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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 21:21

MORCEAUX

 

 

Des bouts d'hier

Des morceaux d'aujourd'hui

Vraies misères

Et toi

Et l'autre

Et les vitres de pluie

Les miroirs de néant

Soûleries

Misery

Chansons d'un soir

Chagrins noirs

Verres pleins

Cœurs vidés

 

Mes parents qu'avez-vous fait

Un enfant et ses grands yeux

Pourquoi

Corps repliés

Souvenirs cachés

Qu'avez-vous fait ?

Avons-nous mérité

Ces cris ce vin mal bu

Ces pages saignantes

Ces cœurs mis à nu ?

 

Au matin

Les matins dans le froid

Les odeurs d'hiver

Cet hiver sans fin

Au soir

Ce sommeil trop cher

Ou l'insomnie ou le délire

Des répétitions

Hurlent hurlements

Pourquoi

Qui voudra bien

Nous pardonner

Nous aider

 

La liste est à faire

Je sais

Comme ce juif américain :

La tasse de thé

Les bords de la Seine

Un bouquet d'oeillets

Les matins d'été

Le Lac de Genève

Le cri des mouettes

Un roman de Gracq

Et Apollinaire

Une île d'Ecosse

Et l'oubli toujours

Le sommeil encore

La chaleur des lits

Le jardin derrière

Et puis le sommeil

Le sommeil

Le sommeil

 

Joëlle Carzon

 

1980

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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 14:09

 

Côté ciné en septembre, ce ne fut pas mémorable. J'en reparlerai dans mon bloc-notes d'octobre je pense. Après la Manche fin août, je suis allée à Gap où j'ai grimpé jusqu'à  St-Philippe  par le col de Moissières. Splendide panorama de là-haut (Hautes-Alpes, au-dessus de Gap). J'étais avec mon père et Monsieur F., monsieur réfléchi et toujours agréable. C'est bien beau quand même, les Alpes vers le Sud. Et côté Littérature (grand L), je vous reparlerai aussi certainement de l'excellentissime "Limonov" du toujours étonnant Emmanuel Carrère. Aujourd'hui et ci-dessous, une nouvelle :

 

 LE BOUQUET

 

Ces fleurs sur cette table, elle a cru qu’elles étaient pour elle. Il lui avait pourtant dit : “Nous n’irons pas au paradis ensemble”, et encore : “Le soleil ne brille pas que pour les couples”. Il lui avait montré son dos et sa nuque et ses talons, il avait refusé de répondre à ses questions, il avait ri (de ses mimiques, de sa vision des choses, de ses attitudes enfantines), il avait refusé de la laisser entrer dans la salle de bains, il ne lui avait pas donné ses dates de vacances... Et pourtant ces fleurs sur cette table, elles étaient pour elle. Les fleurs étaient pour la petite personne merveilleuse qu’elle était, ces fleurs étaient pour la femme qu’il aimait. Ces fleurs sur cette table, elle y croyait comme elle croyait à l’amour, un amour à deux, un amour partagé, un amour entre elle et lui.

Elle a cru qu’elles étaient pour elle. Elle, Françoise-Bella Cambremez. Il les lui avait envoyées ce matin. Il les avait achetées à la fraîche, plein d’elle, de son odeur, plein de son sourire rien que pour lui.

 

 

 

- Allô ?... C’est Nat ! Nat... Ta Nat. Je me suis souvenue de ton anniversaire.

- Ah ? Nat... Le bouquet de fleurs...

- Est de moi !

Françoise se mit à haïr Nat, à jamais. Rien ne pourrait jamais plus les réunir.

- Mon anniversaire est dans trois jours.

- Qu’importe ! J’y ai pensé.

- Je ne te remercie pas.

- Quoi ?

- Merci.

- Que racontes-tu ?

- Rien, dit Françoise tristement.

- Moi, j’ai rencontré le grand amour.

- C’est bien.

- Ne veux-tu pas que je te raconte ?

- Comment s’appelle-t-il ?

- Marc.

- Marc Durrieux ?

- Oui, tu as deviné !

- Et il t’aime ?

- Autant que je l’aime.

