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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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textes littéraires de l'auteur

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 14:30

Captain ô my captain !

On croit qu'ils ne vont jamais mourir nos héros nos stars

Et un matin

Ils ne sont plus et nous pleurons

Capitaine ô adieu, mon Capitaine.

 

          *

 

PRINTEMPS DANS LE LOIRET

 

Les coucous du printemps

Me font coucou dans les prés du Loiret

Vastes et dorés toujours

 

          *

 

Bonjour bonjour

Dit le vent à mon oreille

Bonjour bonjour

Dit l'abeille en plein vol

Du miel plein les pattes

 

               *

 

Le coucou est une corolle d'or

Un rappel de mon enfance

La forêt de Montargis

Et les ponts délicieux des baisers

De ma mamie à moi

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

PARIS UN PEU PERDU

 

Mon beau Paris un peu perdu

Mon Paris menacé

Mon cœur bat

Si fort au pas de la foule

Si fort au passage des clochards

Les cloches sonnent

Bombarde l'angoisse

Bourdon dans ma tête

Tourbillon d'idées déstructurées

Mon cœur n'est plus

Dans mon beau Paris qui n'est plus

Paris était une idée un idéal une pensée bouquet

Mon Paris n'est plus

Mon Beau Paris

Mon bel Apollinaire

Mon cœur trahi

 

17/4/14

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Chouette

Je m'appelle chouette

Emplumée déplumée remplumée affolée

Ou calme oiseau

De mes nuits douces

 

               *

 

Je lis

Je vis

Je revis

J'ai le fil du vent et le fil du temps dans ma mémoire

Je lis

J'existe

 

               *

 

AMANT

 

Je t'écrirai

Je t'enverrai des ballons comme pommes

Je te mangerai

 

               *

 

AMOURS

 

Je vous dirai

Les secondes les heures et les jours

Les amours codées de minuit

 

               *

 

Vous êtes solaires

Et moi je suis minuit grand comme une dame

Les dames de minuit qui sont fées

 

               *

 

SAGESSE

 

La sagesse

C'est l'ombre de l'arbre dans le cœur

C'est le sommeil calmé sans yeux fermés

 

               *

 

Chaleur chaleur

Tant de labeur

A rêver

Rêveuse rêveuse

Amoureuse

Sur des yeux clos et pleins de songes

Rêveuse rêveuse...

 

               *

 

CAUCHEMAR

 

Cours cours cours !

Cours au-devant de la foule

Ils sont sans visage, bétonnés

Ils ne te regarderont pas

 

               *

 

Je suis attachée le long des chemins

Aux fleurs aux boutons de rose

Aux épines

 

               *

 

Mon chat a pris place près de mon ordinateur

Mon chat boule du foyer

Et mon chat futuriste

 

               *

 

LE CINEMA

 

J'ai oublié

Dans les lumières éteintes

Dans les fauteuils rouges

Dans les amours torrides

Les lèvres les baisers

LE CINEMA...

 

               *

Je me suis rêvée en tutu au-dessus de la lune

La lune dit oui

A la petite fofolle

Oui oui oui

Le temps ne fut qu'enfance et l'enfant danse

 

               *

 

Triste

Nuages

Tristes nuages

Y'a pas d'gâteaux

De poésie

A manger

Au-dessus de nos têtes

Triste cœur sans poèmes

 

               *

 

Loque

Bloc

Oh toc

Joe réveille-toi au creux du monde

Sans jour transformé en nuit

Sans cerveau sans air

O Joe

Et la vie...

 

               *

 

Belle

Comme la lune

Comme le tour du soleil

Et plus modestement

Comme le tour du bois plein de coucous

Plein d'hellos et d'enfance

 

11/8/14 (le lendemain du jour où la lune fut si belle)

 

               *

 

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 14:51

Douleurs apaisées par le soleil

Par le matin fringant

Par la rosée versée sur mes premières pages

 

 

               *

 

Les grandes nostalgies

Les grands arbres du passé

Paris qui a changé

Les jardins de Paname et mon cœur inchangé

 

               *

 

Demain demain j'irai

Demain demain soleil ou pluie

Pieds dans les bottes ou sur les mottes

Pieds nus jolis pieds nus fleuris

Piétinant la mousse et le soleil

 

               *

 

Des plantes vertes des fleurs rouges des macarons

Les macarons

Aux couleurs des bonbons de nos langues teintes

Tire la langue et tu verras

Le monde entier dans un baiser

 

               *

 

Mon chat chaud comme un croissant chaud

Mon chat chaud comme un hot cat

Chauds les ronrons sur mon cœur doux

Chaudes mes larmes sur les photos de mes chats du passé

 

               *

 

La nuit la nuit mélancolie

La nuit sans mélodies

Sans comprimés jolis

La nuit la nuit partie

Bonjour jour heureux !

 

               *

 

     FROIDE MER VAGUES ENCHANTEES

 

Solitude froidure

Vagues glacées

A Granville

Vagues glacées sur mon palais

Chocolats et glaces enchantées

Où se reflètent

Les yeux écarquillés

De Joëlle ouverte

 

Que la mer la mer

Soit toujours recommencée !

 

                *

 

     NOEL 2013

 

Champagne Vodka Marie Brizard

Foie gras oie rôtie canard aux ananas

Ivresse ivresse

Et herbes vertes et vagues froides

     et ma Loire...

 

               *

 

P'tit café du matin

Chagrin

Une araignée surgit

Gros chagrin

Un nuage dans le ciel

Et mes larmes parcelles

De mon chemin

 

Janvier 2014

 

               *

 

L'escargot s'enroule

Et roulent roulent

Mes yeux 

Etonnés

Devant la boule lente de mon cœur

Là sous mes yeux

 

               *

 

Chat du soir

   Espoir

Chat du matin

   Regain

Chat mon ami

De ma mie

La mie c'est moi

   Toute veloutée

 

               *

 

     LA FEE

 

Petite fleur

Pleine de couleurs

De tes joues d'une rosée teintée

Au-dessous de tes pieds

Qui je ne sais comment

Sont devenus rose de confusion

 

               *

 

   DESCRIPTION DE MON CHAT

 

Mon chat mon chat plein de rayures

Composées comme une partition

Mon chat mon chat plein de marbrures

Comme le marbre des palais

Mon chat au nez rose curieux

Qui vient poser son baiser

Sur mon pauvre nez à moucher

 

               *

 

     NOMS

 

Platyfodia

Paticodon

Cotonnerite

Marguepensées

Tous ces noms

Mes plantes aimées

A oublier

Je vais vous soigner

 

               *

     SOUS...

 

Sous les grands arbres

Sous les ombres

Sous les formes de verdure

Sous les pétales ambrés

Sous la cloche des feuilles

Sous des ongles de ciel

Sous des palmes

Sous des robes loquetées

Sous des écorces solides

Et sous des écorces fragiles

Un tout petit

Mais tout petit

Tout petit animal

Un bout de rien du tout

Un miracle

Un insecte !

 

Juillet 2012

 

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 NOUVELLES DU CINE :

 

- A Gien City s'ouvriraient cinq salles juste à côté de chez moi !... Je rêve !

Je vais voir ce week-end à l'Alticiné de Montargis :

- Pas son genre

- Le dernier diamant

- Joe

Yes !

 

- Vers le 15, j'écrirai dans ce blog une rubrique ciné-films vus. Je suis en train de rattraper le peu d'ardeur cinématographique de cet hiver. A suivre donc.

 

                                                                                                *

 

 

 

 

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 17:08

Je veux perdre dans les bois

La petite fille que j'étais

Je veux trouver

Une femme charmée

Une libre inquiète

 

               *

 

Quand ma Loire va vers Nantes

Quand ma Loire va vers Jules Verne

Quand ma Loire me sourit

Quand elle dit

Mardi vendredi

Voyage...

 

               *

 

Les roses fleurissent encore

Sur ma froide fenêtre

S'élève la brume

Comme un pétale

 

               *

 

Champignons rouges

Bouches rouges

Pois blancs

Perles fines

Des forêts où tout bouge

 

               *

 

Cinéma opéra

Et falbalas

Et tralala

Lalaire

De l'air de l'air

Des récits des histoires

Et des airs de mystère !

