce n’était pas une réaction de droite (toute la France a résisté, vive De Gaulle !), moi qui avait voté Mitterrand, moi qui étais la suiveuse de mes amis Charlie-Hebdistes, anticonformistes, Led Zep-Higelin-Fontaine-Desproges.

 

Nous (Marc, Sonia, Jules, Patrice et Nelly… Pierre ne votait pas) avions tous voté Mitterrand, mais nous n’en parlions pas. Nous ne parlions jamais politique, en tout cas pas de celle-là. Je me souviens vaguement qu’il y eut des gouvernements Maurois, Rocard, Edith Cresson, mais nous n’en parlions pas. Si, avec Jules un jour, nous  avions parlé d’Edith Cresson parce qu’elle avait dit que tous les Anglais étaient plus ou moins homosexuels… ou avait-elle dit réellement cela ? En tout cas, nous nous étions esclaffés avec Jules : « Quelle gaffeuse, celle-là ! » ; on en avait ri. Avec Jules,

même si c’était un sujet qui nous touchait de près, on finissait toujours dans les rires.

 

Maurois, Rocard and Co nous passaient complètement au-dessus de la tête.

 

Mais, même gauchiste, Le Chagrin et la Pitié, non, ça ne passait pas. Je reste à jamais traumatisée par des descriptions de tortures de femmes faites dans ce film (racontées en fait par des témoins, tortures des Nazis bien sûr).

 

Il y eut aussi « Blanche et Marie » avec Miou-Miou, et Marc me dit :

 

-         De vieilles femmes torturées, non, on n’a pas l’habitude !

 

     Nous étions encore une génération hantée par la guerre 39-45. Nos parents avaient souffert de la faim en cette période, ils avaient vécu l’Exode avec leurs propres parents. Enfin, c’était plus compliqué que ça. Pendant l’Exode, ma mère était dans un préventorium sur la Côte Basque et ma grand-mère coincée à Châlette-sur-Loing avec mon arrière-grand-mère qui n’avait pas voulu partir.

 

     Ma grand-mère et sa mère étaient toutes les deux pétainistes. Oui, je savais pertinemment cela dans les années 80 et je nous revois un jour, mon adorée grand-mère et moi, devant la télé à Châlette. Nous ne parlions jamais politique elle et moi. Nous devions très bien savoir que nous ne votions pas pareil. Et nous nous aimions trop. François Mitterrand apparut sur l’écran. Je ne sais pas pourquoi, je dis :

 

-         Je ne l’aime pas cet homme-là. Je ne l’ai jamais aimé.

-         Moi non plus, dit ma grand-mère. Il n’inspire pas confiance.

     Et je me sentis chaleureusement proche de ma grand-mère. Comme si nous venions de dire quelque chose de très important. Mais c’était comme ça, en passant.

     Et ma grand-mère avait admiré Pétain. Et ça ne me plaisait pas du tout.

 

 

     Il y avait eu « Les Guichets du Louvre » de Michel Mitrani quelques années auparavant, avec les beaux yeux de Christine Pascal. Christine Pascal sur un pont à Paris, à la fin, qui disait : « Je m’appelle Jeanne. » Christine Pascal qui se défenestra en 1996.

 

            Il y eut « Shoah » en 1985, quelques années après la scène dont je parle à Levallois. D’ailleurs dans ma tête pas très solide, il y eut toujours une confusion entre le film d’Ophuls et celui de Lanzmann. (Il n’y a pas aujourd’hui -2012- de référence à Claude Lanzmann dans « le Dictionnaire du Cinéma » de Jean Tulard). De même que je ne réussis jamais, dans les cinémas de Paris des années 80 où l’on repassait ce film, à entrer dans une salle voir « Le Locataire » de notre Polanski adoré, à Marc et moi, de même je ne réussis jamais à voir le fameux « Shoah ».

 

            Ce « roman » se passe entre la sortie du « Dernier métro » (1980) et la sortie de « Shoah » de Lanzmann. Il faut vraiment croire que nous baignions dans les souvenirs cachés de la guerre 39-45. Mitterrand justement. Mitterrand pas encore montré aux côtés de Pétain. Mitterrand que ma grand-mère (elle aussi s’appelait Lucile –ou je m’appelle Lucile comme elle) et moi n’aimions pas.

 

            Marc allait me raconter un jour (très tard dans notre amitié) que son grand-père avait été collaborateur et que des troubles psychiques étaient chez lui venus de cette histoire.

 

            Autour de nous, Patrice, Jean-Baptiste et Pascale* (que Jules m’avait fait rencontrer ; ils habitaient dans le XVIIè près de la rue Lécluse, ma deuxième rue à Paris), Mathilda (une amie de la fac de Nanterre) étaient juifs.

 

            Mais nous n’en parlions pas. « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle… » « Tous les archevêques de Paris sont juifs », disait notre étonnant Desproges (Monseigneur Lustiger était alors archevêque de Paris).

 

            Marc ne parlait pas de son grand-père collaborateur qui avait mis en péril la vie de sa famille à la Libération. Nos amis étaient juifs, et nous n’en parlions pas.

 

            De quoi parlions-nous entre vingt-cinq et trente ans dans les années 80 ? De Rohmer, de Rivette, de Truffaut, et de Proust (Jules et moi faisions de longues tirades sur « la Recherche » que nous étions très fiers d’avoir lue).

 

            De quoi parlions-nous donc ?

 

            Pas de Mitterrand et de socialistes en tout cas.

 

            On voyait la tour Eiffel de partout. C’était Paris. C’était merveilleux.

 

 

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  • Jean-Baptiste nous en parla UNE fois (à Marc et moi, ou à Jules et moi ?), rue des Dames, à l’entrée ou à la sortie du « Nuage Bleu », et nous dit qu’une grosse partie de sa famille avait disparu « en fumée » (tels furent les mots de JB) dans les camps. Cela prit à tout casser entre trois et cinq minutes (ou moins ?). Je dis quelque chose du genre : « Oh la la ! » et nous rîmes avec gêne. Et c’est tout.

Une autre fois, Pascale, sa petite amie, me dit qu’elle était également juive. Elle riait ( des rires, toujours).

Et moi je dis : "Ah bon ? Toi aussi ?" Et, encore, cela s'arrêta là.

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