- Comme il aime et est aimé de Paula, d’Anne...

- Quoi ?

- ... Et de Marie Escal, dit Françoise qui inventait au fur et à mesure.

- Tu rigoles ! Qui est Marie Escal ?

- Oh ! une secrétaire quelconque... De grandes jambes, une grande bouche. Tout de grand. Ils vont assez bien ensemble, Marc et elle, je veux dire physiquement, esthétiquement.

- Paula et Anne : non...

- Paula, c’était aux vacances dernières, entre deux palmiers. Anne, c’était il y a quinze jours. Il va vite, ton Marc.

- Je n’y crois pas.

- Il n’a guère le temps d’acheter des fleurs, lui. Il est en pleine action.

- Pourquoi me dis-tu tout cela si... brutalement ?

- Je suis pour la vérité, la vérité pure. Tu dois avancer dans la lumière, tu ne peux mourir idiote.

- Je ne reconnais pas ta voix.

- Et moi je ne te reconnais pas quand tu déclares : “j’ai rencontré le grand amour”.De ta part, nous avons l’habitude à moins d’emphase. “Le grand amour” et toi, ça ne fait pas bon ménage.

- Que se passe-t-il, Françoise... Allô ?... Tu m’as menti, n’est-ce pas ?

- Je ne mens jamais.

- Je te téléphonais pour...

- Pour m’annoncer un bouquet de fleurs. Il est là, il est bien là. Je suis en train de le regarder, tu vois... Il est beau. J’ai à faire. Je te rappellerai, pour te consoler, si j’ai le temps.

 

 

 

Françoise raccrocha. Il pleuvait dehors. Elle allait jeter... Non, piétiner avant, cet infâme bouquet. Il puait l’amour inexistant, l’amitié imaginaire, les mots si vite prononcés. Il puait. Il pleuvrait toute la journée. L’autre, Nat, pleurerait son amour perdu. Chacune de ses larmes serait un baume pour Françoise. Son anniversaire serait dans trois jours. Nat ne serait pas invitée. Elle n’appellerait plus jamais Françoise. Le bouquet pleurait au milieu de la pièce.

 

Gien, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 15:02

VA CHANTER...

 

 

Va chanter au vent

Que le vent te guérisse

 

Va chanter à la pluie

Qu’elle coure partout partout

 

Va chanter aux arbres

Qu’ils se lèvent tous tous tous

 

Va chanter aux oiseaux

Qu’ils imitent les cieux

 

Va chanter aux anges

Tous vêtus de blousons noirs noirs

 

Va chanter aux bateaux

Tous au péril des pleurs

 

Va chanter au soleil

Au grand dam du bon dieu

 

Va chanter aux enfants

Qu’ils crient rient et délicent

 

Va chanter tout partout

Des racines des cheveux aux barques de tes pieds

 

12 juillet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 08:07

HISTOIRE DE JOELLE ET D’UNE RITOURNELLE

 

Il y avait Joëlle écrivant une ritournelle

Des histoires de mares

Et sur leurs bords se lovaient des papillons

J’avais treize ans puis quinze puis vingt

J’étais amoureuse

D’un écrivain naturellement

 

L’écrivain est mort qui se souvient

De l’enfant joyeuse qui croyait

Aux écrits jamais morts aux poèmes éternels

A l’écrivain bien mort dans sa tombe de terre

 

J’avais vingt puis trente ans

Et j’ai écrit des romans balzaciens

Des nouvelles en colliers

Et des poèmes à la chaîne

Comme une ouvrière du printemps qui n’est jamais fatiguée

Je sortirais de l’usine et j’irais vers les bois

Remplis d’artistes libres et de poètes élus

Les massifs de fleurs sont des livres recyclés

Les ajoncs sont les lettres d’or des Pléiades

Le petit cœur qui bat est le mien et il ne bat que pour vous

Les lecteurs les écrivains les artistes

Ceux dont la plume tremble et ne faillit jamais

 

