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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 17:43

PARLE DU TEMPS

(Urgence !)

 

Quatre heures du mat j’ai des frissons

Comme disait la chanson

Quatre heures du mat le temps le temps

Peau de chagrin

Il y a urgence

Le temps le temps

A coulé sur ma vie a coulé sur les herbes

A coulé en rosée

Sur ma mince vie

 

Quatre heures du matin tout s’est gelé

Aux années aimées

A Paris les beaux seins

La taille mince et le teint clair

Des jeunes Parisiennes qui le dimanche

Traversent le pont avec des amants

Après des nuits passées

Des nuits dorées

De pleine lune ô mon Rohmer

Des nuits passées avec Augier

O mon passé de cinéma

Cinémato

Cinématophotographies

 

Quatre heures du mat le corps urgent

Dit la peau fatiguée et le ventre noué

Et le temps qui reste

Il faut parler disent les ombres

Alain Desproges et puis Truffaut

Pascale Augier Juliet Berto

Christine Pascal sur un pont de Paris

Il faut prendre le dernier métro

Passer le pont Mirabeau

Et parler des amis perdus

Tu as trop marché

Tu t’es trop tue

 

Je me tue à me souvenir

Mais le temps le temps

A quatre heures du matin

Passe comme un éclair méchant

Au-dessus de la Seine

 

Retournerai-je à Paris

Revoir Jacques et la gare de Lyon

Images fixées et ces trains qui m’emportent

Je me suis longtemps tue j’aurais dû parler

D’Apollinaire qui parlait de moi

Et moi je me suis tue tuée

Je me suis tuée quelquefois

Au bord des grands fleuves

Qui n’étaient pas ma Seine aimée

Parle Joëlle il n’est que temps

Le temps le temps de cette urgence

Mouloudji et Gainsbourg sont morts

Comme un p’tit coquelicot mon âme

Doit être rouge avant de flétrir

 

Sur mon ocre Paris aux musées recréés

Hopper Cassatt et les robes des impressionnistes

Il faut alors traverser Montargis

Alors qu’il faut s’arrêter sur le pont Joëlle

Pas seulement ceux de Paris

Et dire s’il y a urgence

La fleur ne s’est pas encore refermée

L’eau encre de la Loire coule dans mon stylo

Jacques est encore là La P’tite Conne est ressuscitée

Dans les mots tes mots peut-être

                                   Ô ma douce

Mais dans le mot il y a mort

 

 

Quatre heures du matin j’ai des frissons

Sur le dos fatigué du matin

Joëlle douce a tant vécu

Il ne faut pas mourir mon cœur

Il faut se souvenir du temps

Que traversent les artistes et les hippies

Et Patti Smith à Charleville

Et Neil qui écrit Young

Urgence urgence

A ne pas baisser les bras

A embrasser le temps qui fuit

A dire : Temps reste là

J’ai tant de choses encore à dire

Tant de ponts encore à parcourir

Et sur eux je jetterai

Le coquelicot de Mouloudji

L’ambre solaire des vacances à Cassis

Le poème où je disais : Je suis morte

 

Mais je ne suis pas morte

Même Déon Modiano D’Ormesson vivent encore

Tu vis Joëlle

A quatre heures au lieu des somnifères

Prends les bonbons de Jacques Rivette

Et prends le tournant voulu

Au coin de la rue voulue

Pour aller vers le temps

Tant de temps à raconter

 

Tant de temps et de poids du temps

Et ces rues ces ruelles et ces plages et ces cols en montagne

Au milieu desquels

Après tout tu as passé

 

Nuit du 24 octobre 2012

 

 

ET SI DEMAIN…

 

Et si demain on se levait

Et si demain on disait

La mer la mer

Et les lacs de gelée blanche

Et les edelweiss

Des pentes alpines

Et si demain on se levait

Et on disait

On part on part

Et plus rien plus de soucis plus d’ombres

Plus d’âme tourmentée

Plus de pentes trop raides

Plus de vagues glacées

Et si demain on partait

Et si demain on vivait

 

25/11

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 16:28

 

     

 

     

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 14:36

Sylvie-boisrame-1979-Conflans.jpg "Sonia", à Conflans Ste Honorine chez mes parents, 1979 _ CHAPITRE III - Portrait de Sonia Ramais

 

9 octobre 2012 : Sonia Ramais s’appelait en réalité S.B. Je ne l’ai plus jamais vue entre 1986 et 2011. En 2011, je suis allée pour la première fois sur un réseau social et je lui ai envoyé un petit mot. Elle m’a répondu. Nous nous sommes revues l’été 2011, à Gien.

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Sonia n’aimait pas ma tête : elle trouvait que je faisais la gueule. Sonia n’avait pas aimé que je sois vierge à vingt-cinq ans (il faut dire que je la trouvais plutôt patiente de ce côté-là). Sonia n’aimait pas mes fautes de français quand je m’enflammais et elle me reprenait avec sévérité : “on ne dit pas..., mais...” Sonia n’aimait pas mes goûts (“t’es snob“...). Sonia ouvrait de gros yeux vengeurs quand je lui disais que “Mad Max” c’était bien, que c’était philosophique. Sonia n’aimait pas que je boive au lieu de fumer de l’herbe comme tout le monde. Sonia n’aimait pas mon choix de petit ami, Pierre ; elle faisait pourtant partie de ceux qui me l’avaient jeté dans les bras.

 

Sonia n’aimait pas Pierre (elle fait semblant de l’aimer, elle y arrivera, comme tout le monde). Sonia n’aimait pas que je sois l’amie de Marc Valloire alors que c’était elle sa pote au collège de Conflans, alors que c’était elle qui avait fait du Latin avec lui (“toi, Lucile, tu n’as pas fait de Latin...”), alors que c’était elle qui avait bien rigolé avec lui quand ils avaient treize, quatorze, quinze ans... Est-ce que je méritais Marc (est-ce que qui que ce fût méritait Marc ?) ? Elle n’aimait pas que je n’aie pas couché avec lui, mais elle aurait détesté que je couche avec lui. Sonia n’aimait pas que je mange avec voracité et que je boive comme un trou en restant scandaleusement mince. Sonia n’aimait pas que je me plaigne sans arrêt (elle avait raison), mais elle-même était à elle toute seule un concert de plaintes à Notre-Dame.

 

 

Sonia ne s’était jamais assise à côté de moi en Première L au lycée de Poissy juste à côté de ce bloc de béton de Le Corbusier (Jean-Christophe Averty avait raison de dire qu’on aurait dû le noyer direct, celui-là, un bloc de béton accroché à ses pieds), pas une seule fois en une année. Elle s’asseyait à côté de Danièle C. Et moi j’étais restée une pestiférée toute l’année dans cette classe de petits merdeux (de petites merdeuses plutôt car c’était une classe de L). Sonia ne m’avait jamais invitée en Bretagne où ses parents avaient une maison alors qu’elle avait invité ses collègues de bureau (dont Jules). Sonia ne me complimentait jamais sur mes écrits, elle m’engueulait, elle me disait tu exagères, tu geins, tu es snob. Sonia ne disait jamais à ses amis (devenus nos amis) que j’écrivais.

 

Sonia trouvait que j’étais stupide de m’obstiner. Elle me regardait avec patience et agacement.

 

 

Sonia me lisait cependant, elle me consolait, elle m’écoutait, elle essayait de comprendre, elle me donnait des conseils sur mes rapports avec ma harpie de mère, elle m’écoutait des heures et des heures parler de ladite mère sans s’énerver ni se lasser, Sonia se désolait de mon histoire avec Pierre, Sonia soulevait un cil sans faire de commentaires quand je lui parlais de Marc, Sonia avait un petit frère adorable, elle me présenta le petit frère... Sonia m’avait présenté Jules, Serge, Fabrice et Nelly... Sonia m’avait emmenée en boîte, m’avait entraînée dans des conférences, m’avait fait manger à “La Crêpe carrée”, crêperie qui était devenue “notre” restaurant, à nous les fauchés, pendant des lustres. Sonia m’avait prêté cent francs tous les dimanches soir à partir du jour où j’avais connu Pierre. Sonia avait prêté, puis presque donné (elle ne le fit pas finalement parce que je hurlai), sa guitare à Pierre. Sonia croyait que j’étais écrivain, même si elle ne le disait pas.

