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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 08:07

HISTOIRE DE JOELLE ET D’UNE RITOURNELLE

 

Il y avait Joëlle écrivant une ritournelle

Des histoires de mares

Et sur leurs bords se lovaient des papillons

J’avais treize ans puis quinze puis vingt

J’étais amoureuse

D’un écrivain naturellement

 

L’écrivain est mort qui se souvient

De l’enfant joyeuse qui croyait

Aux écrits jamais morts aux poèmes éternels

A l’écrivain bien mort dans sa tombe de terre

 

J’avais vingt puis trente ans

Et j’ai écrit des romans balzaciens

Des nouvelles en colliers

Et des poèmes à la chaîne

Comme une ouvrière du printemps qui n’est jamais fatiguée

Je sortirais de l’usine et j’irais vers les bois

Remplis d’artistes libres et de poètes élus

Les massifs de fleurs sont des livres recyclés

Les ajoncs sont les lettres d’or des Pléiades

Le petit cœur qui bat est le mien et il ne bat que pour vous

Les lecteurs les écrivains les artistes

Ceux dont la plume tremble et ne faillit jamais

 

Mais tu faillis petite Joëlle

Les bois sont loin pleins de fleurs livres

Les ajoncs fanent et se défont sur la palette qui fond

Le cœur a ses raisons et les battements de cœur

S’espacent aux noms aimés Adieu Apollinaire Régis et puis Cadou

Etiez-vous écrivains moi je ne le suis plus

Adieu le cœur dansant et la tête en folie

Où est le talent mûr j’en ai brassé des blés

J’ai brassé tant de lettres et les lettres se tirent

Poète écrivain les lettres ont un grand rire

Jamais jamais poète jamais jamais Gribouille

Que du papier mâché des crayons bousillés

Des mots qui n’ont pas sens des discours pressés

Un enfant qu’on n’écoute pas

Qui ne fit que passer par-là

Léger léger comme un pollen

 

 

7/7/11

 

 Hier, j'ai reçu ma Nième lettre de refus d'un éditeur (depuis quand ? depuis que j'ai l'âge de 19 ans), sèche. Vous n'êtes plus rien alors. Malgré les manuscrits entassés, les encouragements d'amis, les montagnes de poèmes, les 15 ou 16 romans écrits. Je ne sais pas pourquoi je persiste à écrire aux éditeurs. Un très fort masochisme de ma part ? Une douleur encore plus appréciée quand elle est plus douleur ? L'abandon de la naissance (de ma naissance) que je renouvelle. J'ai beau me dire que je ne suis pas Proust, ni Balzac, ni mon cher Apollinaire, je ne peux m'empêcher de me jeter sur mon stylo salvateur." Faites ce que vous savez faire, disait W.Allen il n'y a pas longtemps, ne vous souciez pas de la reconnaissance, ça se finira au trou de toute façon." Faire ce que je sais faire, certes, mais si ce je je fais n'a pas le moindre intérêt ? Je ne me vois pas aller réciter mes poèmes en public, non, vraiment non. Allons, courage, ma petite Joëlle, deux ou trois personnes te lisent. Quatre, cinq... ? Je vais me retourner vers la nature et parler les beautés de la terre (celles qui restent)...

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 11:15

J’irai...

 

 

J’irai à Orléans naviguer sur la Loire

J’irai en Normandie nager dans l’onde froide

J’irai à Londres manger des doughnuts sous un parapluie

J’irai à Cork boire de la Guinness avec un grand barbu

J’irai à New York au Russian Tea Room

J’irai à San Francisco au 28 Barbary Lane

Mais j’irai aussi

Devant chez moi sur l’herbe suivre l’oiseau des yeux

Sur le seuil de ma porte parler au chat qui passe

Sur le coussin du lit aux livres naviguant

Dans le chapitre ailé d’un classique fringant

Entre les pages pleines de rosée de l’aube naissante

 

 

19/5

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 17:31

QUELQUES JOURS DE VACANCES-Joëlle Carzon

 

- Je serais bien venue, dit Paula.

Elle souriait. La mer, le vent dans les narines, les voiles des bateaux, les enfants qui crient en courant devant... Ç’aurait été chouette.

- Alors, viens !

Charlotte croyait tout possible. Qu’il suffit de sortir le sac de voyage de son placard, le maillot de bain, et hop ! Laisser la maison : et les fleurs, et les chats, et Jacques ?

- Mais tu sais bien que...

- Les chats, les plantes... Je sais. Jacques pourrait s’en charger.

- Mais justement, Jacques...

- A trop de travail ?

- Non... Il a l’habitude que je sois là.