Mais tu faillis petite Joëlle

Les bois sont loin pleins de fleurs livres

Les ajoncs fanent et se défont sur la palette qui fond

Le cœur a ses raisons et les battements de cœur

S’espacent aux noms aimés Adieu Apollinaire Régis et puis Cadou

Etiez-vous écrivains moi je ne le suis plus

Adieu le cœur dansant et la tête en folie

Où est le talent mûr j’en ai brassé des blés

J’ai brassé tant de lettres et les lettres se tirent

Poète écrivain les lettres ont un grand rire

Jamais jamais poète jamais jamais Gribouille

Que du papier mâché des crayons bousillés

Des mots qui n’ont pas sens des discours pressés

Un enfant qu’on n’écoute pas

Qui ne fit que passer par-là

Léger léger comme un pollen

 

 

7/7/11

 

 Hier, j'ai reçu ma Nième lettre de refus d'un éditeur (depuis quand ? depuis que j'ai l'âge de 19 ans), sèche. Vous n'êtes plus rien alors. Malgré les manuscrits entassés, les encouragements d'amis, les montagnes de poèmes, les 15 ou 16 romans écrits. Je ne sais pas pourquoi je persiste à écrire aux éditeurs. Un très fort masochisme de ma part ? Une douleur encore plus appréciée quand elle est plus douleur ? L'abandon de la naissance (de ma naissance) que je renouvelle. J'ai beau me dire que je ne suis pas Proust, ni Balzac, ni mon cher Apollinaire, je ne peux m'empêcher de me jeter sur mon stylo salvateur." Faites ce que vous savez faire, disait W.Allen il n'y a pas longtemps, ne vous souciez pas de la reconnaissance, ça se finira au trou de toute façon." Faire ce que je sais faire, certes, mais si ce je je fais n'a pas le moindre intérêt ? Je ne me vois pas aller réciter mes poèmes en public, non, vraiment non. Allons, courage, ma petite Joëlle, deux ou trois personnes te lisent. Quatre, cinq... ? Je vais me retourner vers la nature et parler les beautés de la terre (celles qui restent)...

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 11:15

J’irai...

 

 

J’irai à Orléans naviguer sur la Loire

J’irai en Normandie nager dans l’onde froide

J’irai à Londres manger des doughnuts sous un parapluie

J’irai à Cork boire de la Guinness avec un grand barbu

J’irai à New York au Russian Tea Room

J’irai à San Francisco au 28 Barbary Lane

Mais j’irai aussi

Devant chez moi sur l’herbe suivre l’oiseau des yeux

Sur le seuil de ma porte parler au chat qui passe

Sur le coussin du lit aux livres naviguant

Dans le chapitre ailé d’un classique fringant

Entre les pages pleines de rosée de l’aube naissante

 

 

19/5

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 17:31

QUELQUES JOURS DE VACANCES-Joëlle Carzon

 

- Je serais bien venue, dit Paula.

Elle souriait. La mer, le vent dans les narines, les voiles des bateaux, les enfants qui crient en courant devant... Ç’aurait été chouette.

- Alors, viens !

Charlotte croyait tout possible. Qu’il suffit de sortir le sac de voyage de son placard, le maillot de bain, et hop ! Laisser la maison : et les fleurs, et les chats, et Jacques ?

- Mais tu sais bien que...

- Les chats, les plantes... Je sais. Jacques pourrait s’en charger.

- Mais justement, Jacques...

- A trop de travail ?

- Non... Il a l’habitude que je sois là.

- Les habitudes, on en change. Les nouvelles habitudes remplacent les anciennes. Je vois très bien Jacques avec un arrosoir et des croquettes. Il serait très mignon, tiens... Un nouveau Jacques, sans cravate et sans femme pour l’épier.

- Je ne l’épie pas.

- Vous vous épiez mutuellement. Et toi tu serais adorable sans mari. Je t’imagine déjà... Écharpe au vent et rire aux lèvres. Paula-de-Bretagne.

- Comment réagirait-il si je lui demandais cela ?

- Si ça se trouve, il serait enchanté ! Pas de femme, pas d’enfants : j’invite mes copains à faire la bringue !