 

               *

 

Comprimés de fées

Comprimés d'oubli

Ma tête en citrouille

Mes chaussures en cheveux de paille

 

               *

 

Les brumes sur la Loire

Sont froides l'hiver

Et parfois coupantes

Comme le sont les mains des cœurs quelquefois

 

Janvier 2013

 

               *

 

TOURBILLON

 

Beau cou rond d'Etienne Daho

Et Jeanne qui embrasse la main de Vanessa

Chansons

Moments amoureux et bouleversants

Faites faites encore battre mon cœur

 

               *

 

Deux fleurs d'hiver

Sur ma table provençale

Deux fleurs d'hier

Et d'aujourd'hui marquées dans mon cœur

Comme de l'encre dorée

 

               *

 

Tic tac tic tac le temps passe avec les mensonges tic tac quel micmac le temps passe avec les couacs

 

               *

 

ECHARPE

 

Echarpe

Echarpe de la vie

Qu'on ne finit pas de dérouler

Qui n'en finit pas de finir

 

               *

 

Hier soir un héron cendré sous mes fenêtres

La Loire a baissé

Cœur haut

 

Mai 2013

 

               *

 

Alors la pluie

Tictaque sur ma tête

Tictaque sur mon front

Et sur mon parapluie

J'ois la pluie

Quand sera joie le temps ?

 

Mai 2013

 

               *

 

J'ai le blues

Ma Loire haute

Les plantes qui s'envolent

Carpe diemer ?

Mais comment faire ?

 

               *

 

Clore les volets

Ne plus écouter

Ciel caché

Tenir tenir tous les secrets

Les volets clos

Sur le jamais dit

Le jamais fait

 

Juin 2013

 

               *

 

Clic clac

Enfermée

Dans les méandres de gris

Des écharpes de pluie

Les fils du temps à vous donner le tournis

 

               *

 

Soleil soleil ?

Un brin de soleil sur mes hortensias

Du fard sur mes yeux et sur le fuchsia

Du soleil qui luit

Ma bouche vermeille

 

Juin 2013

 

               *

 

Ce matin au Grand Jarrien

Dans le jardin d'Isabelle

Des fleurs comme un Monet de lumière

 

St Caprais, juillet 2013

 

               *

CINE FEVRIER - AVRIL 2014

25/2 Montargis

Minuscule, la vallée des fourmis perdues, Thomas Szabo, Hélène Giraud

Une adorable petite coccinelle perdue se lie d’amitié avec la chef d’une bande de fourmis noires au travail dans une belle vallée du 06 (deux niveaux : la nature avec nos yeux humains, et ce qui se passe chez les insectes). D’horribles fourmis rouges surviennent. C’est la guerre. Ce film est un petit miracle. Je l’ai vu en 3D, 3D très bien exploitée. J’ai adoré. Très plaisant. Il y avait un monde fou ce jour-là à l’Alticiné (c’est les vacances scolaires et le mardi est le jour des places gratuites) et j’ai failli repartir sans faire la queue.

 

LA VIE D’ADELE (dvd), A. Kechiche, 8 mars

Vu chez moi, au fond de mon fauteuil. Vaut pour la jeune actrice : Adèle Exarchopoulos. Autrement, c’est comme pour les autres films d’Abdellatif  Kechiche, c’est très bien, mais il y a des moments où l’on aimerait être ailleurs (en particulier pour les scènes de « corps à corps » qui franchement m’ont horriblement gênée).

 

 

11 mars, UTL M. Philippe CAMUS : les Essais de Montaigne

 

De toutes nos forces, Nils Tavernier

Montargis, 28/3

Jacques Gamblin, Alexandra Lamy, Fabien Héraud

Enfin, retour au ciné (mais pas de « Ida », par de « Her » à l’Alticiné…). Un jeune handicapé moteur entraîne son père dans l’aventure de l’ Iron Man à Nice. Film très émouvant qui exalte les rapports familiaux et le sport. Le jeune héros, au visage ouvert et souriant,  ne peut que faire chavirer les cœurs. Alexandra Lamy est très bien et j’adore Jacques Gamblin.

 

Les gazelles, Mona Achache

Montargis, 29/3

Camille Chamoux, Audrey Fleurot

Des trentenaires, genre petit pois à la place du cerveau, couchent avec des mecs barbus, boivent sec et fument. Il n’y a aucun scénario et les actrices ne sont même pas jolies. On pourrait dire à ces décervelées : il existe des choses avec des couvertures et des pages avec des mots dessus qui s’appellent livres, mais je crois qu’elles ne comprendraient même pas.

 

6-12 avril : Amsterdam + croisière sur le Rhin

 

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 10:53

HAIKUS :

 

La feuille est tombée

Sur le sol doux et bombé

De feuilles dorées

 

               *

 

Elle tremble la lune

La lune rousse à pas comptés

Disent les pas de fées

 

               *

 

Le rideau frémit

Les lunettes sont posées

A côté du livre

 

 

 

               *

La loire déborde de tristesse

Que reviennent 

Les chats en liesse

 

               *

 

J'ai apprécié la belle Loire

Aux yeux vivants comme les flamants

Aux mains d'eaux et de brumes

 

               *

 

Petite pensée soufflée

P'tit soufflé raté

Champagne toujours bullé

 

 

Noël 2013

 

               *

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COURTS POEMES

 

Que jamais ne meurent

Le soleil du matin

Et l'œil malin

Du rayon sur ma feuille

Signe que je recueille

Et que j'aime

 

(Extrait de "Combien j'aime...", 1978)

 

               *

 

La Loire monte

Monte dans mon cœur quelquefois

Quelquefois

Haute pensée

 

               *

 

 

TEMPETES

 

Rivières en crue

Vagues déferlantes

Ô Bretagne aimée

Aimée dans tes vagues et dans tes tournoiements

 

Hiver 13-14

 

               *

 

Ecrire un livre

Dans sa tête et le matin

Sa tête brouillée

Le matin entaché de brume

 

               *

 

Chat du matin

Point de chagrin

Un grand point d'interrogation

Une moustache de réflexion

 

               *

 

Une vraie lettre

De papier

Pas inscrite dans la pierre

Les twits pas de papier

Papier poivre ailes d'oiseaux

 

               *

 

Amour, Amours ?

Marguerite et le Chinois

Chateaubriand et Juliette

James Bond et son flingue

 

               *

 

Chrysanthèmes fleurs

Pluie facile et les larmes

Les larmes en pétales les larmes

Chrysanthémiques

 

               *

 

Hier plein de cygnes sur la Loire

Me font signe

De partir de fuir de m'échapper

De m'envoler ?

 

               *

 

Chat couché chat prenant

Chat quémandeur et ronronnant

Chat lecteur de mes yeux

 

 

               *

 

Est-ce le froid 

Est-ce les brumes

Qui font de la Loire

Un oiseau lointain

Impossible à attraper ?

 

               *

 

     DESCRIPTION DE MON CHAT

 

Mon chat mon chat plein de rayures

Composées comme une partition

Mon chat mon chat plein de marbrures

Comme le marbre des palais

Mon chat au nez rose curieux

Qui vient poser son baiser

Sur mon pauvre nez à moucher

 

 

               *

 

Le soir
Le petit moi soupire

Les yeux se baissent

La bouche s'entrouvre

Sur le goût de la bise du soir

Le soir...

                * 

 

 

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 11:43

 

 

Samedi, 26 juin 1976

 

            C’est difficile de porter en soi quelqu’un qui est plus qu’un enfant ou un dieu. D’une vision au début de l’été, peut-être la dernière, je veux garder une marque d’espérance. Une marque. Pas un vague souvenir, pas une relique de grisette : une marque. Une inscription qui fait mal et qu’on porte sur soi comme une blessure. Je dis souvent : “Regardez-moi”, parce que la solitude s’imprime jusqu’aux paroles, ces paroles qui sont l’aveu d’une défaite et qui vont jusqu’à faire tendre la main pour la pitié. Je hais la pitié, et ce “regardez-moi” est la pire des humiliations. Mais dans le

regard, il n’y a pas seulement le regard des autres ; il y a aussi l’aventure, la découverte, la révélation : mon regard. Mon regard qui, myope et brouillé par la peine, sait parfois s’arrêter sur quelqu’un et être bouleversé. Eclat et éclatement ; un jour, un hasard... Pour ce seul choc, j’arrive à remercier la vie.