- Les habitudes, on en change. Les nouvelles habitudes remplacent les anciennes. Je vois très bien Jacques avec un arrosoir et des croquettes. Il serait très mignon, tiens... Un nouveau Jacques, sans cravate et sans femme pour l’épier.

- Je ne l’épie pas.

- Vous vous épiez mutuellement. Et toi tu serais adorable sans mari. Je t’imagine déjà... Écharpe au vent et rire aux lèvres. Paula-de-Bretagne.

- Comment réagirait-il si je lui demandais cela ?

- Si ça se trouve, il serait enchanté ! Pas de femme, pas d’enfants : j’invite mes copains à faire la bringue !

Paula réfléchit : Jacques avait-il tant de copains ? Il n’avait plus qu’un copain d’études, dans le Nord. Quelques collègues dont elle entendait parler mais qu’elle ne connaissait pas, un collègue qui était passé un après-midi avec sa femme. On avait mangé un gâteau en ne sachant que se dire. Les amis de la maison étaient ceux de Paula.

- Jacques n’a guère de copains, dit Paula tristement.

- Eh bien, ça lui fera l’occasion de s’en faire. Pourquoi pas ? Il est réservé avec nous. Peut-être le serait-il moins sans nous. Ou alors il va se découvrir une passion pour la solitude. Les hommes ont besoin de solitude.

Paula essaya d’imaginer son mari seul, assis sur le canapé, une bière sur la table basse... C’était difficile. Ses bavardages semblaient le distraire, les enfants ne semblaient pas le déranger. Jamais. Jacques était un homme que la famille ne soûlait pas. Il était ravi, à sa façon paisible, d’être entouré.

- Allez ! intima Charlotte. Fais-toi violence. Cesse d’être une femme qui pense que son mari va être perdu sans elle. La révolution est passée par là. On te croirait encore dans les années cinquante... Tu penses que ton mari va t’engueuler ?...

- Bien sûr que non !

- Effectivement, ce n’est pas le genre. Demande-lui ce soir.

- D’accord, dit Paula.

 

*

 

 

Elle lui parla de la proposition de Charlotte : une semaine en Bretagne avec les enfants, les leurs et ceux de son amie. C’est court, une semaine. Il ne la verrait pas passer. Paula souriait. Tout paraissait couler de source au moment où elle parlait.

 

Elle vit la main de son mari qui se resserrait autour du verre. Il la regarda droit dans les yeux.

 

- Non, dit-il.

 

Paula fut frappée par la voix claire et nette, elle en demeura muette quelques secondes.

 

- Je ne pensais pas que cela poserait problème, finit-elle par dire.

- Cela ME pose problème.

- Une semaine... Charlotte est avec moi. Nous sommes toutes les deux capables de nous occuper des enfants.

- Tu ne serais pas là. J’ai besoin de toi à la maison.

- Tu veux dire pour la cuisine, le ménage...? demanda-t-elle d’une voix hésitante.

- Peut-être... Mais surtout, ta place est ici, près de moi.

- Ne rêves-tu pas parfois d’un peu de solitude, d’un peu d’espace à toi ?

- Si j’ai besoin de solitude, je sais comment et où la trouver. Toi, tu dois rester ici.

 

Le ton était devenu dur. Paula frissonna.

 

- Je te trouve...

 

Elle s’arrêta là. La main avait déposé le verre sur la table, la main était partie, frappant durement sa joue. Paula porta ses doigts à son visage, incrédule.

 

- Tu n’as pas à discuter.

 

Jacques. Son mari. Son mari tranquille. Son mari, Jacques, plutôt doux et popote. Frappée. Elle, Paula, frappée.

 

- Mais... Tu as levé la main sur moi. Tu n’avais jamais fait une chose pareille... Que se passe-t-il ? Je ne pensais pas que...

- Il n’y aura pas de Bretagne, pas de ta Charlotte et d’enfants en vadrouille. Nos enfants doivent rester avec nous, ici. Je te le répète : ne discute pas.

- Aurais-tu peur que... ? Es-tu jaloux ?

- J’ai parfaitement confiance en toi.

- Alors ?...

 

Un deuxième coup s’abattit sur sa joue, lui faisant plus mal que la première fois. Une émotion la submergea : c’était à la fois de l’incrédulité et de la colère.

 

- Tu n’as pas le droit !

 

Un troisième coup. Paula s’assit. L’aîné des enfants était apparu. Il regardait son père, puis sa mère. Paula tendit son bras vers son fils et il vint s’asseoir à côté d’elle. Ils se serrèrent l’un contre l’autre en silence. Jacques leur tourna le dos et se dirigea vers la cuisine. Elle vit s’éloigner son dos paisible, volontaire. Un dos sans remords. Elle ne se demanda pas ce qu’elle avait fait. Elle découvrait simplement quelque chose de nouveau et cela la laissait complètement démunie.