Paula réfléchit : Jacques avait-il tant de copains ? Il n’avait plus qu’un copain d’études, dans le Nord. Quelques collègues dont elle entendait parler mais qu’elle ne connaissait pas, un collègue qui était passé un après-midi avec sa femme. On avait mangé un gâteau en ne sachant que se dire. Les amis de la maison étaient ceux de Paula.

- Jacques n’a guère de copains, dit Paula tristement.

- Eh bien, ça lui fera l’occasion de s’en faire. Pourquoi pas ? Il est réservé avec nous. Peut-être le serait-il moins sans nous. Ou alors il va se découvrir une passion pour la solitude. Les hommes ont besoin de solitude.

Paula essaya d’imaginer son mari seul, assis sur le canapé, une bière sur la table basse... C’était difficile. Ses bavardages semblaient le distraire, les enfants ne semblaient pas le déranger. Jamais. Jacques était un homme que la famille ne soûlait pas. Il était ravi, à sa façon paisible, d’être entouré.

- Allez ! intima Charlotte. Fais-toi violence. Cesse d’être une femme qui pense que son mari va être perdu sans elle. La révolution est passée par là. On te croirait encore dans les années cinquante... Tu penses que ton mari va t’engueuler ?...

- Bien sûr que non !

- Effectivement, ce n’est pas le genre. Demande-lui ce soir.

- D’accord, dit Paula.

 

*

 

 

Elle lui parla de la proposition de Charlotte : une semaine en Bretagne avec les enfants, les leurs et ceux de son amie. C’est court, une semaine. Il ne la verrait pas passer. Paula souriait. Tout paraissait couler de source au moment où elle parlait.

 

Elle vit la main de son mari qui se resserrait autour du verre. Il la regarda droit dans les yeux.

 

- Non, dit-il.

 

Paula fut frappée par la voix claire et nette, elle en demeura muette quelques secondes.

 

- Je ne pensais pas que cela poserait problème, finit-elle par dire.

- Cela ME pose problème.

- Une semaine... Charlotte est avec moi. Nous sommes toutes les deux capables de nous occuper des enfants.

- Tu ne serais pas là. J’ai besoin de toi à la maison.

- Tu veux dire pour la cuisine, le ménage...? demanda-t-elle d’une voix hésitante.

- Peut-être... Mais surtout, ta place est ici, près de moi.

- Ne rêves-tu pas parfois d’un peu de solitude, d’un peu d’espace à toi ?

- Si j’ai besoin de solitude, je sais comment et où la trouver. Toi, tu dois rester ici.

 

Le ton était devenu dur. Paula frissonna.

 

- Je te trouve...

 

Elle s’arrêta là. La main avait déposé le verre sur la table, la main était partie, frappant durement sa joue. Paula porta ses doigts à son visage, incrédule.

 

- Tu n’as pas à discuter.

 

Jacques. Son mari. Son mari tranquille. Son mari, Jacques, plutôt doux et popote. Frappée. Elle, Paula, frappée.

 

- Mais... Tu as levé la main sur moi. Tu n’avais jamais fait une chose pareille... Que se passe-t-il ? Je ne pensais pas que...

- Il n’y aura pas de Bretagne, pas de ta Charlotte et d’enfants en vadrouille. Nos enfants doivent rester avec nous, ici. Je te le répète : ne discute pas.

- Aurais-tu peur que... ? Es-tu jaloux ?

- J’ai parfaitement confiance en toi.

- Alors ?...

 

Un deuxième coup s’abattit sur sa joue, lui faisant plus mal que la première fois. Une émotion la submergea : c’était à la fois de l’incrédulité et de la colère.

 

- Tu n’as pas le droit !

 

Un troisième coup. Paula s’assit. L’aîné des enfants était apparu. Il regardait son père, puis sa mère. Paula tendit son bras vers son fils et il vint s’asseoir à côté d’elle. Ils se serrèrent l’un contre l’autre en silence. Jacques leur tourna le dos et se dirigea vers la cuisine. Elle vit s’éloigner son dos paisible, volontaire. Un dos sans remords. Elle ne se demanda pas ce qu’elle avait fait. Elle découvrait simplement quelque chose de nouveau et cela la laissait complètement démunie.