 

 

PORTRAIT DE SONIA RAMAIS (bis)

 

 

Sonia avait des migraines à n’en plus finir. Migraines par-ci, migraines par-là, elle me rappellait ma mère. Mais est-ce que je savais qu’elle me rappelait ma mère ?...

Sonia se couchait, au moins deux fois par mois, la tête à pleines mains, en gémissant qu’elle était malade, que personne ne comprenait à quel point elle était malade, qu’elle se sentait partir, qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle n’allait pas pouvoir aller travailler, que Cyril ne pouvait rien pour elle à part lui tendre les compresses. Sonia et Nelly se racontaient leurs migraines. Et moi, qu’est-ce que j’avais à raconter... ? Mes maux de ventre ? J’avais souvent mal au ventre. Le lundi matin par exemple. Ou au milieu de la semaine à l’aube lorsque je me disait : Il faut, aujourd’hui, un nouveau jour, me coltiner les assurés en colère au téléphone, surtout ceux de la MAIF. Ils hurlaient après la compagnie Truc et la compagnie Machin qui étaient des voleuses (ce qui était vrai, je pus le vérifier lors de mon premier emploi rue de Châteaudun), des lambines, des coupeuses de cheveux en quatre, des ordures, des putes, des exploiteuses, et les experts (pour lesquels je travaillais) c’était du pareil au même puisqu’ils collaboraient. Mon patron s’arrachait les cheveux en silence. Il souffrait le martyre, ce bourge des beaux quartiers, obligé de faire ce travail de larbin quand il était artiste (il peignait à la plume), obligé de fréquenter des juifs (le cabinet Cohen), des homosexuels (le cabinet Herzog), des parvenus (le cabinet Martin) dans l’exercice de ses tristes fonctions. Mais on est catholique ou on ne l’est pas. Alors mon patron souffrait en silence en maudissant la MAIF (les profs) et la M. (les médecins, des juifs, c’est sûr...). Madame la Femme de mon

Patron allait écouter le nouveau Pape , Jean-Paul II, dans je ne sais quel cirque des abords de la capitale. Elle se pâmait. Pas un juif celui-là, comme le Cardinal de Paris. Et elle aussi baissait les yeux modestement dans sa condition de martyre: elle élèvait une fille handicapée et devait tenir vaillamment une maison de bonne prestance où l’un des fils, Henri-Alexandre, nous faisait beaucoup rire, la secrétaire en chef et moi, lorsqu’il secouait sa gabardine. Bref, mes lundis matins étaient difficiles. Je n’avais rien à faire avec ces gens-là, moi qui fréquentais des critiques de cinoche et des fous du genre Jules ou Pierre. Moi aussi je supportais ma condition vaillamment et j’essayais de faire bonne figure, de croire que mon petit emploi de secrétaire servait à quelque chose, que j’étais utile à quelqu’un, au moins à mon pauvre fascho de patron. Bientôt, je ne serais plus là, au cabinet S., je serais au Haut-Commissariat-Pour-les-Réfugiés (grâce à Marc), puis dans l’édition médicale. Il y aurait d’autres espoirs, d’autres aubes glaciales où il faudrait se lever au son de FIP (que Dieu bénisse FIP) en se disant que c’était la vie, qu’il fallait se lever dans les brumes d’hiver pour aller gagner un salaire de plouc alors qu’on avait été jadis une étudiante (pas brillante mais une étudiante licenciée et maîtrisée quand même) en anglais. Au temps où Clovis Brunelli (professeur de fac) était amoureux de moi, au temps où moi, Lucile Colline, j’étais amoureuse de François-Régis Bastide (écrivain célébrissime). Te souviens-tu, Sonia, toi en Espagnol, moi en Anglais, du temps où nous croyions que nous allions devenir journalistes, traductrices, chercheuses d’or au Mexique ?

Sonia, tu écrivais une maîtrise sur les herbes des sorciers dans les pays d’Amérique du Sud, et moi j’écrivais la mienne sur l’ambition sociale des femmes chez Jane Austen et Frances Burney. Il n’y avait pas de hasard. Nous étions ambitieuses. Nous nous le cachions bien en proclamant haut et fort notre liberté, surtout toi Sonia, des femmes libres et cultivées qui ne se marieraient sûrement pas, qui ne feraient pas d’enfants (à l’époque du nucléaire, non mais !), qui parcourraient les montagnes du Pérou en suçant du coca, qui reviendraient à Paris fortes et bronzées comme Alexandra David-Neel pour vivre sages le reste de leur âge.

 

Nous travaillions à Paris, toi dans une banque qui exploitait les petits agriculteurs, et moi dans un cabinet d’expertise qui grappillait sur tout et rien auprès des assurés qui ne savaient pas se défendre. On gagnait cent sous par mois, tu rognais sur la bouffe et sur les fringues, et moi sur les fringues et sur la bouffe. On voulait voir Jacques Higelin et courir les cinémas. Je portais une jupe indienne bleu turquoise que tu m’avais donnée et un corsage en den-

telles blanc que ma mère m’avait rapporté du Tyrol. J’étais jolie (pfff, Pierre me le disait en tout cas) et coquette, toi pas.

 

Tu portais une espèce de pull blanc, plutôt gris, difforme, du 1er janvier au 31 décembre, tu le portais comme un étendard, l’étendard de la misère. “Je suis pauvre, clamais-tu, je suis Sonia Ramais, de la Classe Ouvrière, et je me proclame Reine des Miséreuses !” “Tu as vu, me chuchotait Jules hilare, elle a SON PULL !” Jules, Pierre et moi, on se poussait du coude, on pouffait, on s’étranglait de notre méchanceté à l’égard de cette PAUVRE Sonia. Elle avait de jolies robes pourtant, de jolies robes que lui avait offertes Cyril qui rêvait d’une femme épanouie dans des robes de toutes les couleurs. Mais Sonia-l’Intraitable était intraitable. Fidèle à son pull blanc-gris, à la vie à la mort.

 

Sortie de ses migraines, Sonia parlait de la dérive de son pauvre cerveau, elle disait “je ne sais pas où je vais“, elle disait que parfois elle perdait pied, qu’elle s’enfonçait, qu’elle ne savait plus suivre le fil de la vie, qu’elle était malheureuse, que notre avenir était bien sombre. Elle pleurait. Moi, Lucile, son amie, j’étais patiente, je me disait que ça passerait. Jusqu’à la prochaine crise. Sonia n’était pas très heureuse, c’est vrai. Son boulot n’était pas très passionnant. Cyril n’était pas l’homme dont on pouvait rêver. Mais la vie allait s’arranger. Ce ne pouvait être tout le temps comme ça. Nous allions changer de job, monter en grade, aller passer vos vacances en Irlande, acheter une voiture.

 

 

Parfois, j’étais avec Sonia et elle se mettait à sangloter. J’étais bavarde et pourtant je n’arrivais presque plus à la consoler. Que dire, mais que dire ? Elle était TOUT LE TEMPS malheureuse. Elle portait tout le temps son pull blanc-gris. Cyril et elle étaient tout le temps en crise. Ils étaient le couple en crise que chacun connaît, dans les cercles d’amis. Nous avions beau nous parler, tous, communiquer, nous concerter, nous n’arrivions pas à leur trouver de solution. Jules me téléphonait : “Sonia m’a appelé et, devine... !”

“Ça ne va pas !” Pierre et moi criions en cœur !

 

 

Sonia n’allait pas bien.

 

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Eh, Sonia, je n’allais pas bien.

 

 

Nous étions cyclothymiques. Elle, moi. Et Marc. Et peut-être Jules.

 

 

Petits employés de bureau dans la grande cité. Sauf Marc, le cinéphile. Sonia était Mon Amie. Et on se ressemblait, bien sûr. On aurait pu être de grandes amoureuses, de grandes dames (1,45 mètres, 1,55 mètres). On aurait pu.