            Vous êtes un magicien, un sorcier, le héros des songes, je ne sais quoi... Quel est votre secret pour ne m’être apparu jusqu’à présent que dans des visions ? Des visions, deux ou trois c’est tout, qui ont fait naître des larmes de bonheur : cet automne, élancé et grave au milieu d’un groupe d’adultes, lumineux et les éclipsant tous, sans peine... Ce même automne encore, au sommet d’un escalier, descendant vers un moi minuscule au centre de sa fascination... Et cet été enfin... Mais je mélange les saisons, je le sais, je ne peux que confondre les époques, ne plus me reconnaître dans ce dédale d’émerveillements, ne plus distinguer ce qui est au jour ou au rêve. Où êtes-vous ? Qui êtes-vous, quel pouvoir avez-vous pour devenir la lumière, le temps et les mots ? Je vous ai vu si peu..., et je retiens chaque seconde de mon regard vers vous comme un miracle, chaque geste de vous comme une création de magie. Vision, vision... Il faudrait répéter à l’infini ce mot, qui chaque fois est comme le coup de baguette de “l’apparition”. VOUS ETES UN MONDE AUQUEL JE N’APPARTIENDRAI JAMAIS.

            C’est aujourd’hui que j’ai décidé cela, sans trop de souffrance (elle viendra sans doute plus tard, je l’attends avec ma certitude découragée). Aujourd’hui, au début de l’été. Il fait très chaud, si chaud que les bêtes et les hommes étouffent. Dans notre jardin ce soir, nous avons vu mourir un oiseau. Le petit corps étouffait lentement, dans des soubresauts fiévreux ; il ne regardait déjà plus le monde, il était indifférent à nos yeux humains. Il a agonisé près de nous, sans crier, et sa mort m’a rappelé ma soumission à l’oubli. Je vous oublierai, acte volontaire, non... Je vous abandonnerai plutôt, parce qu’on peut rêver, il n’y a pas encore de loi punissant le rêve, mais la débilité a ses limites. Je peux être assez faible pour m’agenouiller devant vous, simple témoignage d’admiration et d’amour (ce qui est pour moi une même chose), mais je n’irai pas mendier. Doux abandon sans vrai courage... Mais si, tout de même, je dois avoir un peu de courage pour vouloir me décrocher de mon rêve. C’est comme si on demandait à un alpiniste de lâcher une paroi, uniquement pour la beauté de la chute. Il ne le ferait pas, c’est évident, moi je le fais. Il vaut mieux voir grandir et éclater un rêve dans un vertige que le voir se traîner comme un âne fatigué et têtu. Je préfère la chute et l’engloutissement que la culture d’une fleur de serre. Même si cette fleur est belle. Je préfère la détruire, déchirer ses pétales et l’arracher ensuite, que la voir se faner devant moi, spectatrice désolée mais consentante.

 

            Toutes ces phrases pour un rêve impossible. Je mens, je me doute que je suis en train de mentir. Les visions marquent la vie. Les visions n’ont pas la fadeur des souvenirs. Une vision ne deviendra jamais un souvenir. Un fer rouge a marqué. Je porte vos initiales sur mon front et c’est pour ça que je délire. Je suis prisonnière de trois ou quatre apparitions d’un être, sublimes, fascinantes, éprouvantes aussi pour une gamine. Je lève la tête, bien sûr ; j’apprends à reconnaître la tentation, le désir du défi et du mensonge. C’est déjà beaucoup, non ? Défier, mentir, cracher, voler également... Comme je suis fière d’avoir volé ! (J’ai volé votre livre dans une librairie.) Comme je serais heureuse de pouvoir cracher, comme ça, simplement

parce que j’en aurais envie, sur les sales gueules de certains passants !

            Une île de fraîcheur au centre de Paris. La Seine n’est pas loin. Il fait si chaud que les gens marchent comme des fantômes. Paris est devenu un château hanté. Les chemises ouvertes et les robes de couleur font flotter leurs mouchoirs. Mais pour oublier l’air vibrant et lourd, il suffit d’entrer ici. Tout s’apaise, la chaleur et la vie du dehors. Ma banlieue est très loin. Après tout, nous sommes à Paris. J’ai entrepris un grand voyage pour venir jusque dans ce lieu clos, où l’intelligence est offerte aux initiés et votre présence à moi. Je suis au royaume des rêves.

            Sur une table, on a aligné des verres, la bouteille d’eau passe de main en main et, par-dessus tout cela, on échange les paroles et les sourires. Des yeux s’amusent ; chaque lueur personnelle s’allume et s’éteint, vive, et je les reconnais tous à cette lueur, à cette vivacité heureuse de gens qui vont bientôt partir et vivre pleinement l’été. On m’a accordé une parcelle du royaume, je la prends, je ne la laisserai pas pour tout l’or du monde.

            Vous êtes là, vraiment, mais toujours irréel, de plus en plus... Nous appartenons à deux terres étrangères. Il ne s’agit plus de lâcheté ou d’impossibilité de vous atteindre, il s’agit d’une frontière infranchissable. Pourtant, si beaucoup vous connaissent, aucun ne vous connaît et ne vous aime mieux que moi, qui vous possède par l’intermédiaire de mon rêve. Le rêve est la forme de l’amour la plus moquée et la plus réussie dans la communication. Ailleurs, au-delà, très loin des autres hommes, tout devient possible, même se comprendre. Restez où vous êtes après tout, je n’ai plus besoin de vous approcher : pourquoi approcher quelqu’un qui excelle dans l’art de la fugue, des visions et des songes.

 

            A ce moment-là, devant votre sourire, un poignet s’élève, aminci par la distance et l’ombre, découvert. Un poignet d’homme, je n’ai jamais touché un poignet d’homme, je n’ai jamais senti un poignet d’homme sous mes doigts, un poignet, le vôtre, mince comme la corde d’un instrument. En jouer et l’orchestre le suivra, et je reconnaîtrai son talent et son autorité. Nous vous suivons ; je vous obéis, je me plie, je me damne. Le poignet qui se lève me fascine et m’entraîne, pour quel voyage ? Où allons-nous tous les deux, jusqu’où ce poignet-maître emportera mon imagination ? L’une de mes mains quitte mon corps pour aller le rejoindre, le saisira-t-elle, enfin, ai-je assez soif pour mutiler mon corps, ai-je assez soif de vous pour détruire ma raison ? Votre poignet sous ma bouche, ou consenti à elle comme l’aumône d’un instant, a la fraîcheur de l’eau que vous allez boire.

            Cette fois, le verre monte jusqu’à vos lèvres, la salle a suspendu ses paroles. Il  y a soudain un silence qui, de toute manière, ne sera jamais assez grand pour contenir ma vision. Elle est trop belle dans sa simplicité, personne ne comprendrait ;

209/ j’accepte pour elle l’incompréhension de tout ce qui n’est pas lui et mon regard. D’ailleurs, tout le reste n’est que médiocrité. Un éclat ; le soleil a un instant arrêté la lumière, sur le verre ou sur le bracelet-montre et, le temps d’une ou deux gorgées d’eau, l’éclat prisonnier a retenu un de mes rares bonheurs et a éternisé votre visage, pour moi.

 

            Ensuite, plus rien n’a d’importance. Vous m’appartenez. Un fil interminable vous retient à moi et vous êtes avec moi quand vous voyagez à l’autre bout du monde. Je ne crée pas un souvenir, je revis chaque jour un instant de joie. Votre beau visage

m’accompagne, partout, et mon errance est peut-être la vôtre. Je vous la raconterai un jour, avec ma voix enfin, et non pas avec ces mots qui courent sur ma feuille comme des petits animaux pressés mais fatigués. Je ne voudrais pas qu’ils meurent comme cet oiseau, épuisé au bout de son voyage et agonisant sans force sous nos yeux. Ma voix, sans être aussi grave que la vôtre, aussi assurée et réconfortante, saura vous convaincre, parce que ma voix est comme tout le reste de moi-même : elle vous aime. J’arrive à vous toucher jusque dans mes cauchemars, vous êtes sans cesse présent, et il suffit d’un rien pour faire renaître ce que mon désespoir n’a pas encore réussi à piétiner.

 

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Extrait de mon "Journal" de jeunesse. Ce Journal a été lu par Philippe Lejeune (avec qui j'ai correspondu, écrivain qui s'intéresse aux textes autobiographiques, auteur de "Le Moi des demoiselles, enquête sur le journal de jeune fille", éd. du Seuil), Jean-Marc Roberts, Roland Duval (écrivain, scénariste). Ces personnes ont eu la gentillesse de s'intéresser à ma petite personne !