 

*

 

 

- Il se trouve que cela tombe mal, expliqua Paula.

Sa voix ne tremblait pas.

- Qu’y a-t-il ?

- Jacques doit inviter son patron qui s’en va en déplacement la semaine d’après. Ce dîner devait avoir lieu depuis longtemps. Et puis Lou me couve un gros rhume, j’espère que cela ne va pas empirer.

- Quel dommage ! Je suis tellement déçue ! Mais nous prévoirons le même genre de truc pour une autre fois.

- Peut-être... Charlotte, je dois te laisser. Les enfants...

Elles se dirent au revoir. La voix de Paula n’avait pas failli. Une autre fois ? Elle verrait à ce moment-là. A quoi bon se causer du souci à l’avance ? Sa pommette était encore douloureuse. Ce n’était qu’une petite douleur. De toute façon, cela ne se reproduirait pas. Elle avait expliqué à son aîné que papa était fatigué. Son regard intrigué ne lui avait pas fait détourner les yeux. D’ailleurs, c’était vrai : Jacques était fatigué. Ce travail lassant, ces collègues ennuyeux... Elle n’irait pas en Bretagne avec Charlotte, ce n’était pas grave. On attendrait les grandes vacances. Elle se voyait sur la plage avec les petits et son mari, un grand monsieur calme et séduisant. Elle savait que l’image de sa famille faisait envie à beaucoup. Paula marcha vers le lave-vaisselle. De toute façon, cela ne se reproduirait pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 17:21

LE BALLON DANS LA PORTE (nouvelle)

 

 

- Où est ton père ?

- Il n’est pas là, dit Éric qui jouait avec son ballon.

- Il est bien quelque part.

Éric regarda l’intrus, un homme gros, portant capuche et une lourde sacoche.

- Sais pas, dit-il.

- Tu dois être Éric...

- Sais pas, dit Éric qui ne voyait pas pourquoi décliner son identité à un homme qui n’en avait pas, d’identité.

- Mon nom est Latour, Jean-René Latour, dit l’inconnu comme s’il avait deviné l’enfant.

Éric tendit sa main, mais ne proféra pas un son.

- Jean-René Latour, tu sais, l’avocat...

L’avocat ?... Eh bien, qu’il soit avocat, ou docteur, ou marchand de pommes de terre..., qu’importait. René se fichait bien des avocats. Il tapa dans son ballon.

Pouf ! Contre la porte de la salle à manger. Marie surgit, frottant ses mains contre son tablier.

- Monsieur ? dit-elle faisant face à l’inconnu.

- Monsieur Latour. Jean-René Latour.

- Ah, bien ! dit Marie, confirmant Éric dans son opinion : l’homme avait, aurait, peu d’importance.

- Je ne sais trop où est Monsieur...

- Ça ne fait rien. Je vais le chercher.

L’étranger fit demi-tour, se dirigeant vers le jardin.

- Accompagne monsieur Latour, dit Marie.

- Pff ! souffla Éric.

 

 

 

*

 

Le jardin était mal préparé pour la visite des inconnus. On n’avait pas tondu la pelouse depuis des lustres. Des branches lourdes tombaient sur les allées. La balançoire rasait des mottes.

- Tu t’appelles Éric.

- Éric Montoire, précisa le petit garçon.

- Tu ressembles à ton papa.

- A ma maman aussi, s’indigna Éric.

- Je n’ai pas l’honneur de connaître ta maman.

- Elle est très jolie, précisa le jeune garçon.

- Je n’en doute pas... Montoire ne peut choisir que de jolies femmes, ajouta l’inconnu comme pour lui-même.

- Marie est jolie aussi.

- Marie ? La petite de tout là l’heure. Oui...Marie est jolie aussi.

- On ne peut pas dire que papa est joli.

- C’est vrai : on ne dit pas que les hommes sont jolis.

- Papa n’est pas “joli”, il est “fort”.

- Fort ? Peut-être... En tout cas, pour toi, mon petit, il est fort.

- Il n’est pas fort pour vous ?

2

 

- Ça dépend des jours..., dit l’inconnu en souriant.