 

Ouais, on aurait pu : 9 octobre 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 14:58

CHAPITRE II

Juliet Berto, volume 1

 

 

“Viens, viens !” me disait Marc me tirant par la main.

 

 

Nous prenions le métro, le bus, nos jambes... Nous allions dans les quartiers de Paris les plus insolites. C’étaient parfois des quartiers pas très chic, des quartiers sales sous des ponts aériens. Souvent, c’était plutôt à Odéon ou aux Champs-Elysées. Emergeant de nos bureaux, nous courrions au cinématographe. Nous mangions à peine. Pas le temps de se nourrir. On se nourrissait d’images. Il fallait rattraper le temps perdu quand nous étions étudiants, nous avions alors si peu d’argent de poche, et il fallait compter le moindre sou. Vite, on se rattrapait. A nous les festivals de toutes sortes, cinéma italien, chefs-d’œuvre et nanars du cinéma français, festival Bresson, festival Mizoguchi... Vite ! A la Cinémathèque de Chaillot, on ressortait alors les Hitchcock en copies neuves, nous fîmes la queue en riant de joie devant Nathalie Sarraute qui pestait à cause de la foule pour la copie neuve de “Vertigo”. Nous voyions trois films par jour les week-ends. Parfois j’en avais des vertiges.

 

 

Le cinéma dans ma vie avait remplacé la littérature. Etudiante, j’avais lu Julien Green, Bernanos, Mauriac, jusqu’à intoxication. Et j’avais lu tous, je dis bien tous, les classiques de la littérature mondiale. Je tombais amoureuse des écrivains. Je m’endormais au milieu des pages. Juste avant de trouver mon premier boulot, je m’étais avalé A la Recherche du temps perdu sans sourciller, tout en ayant parfaitement conscience que la folie-littérature était terminée, que j’allais bosser nom de Dieu, que mon temps précieux allait m’être volé, et que j’allais tomber dans une autre folie.

 

J’avais aimé le cinéma à quinze ans, dix-huit ans, grâce à ma mère qui n’hésitait pas à sauter dans le train le samedi pour aller à Paris boulevard des Italiens. Mais je ressentais l’insuffisance de ce UN film par semaine. Entre-temps, j’avais rencontré Marc dans le train Nanterre-Paris, au cours d’une grève des étudiants (contre Mme Saunié-Seïté ?), et nous avions bavardé. Marc habitait Conflans et était un ancien camarade de Sonia. Il était grand, blond, avec une couronne de cheveux fous ; il avait de larges épaules et une voix grave, une voix vraiment mâle (qui s’est perdue ensuite chez les hommes dans les décennies suivantes). Il était

 

tombé dans la marmite du cinématographe en voyant un jour par hasard Deux hommes et une armoire de Roman Polanski. Ensuite, il s’était enfilé tout Polanski, puis les français, puis le muet, puis le reste. Lorsqu’il commença à travailler au Haut-Commissariat, il mit sa place en danger plusieurs fois en quittant le bureau au milieu de la journée sous prétexte d’aller chercher un dossier... En fait, il disparaissait pour aller voir un film dans un de ces coins pas possibles, un film qui était à une heure précise dans un cinéma fantôme et qui ne serait plus à l’affiche le lendemain, il fallait voir ce film, question de vie ou de mort. Adieu Neuilly et ses réfugiés, bonjour Paris.

 

 

“Viens !” me disait Marc. Viens voir Les Enfants du Paradis, Les Contes de la lune vague après la pluie, Jean-François Bizot dans le noir du XIe, Le Mécano de la “General“, “viens, je vais te faire voir le film, le film des films, j’y ai emmené ma frangine et elle l’a déjà vu deux fois, je te préviens c’est long mais c’est vraiment formidable...”

 

 

Le film vraiment formidable, c’était Céline et Julie vont en bateau. Aujourd’hui, parfois, il me semble que je n’ai jamais aimé que Rivette, et le Paris de Rivette, et les villas hantées de Rivette, et Dominique Labourier et Juliet Berto suçant des bonbons magiques dans des appartements de Montmartre. Et Juliet Berto. Elle était brune, elle n’était même pas jolie, et elle incarnait tout le charme, toute la séduction, tout le mystère, toute la liberté, que moi, Lucile Colline, j’aurais voulu avoir. Dominique la Rousse et Juliet la Brune, l’une suivant l’autre pendant des heures, et se retrouvant parfois dans une villa de roman du XIXe siècle où Marie-France Pisier et Bulle Ogier jouaient des garces fantomatiques en compagnie de Barbet Schrœder beau comme un camion. Dominique Labourier et Juliet Berto incarnaient les jeunes filles des années 70-80 que nous aurions voulu devenir, Sonia et moi. Sonia aurait été Dominique Labourier et moi Juliet Berto.

 

 

J’étais Juliet Berto-Lucile dans les rues du XVIIIe et Barbet Schroeder-Marc m’entraînait à l’assaut des petites rues montantes, vers tout là-haut le haut de Paname, j’étais essoufflée mais pour rien au monde je ne l’aurais dit à Marc, je l’aurais suivi dans tous les cinémas du monde, pour voir les films qui n’en finissent pas de Rivette, pour voir Métropolis dans le plus grand silence de la Cinémathèque, pour voir ces films italiens que je n’aimais guère, avec ces belles femmes plantureuses en jupons sur des lits bancals.

 

 

Marc aimait Polanski bien sûr, Jack Nicholson le faisait frémir, il aimait Henri Fonda parce que celui-ci lui ressemblait (ce que je me gardais de dire à Marc), nous tombions amoureux de Sandrine Bonnaire, actrice toute fraîche du tonitruant Maurice Pialat.

 

 

Quand j’étais petite, j’étais amoureuse de Jean Marais. Maintenant, j’étais amoureuse des acteurs, mais je crois que j’étais surtout amoureuse des metteurs en scène. Je savais les têtes qu’avaient Rivette, Bresson, Rohmer et Truffaut. Je mourais d’envie de faire partie de la cohorte des filles renversées par François Truffaut. Dans mes rêves, un monsieur metteur en scène de cinoche avait remplacé le beau visage à la Greco de François-Régis Bastide.

 

 

On appelait le cinéma “le 7e Art“. “Viens !” me disait Marc. Il était pressé, déjà ailleurs. “Mais dépêche-toi donc, Lucile, dépêche-toi, nous allons louper la séance !” Le 7e Art nous enveloppait, nous faisait bouger, avancer, nous faisait vivre, nous servait de nourriture et d’eau. Le toit du cinéma était le toit de l’art. Les murs du cinéma pouvaient s’effondrer sans problème. A nous les aventures, les amours, les grandes histoires, les stars, les étoiles. “Viens”, me disait Marc. Je courais, ou plutôt je m’envolais, vers le rêve et les étoiles, vers le septième ciel.

 

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 15:00

“Ces songeries s’emparaient de lui, l’immobilisaient et lui donnaient l’apparence d’un mangeur d’opium emporté dans sa vision. Il vivait au-dessus des nuages, la tête dans un rêve d’or. C’est là une des causes qui lui faisaient le travail si pénible.”

 

Julian Barnes, Le Perroquet de Flaubert, p163.