 

 

 

 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 12:27

LES YEUX D'ALAIN ("Jules")

 

Des yeux plus beaux que mer et ciel

Des yeux champagne

Des yeux coupe de gloire couple de feu

Pour se noyer

Pour s'étonner

Pour se défaire

Se dépolir désintégrer

Pour disparaître

Espace Espagne

Ces yeux violets

Ces yeux amis

Des yeux du ciel et de la terre

 

Paris, 1981

 

 

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Lettre à J.G., journaliste, écrivain, animateur - - Gien, le 28 novembre 2005

 

Cher Monsieur,

 

J’ai lu (le livre “le masque et la plume” acheté) que j’étais née l’année de la création du Masque et la Plume. Il n’y a pas de hasard.

 

A dix-neuf ans je crois j’ai entraîné mes amies et ma mère (j’habitais alors Conflans-Ste-Honorine) à l’enregistrement de l’émission. J’ai adoré Georges Charensol, Jean-Louis Bory, Gilles Sandier... et François-Régis Bastide. J’allais à l’enregistrement, je réécoutais le lendemain dans ma chambre sur mon transistor. J’étais une espèce de gamine qui me croyais laide, mais j’étais très enthousiaste. J’étais tout feu tout flamme, je lisais des tonnes de livres, je vagabondais dans Paris de film en film (je découvrais Paris grâce à ses cinémas), et j’écrivais, naturellement. De temps en temps j’envoyais une lettre au Masque et la Plume, mais jamais aucune n’a été lue à l’antenne, il a fallu que j’attende presque trente ans (vous) pour que mes lettres (pour la Littérature) soient lues. Un jour, en 1975, j’ai envoyé un poème (ou deux ou trois ?) à François-Régis Bastide. Il m’a répondu sur une lettre du Seuil : “... A votre disposition pour vous parler ici” (flèche avec l’adresse du Seuil). J’étais émerveillée.

Je ne connaissais pas le téléphone (mes parents d’ailleurs n’avaient pas le téléphone), j’ai pris mon train Conflans-Paris et mes jambes, et suis allée directement au Seuil sans rendez-vous ! On m’a dit de l’attendre, qu’il allait descendre, ce qui est arrivé. J’ai vu ce grand monsieur arriver, il était plutôt étonné de voir cette petite personne là

(1 m 55), m’a dit qu’il se rendait à l’aéroport (lequel ??), mais que si je voulais je pouvais monter dans sa voiture. Ce que j’ai fait. J’étais sous l’enchantement, sans expérience, naïve à un point que l’on ne peut imaginer, rêvant d’Ecrivains et de journalistes, de grandes conversations littéraires et, curieusement, très amoureuse de cet homme sans m’en rendre compte. Débarquée de ma planète Mars ! Il m’a posé des questions que j’ai à peine comprises, alors qu’on traversait la Seine j’ai parlé de ma mère qui travaillait Quai Henri IV, il m’a demandé ce qu’il allait faire de moi, et voyant ma candeur et ma stupéfaction, m’a dit qu’il allait me laisser de l’autre côté de la Seine, ce qu’il a fait. J’AVAIS TRAVERSE LA SEINE AVEC FRANÇOIS-REGIS BASTIDE, je l’aimais et je ne lui avais même pas dit ! Je me revois rive droite, toute conne, me disant qu’un homme, et pas n’importe lequel, avait voulu coucher avec moi et que j’étais tombée des nues. Je l’ai revu une fois, une année après, mais il m’a

fait comprendre qu’on ne doit pas s’accrocher... J’ai été très amoureuse pendant... je ne sais pas moi... cinq ans, dix ans..., toute ma vie ? Il y a en moi une petite jeune fille qui a aimé le Monsieur du Masque et la Plume et qui ne s’en est jamais remise. Une petite jeune fille qui a écrit des dizaines de poèmes sur Bastide, qui a envoyé des dizaines de romans aux éditeurs (dans les années 80, je recevais des courriers sympas de Grasset), qui a rêvé des écrivains, de l’Ecrivain, qui est toujours là-bas, d’abord au Seuil avec un grand monsieur, puis toute seule comme la grosse cruche que j’étais sur un quai de la rive droite. Je revois ce grand monsieur aux beaux cheveux gris, au visage qui me semblait le plus beau des visages, à la voix que j’adorais. Je revois sa haute silhouette et je me dis que c’est le seul homme que j’ai aimé. Les hommes ensuite ? Eh bien ils ne furent jamais François-Régis Bastide et j’en étais tristement, naïvement, déçue. J’ai eu très peu d’amants, raté un mariage, j’ai beaucoup écrit (il y a encore des poèmes où, au détour d’un vers, Bastide apparaît, avec la beauté, la vie, la nostalgie... et la mort. Il est mort. Un matin, mon mari me dit qu’à France Inter on vient d’annoncer la mort de François-Régis Bastide. Le lendemain, j’ai quitté mon mari (j’aurais dû le quitter il y a déjà quelque temps, mais je l’ai quitté justement ce jour-là). Pendant vingt-cinq ans je n’ai raconté cette histoire à personne. La première qui l’a entendue, dans ses détails, fut ma psychanalyste. Vingt-cinq ans pour que ça sorte ! En ce moment, pour les 50 ans du Masque et la Plume, j’en parle. J’en parle en riant, comme ça, l’air de rien. “A vingt ans, j’étais une passionnée du Masque et la Plume ; évidemment, j’étais amoureuse de François-Régis Bastide...” Je suis légère, un peu triste, toujours amoureuse... des livres et du cinéma, je suis prof, évidemment

(quoi d’autre quand on est passé à côté de tout ?), je ris beaucoup, je fais rire, je suis naïve, toujours, évidemment : un jour, François-Régis Bastide me tombera du ciel et me tendra la main en me souriant gentiment, comme à la fin de “l’aventure de Mrs Muir”, quand le fantôme de l’homme aimé apparaît à l’héroïne.

 

Finalement, vous êtes la deuxième personne (après ma psy) à laquelle j’ai raconté cette histoire (Passage censuré par JC).* 

Pendant de longues années, je n’ai plus écouté le Masque et la Plume (mon mari était jaloux et voulait me voir à côté de lui, devant la télévision), je réécoute depuis 1996

avec bonheur. Je ne réponds pas au téléphone le dimanche soir. J’ai vu les “nouveaux” une fois, un jeudi d’hiver à Paris.

 

J’ai les larmes aux yeux en écrivant cette lettre. Le fantôme de Mrs Muir, le Masque et la Plume, la nostalgie, les rêves, la mort... Je rêve encore un peu. Continuez.

 

                                                           JOELLE CARZON

 

 * Et aujourd'hui, le "tout le monde" de mon blog (23/10/13).

 

françois régis bastide

François-Régis Bastide

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A lire :

"Son Excellence, Monsieur, mon ami", Jérôme Garcin (Folio Gallimard)  - sur François-Régis Bastide.

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A lire :

"Déesse", Joëlle Carzon, sur http://www.les-ecrits.fr

Début de la parution en octobre 2013.

Récit écrit en 1976 (j'avais vingt-et-un ans).

Une très jeune fille, dans un pays imaginaire détruit par la tyrannie, entraîne une troupe d'enfants avec elle.

 

Toujours sur les-ecrits, paru ("paru" est un bien grand mot, mais je n'en ai pas d'autre) :

LA MAISON AU LAVOIR.

C'est un roman policier de style classique qui se passe à Montargis, dans le Loiret. Trois jeunes filles et "Barbe-Bleue". Sébastien Japrisot, auteur de romans policiers ("L'été meurtrier"... Japrisot hélas décédé), m'a inspiré le début de ce roman.

 

Toujours sur les-ecrits, paru cet été :

COLLINES ET MENSONGES.

C'est une histoire d'amour, histoire un peu policière par ailleurs. Ce roman fut écrit à Trescléoux (05) en 1987.

 

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COTE CINE :

 

J'ai vu récemment trois histoires de paumés (c'est un hasard - ?-) :

- Frances Ha

- Blue Jasmine

- Une place sur la terre.

 

Et :

- Prisoners (excellentissime)

- 9 mois ferme (très drôle).

 

Ces films feront l'objet d'un article vers le 15 novembre.

 

Point trop n'en faut.

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17/11 :

NOMBRE DE VISITEURS DE CE BLOG DEPUIS SA CREATION : 936.