 

*

 

 

- Il se trouve que cela tombe mal, expliqua Paula.

Sa voix ne tremblait pas.

- Qu’y a-t-il ?

- Jacques doit inviter son patron qui s’en va en déplacement la semaine d’après. Ce dîner devait avoir lieu depuis longtemps. Et puis Lou me couve un gros rhume, j’espère que cela ne va pas empirer.

- Quel dommage ! Je suis tellement déçue ! Mais nous prévoirons le même genre de truc pour une autre fois.

- Peut-être... Charlotte, je dois te laisser. Les enfants...

Elles se dirent au revoir. La voix de Paula n’avait pas failli. Une autre fois ? Elle verrait à ce moment-là. A quoi bon se causer du souci à l’avance ? Sa pommette était encore douloureuse. Ce n’était qu’une petite douleur. De toute façon, cela ne se reproduirait pas. Elle avait expliqué à son aîné que papa était fatigué. Son regard intrigué ne lui avait pas fait détourner les yeux. D’ailleurs, c’était vrai : Jacques était fatigué. Ce travail lassant, ces collègues ennuyeux... Elle n’irait pas en Bretagne avec Charlotte, ce n’était pas grave. On attendrait les grandes vacances. Elle se voyait sur la plage avec les petits et son mari, un grand monsieur calme et séduisant. Elle savait que l’image de sa famille faisait envie à beaucoup. Paula marcha vers le lave-vaisselle. De toute façon, cela ne se reproduirait pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 17:21

LE BALLON DANS LA PORTE (nouvelle)

 

 

- Où est ton père ?

- Il n’est pas là, dit Éric qui jouait avec son ballon.

- Il est bien quelque part.

Éric regarda l’intrus, un homme gros, portant capuche et une lourde sacoche.

- Sais pas, dit-il.

- Tu dois être Éric...

- Sais pas, dit Éric qui ne voyait pas pourquoi décliner son identité à un homme qui n’en avait pas, d’identité.

- Mon nom est Latour, Jean-René Latour, dit l’inconnu comme s’il avait deviné l’enfant.

Éric tendit sa main, mais ne proféra pas un son.

- Jean-René Latour, tu sais, l’avocat...

L’avocat ?... Eh bien, qu’il soit avocat, ou docteur, ou marchand de pommes de terre..., qu’importait. René se fichait bien des avocats. Il tapa dans son ballon.

Pouf ! Contre la porte de la salle à manger. Marie surgit, frottant ses mains contre son tablier.

- Monsieur ? dit-elle faisant face à l’inconnu.

- Monsieur Latour. Jean-René Latour.

- Ah, bien ! dit Marie, confirmant Éric dans son opinion : l’homme avait, aurait, peu d’importance.

- Je ne sais trop où est Monsieur...

- Ça ne fait rien. Je vais le chercher.

L’étranger fit demi-tour, se dirigeant vers le jardin.

- Accompagne monsieur Latour, dit Marie.

- Pff ! souffla Éric.

 

 

 

*

 

Le jardin était mal préparé pour la visite des inconnus. On n’avait pas tondu la pelouse depuis des lustres. Des branches lourdes tombaient sur les allées. La balançoire rasait des mottes.

- Tu t’appelles Éric.

- Éric Montoire, précisa le petit garçon.

- Tu ressembles à ton papa.

- A ma maman aussi, s’indigna Éric.

- Je n’ai pas l’honneur de connaître ta maman.

- Elle est très jolie, précisa le jeune garçon.

- Je n’en doute pas... Montoire ne peut choisir que de jolies femmes, ajouta l’inconnu comme pour lui-même.

- Marie est jolie aussi.

- Marie ? La petite de tout là l’heure. Oui...Marie est jolie aussi.

- On ne peut pas dire que papa est joli.

- C’est vrai : on ne dit pas que les hommes sont jolis.

- Papa n’est pas “joli”, il est “fort”.

- Fort ? Peut-être... En tout cas, pour toi, mon petit, il est fort.

- Il n’est pas fort pour vous ?

2

 

- Ça dépend des jours..., dit l’inconnu en souriant.

- Il est fort ! insista Éric.

- D’accord.

- Vous vous appelez Latour ?

- Oui. Maître Jean-René Latour.

- Papa ne m’a jamais parlé de vous.

- Ton papa a des secrets.

- Papa a des secrets pour maman, pour Marie... Il n’en a pas pour moi.

- Comment le sais-tu ?