 

CHAPITRE I

DANS PARIS

 

 

Je quittai Conflans-Sainte-Honorine, ses péniches, ses trains de banlieue, et son Michel Rocard sinon rien. Il y avait aussi des péniches dans le Loiret, là où vivait ma grand-mère. Et il y avait des péniches aussi à Paris, me disais-je. A Paris, vivait déjà Sonia. Elle m’attendait. Finies les études qui nous avaient bouffé la tête et la vie, finis les parents, finies nos mères d’une autre époque qui nous nourrissaient trop et nous polluaient nos rêves. Nous allions être, enfin, des jeunes filles minces, des jeunes filles qui travaillaient, des jeunes filles qui s’envoyaient en l’air et qui n’avaient peur de rien. Nous allions dévorer le monde et les hommes. Pour l’instant on n’était que des petites secrétaires, mais bientôt, Sonia et moi, nous serions journalistes, écrivains, musiciennes. Nous ne nous marierions pas, nous ne ferions pas d’enfants, nous n’achèterions pas de maison, nous serions PARISIENNES ! Déjà, le beau Marc me prenait la main et m’emmenait dans tous les cinémas, à travers Paris : l’Action-Christine, l’Action-Lafayette, l’Olympic du XIVe de Frédéric Mitterrand, la Cinémathèque de Chaillot... Nous allions, nous courions, nous volions d’un cinéma l’autre. Paris c’était le cinoche. Paris c’était les rêves et les acteurs et François Truffaut et Roman Polanski. Paris c’était Marc (qui habitait encore à Conflans-Sainte-Honorine) qui mangeait vite vite un sandwich entre deux films. Nous n’avions pas le temps de manger, Buster Keaton nous attendait.

 

Sonia faisait de la guitare, à l’ombre de ses lits superposés. Elle jouait “Jeux interdits” au milieu de nos rires, nous nous foutions de sa gueule, mais ça ne faisait rien. Sonia continuait ses “Jeux interdits”, imperturbable. Il fallait bien commencer par là, avant d’être Eric Clapton. Tous me parlaient de musiques que je ne connaissais pas. Led Zeppelin, Neil Young, Higelin, Areski et Fontaine, et

Nina Hagen. Moi, j’en étais restée aux Brel et Brassens de chez mes parents, à leurs airs d’opéra, et au piano que j’avais écouté en Angleterre où j’avais été assistante. Je ne connaissais rien à rien, mais je ne faisais pas semblant de m’y connaître. J’ouvrais ma bouche toute grande comme j’en avais l’habitude, la mer aurait pu rentrer dedans, et j’ouvrais des yeux grands comme des assiettes en écoutant Nina Hagen. Je n’avais pas fini d’en ouvrir des bouches et des yeux. Je n’avais jamais prétendu connaître ce que je ne connaissais pas. Je n’étais pas une hypocrite. Ignare j’étais et je ne demandais qu’à être initiée. Et si ça ne me plaisait pas (pour l’instant par

exemple Higelin ne me plaisait pas), je le disais. Je le disais avec ma petite voix,

ma petite voix qui me poursuivrait jusqu’à la fin de ma vie, ma petite voix d’innocente, ma petite voix fraîche, terriblement sincère et parfois bien déconcertante pour mes nouveaux amis (les amis de Sonia) qui se moquaient de moi, parfois derrière mon dos, parfois devant moi. J’arrivais de Conflans-Sainte-Honorine-la Planète Mars, je débarquais de ma péniche, j’étais la copine neu-neu de Sonia qui, pauvre chérie, aurait fort à faire pour me déniaiser. J’écoutais ma petite Sonia (un mètre quarante-cinq, plus petite que moi encore) en éprouvant pour elle beaucoup d’estime. Sonia était un roc, aucune moquerie ne l’ébranlait. Son but : la musique. Sa direction : la liberté des femmes. Elle disait : “Nous, les artistes”, ce qui faisait hurler de rire Jules.

 

 

Jules avait conscience que nous n’étions rien. Des rigolos qui travaillaient dans des bureaux et qui faisaient, s’ils le pouvaient, de la guitare le soir en sortant du turbin. Le week-end, on s’égaillait, on s’éparpillait, on allait vers l’inconnu, et Marc et moi on courait au cinéma. Mais on était des employés de bureau. Enfin, Marc était encore étudiant... Avant le Haut-Commissariat-pour-les-Réfugiés, avant “Image et Son”, avant le dessin et l’art et le cinéma. Le cinéma, le cinéma toujours. Marc était un être d’exception, ce que savait Jules qui avait conscience en le rencontrant par moi qu’on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes.

 

 

Je partis donc de Conflans pour la rue de Saintonge, Paris IIIe, métro Filles-du-Calvaire, tout près du Cirque d’Hiver qui, je ne le savais pas encore, allait jouer un grand rôle dans ma vie. Dans ma vie de “Lucile Découvre l’Existence Dans la Grande Capitale”. J’avais une petite taille mince de l’adolescente que j’étais encore, je portais des jeans et des blouses indiennes, je me maquillais les yeux, j’avais des cheveux longs auxquels je faisais de multiples petites nattes lorsque je me lavais la tête parce que juste après j’avais les cheveux tout frisés comme Angela Davis, j’étais essoufflée (l’asthme) mais pas encore assez pour ne pas courir d’un ciné l’autre, je mangeais des yaourts et des œufs sur le plat (ah ! que c’était bon les œufs, ça me rappelait toujours my dear England), je lisais Apollinaire mais pas encore Miller et Nin que Jules nous ferait lire à tous quelques années plus tard, j’ achetais mes premières pommes de terre rue de Bretagne, et je faisais installer le téléphone au 26, rue de Saintonge, ce fut la toute première chose que je fis dans mon bel appartement, installer le téléphone. C’était un téléphone gris, avec un cadran, je téléphonais à mes parents les banlieusards, je téléphonais à Sonia, je m’asseyais à côté de cette merveilleuse boîte magique qui allait me faire avoir tous les amis du monde, qui allait

m’ouvrir sur l’Europe, sur l’univers, sur le Ciel. Je POSSEDAIS un téléphone ! Un téléphone rien qu’à moi. Dans l’annuaire, à “Colline”, il y aurait moi, mon nom : Colline Lucile. J’EXISTAIS ! C’était ce qui serait le but de toute ma vie, je ne le savais pas encore, mais LE BUT, mon but : exister. A Conflans, nous n’avions pas le téléphone, mon père haïssait le monde moderne et ma mère luttait comme elle pouvait. Mes amis ne pouvaient me joindre et s’en plaignaient. Et là, au 26 rue de Saintonge, le téléphone pouvait sonner, crépiter, trépigner, jouer les commères et les héros. Allô, allô? Lucile Colline va vous répondre. Lucile Colline est là. Lucile Colline, la Parisienne, existait.

 

 

Le bel appartement n’était en fait qu’un petit deux-pièces en enfilade au-dessus d’une vieille cour pavée. J’étais entourée d’artisans juifs qui travaillaient de l’aube au soir. Mon voisin de l’autre côté repassait tout le temps. Ma concierge était une dame très noire dont le mari savait à peine lire. L’escalier qui menait à mon logis allait s’écrouler incessamment sous peu. C’était le plus bel escalier de Paris, il sentait la poussière et l’or, quand je le montais je montais vers les cieux. Cet appartement miraculeux, c’était Versailles, c’était plus certainement qu’un appartement haussmannien du VIIIe, c’était plus qu’un six-pièces au Quartier latin, c’était plus qu’une villa avec piscine au-dessus de Nice. J’habitais le quartier du Marais, pas loin du Musée Carnavalet, pas loin de mon exquise place des Vosges, pas loin de chez Victor Hugo... Qu’avais-je fait pour pouvoir avoir cet appartement-là ? Je ne le méritais pas. Sans doute serais-je un jour punie pour cette chance, pour ce miracle. Dans “Saintonge”, il y avait “songe“... et, oui c’était vrai tiens... “saint”. Saint Bonheur, je te salue !

 

 

Je quittai Conflans-Sainte-Honorine sous les grimaces de ma mère qui me dit, la bouche frémissante de dégoût, que je pouvais encore aller leur rendre visite le week-end pour lui donner mon linge à laver. C’était la première nuit. Ma toute première nuit toute seule dans mon petit lit d’enfant. Je m’endormis au comble du bonheur. Et je rêvai.

 

 

Je rêve que je dors. Le mur de la chambre à ma droite s’effondre, s’efface. Il n’y a plus de mur, simplement un grand ciel bleu-noir. Et je vois un oiseau, un grand oiseau blanc, qui s’envole vers le ciel, très haut dans le ciel, qui s’envole sans contrainte, mon bel oiseau blanc de la rue de Saintonge, Métro Filles du Calvaire, à Paris, Paris IIIe, Paris Capitale, Paris-Centre du Monde.