Quand on arrivera à 1000, je sors le champagne !

En 2014 ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 14:55

Chapitre XVIII

 

Après Paris

 

Aujourd’hui, après Divine Mort apparue avec la disparition de François Truffaut et celle de Pascale Ogier (non, pourquoi cette jeune fille aux traits de Madone ?), après la Maladie de la fin de notre jeunesse, après Trescléoux et le froid des montagnes, après la chaleur zingue de la Haute-Provence, après la mort de Coluche, après la Maladie qu’on ne nomme plus et la mort, la mort de Jules, après la mort de Jules-aux-yeux-violets, après la mort de Jules et la mort du rire, après notre Desproges, notre Desproges à nous, après l’Injustice de la Mort (car Pierre Desproges est mort, étonnant, non ?), après tous les pétards de la terre fumés dans mes maisons à moi par d’autres que moi, après les guerres en ex-Yougoslavie et ces images qu’on ne voulait plus voir, après la souffrante, la douloureuse Yougoslavie, après ma maison de Châlette vendue, vendue, quand ma grand-mère est partie, après la maison dans les collines et les bois à côté de chez Colette, après le froid glacial de cette maison en 1996, après le froid de la nuit et la solitude de cette maison dans les collines, après la violence, après le manque de soins et d’amour de l’époux, après la haine, après les cris, après l’alcool, après m’être enfin résolue à quitter ce mari-là, après l’Inadéquation nationale et ses élèves persécuteurs et ses parents harceleurs, après les tentatives de suicides, après les re-suicides (quand on aime se suicider on ne compte plus), après la Nième tentative de suicide et les cliniques psychiatriques, après les psys fous et  les fous qui raisonnent, après les amis qu’on aime toujours et qui vous abandonnent pour toujours, après les chats qu’on a tant aimés et qui meurent (car les animaux meurent aussi), après Le Pen en 2002 au deuxième tour et non ce n’est pas possible, ce n’est pas possible, ce n’est pas possible, après les villages et les villes de la Loire dans lesquels j’ai habité, après la Loire de 2003 qui monte, monte, monte, et jusqu’où va-t-elle monter, et il faut peut-être que je sauve mes manuscrits et que je les emmène chez Michèle, Michèle et sa maison en bois dans la verdure, et son hamac dans la verdure, ma belle et sauveuse Michèle, après B. et tous les livres et tous les manuscrits (dont les miens),  après les films vus et revus à satiété, après Cria Cuervos et Elisa Vida Mia, après Polanski-le-Terrible et Harrisson Ford cherchant sa femme dans les rues de Paris,  après David Cronenberg découvert dans un souffle fin 2007, et pareil pour James Gray, après la sulfureuse beauté de Viggo Mortensen, après Londres et New York, et New York et Londres, mes villes adorées où il fait si bon se promener, après Gilles-Gauthier-Roland Duval mes très chers “cramés de la bobine“,  après mon Gilles et ma Virginie et leur Moulin et la Bretagne, après la mer à Camaret et à l’île de Houat et à Granville et ma mère à moi qu’il est si compliqué d’aimer, après les Nuits de la Pleine Lune dans ma capitale désormais imaginée, et Christophe Honoré dans mes rues aimées, après mon pauvre papa qui vieillit mal malgré les cols et les sommets escaladés dans les Alpes, après S. ensevelie sous des tonnes de livres et sous les hectolitres de notre chère piscine de Gien, après Sylvie la première Sylvie-Sonia retrouvée quatorze ans après dans une chorale de Mozart, après Marc retrouvé et Marc reperdu (1997-2002), après les coups qui pleuvent et les coups du sort, après les kilos, après la cinquantaine ; aujourd’hui je me demande encore pourquoi j’ai jamais quitté mon beau Paris.

 

 

EPILOGUE

 

            Je voudrais épiloguer sur les yeux de mes amis et sur un sourire. Pas un rire, je ne vois pas comment cela serait possible après la vie si difficile qui a suivi mes années parisiennes.

 

            Les yeux bleu froid de Marc qui ne tomba jamais amoureux de moi. Les yeux bleu clair de Cyril (c’était un jeune homme mince et rouquin). Les yeux noisette de Sonia qui s’illuminaient enfin devant les tableaux des Impressionnistes. Les yeux (soi-disant) caressants de Patrice. Les yeux timides aux paupières palpitantes de Pierre devant ses B.D. Et enfin, et toujours, et vivants pour moi à jamais, les yeux moqueurs, pétillants, violets, rieurs de Jules.

 

            Malgré l’argent qui manquait, malgré une vie professionnelle stupide et frustrante (tout ce temps gâché !), nous avons tellement ri ensemble.

 

            Je veux me souvenir de Jules qui pardonnait tout, de son regard tellement gentil sur nos folies. Toute cette indulgence, toute cette liberté.

 

            En 2013, des jeunes gens réactionnaires manifestent contre le « mariage pour tous », les catholiques allument des bougies dans les rues pour ranimer l’homophobie.

 

            Nous, nous étions libres et pleins d’indulgence. Il ne nous serait pas venu à l’idée de mépriser les pauvres et de pourchasser les Roms.

 

*

 

            Je voulais écrire le livre de la jeunesse et des rires et je crois bien que je n’ai pas vraiment réussi ! Tant pis. Je ne suis pas une joyeuse luronne, même si j’ai fait de mon mieux pour en être une.

 

            Mais je me souviens des films, de Paris magique, de la voix chaude de Marc et de ma joie troublée quand je vis apparaître Patrice rue Lécluse.

 

            Et je me souviens que j’étais fière d’être une marginale avec Pierre.

 

            Et je me souviens du sourire de Jules, si doux, si amical, qui a marqué de sa mélodieuse empreinte les chères années de ma jeunesse.

 

 Gien et Cancale, 2008 - Gien, août 2013

 

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Note de Joëlle : Le chapitre XII "Jules, l'enfant de Valenton" peut vous être envoyé sur vos mails personnels. Je ne le mets pas sur Internet.

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 11:51

  

     Lucia était seule dans la maison déserte. Ou désertée. Ses parents l’avaient laissée. Bon vent !

 

            Le matin, elle avait d’abord, dans le jardin, humé la fraîcheur délicieuse de l’air sans parents. Dieu !  Personne ! Que les oiseaux, le chat, les herbes frissonnantes de présences invisibles… Tout semblait frissonner de cette joie indicible de l’absence d’autorité et de rigueur. Tout semblait se décider pour une autre vie. Ah ! Repartir sur des bases neuves, des couleurs plus vives ; une démarche, des vols plus rapides… Lucia se disait qu’elle, les oiseaux, le chat, les insectes et toutes les créatures de cette maison et de ce jardin étaient devenus complices ; ils se tenaient la main, ou la patte, ou l’antenne, qu’importe ! La jeune fille était solidaire du monde entier ce matin-là. Il y avait dans ses dix-sept ans, tout à coup, autre chose que des réticences, des cachotteries, des plannings, des cadenas : plus besoin de se cacher, de jouer la comédie, de grimacer des amabilités. Elle inviterait Claudine, et Frank, et Paula, et peut-être Olivier… Oui ! Olivier même… Elle oserait. Enfin, elle oserait tout, à visage découvert, à gorge déployée. « Liberté, liberté chérie… » Oh ! que la liberté avait déjà un goût divin, un goût venu d’ailleurs. Elle allait pousser toutes les portes de la maison qu’on ne poussait jamais, monter les escaliers jusqu’au grenier, monter sur le toit peut-être… Elle boirait un verre de Porto tous les soirs (sept soirs !), elle qui n’y avait droit que le dimanche midi ; elle engloutirait des litres de cacao (« arrête, tu vas grossir ! », ou : « je me demande où tu mets tout ça ») et des kilos de macarons.

 

            C’était une grande maison, c’était aussi la maison de ses arrière-arrière-grands-parents achetée en… quelque date au début du XXè siècle. Sa mère se montrait curieusement fière de ce fait : qu’ils aient réussi à habiter, eux aussi, cette vieille baraque qui avait traversé les guerres et ce siècle. Elle en parlait comme d’un bateau fragile qui aurait surmonté des dizaines de tempêtes sur les océans. Lucia trouvait cette fierté curieuse : pourquoi se vanter d’une maison aux murs épais qui résistait tout simplement à la pluie ? C’était une maison, une maison banale, même si on l’aimait.