- Il est fort ! insista Éric.

- D’accord.

- Vous vous appelez Latour ?

- Oui. Maître Jean-René Latour.

- Papa ne m’a jamais parlé de vous.

- Ton papa a des secrets.

- Papa a des secrets pour maman, pour Marie... Il n’en a pas pour moi.

- Comment le sais-tu ?

- Il me l’a dit un jour. Il m’a dit : “Éric, tu es mon fils, tu dois tout savoir.”

- Cela ne veut pas dire qu’il t’a tout dit.

- A moi, si.

- Quelle assurance ! Tu n’es qu’un tout petit garçon.

- J’ai beaucoup vécu.

- Ah ! s’exclama l’inconnu en riant. Raconte-moi ce que tu as vécu.

- Je suis allé à Londres avec maman, j’ai pris l’avion tout seul, j’ai fait du bateau avec papa...

- Effectivement, c’est beaucoup.

- Vous voyez.

 

Ils fouillèrent le jardin.

 

 

*

 

- Monsieur Montoire a-t-il pris sa voiture ? demanda Maître Latour à Marie.

- C’est peut-être madame qui l’a prise, dit Marie vaguement.

- Il faudrait qu’il soit là.

- En quel honneur ? dit Marie, prête à la rebuffade.

Éric tapa violemment dans son ballon.

- Papa fait ce qu’il veut.

- Et ce n’est pas la première fois, murmura Maître Latour. Asseyons-nous dans le salon, attendons-le... Viens près de moi...

- Non.

- J’ai besoin de quelqu’un à qui parler. Sers-moi de petit compagnon, réconforte-moi : j’ai besoin d’être réconforté.

Éric consentit à s’asseoir à côté de Maître Latour, sur le sofa orange.

- Aimez-vous jouer au ballon ?

- J’aime l’attraper, pas le lancer.

- On ne fait pas l’un sans l’autre, dit Éric.

- Moi, je n’arrive à faire qu’une seule chose à la fois. C’est peut-être un de mes défauts.

- Monsieur ne reviendra pas, dit Marie, surgissant comme un furie.

- “Reviendra” ?... Il était parti ?

- Monsieur fait ce qu’il veut.

- J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Maître Latour. Éric, et ta maman, où est-elle ?

- Maman va revenir tout de suite. Elle n’est pas bien loin.

3

 

Des sirènes se firent entendre. On tambourina à la porte.

- Oh ! Ça va..., dit Marie mollement en allant ouvrir.

- Monsieur Montoire !

- Maître Jean-René Latour, représentant monsieur Montoire. Il ne saurait tarder.

- Que voulez-vous ? dit Éric.

- Écartez cet enfant.

- C’est sa maison, si c’est pas la vôtre ! hurla Marie.

- Calmez-vous. Où est ton papa ? dit l’uniforme.

- Sûrement dans le jardin.

Les uniformes disparurent dans le jardin et revinrent très vite.

- Pas âme qui vive !

- Mon client est disponible, il est à votre disposition.

- On se demande bien où.

Éric tapa dans son ballon dans la direction de la porte d’entrée.

Maître Jean-René Latour suivit le ballon volontaire des yeux.

- Papa est très fort, dit Éric.

 

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 10:48

PAS DE PRINCE CHARMANT

 

Joëlle Carzon

 

 

Il était une fois une jeune fille qui avait une large robe. Sa robe était si large et si gonflée qu’en dessous

il y avait des maisons. Des maisons et même tout un village. Tout un village et presque une ville. Une

ville entière avec ses remparts, ses ânes, ses chameaux, ses marchands, ses femmes avec de multiples

bébés, ses tentes avec ses bédouins, ses puits, ses esclaves, mais..., mais... aucun prince. Aucun prince

charmant ! Une fille avec une robe avec tout un village dessous, mais même pas de prince charmant !!

Une fée, des fées plutôt, une bonne fée, une fée carabosse, des affreuses, des charmantes fées, mais pas

de prince charmant !! Un roi, une reine avec un miroir, des tas de petits princes et princesses, et encore

des ânes et encore des chameaux et encore des bédouins... , mais pas de prince charmant !