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 15:30

 

Les années 80... Immédiatement on pense, 1981, l’élection de François Mitterrand. J’étais justement ce soir-là à Conflans-Sainte-Honorine chez mes parents, je ne sais pas pourquoi car j’habitais à Paris depuis deux ans. Mon père était déjà couché (oui, je sais, 20 heures c’est un peu tôt, mais c’est à cette heure-là que mon père se couchait) ; ma mère a réveillé mon père pour le lui dire. “La gauche a gagné ! “ ou “C’est Mitterrand qui a gagné !” Mon père a fait “Ah bon ?” et s’est rendormi. Aujourd’hui encore, il fait encore “ah bon ?” l’œil étonné, mais c’est pour d’autres raisons, de tristes raisons. “Ah bon ?” a donc dit mon père comme s’il n’était pas du tout concerné alors que nous votions tous les trois à gauche. Ma mère et moi, si je me souviens bien, étions très contentes. Très contentes et très étonnées. On est plutôt pessimistes dans ma famille et on croyait que la droite c’était pour toujours. A jamais. Contentes, mais finalement pas plus que ça. Mes parents n’avaient la télévision que depuis peu. D’ailleurs, mon père ne la regardait jamais, c’était réservé à ma mère dans une petite maison au fond du jardin. Une maison séparée de la maison principale. La télévision l’Ennemie du Peuple, selon mon père. Comme le téléphone. Si, si, en 1981 je vous assure ! Mon père, qui travaillait à la SNEGMA et faisait des essais sur les vibrations de moteurs d’avions, était opposé au progrès. Randonnées-randonnées, et surtout pas d’infos. Pourquoi ? Pour cause de nervosité peut-être. Mon père avait horreur du bruit (cela venait peut-être du fait qu’il avait travaillé comme ouvrier dans des ateliers très bruyants). Pauvre papa, opposé au bruit et à la foule, et vivant dans la région parisienne, et travaillant sur les moteurs d’avions.

 

Non, ma mère et moi, malgré nos opinions politiques, pas plus contentes que ça. Si j’avais été à Paris ce soir-là (et pas à Conflans) serais-je allée avec Jules Place de la République faire la fête ? Non, je suppose que non. A Nanterre, étudiante (en anglais), j’apprenais toujours le jour d’après le déroulement d’une manifestation qui avait eu lieu la veille. J’ouvrais de grands yeux et je disais : “Mais si j’avais su, je serais venue !” J’en ai ouvert de grands yeux, souvent, dans ma vie ! J’ai imité mon père : je n’ai pas eu la télévision jusqu’à trente et un ou trente-deux ans (1987), je n’écoutais pas les infos, et je n’étais jamais au courant de rien. C’est peut-être entre trente-cinq et quarante ans que j’ai enfin commencé à regarder le 20 Heures et que je me suis, curieusement, vraiment intéressée à la politique. Pendant longtemps, j’ai été vaguement proche de l’extrême-gauche, parce que j’étais entourée de gauchistes (voir la suite de ce récit), mais bon, je ne dirais pas “Rouge c’est la vie”, comme Thierry Jonquet que j’ai lu très tard. Trop rêveuse pour être politique. Trop sensible pour supporter les récits aux infos des guerres de la planète. Trop flemmarde sans doute pour essayer de comprendre les problèmes entre Israéliens et Palestiniens dont Jules m’avait parlé un soir où je passais chez lui. “Ça ne finira jamais”, m’avait-il alors dit, ce qui m’avait frappée, mais j’étais trop occupée de cinéma et de mes problèmes personnels (les boulots idiots et ma vie avec Pierre) pour essayer de décortiquer ce problème fort lointain.

 

Pas plus contentes que ça. Juste “contentes”. Cela nous étonnait surtout d’être passé de la droite à la gauche. La droite était éternelle, indétrônable, De Gaulle était encore tout proche. Ce Mitterrand et son Union de la Gauche, c’était un vêtement neuf et pas encore frippé. Même pas porté.

 

En fait, très franchement, en 1981, je m’en fichais pas mal de Mitterrand. Je savais juste que je détestais (le mot est faible) la droite et ces gens comme mon patron d’alors (je travaillais dans un tout petit bureau d’expertises en assurances). Mon patron était un catholique intégriste, homophobe, antisémite ; cela me hérissait, m’a toujours hérissée, me hérisse encore.

 

Non, les années 80 pour moi, c’était :

 

La découverte de la liberté.

 

Les cinémas, les cinémas Action de Paris, le cinéma de Frédéric Mitterrand (oui, encore un !) dans le XIXè, mon cher Action-Christine.

 

A Paris.

 

Paris, Paris, Paris !

 

Mon Beau Paris, comme disait mon cher Apollinaire. Mon Beau Paris, ma Seine, mes rues de Paris, mon atmosphère de Paris, le métro qu’on prenait pour aller chez les uns et les autres. Paris, Paris, Paris...

 

La rue de Saintonge, la rue Lécluse.

 

Paris !

 

La liberté, le cinéma, les acteurs, le cinéma américain des années 40-50, le Film Noir, Roman Polanski, Fellini, Bertrand Blier, Truffaut, Rivette, Rohmer, les frères Taviani, Céline et Julie vont en bateau, Juliet Berto, Neige, Bresson (quoique déjà passé pour moi, “Le Diable probablement” c’était ma Maîtrise d’anglais, 1977), E la nave va, l’irritant Jacques Doillon, “Diva” du petit nouveau Jean-Jacques Beineix : ce sont les premiers noms qui me viennent.

Le cinéma, mon cher cinéma. Le cinéma auquel on pense en se réveillant le matin, auquel on pense en étant secrétaire pour des réacs imbéciles et bornés, le cinéma où l’on va le soir. On mange vite quelques pâtes et hop ! on va au cinoche. On y va, on y court, on mange, on boit, on vit, on rêve avec le cinéma.

Je n’ai pas d’argent, je souffre déjà de pauvreté, l’argent va au cinéma, pas à la nourriture.

On n’est pas très riches, tous. On s’en fout si je me souviens bien. On va au cinéma. Le samedi, de temps en temps, on va à la Crêpe Carrée.

 

La Crêpe Carrée, Paris.

 

La rue de l’Abbé-Carton, XIVè.

 

Ma jupe bleu ciel indienne que m’a donnée Sonia. Le corsage blanc décolleté, en dentelles, que ma mère m’a rapporté du Tyrol. (On voit que déjà je ne dépense personnellement pas beaucoup de sous pour mon habillement.)

Ma veste beige en velours côtelé que j’ai portée des années : peut-être toutes ces années à Paris justement ? De 1980 à 1987. Je m’en fous des fringues. Je suis habillée en rêve par Ava Gardner, Gene Tierney, Carole Laure et bientôt Fanny Ardant. Je ne me vois pas. Je vole de par les rues de cinéma en cinéma, ma robe bleu ciel indienne au vent de mon Beau Paris. Jane Alderton, l’été 1980, me photographie devant la fontaine de l’Observatoire : c’est ma photo de moi préférée, il n’y en aura jamais d’autre.

 

Je suis jeune et jolie. Moi, jolie ! Jusqu’à l’âge de vingt ans, j’ai été persuadée que j’étais laide, suite à des moqueries en classe de Seconde. Je le croirai en fait jusqu’à la fin de ma vie (mais aujourd’hui ça n’a plus aucune importance), mais il y a là, cet instant magique, Joëlle vingt-cinq ans, assise devant les chevaux de l’Observatoire, dans sa robe indienne bleu ciel et son corsage blanc. Joëlle jolie pour l’éternité.