 

            Elle avait respiré le jardin et senti la présence de ses complices les animaux. Maintenant, elle rentrait ; le téléphone l’attendait dans le hall. Aucun espion désormais, pour sept jours, ô bonheur !...

 

            -Allô, Claudine ? C’est moi, Lucia. Ils sont partis.

 

            Elle entendit le rire coquin de son amie, un rire de plaisir et de connivence.

 

-         Alors, heureuse ? roucoula Claudine. Tu nous invites ?

-         Que oui ! Je vais appeler Paula et Frank.

-         Et Olivier, ajouta Claudine, pleine d’assurance et d’énergie.

-         Oh ! Olivier… Je ne sais pas si…

-         Moi, je sais que tu appelleras aussi Olivier.

C’était son ton autoritaire. Lucia n’avait plus qu’à s’abandonner à la douceur d’obéir.

Elles habitaient une petite ville où tout se sait, même les battements de cœur les plus secrets.

Après Claudine et le pincement d’angoisse sans doute injustifié, Lucia redécrocha le combiné. Elle crut n’avoir composé aucun nouveau numéro et pourtant un murmure lui parvint. « Luci…a ! Luci…a… ! » Saisie, elle éloigna d’abord le téléphone de son oreille, mais la voix insistante, qui restait si douce, lui parvenait malgré tout : « Lucia, approche-toi, reviens, viens… » La jeune fille tremblait, mais elle n’osa pas raccrocher. « Lucia ! » Cette fois, l’interlocutrice s’impatientait, cela se sentait, comment résister ?

 

-         Je suis là. Qui êtes-vous ?

-         C’est moi, mon tout petit… Lucia, c’est moi, tu ne me reconnais pas ?

 

Cette voix tellement douce, presque sensuelle, une voix un peu âgée, un peu maternelle ; une voix pressante comme s’il n’y avait pas eu de temps à perdre ; une voix déjà oubliée… « Mon tout petit, moi, moi… », persistait-elle. Elle la reconnut. « Qui. Lucia à l’appareil », dit la jeune fille bêtement. Elle avait reconnu la voix de l’autre, la voix ailée. La voix chérie d’autrefois.

 

Deux ans auparavant, la voix de la femme qui portait le même prénom qu’elle s’était tue. Le Cancer. L’hôpital. Les visites. Ses parents qui disaient : « Il ne vaut mieux plus que tu y ailles. Pourtant, elle était revenue à la maison, Lucia. Et elle y était morte. La petite fille avait beaucoup pleuré et pendant toute une année, elle avait fait semblant de croire que sa grand-mère était encore là, pour avoir moins mal en poussant la porte de l’entrée, ou pour se faire plaisir. Pourquoi souffrir inutilement ? Mieux vaut jouer la comédie, se bâtir un roman, et rire, rire en compagnie des garçons et des filles de son âge.

 

« Mamie, c’est toi Mamie ? » lança-t-elle, pleine de courage, et d’ailleurs le ridicule ne la tuerait pas puisqu’il n’y avait personne pour l’entendre. « Qui… Mon petit, ne les invite pas. Reste avec moi, mon enfant… » Le naturel de Lucia revint au galop : allons, elle n’allait pas se laisser emberlificoter par une personne de sa famille morte depuis deux ans ! Ses plans ne seraient pas mis à bas par ce coup de fil d’outre-tombe : au diable les fantômes ! Et elle ouvrit la bouche pour protester vivement. « Ah ! dit-elle, Mamie, tout de même… » Mais il n’y avait plus personne au bout du fil, plus de voix, plus d’ange, plus d’autre monde… Aurait-elle rêvé ? Se serait-elle inventé une jolie histoire afin de soulager sa conscience chargée : n’avait-elle pas décidé de désordonner une bonne fois pour toutes cette maison d’ordre et de silence, gouvernée par deux êtres maniaques… et sans histoire justement ? Lucia dénigrait les gens sans histoire ; elle aurait voulu les honnir, elle aurait voulu être seule. Seule, c’est-à-dire sans la conscience parentale, seule sans mémoire, sans « eux ».

 

L’appel inattendu avait paralysé sa main. Après Claudine, sa bouche était sèche. Tout courage, qui était celui de l’élan vers autrui, l’avait abandonnée. Elle se sentait comme un désert, assoiffée, ignorée, se retirant en elle-même jusqu’aux limites du possible. Lorsque vint le coucher du soleil, Lucia décida de fermer grille et portes. Ce fut au moment où elle poussait le dernier verrou que le téléphone retentit. Cela ne serait ni Claudine ni Paule, la jeune fille en était certaine. Ni l’une ni l’autre. Aucune jeune vie comme la sienne. Elle décrocha :

 

-         Oui, Mamie, dit-elle avec calme.

-         Chérie, mon oisillon, tu sais…

-         Oui ?

-         Tu sais… J’ai mal, là-haut, là-haut…

-         Au ciel ? fit Lucia sottement.

-         Non… Là-haut, dans la maison… J’ai si mal, viens, viens…

 

L’interlocutrice avait raccroché et, pour la deuxième fois, Lucia s’interrogea sur sa santé mentale. Peut-être avait-elle laissé marcher la radio ou la télévision ; ainsi son imagination délirante lui jouerait des tours… ? Elle irait au grenier, comme semblait le lui demander la vieille dame, et en aurait le cœur net. Elle grimpa donc les trois étages, puis le dernier qui conduisait au grenier. La porte grinça, comme une porte « à histoire » grincerait, mais le grenier se révéla désespérément banal : vide et fouillis en même temps, sale, poussiéreux, grincheux, nid à araignées. Lucia eut un petit soupir agacé et entreprit de redescendre… Elle descendait lentement… et quelqu’un l’accompagnait. A ses côtés, un souffle, un murmure bougeaient à son rythme. Elle tourna la tête. Bien sûr, aucune présence n’était « visible », mais Lucia ressentait cette présence comme sa propre chair. Elle finit par entendre : « Non… Pas là… Dans la pièce, la pièce condamnée. » Ah ! oui, cette chambre était bien plus intéressante que le grenier. Elle avait causé tant de disputes, puis, à la fin, avait été interdite d’accès par son père.

 

-         Le plancher est pourri, disait sa mère. Il faut le faire réparer.

-         Tu plaisantes ! rétorquait son père. Et pourquoi pas reconstruire toute la maison ? Car c’est tout qu’il faudrait refaire, tout, tout, tout !

-         Je vois où tu veux en venir, hurlait Madame : tu voudrais vendre la maison de ma mère. Cette maison qui est dans mon sang.

-         Comme tu y vas, ce que tu m’énerves ! Sommes-nous millionnaires, avons-nous assez d’argent pour réparer cette maudite bicoque ?

 

De fil en aiguille, le père de Lucia avait condamné la pièce. Il valait mieux ne pas marcher là-dedans. On attendrait, on verrait, plus tard, quand tante Léontine…

 

Lucia fut tirée devant la porte interdite, puis, sembla-t-il, légèrement poussée lorsque celle-ci s’ouvrit. C’était bizarre. La jeune fille se souvenait que cette porte avait été bel et bien verrouillée par son père en colère : « C’est cette maison tout court qu’on devrait fermer à jamais ! » Et il avait maugréé : « Caprice de bonne femme ! Quand pourra-t-on enfin s’en aller ? »

 

Lucia se retrouva devant un bric-à-brac incroyable : meubles, poussière, tapis et toiles d’araignée s’enchevêtraient et se confondaient. Elle eut du mal à distinguer les uns des autres quoique reconnaissant petit à petit des bribes de son enfance, parcelles recomposées de sa mémoire… On a dix-sept ans et déjà, tout est tellement ancien, les grands-parents ont disparu. « Lucia ! » Sa grand-mère l’appelait encore, mais elle n’était plus à ses côtés. La jeune fille eut l’impression qu’elle l’appelait du centre de la pièce, elle fit deux pas. Puis une silhouette indéfinissable, mi-ombre mi-brouillard blanchâtre, s’éleva du parquet. « Lucia ! » C’était grand-mère… C’était une silhouette… Oui : une personne… plus grande, plus forte, plus impressionnante. Lucia s’approcha encore pour mieux la reconnaître et il lui sembla revoir son grand-père. Il était mort deux ans avant sa femme. Elle se souvenait d’un homme silencieux, gentil, chemise blanche, impeccable. Une impeccable tenue devant la vie et la maladie, de même que Mamie. Oh ! comme elle les avait aimés et comme ils avaient été aimables !