Pas de prince charmant, sacrebleu !

Toute cette robe, toute cette parure, tous ces falbalas, toutes ces fleurs sur cette robe

magnificente, mais pas de prince, pas de prince malin, avec de beaux atours, un cheval blanc, un panache

blanc, et tout un tac de trucs blancs qui en mettent plein la vue de pauvres villageois un peu niais, PAS

DE PRINCE CHARMANT !

JE VOUS DEMANDE UN PEU... !

Il était une fois une belle, belle, vraiment belle jeune fille, avec tout un village dessous, une ville

même, et rien du tout, pouf, pouf, pouf, pas de tralala, pas de prince charmant.

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:31

LA CATHEDRALE, nouvelle de Joëlle Carzon

Elle s’arrêta devant le tableau : une cathédrale, un pré, quelques petits personnages s’en allant à l’horizon. Ce n’était pas excitant, mais elle était excitée. Son cœur battait fort. Elle aurait voulu être avec eux, les petits personnages de l’horizon, et s’en aller ailleurs, vers une époque révolue. Le dix-huitième, le dix-neuvième siècle ? Peu importait. Elle aurait voulu être avec eux. Ne plus être dans ce vingt-et-unième siècle inhospitalier et marcher vers une maison accueillante, avec un feu de cheminée et des domestiques en habit.

Martha décida de s’asseoir devant le tableau. Des gens passaient autour d’elle, aucun d’entre eux ne s’arrêtant vraiment et ne semblant intéressé par ce magnifique tableau. Oui, vraiment, on était ailleurs, on n’avait plus à se poser de questions, à se faire de soucis. L’herbe caressait les pieds, la cathédrale lançait paisiblement sa flèche dans le ciel. Adieu, aujourd’hui.

Un petit garçon de sept ou huit ans, pendant trois minutes, lui cacha la cathédrale. Il avait des cheveux bouclés, un peu longs et riait joyeusement. D’abord, Martha ne fit pas attention, puis elle fut attirée par ses clins d’œil jetés ostensiblement dans sa direction.

“Bonjour !” dit le petit garçon.

Elle ne répondit pas tout de suite, arrachée à sa contemplation. Puis elle finit par dire “bonjour” aussi, mais avec une douceur encore toute teintée de son rêve.

- Ne vous laissez pas ennuyer par mon fils, dit une voix derrière elle.

La jeune fille se retourna. Lui aussi avait des cheveux un peu longs. Il portait un grand manteau noir lui arrivant presque jusqu’aux chevilles. Il avait une trentaine d’années, il était de haute stature, il souriait.

- Mon fils est un peu vif et s’attache très facilement, dit l’inconnu avec toujours son beau sourire.

Elle sourit à son tour.

- Il ne me dérange pas.

Elle ne mentait pas.

- Me permettez-vous ?...

Bien sûr. Il s’assit près d’elle, prenant soin de ne pas la frôler, de ne pas prendre trop de place. Le petit garçon tendit son doigt vers le coin gauche du tableau :

- Papa, regarde les gens, là...

- Oui, ils semblent si loin, et à la fois si proches..., n’est-ce pas, mademoiselle?

- C’est exactement cela, dit-elle, enflammée. Nous pourrions être avec eux !

- Allons-y, dit l’homme, prenez-moi la main, Paul me prendra l’autre, et partons là-bas.

Il vit son regard pour le moins surpris.

- Je plaisante, dit-il. Paul aime bien que je lui invente des histoires.

- Oh, non ! ce n’est pas une histoire ! s’exclama le petit garçon. Partons !

Elle eut un petit soupir.

- On aimerait quand même que ce soit vrai, je pense ?...

Oui, Martha pensait à l’unisson. Elle sourit à l’homme, puis au petit garçon.

- Ainsi, tu t’appelles P aul ?

- Oui, Paul, Paulo Delacour-Visconti.

- Quel beau nom ! Tu es italien ?

- A moitié, dit le petit Paul avec beaucoup de sérieux. Maman est italienne.