 

Les années 80. Gabriel Garcia Marquez Prix Nobel de Littérature en 1982. Jules m’offre “Cent ans de Solitude” que je ne finirai jamais. Son écriture, l’écriture de Jules, sur la page des dédicaces. Je vous la recopierai au cours de ce récit. Mon Jules, mon cher Jules, notre Jules, Jules l’Ami. Jules qui nous fait lire “la Crucifixion en rose” d’Henry Miller. Sexus, Plexus, Nexus. Nos lectures de jeunesse : Miller, et puis donc Anaïs Nin. La ravissante Anaïs Nin avec un camélia dans les cheveux (aujourd’hui encore je la vois avec ce camélia, je ne sais pas si c’est juste un rêve). Et puis “le Parfum” qui sort en 1985. Jean-Paul et Brigitte me l’offrent et je le fais lire à tout le monde. On n’en finit pas de parler de Jean-Baptiste Grenouille. Je frémis encore en pensant aux pages finales de ce livre étonnant.

 

Henry Miller Premier Beatnik, enfin notre premier Beatnik à nous. Jules bien sûr, au fait de tout (je n’ai pas du tout conscience à l’époque des courants de pensée que nous représentons, de notre côté Rock And Roll, de notre côté Fante-Hammett-Led Zep, des Hippies que nous prolongeons languissamment, d’une gauche très à gauche mais tout de même pas très énervée) me parle de William Burroughs. William Burroughs ? Ça, c’est pas pour Joëlle, me dis-je.

Miller, Anaïs, la drogue, les pétards (que je NE VOIS PAS, je vous le redirai plus tard), Jean-Baptiste Grenouille, Charlie Hebdo et les chroniques de Desproges, le premier kilo de patates que j’achète moi (moi, pas mes parents) rue de Bretagne, les dernières années de Truffaut (mais nous ne le savons pas, JE ne le sais pas, j’en pleurerais), ce terrible film de Brian de Palma où il y a “cette” scène dans un ascenseur, Marc et “Céline et Julie...”, Jules et Burroughs, Pierre et ses cigarettes qu’il roule près de la Seine... Paris, ô Paris, mon beau Paris.

 

Mes années 80 commencent avec “Diva” de Jean-Jacques Beineix et se terminent avec Leos Carax, “Mauvais Sang”. Oui, c’est exactement ça : cela commence par un air d’Opéra, glorieux, et cela se termine avec l’apparition du sida.

 

 

Alors, je quitte pour toujours “mon Beau Paris”.

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 16:25

 

Londres, 9 septembre : déjà deux jours que je suis revenue à Gien et je suis en manque !

 

Londres, le thé délicieux que j’ai bu chez Harrod’s (2è étage, l’étage des books) avec des scones et de la clotted cream, servis par de charmantes dames...

 

Londres, Shepherd’s Market (que j’ai eu du mal à trouver, moi et mon sens de l’orientation un peu perturbé), si jolie petite place de Mayfair avec ses boutiques d’un autre temps...

 

London, Burlington Arcade (que j’ai découverte à la télé dans un reportage sur Londres et que j’avais vue je crois dans “Espion(s)” de Nicolas Saada sans savoir que c’était Burlington Arcade) et ses très riches boutiques, et son cireur de chaussures que j’ai regardé travailler pendant au moins un quart d’heure, fascinée par son travail et par le chic de ses clients...

 

Les chaussures de messieurs des boutiques de Burlington Arcade...

 

Mayfair et Sotheby’s...

 

Mes ampoules au pied gauche (comme à New York en 2006)...

 

London et Sir John Soane’s Museum, Lincoln’s Inn Fields, incroyable capharnaüm dans un tout petit musée, Hogarth, Canaletto, et ses statues antiques...

 

Lincoln’s Inn Fields et “the Old Curiosity Shop” cachée dans un coin (en 77-78, lorsque j’étais assistante j’étais fascinée par “the Old Curiosity Shop”, Dickens l’Ecrivain sans doute...)... 1500 et quelques, réchappée du Grand Incendie de Londres de 1666...

 

London et ses nouveautés lumineuses et bruyantes et très hautes de la South Bank après qu’on a traversé le footpath au-dessus de la Tamise (et c’est toujours si beau la nuit), après un dîner (un Traditional Beef) au Sherlock Holmes...

 

London et le bruit de ses sirènes dans Gower Street...

 

London et le Rising Sun, le Tottenham, le Coal Hole (The Strand), le Museum Tavern, et ses half a pints of Guinness...

 

London et Gower Street et le TAS et Ridgemount Hotel et ses traditional English Breakfasts...

 

London et les cartes (j’adore les cartes, j’en fais des stocks) de Fortnum and Mason...

 

London et Piccadilly (j’ai vu “the 39 Steps” au Criterion) et le doux et silencieux Hartchard’s, ses épais tapis, ses coins et recoins, et ses livres bien sûr...

 

London et les Paralympics de cette année dont les Anglais sont si fiers...

 

London et le John Soane’s Museum (encore !) où je croyais voir le portrait de dos d’une lady comme Géraldine Pailhas dans “Espion(s)” (encore !). Comme dans Vertigo d’Hitchcock...

 

London et les derniers achats à St Pancras au Mark and Spencer’s : des meat pies, des All Butter Scottish Shortbread Fingers (des majuscules comme dans un titre de roman). London et le Scottish Fudge...

 

London et le peu connu Little Venice...

 

London et ses taxis que j’ai osé “hailés”...

 

London et mes marches frénétiques...

 

London et le “Quiet London” de Siobhan Wall dont les photos m’ont fait rêver...

 

London bruyant, assourdissant, et ce “Quiet London” inattendu...

 

London et le vert et les taxis et les belles maisons georgiennes...

 

London et Dickens et Jane Austen et Henry James...

 

London dans trois ans ? Non, impossible !

 

Aller à Londres, rêver de Londres, vivre à Londres, revenir de Londres...

 

 

28/9/12

A la demande de Sylvie M. (et c'est nécessaire) je corrige : il s'agit de la CLOTTED CREAM, crème fraîche très épaisse du Sud-Ouest de l'Angleterre.

Sylvie qui s'est baladée il y a peu dans les champs pittoresques entourés de petits murets du Parc national du Yorkshire. Sous la pluie, but it doesn't matter ! Ah ! l'Amour de l'Angleterre quand tu nous tiens !...

 

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 15:08

 

 

LA FIANCEE

 

Du soleil sur ma peau

Et l’ombre dans ma tête

L’ombre des nuits passées

A vouloir dormir

A vouloir vouloir

Oublier

 

Oublier le vent les nuages

Les orages

Du passé

La banlieue et Conflans

Et les péniches

Qui restaient là

 

Oublier les heures à marcher

Près des parents jamais inquiets

Qui jamais ne regardent

Qui jamais ne demandent

Qui sont muets

 

Oublier...

Retiens le soleil sur ta peau

Souviens-toi de Châlette des piscines

De la grand-mère aux bons pâtés

Du soleil doux sur les marches d’entrée

 

Du soleil sur ma peau

Ombres mes ombres mes souvenirs

Estompez-vous partez partez

Que je me baigne enfin

Dans l’eau pleine de soleil

Dans le soleil des yeux qui regardent

Le présent les marches de l’entrée

Les pas comptés le sable les sourires

La chaleur retenue

De mon corps endormi là

De douce fiancée.

 

Joëlle 22/8/12

 

CHANSON TENDRE, Emilien Davidenko

 

Tiens au creux de mon bras, tu me diras ta peine.

Contre notre harmonie elle ira se briser.

Ainsi te reviendra la quiétude sereine,

Alors je poserai sur ton front un baiser.

(...)

ALORS, LES CINES DE JUILLET ET AOUT :

 

To Rome with Love, Woody Allen

Orléans Les Carmes, 9 juillet 17 h 40 (toute seule dans la salle !)

Evidemment, c’est un Woody Allen très inférieur aux films de ces dernières années. Mais il y a toujours le plaisir des acteurs (tous très bien), de la jeunesse que WA observe maintenant avec sympathie, de la beauté de Rome (il paraît que c’est un peu un film de commande de la part des Italiens, après Londres, Barcelone et Paris). Ce n’est pas très bon, mais j’y ai pris du plaisir quand même.