Encore un pas, elle le verrait mieux, elle verrait mieux son cher grand-père dans cette silhouette blanche qui cherchait à ressembler au Monsieur des dimanches de son enfance. Il était beau ; cela elle en était sûre. Beau comme avaient été belles ces journées où tous deux habitaient encore la maison, son grand-père et sa grand-mère, dans une maison où personne ne criaillait, où les parquets n’étaient pas encore pourris. « Viens ! »

 

Quel sourire il avait. On ne pouvait sourire plus magnifiquement. Ils lui demandaient de venir. Où ? Quel mystère ! Encore deux pas vers le centre la pièce…

 

Lucia n’entendit pas le premier craquement, toute à la joie de retrouver les siens. Elle était revenue dans le cercle magique de la petite enfance, là où tout est facile, où l’on ne se soucie de rien, où tout est pris en charge par des personnes aimables et bonnes. Un second craquement, plus inquiétant, et son pied droit s’enfonça. Qu’importait ! Son grand-père lui tendait une main secourable, la voix de sa grand-mère l’encourageait. Lucia souriait, tout était à nouveau simple, agréable, évident. Il y eut un énorme éboulement qui parut ébranler le monde et Lucia disparut, aspirée par un trou avide. Elle tomba, tomba, dans un fracas amplifié par la maison et le jardin déserts.

 

Briare, 1995

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Cette nouvelle était destinée à http://www.les-ecrits.fr, mais aujourd'hui ce site a disparu !! Problème momentané ? Dommage : j'étais en train d'y "publier" mon roman policier "La Maison au lavoir". Cette nouvelle fait partie de mes nouvelles "fantastiques". Les ancêtres qui "avalent" leur descendance. Brrr !

Bon, tant pix ! restons optimiste : j'ai quelques lecteurs sur mon blog. Merci à eux !

 

17/9, 14 h 30 : Non, tout va bien ! Jo, don't panic !

 

Déjà deux personnes (charmantes) me contactent pour me dire que "Pierre" est toujours sur notre terre. Merci à eux. Et merci à tous mes lecteurs que je ne connais pas.

 

Et vive la Littérature !

 

Joëlle 17-9-13

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17/9/13 (après-midi)

Décidément, c'est une journée pleine de nouvelles ("nouvelles" dans tous les sens du terme). Il est 4 heures moins le quart et je viens de découvrir qu'il y a trois ans Pierre avait laissé un mot sur ce blog. Je ne l'avais pas reconnu.

 

Roman...

 

Le passé ne peut apparemment pas être aboli.

 

Mais le passé est tout de même le passé et il est devenu Littérature, pour moi en tout cas.

 

Chacun devra suivre sa route comme il peut. 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:02

CHAPITRE XVII

Les derniers films, 1986-1987

 

            Après avoir écrit tout ça, et après avoir pensé que ce récit serait un récit très franco-français (et parisien en plus !) ; après avoir pensé que je ne parlerais que de Truffaut, Rohmer, Rivette (ô Rivette !) des « Nuits de la pleine lune » et de « Céline et Julie vont en bateau », je m’aperçois que non, finalement je n’étais pas si franco-française que ça.

 

            Nous adorions le cinéma américain, celui des années 40-50, et passions notre temps à l’Action-Christine et à l’Action-Lafayette. On ressortait les Hitchcock. Marc et moi aimions follement les premiers films de Polanski (né à Paris, c’est vrai…). « Le Bal des vampires » nous faisait tous mourir de rire. Pendant ces années, c’était « Tess » et « Pirates ». Nous nous laissions bercer par les Woody Allen de l’époque, « Manhattan », « Hannah et ses sœurs » pour moi, « Stardust Memories », et nous nous racontions sans fin tous les épisodes de « Tout ce que vous avez voulu savoir sur le sexe… » lors des après-midi d’ennui. Sonia et Cyril, toujours fauchés (autant que nous, mais nous nous mangions des pâtes et courions dans les salles obscures) n’allaient pas tant au cinéma que ça, aussi nous leur racontions les films récents, de Mad Max à Rohmer.

 

            L’un de mes plus beaux souvenirs avec Jules (rien que Jules et moi un soir d’été) fut « Kaos » (contes siciliens, 1984) des frères Taviani où un bébé nimbé de poésie est livré à la lune. Il est dehors sous le ciel dans un panier. Quand je me remémore aujourd’hui cette image magique, j’en ai encore des frissons de plaisir. Jules et moi avions adoré.

 

            Mes amis écoutaient Neil Young, au cinéma je vénérais les Américains et les Japonais (« les Amants crucifiés », « Contes de la lune vague après la pluie »…). Non, nous n’étions pas si franco-français, si Parisiens… Quand, après une rupture d’un an et demi avec Pierre et mes tentatives cataclysmiques d’être une femme libérée, mon petit ami réémergea de son Sud, ce fut en nous apportant Paolo Conte.

 

            Et puis il y eut Jim Jarmush. Dans ma tête, les films de Jarmush mêlent poésie, liberté, musique…, adorable originalité en noir et blanc, avec une infinie tristesse. Paris était en train de mourir en moi, nous songions à partir, nous allions quitter Paris, oh ! non ! (qu’ai-je fait ?). Dans ce Sud des Etats-Unis recréé par Jarmush, le metteur en scène exprimait une nostalgie épaisse, pesante, embrumée par l’alcool. Ses personnages sortaient du lit, encore endormis par les cuites de la veille, paresseux, incapables d’envisager quoi que ce fût, surtout une vie amoureuse. C’était des hommes inefficaces, totalement inadaptés à cette vie. Dès le début du film, ils étaient prêts pour l’errance et la prison. Pas du tout chanceux. Le visage de Tom Waits est l’incarnation de cette semi-clochardise, de cette attente de rien. Dans « Down By Law » (1986, l’année du noir et du retour inéluctable de Pierre dans mes bras), il n’y a que le personnage joué par Roberto Benigni qui brise cette maussaderie et cette horreur. Il est un apport de fraîcheur, de lumière et d’espoir dans ces bayous de Louisiane qui emprisonnent et étouffent. Et l’on rit ! On rit beaucoup avec Benigni ; Pierre et moi fûmes parfaitement enchantés. A la fin de « Down By Law », abandonnés par Roberto qui a trouvé l’amour au milieu de nulle part, Tom Waits et John Lurie doivent choisir entre deux chemins, l’un allant à droite l’autre à gauche. Alors bien sûr ils se séparent. L’amitié ne peut survivre sans Roberto. Sans doute l’un et l’autre choisissent le mauvais chemin. Ils sont condamnés de toute façon depuis la première image par Jarmush : ce sont des paumés et paumés ils resteront.

 

            Pierre et moi nous reconnûmes dans ces paumés. Et nous aussi nous allions choisir le mauvais chemin.

 

*

 

            Le cinéma et Paris m’ont marquée à jamais. A vingt ans je fréquentai Marc, critique de cinéma, puis des années plus tard Roland Duval (scénariste et critique), et ensuite Gauthier Jurgensen. Gauthier adore Jim Jarmush et a publié sa photo avec lui à la page 51 de son livre « J’ai grandi dans les salles obscures ». Gauthier est né deux ans avant « Down By Law ». Il y a tout de même un lien dans ma tête et dans ma vie entre mes années parisiennes et aujourd’hui. Il n’y a JAMAIS de hasard, tout se tient. Il y a un lien entre Marc et Gauthier, entre Roland Duval et la littérature, entre la littérature et François-Régis Bastide, entre François-Régis Bastide et le cinéma. Je n’ai pas à arracher de moi mes années parisiennes en disant qu’elles furent et ne sont plus. Lucile-Joëlle aime toujours, incrustés en elle, attachés à sa peau même, le cinéma et les écrivains, les images et l’écrit, une seule musique pour une seule vie.

 

            Pierre et moi quittâmes Paris pour une vie obscure, mais « Lucile à Paris » était déjà écrit avant même notre départ.

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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 14:38

 

            « Journal de Lucile C. » – Paris, juin 1981 :

 

            Neige, Juliet Berto, J.H. Roger

            Le début du film est une reconstitution de l’univers de Pigalle. Juliet Berto en compagnie d’un grand noir est entraperçue courant en vain après un très jeune noir qui vend de la drogue. Univers : la fête foraine, la prostitution, les baraques de foire, les drogués, les travestis, les immigrés. Excellente reconstitution, dans la foule, parmi tous ces gens bizarres, inquiétants, à la recherche de « quelque chose ».