2

 

- J’ai moi-même un peu de sang italien, dit l’homme comme si cette conversation, qui prenait un tour intime, lui paraissait tout à fait naturelle.

- Moi, je m’appelle Martha et je suis moitié normande-moitié morvandiote.

- “Morvandiote”, oh ! quel joli nom ! dit Paul. Martha Morvandiote...

Les deux adultes se mirent à rire.

- Vous êtes de passage à Paris ? demanda Monsieur Delacour.

- Non, j’y habite, dit Martha en soupirant.

- Paul et moi, nous sommes de passage. Nous venons d’Avignon. Connaissez-vous Avignon ?

- Non, je regrette.

- Oh ! Ne regrettez rien !

Le monsieur qui n’était plus si inconnu prit un air contrit. Instinctivement, elle se rapprocha de lui.

- Où logez-vous ?

- Dans un petit hôtel.

Il était vague tout à coup. Monsieur Delacour-Visconti... Quel beau nom, comme aurait dit le petit Paul ! Monsieur Delacour-Visconti avait un bien séduisant visage. Son manteau sentait bon la pluie de Paris et le parfum. Ce monsieur, après le charme du tableau : Martha se sentait tout étourdie...

- Dans quel quartier habitez-vous ?

- Dans le dix-septième, près de la place Clichy... Et...

Elle n’osait plus dire “et vous ?”... Elle s’arrêta net.

Il se leva, s’approcha du tableau, se pencha plus vers le coin gauche, revint vers elle et dit :

- Je crois que ces personnages sont trois.

- Vraiment ?

- Oui. Une charmante trinité. Allez-vous souvent ainsi dans les musées ?

- Ça m’arrive... J’aime aussi la sculpture.

- Nous, nous n’y allons pratiquement jamais. Sauf aujourd’hui.

Nous ? Qui était ce “nous” ? Monsieur Delacour, son fils et sa femme ? Monsieur Delacour, un enfant plus âgé peut-être, Paul, et madame ? Ou juste lui et Paul ? Oui... Juste Monsieur Delacour et son petit garçon...

- Vous êtes... dans quel hôtel ?

Il eut un large sourire.

- Un hôtel près de la place Clichy justement...

- Oh !

Elle ne savait que dire. Au loin disparaissaient les trois silhouettes floues du paysagiste. Elle retint son souffle. Elle attendit.

- Nous pourrions rentrer ensemble. Nous sommes nuls dans le métro, Paul et moi.

- Je dois... En fait, je dois rentrer à pied... Je dois rentrer à pied et passer en route chez une amie. Je le dois.

- Ah, bien !

Monsieur Delacour-Visconti sourit, d’un sourire plus faible, comme effacé.

- Souhaitez-moi un bon séjour, Mademoiselle...

Ils s’éloignaient déjà, ils s’éloignaient...

Je vous souhaite un bon séjour, murmura-t-elle.

3

 

 

Ils étaient partis.

 

Elle regarda le tableau, la cathédrale anglaise, l’herbe... Elle regarda le coin gauche...

 

Les trois personnages avaient disparu.

 

Gien, 7 février 2005

 

 

(Nouvelle inspirée d’un tableau du peintre anglais Constable.)

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 15:26

MON CHAT EST LE FIL...

 

 

Mon chat est le fil lumineux qui me rattache à la vie

Ma petite fourrure que je tiens entre ciel et terre

Mon petit bout de nez rose qui m'humidifie

Un baiser vivant sur ma joue

Sur ma peau sèche

Un frémissement de vie

Mon petit chat chaud et clos sur lui-même

M'ouvre les coquillages du matin

Vaguelettes de l'espoir

Mon petit chat me dit

Tiens-moi serre-moi

Car je tiens à toi

Réveille-toi car tu dors trop

Serre-moi car nous vivons ensemble

Tu es mon soleil quand il n'y en a pas

Réveille-toi tu es ma vie

Je te protège car tu me dois protection

Réveille-toi je suis ton cœur qui bat

Mon petit chat lumineux qui me rattache à la vie

 

 

(Poème publié dans "Femme volante", 2009, dessins d'Isabelle Célingant)

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