 

Je me suis fait tout petit, Cécilia Rouaud

Vanessa Paradis, Denis Ménochet

Montargis, 16/7

Un homme encore jeune n’arrive pas à oublier l’abandon de sa femme. Celle-ci laisse un petit garçon... L’homme a déjà deux grandes filles, une sœur charmante (Léa Drucker), et voit arriver vers lui une originale délicieuse. Une histoire de famille plutôt plaisante avec plein d’enfants. C’est reposant après tous ces films soi-disant intelligents que j’ai pu voir dernièrement : Cosmopolis (toujours pas digéré !), Moonrise Kingdom...

 

L’âge de glace 4, S. Martino, M. Thurmeier (film d’animation)

Montargis, 21 juillet

C’est mon 2è “âge de glace”. Ce n’est pas désagréable, c’est plutôt bien fait, mais je n’ai pas trop aimé fifille Mammouth et ses copains ados : j’ai trouvé ça trop facile. Et la vieille mamie, naturellement, répand des odeurs nauséabondes... (ça fait un peu beaucoup de clichés.)

 

Paris-Manhattan, Sophie Lellouche

Montargis, 28/7

Alice Taglioni, Patrick Bruel

Dans la communauté juive branchée, Alice (fan de Woody Allen qui apparaît dans le film) reste désespérément célibataire. Film charmant, romantique, pas prétentieux. (A bas les critiques ; ah bah, les critiques !) Bon, oui, c’est vrai : c’est loin d’être le film du siècle. Et Patrick Bruel a pris un coup de vieux terrible, ça m’a fait un choc (bedaine, bajoues...).

 

Summer time (The Dynamiter), Matthew Gordon V.O.

Montargis, 6 août

Dans le Mississipi, Robbie, 14 ans, vit avec son petit demi-frère et sa grand-mère dans une maison abandonnée (la mère est partie on ne sait où). Le frère aîné revient. Robbie pourrait devenir un petit délinquant, mais un prof lui tend la main et Robbie tient à son petit demi-frère. Il se débat, il emmène le petit dans les champs et lui raconte des histoires. Les Américains pauvres, la solitude, l’exclusion, la famille... J’ai trouvé ça plutôt bien. (Prix du Jury, festival de Deauville 2011.)

 

Jane Eyre, Cary Futunaga

Les Carmes, 14/8

Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Judy Dench

Une magnifique adaptation du roman de Charlotte Brontë, très fidèle à son esprit. Les landes, la solitude, l’enfance tourmentée, l’amour, la peur... Mia Wasikwoska est une Jane Eyre exactement comme je l’imaginais. La beauté du film et l’émotion qui s’en dégage : tout est parfait dans ce film d’un réalisateur que je ne connaissais pas (je ne connaissais pas non plus les deux acteurs principaux). La fin m’a fait pleurer. Judi Dench (Mrs Fairfax), en quelques mots, déclenche les larmes. Michael Fassbender est un Mr Rochester très romantique.

 

Associés contre le crime, Pascal Thomas

Catherine Frot, André Dussolier

Montargis, 26/8

Pascal Thomas avait parfaitement réussi ses deux premiers films Prudence et Bélisaire Beresford. C’était plein de fantaisie, parfois de poésie. Là, quel ratage ! On s’ennuie ferme, l’histoire est nulle, les dialogues sont creux. Et ce n’est pas regarder Catherine Frot manger une choucroute avec appétit qui va rattraper les choses. Thomas avait déjà raté récemment son film avec Julien Doré, il ferait bien de prendre quelques vacances ou de changer ses scénaristes. 28/8 : J’ai écouté le Masque et la Plume dimanche soir et certains critiques se sont montrés pleins de sympathie pour PT/réalisateur de comédies (pourquoi n’y a-t-il pas de rétrospective Pascal Thomas ? a dit l’un d’eux). Comme je suis très influençable, je reconnais que le côté “Chéri je me sens rajeunir” et les allusions à Cary Grant m’ont amusée.

 

BALADES : Juillet : 3 jours Alpes Mancelle - Août : Pithiviers/Yèvres le Chatel -

Aubigny/Château de Maupas/ La Borne, village des potiers.

 

MAIS ALORS, ET LES LIVRES ?

 

“TOUTES FOLLES DE JANE AUSTEN”,

titrait mon journal du matin (que je ne vous nommerai pas car j’en ai un peu honte, moi l’”intello”...). En effet, nous les nanas, nous les profs d’anglais, nous adorons “Pride and Prejudice” (Orgueil et Préjugés) de notre chère Jane Austen, nous connaissons l’histoire par cœur. Nous sommes amoureuses de Mr. Darcy (le magnifique Colin Firth il y a quelques années dans un feuilleton follement réussi de la BBC) et Elizabeth jouée il y a moins longtemps par l’exquise Keira Kneightley (un film cinéma cette fois). Et, Dieu bénisse cette chaîne, Arte nous a gâtés avec plein de Jane Austen ces derniers temps (vers la mi-juillet). Jane Austen sous toutes les coutures, Jane Austen avec tous les visages, “Pride and Prejudice” où s’introduit une petite nénette du XXIè siècle aussi dans des épisodes très marrants où l’héroïne ne réussit plus à maîtriser l’intrigue (les intrigues) qui ne se passe(nt) pas comme dans le roman. Elle panique, elle désespère, et naturellement elle tombe amoureuse de Darcy et ne veut plus revenir dans notre XXIè siècle ! Quant à la vraie Elizabeth (celle du XVIIIè - Austen est à cheval sur les XXVIIIè-XIXè siècles), elle découvre notre nouvelle liberté féminine, les téléphones portables, le travail, et vient redemander sa liberté à son papa en refaisant un saut dans le passé. Et puis j’ai re-re-repleuré à “Raison et Sentiment”, feuilleton de cette merveilleuse BBC (pas le Sense and Sensibility où Kate Winslet nous faisait pleurer avec talent, et avec Emma Thomson aussi qui, bien que divine, était là un peu vieille pour le rôle). Evidemment, peut-être que pour apprécier tout ça, il faut connaître Jane Austen par cœur, mais j’ai l’impression que beaucoup de lecteurs connaissent Austen. Peut-être un peu moins que la Charlotte Brontë de “Jane Eyre” qu’actuellement les gens relisent ou découvrent grâce au dernier film (fort réussi, voir ci-dessus). Et, à chaque fois, ces éternelles questions : Pourquoi la télé française est-elle si mauvaise et n’illustre-t-elle pas NOS beaux romans du XIXè aussi bien que le fait la BBC ? (la série Maupassant, oui, bof...) Pourquoi les romanciers du XIXè furent-ils si bons (et prirent-ils leur temps) alors que les romanciers du XXè écrivent avec leurs pieds ? (oui, oui, je sais, je suis injuste... Il y a Jonathan Coe/Ian McEwan en Angleterre, Emmanuel Carrère chez nous...) Et pourquoi ça me fout tellement en rogne de ne pas me jeter dans un travail d’écriture qui me hisserait à ce niveau, oh ! poor Joe !

 

Et Proust. Qui appartient quand même un peu-beaucoup au XIXè quelque part.

 

Et j’ai répondu à un questionnaire : QUEL DARCY PREFEREZ-VOUS ? sur la toile, et du coup me voilà avec une adresse gmail.

 

Et j’ai écrit à une “demoiselleaparis” en me baladant sur Internet et cette demoiselle (28, 30 ans ?) n’avait pas encore lu “Jane Eyre” et “Les Hauts de Hurlevent” !! Impossible ! Moi, j’ai lu ces romans à quatorze ans !

 

Pour mes “critiques” de livres (je mets des guillemets car je ne me prends pas pour Monsieur Jaloux. - Qui connaît encore M. Jaloux ? Je me sens bien vieille tout à coup), aller voir sur “Amazon” et surtout “Babelio” où je viens de m’inscrire et où je m’aperçois qu’il y a des lecteurs déments dans mon genre. Je veux sortir de l’oubli Jean-Louis Curtis, Julien Green (pauvre F.O. Giesbert...) et Patrice de La Tour du Pin, et m’amuse à être la première à écrire des articles sur eux.