            Deuxième partie : le garçon s’est fait tuer par la brigade des Stups. On comprend mieux ce qui lie les personnages. Juliet Berto (serveuse dans un bar) devient de plus en plus attachante. Son ami noir est pasteur d’une église pour les noirs où l’on parle politique et où l’on chante et danse. Tous deux sont complices dans leur désir d’aider les naufragés de leur quartier. Juliet Berto rencontre un travesti en manque et décide avec son ami noir de remonter la filière pour pouvoir se procurer de la drogue. Son petit ami (un boxeur) moralise, lui demande de ne pas faire de bêtises, elle hurle sa révolte (« je ne veux pas d’une petite vie dans un trois-pièces-cuisine ! »), mais finit par lui aussi remonter la filière. Ils sont suivis par la police, celle qui a tué le garçon. Au moment où ils ont atteint leur but, le boxeur est tué inutilement, Juliet Berto arrêtée, le pasteur noir relâché avec mépris. Ce dernier se retrouve dans les rues de Pigalle, en pleine détresse, fendant la foule au bras de sa compagne.

            Très bon film, émouvant, sobre. Pas de dialogues superflus. Les personnages sont intéressants, on les suit avec de plus en plus d’émotion. On se mêle à la foule de Pigalle sans difficulté. Excellent.

 

            Marc nous avait conseillé vivement ce film, mais avec des réserves car l’ayant recommandé à d’autres personnes, il s’était fait « engueuler » par elles.

            Jules et moi sommes ressortis du cinéma enchantés.

 

            Les Valseuses, Bertrand Blier

            Ai-je écrit sur ce film, ou pas, dans mon cahier (le cahier sur lequel je listais les films vus, 120 films par an alors), que je n’ai pas tenu régulièrement depuis si longtemps ? Je n’arrive pas à me souvenir. En tout cas, j’en ai parlé abondamment (« nous » en avons parlé en fait, Pierre et moi) avec plusieurs personnes : Sonia, Nelly, Marc, Jules. Pour les trois premiers, c’est un film qui met mal à l’aise, un film malsain, un peu fasciste sur les bords. Pour Jules, Pierre et moi,  c’est un film sain, très drôle, tonique. En sortant du cinéma, Pierre et moi étions ravis et hilares, Pierre était même un peu foufou.

            Depardieu et Dewaere ne sont pas sympathiques, ce sont deux voyous de petite envergure, deux petites crapules sans pitié et sans intelligence, mais ce qui leur arrive est prodigieusement marrant (sauf l’épisode avec Jeanne Moreau, qui est un moment fort beau et triste et où l’on voit Depardieu sous un jour différent). Ce film est plein de santé, amoral de façon toute naturelle, tous les épisodes se succèdent avec rapidité. C’est bien mené, c’est un vrai spectacle, une vraie histoire. On est bien, là, avec ces crapules ; ce qu’il peut advenir de ces deux « héros », on s’en fout, le principal c’est de s’amuser en leur compagnie pendant qu’ils font encore des bêtises.

            Depardieu et Dewaere forment un couple sublime.

            J’ai admiré Depardieu comme je l’admire dans tous ses films. »

 

            Ces films sont d’excellentes illustrations de nos meilleurs films du début de mes chères années 80. Je les ai choisis, de même que j’ai choisi Les Années-Lumière pour donner une image exacte de ma vie à Paris et des souvenirs que j’en ai. C’est aux Années-Lumière que j’ai pensé en premier lorsque je voulus écrire ce chapitre.

 

            Toujours, Journal de Lucile C., Paris, juin 1981 :

 

             Les Années-lumière, Alain Tanner

 

            Vu en V.O. au Studio Gît-le-Cœur, en compagnie de Pierre. Quelque chose m’avait tant bouleversée avant que nous allions voir le film que je ne l’ai sans doute pas apprécié comme j’aurais dû.

            Irlande. Un jeune homme vient proposer ses services à un vieil original qui vit retiré de tout et à l’écart de tous, élevant des oiseaux dans un immense garage dont lui seul possède la clef. Initiation : le jeune homme doit être éprouvé, humilié, avant d’être seulement admis à la table du vieil homme, initié ensuite à son secret (il a étudié sa vie entière les oiseaux, s’est fabriqué des ailes et il compte s’en aller à des « années-lumière » de la Terre). Un vieil homme lègue sa sagesse à quelqu’un qui poursuivra sa tâche, quelqu’un qui « mérite » d’être son héritier. C’est bien, cela ne semble pas malgré tout briller par l’originalité. Le passage qui m’a plu le mieux est la recherche de l’aigle, seul oiseau absent du garage du vieil homme. Cela se passe alors uniquement dans les montagnes et le jeune homme rencontre un braconnier qui m’a paru un personnage plus intéressant que celui du vieil original. »

 

            Je ne me souviens absolument pas de ce qui me bouleversa tant avant de nous rendre au Studio Gît-le-Cœur. Pierre m’avait-il fait un de ces « coups » qui me jetaient dans une extrême détresse pendant quelques heures (je ne comprenais pas ce qui se passait) ? Après, j’oubliais. Je me rejetais dans notre vie bohème, je me disais que ça ne faisait rien, que ça allait passer, que cela ne se reproduirait plus.

 

 Départs précipités dans la rue que Pierre ne m’expliquait pas, soudains accès de dépression qui ne produisaient eux non plus aucune explication, désespoirs muets, disparitions de quelques jours qui me terrifiaient… Je téléphonais aux employeurs de Pierre où des secrétaires méprisantes me disaient que j’étais avec un drôle de type…

 

Drôle de vie. Mais j’oubliais. J’oubliais aussitôt. Il y avait Jules qui nous attendait, ou un film à aller voir, comme ces Années-Lumière.

 

Je crois me souvenir que j’aimai bien, Pierre adora. L’histoire d’un homme-oiseau, des oiseaux, de la vie en planant… Cela parlait à Pierre. Tous mes amis d’ alors cherchaient à planer.

 

J’étais semble-t-il la seule d’entre nous à ne pas vouloir planer. Mais si. Anaïs Nin disait qu’elle n’avait nul besoin de substances illicites pour planer, pour être dans une forte exaltation qui la faisait écrire. Ou c’était l’écriture qui lui procurait cette exaltation…

 

Exaltée, je l’étais. Shootée aux films, aux amitiés, à l’espoir de me faire publier. Ce que je voulais, c’était « voler ». Si je ne volais pas déjà.

 

            Oui, ce que je voulais, ce n’était pas vraiment conquérir le monde, acheter une voiture, posséder une maison, faire ce que bon me semblait avec qui je voulais quand je voulais…

 

            Ce que je voulais, c’était voler.

 

            Voler comme Juliet et Dominique d’une rue de Montmartre à l’autre, voler comme elles vers des maisons hantées grâce aux bonbons magiques de Rivette, voler comme un pétale de fleur, un chaton, une Carmélite, voler comme le vieil homme de Tanner dans Les Années-lumière, voler comme les marins sur la mer, voler comme les alpinistes de sommet en sommet. Voler comme un ange. Ce que je voulais en fait c’était voler et tout, tous, de ma mère aux profs, des profs aux patrons, tout et tous s’étaient ligués pour me couper mes grandes ailes. Car j’avais les ailes des anges.

 

            Au lieu de cela, les ailes poussaient dans le dos de l’ange asthmatique que j’étais. J’étais trop petite pour les ailes. Les ailes m’empêchaient d’avancer. J’avais été la fille timide de parents insatisfaits, la maîtresse inquiète d’un peintre imbibé, l’amie triste d’un cinéphile qui rêvait de dessiner, l’écrivain qui s’obstinait à dire : “Je suis, je suis...”, et qui n’était pas.

 

            Quand on vole, on n’a pas besoin de dire : “Je suis, je suis...”, on est. Dans les airs, dans le ciel. Ailleurs. A Paris, mais ailleurs quand même. Pas dans le présent. Dans l’infini.

 

            La terre peut trembler et bouger, les tyrans peuvent se succéder, les petits amis peuvent être terriblement pas chic, les boulots peuvent être aussi stupides les uns que les autres… Quand on vole, est-ce que cela a de l’importance ?

 

            Oui, Les Années-Lumière fut typique de ces années-là.

 

 

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