 

ET “RIEN NE SE PASSE COMME PREVU” de Laurent Binet ?

 

Ca c’est hyper d’actualité. J’ai mis une critique sur Amazon et Babelio, et j’ai écrit à l’auteur (oui, je prends du PAPIER et j’écris avec un STYLO aux auteurs...). Qui est le héros de ce livre passionnant comme un roman ? Laurent Binet (jeune, 40 ans pour moi c’est jeune) ou François Hollande ? Laurent Binet perdu entre sa sympathie pour Mélenchon et l’attachement qui le prend pour le sujet de son “roman”. Ce livre m’a bien amusée, et je ne dirai rien de mes... goûts, sympathies, attachements, détestations, haines... politiques.

 

P.S. Charlotte Brontë n'aimait guère Jane Austen. Qu'est-ce que ça peut bien nous faire toutes ces jolies dames qui ne bougent pas, tous ces jolis décors..., disait-elle en substance.

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 21:21

MORCEAUX

 

 

Des bouts d'hier

Des morceaux d'aujourd'hui

Vraies misères

Et toi

Et l'autre

Et les vitres de pluie

Les miroirs de néant

Soûleries

Misery

Chansons d'un soir

Chagrins noirs

Verres pleins

Cœurs vidés

 

Mes parents qu'avez-vous fait

Un enfant et ses grands yeux

Pourquoi

Corps repliés

Souvenirs cachés

Qu'avez-vous fait ?

Avons-nous mérité

Ces cris ce vin mal bu

Ces pages saignantes

Ces cœurs mis à nu ?

 

Au matin

Les matins dans le froid

Les odeurs d'hiver

Cet hiver sans fin

Au soir

Ce sommeil trop cher

Ou l'insomnie ou le délire

Des répétitions

Hurlent hurlements

Pourquoi

Qui voudra bien

Nous pardonner

Nous aider

 

La liste est à faire

Je sais

Comme ce juif américain :

La tasse de thé

Les bords de la Seine

Un bouquet d'oeillets

Les matins d'été

Le Lac de Genève

Le cri des mouettes

Un roman de Gracq

Et Apollinaire

Une île d'Ecosse

Et l'oubli toujours

Le sommeil encore

La chaleur des lits

Le jardin derrière

Et puis le sommeil

Le sommeil

Le sommeil

 

Joëlle Carzon

 

1980

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 14:58

COTE CINE, très vite :

 

Côté ciné, je n’ai pas vu de films inoubliables ce mois de juillet : “To Rome With Love”, “Je me suis fait tout petit” (j’ai découvert un bel acteur : Denis Ménochet), “L’Age de glace 4”, et “Paris-Manhattan” (où apparaît mon/notre cher Woody Allen, voir premier film ; et les critiques sont tout de même bien sévères pour ce film...). J’attends de voir “Jane Eyre”. L’Alticiné (de Montargis) m’a dit qu’ils allaient le passer malgré leur recherche incessante du public d’ados de l’été. C’est comme ça, nous ne sommes pas à Paris, il faut que je m’y fasse (“Les Carmes” d’Orléans sont à 70 km de Gien, je ne me plains pas, j’aime le calme de mon Loiret et les petites fourmis, voir ci-dessous).

 

DES POEMES, DES POEMES !

 

SOUS...

 

Sous les grands arbres

Sous les ombres

Sous les formes de verdure

Sous les pétales ambrées

Sous la cloche des feuilles

Sous des ongles de ciel

Sous des palmes

Sous des robes loquetées

Sous des écorces solides

Et sous des écorces fragiles

Un tout petit

Tout petit animal

Un bout de rien du tout

Un miracle

Un insecte !

 

Joëlle (30 juillet)

 

HAUTEURS

 

Je me souviens de La Bérarde

De la Brèche des Ecrins des levers de soleil

Des longues marches des coups de soleil

La montagne s’ouvrait

J’étais un crack !

 

Tu as marché dans les montagnes

Tu as nagé dans les mers froides

Tu as pédalé dans les brumes

 

Et pourtant sportive d’un jour

Tu rêves doucement dans les livres

Rêves langoureux et tenaces

 

J’ai grimpé les montagnes pourquoi

J’ai nagé

Vers quoi ?

 

Mais j’ai lu ça j’ai lu et je sais

Que les voyages dans les livres

Sont des Tours de la Terre

 

Je me souviens de La Bérarde

Et des livres lus près des lacs

J’ai dormi parfois sur les pentes des Alpes

En rêvant d’Angleterre et d’amour

Personnage en quête d’hauteur

 

Joëlle (31 juillet)

 

 

VOLETS

 

Volets rouges, volets verts

volets gris

larges ouverts

sur les murs recrépis

éclosent,

et sous un soleil de Mai

tout frais

exposent

des coins de chambres

où des meubles, l’hiver reclus,

étirent leurs membres

perclus.

 

Volets rouges, volets gris, volets verts

invitent les rayons clairs

où s’affolent tant de poussières

à purifier la maison tout entière.

Exorcisme

contre l’air confiné

qu’a sûri l’égoïsme

et, dans lequel, accumulés,

rôdent encore des relents de colère,

la lumière

sèche les murs humides

d’aigreurs

et fait s’évaporer l’acide

des muettes rancoeurs.

 

Volets gris, volets rouges

volets verts

tandis que les rais bougent

à travers

les maisons apaisées,

s’épanouissent heureux

deux à deux.

 

Et les douleurs passées

qui, dans le logis trop clos,

repliées

y refoulaient leurs sanglots,

dans la paix de l’air allégé

se sentent soudain fécondes

et se fondent

en clarté.

 

Mais le soir vient et l’ombre sur les pierres

remonte vers

les volets rouges, gris ou verts

que la lumière

abandonne à regret,

et sur leurs rêves ou leurs drames

Ils se referment, comme des âmes,

sur leurs secrets.

 

Claude Ardent

 

(Poétesse du Loiret - “au val du ciel/de Loire et par-delà...”, 1969)

 

ET DU COTE DES LIVRES...

 

Je n’ai pas pu finir “Les Corrections” de Jonathan Franzen que doit lire l’une de nos ministres cet été (Marysole Tourraine je crois), mais j’ai lu “Tendres silences” d’Angela Huth, que m’a prêté Sylvie-la-Lectrice.

 

“De l’amour à l’horreur” (“Tendres silences” d’Angela Huth) :

 

William Handle, qui est le chef d’un quartet, tombe amoureux de Bonnie, jeune et jolie violoniste qu’il embauche dans son groupe. Grace, son épouse, est fascinée par un jeune voisin, Lucien, qui lui fait des visites impromptues et qui lui fait battre le cœur (plus d’inquiétude que d’autre chose). William, bien qu’encore très attachée à sa femme, songe à l’assassiner. C’est l’histoire d’un fantasme d’amour plus que de l’amour même. Le lecteur voit William essayer d’assassiner Grace, d’abord avec amusement, puis avec de plus en plus d’angoisse. C’est amusant, puis c’est de l’humour noir, puis on bascule carrément dans l’horreur : un crime horrible surgit effectivement vers la fin du roman. Pas une seule fois dans le récit, Grace (tout occupée de ses angoisses concernant Lucien) ne s’aperçoit que son mari essaye de la tuer ! C’est le roman de la vie conjugale (de l’horreur de la vie conjugale) et de la totale incompréhension entre deux êtres qui apparemment se connaissent bien. Seuls les Anglais (les Anglaises !) savent ainsi mêler roman d’amour, roman psychologique, humour noir, roman policier, horreur... (voir “Jane Eyre” de Charlotte Brontë qui vient de sortir au cinéma, pour la 17è ou 18è adaptation !).

 

Angela Huth est également la romancière très douée de “l’Invitation à la vie conjugale”, que j’ai lu en 99, et que je suis en train de relire. Quand on aime, on ne compte pas...

 

Combien de fois ai-je lu “Jane Eyre” et “les Hauts de Hurlevent” ?

 

 

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Published by Joëlle Carzon - dans bloc-notes
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