- Il me l’a dit un jour. Il m’a dit : “Éric, tu es mon fils, tu dois tout savoir.”

- Cela ne veut pas dire qu’il t’a tout dit.

- A moi, si.

- Quelle assurance ! Tu n’es qu’un tout petit garçon.

- J’ai beaucoup vécu.

- Ah ! s’exclama l’inconnu en riant. Raconte-moi ce que tu as vécu.

- Je suis allé à Londres avec maman, j’ai pris l’avion tout seul, j’ai fait du bateau avec papa...

- Effectivement, c’est beaucoup.

- Vous voyez.

 

Ils fouillèrent le jardin.

 

 

*

 

- Monsieur Montoire a-t-il pris sa voiture ? demanda Maître Latour à Marie.

- C’est peut-être madame qui l’a prise, dit Marie vaguement.

- Il faudrait qu’il soit là.

- En quel honneur ? dit Marie, prête à la rebuffade.

Éric tapa violemment dans son ballon.

- Papa fait ce qu’il veut.

- Et ce n’est pas la première fois, murmura Maître Latour. Asseyons-nous dans le salon, attendons-le... Viens près de moi...

- Non.

- J’ai besoin de quelqu’un à qui parler. Sers-moi de petit compagnon, réconforte-moi : j’ai besoin d’être réconforté.

Éric consentit à s’asseoir à côté de Maître Latour, sur le sofa orange.

- Aimez-vous jouer au ballon ?

- J’aime l’attraper, pas le lancer.

- On ne fait pas l’un sans l’autre, dit Éric.

- Moi, je n’arrive à faire qu’une seule chose à la fois. C’est peut-être un de mes défauts.

- Monsieur ne reviendra pas, dit Marie, surgissant comme un furie.

- “Reviendra” ?... Il était parti ?

- Monsieur fait ce qu’il veut.

- J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Maître Latour. Éric, et ta maman, où est-elle ?

- Maman va revenir tout de suite. Elle n’est pas bien loin.

3

 

Des sirènes se firent entendre. On tambourina à la porte.

- Oh ! Ça va..., dit Marie mollement en allant ouvrir.

- Monsieur Montoire !

- Maître Jean-René Latour, représentant monsieur Montoire. Il ne saurait tarder.

- Que voulez-vous ? dit Éric.

- Écartez cet enfant.

- C’est sa maison, si c’est pas la vôtre ! hurla Marie.

- Calmez-vous. Où est ton papa ? dit l’uniforme.

- Sûrement dans le jardin.

Les uniformes disparurent dans le jardin et revinrent très vite.

- Pas âme qui vive !

- Mon client est disponible, il est à votre disposition.

- On se demande bien où.

Éric tapa dans son ballon dans la direction de la porte d’entrée.

Maître Jean-René Latour suivit le ballon volontaire des yeux.

- Papa est très fort, dit Éric.

 

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 10:48

PAS DE PRINCE CHARMANT

 

Joëlle Carzon

 

 

Il était une fois une jeune fille qui avait une large robe. Sa robe était si large et si gonflée qu’en dessous

il y avait des maisons. Des maisons et même tout un village. Tout un village et presque une ville. Une

ville entière avec ses remparts, ses ânes, ses chameaux, ses marchands, ses femmes avec de multiples

bébés, ses tentes avec ses bédouins, ses puits, ses esclaves, mais..., mais... aucun prince. Aucun prince

charmant ! Une fille avec une robe avec tout un village dessous, mais même pas de prince charmant !!

Une fée, des fées plutôt, une bonne fée, une fée carabosse, des affreuses, des charmantes fées, mais pas

de prince charmant !! Un roi, une reine avec un miroir, des tas de petits princes et princesses, et encore

des ânes et encore des chameaux et encore des bédouins... , mais pas de prince charmant !

Pas de prince charmant, sacrebleu !

Toute cette robe, toute cette parure, tous ces falbalas, toutes ces fleurs sur cette robe

magnificente, mais pas de prince, pas de prince malin, avec de beaux atours, un cheval blanc, un panache

blanc, et tout un tac de trucs blancs qui en mettent plein la vue de pauvres villageois un peu niais, PAS

DE PRINCE CHARMANT !

JE VOUS DEMANDE UN PEU... !

Il était une fois une belle, belle, vraiment belle jeune fille, avec tout un village dessous, une ville

même, et rien du tout, pouf, pouf, pouf, pas de tralala, pas de prince charmant.

 

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:31

LA CATHEDRALE, nouvelle de Joëlle Carzon

Elle s’arrêta devant le tableau : une cathédrale, un pré, quelques petits personnages s’en allant à l’horizon. Ce n’était pas excitant, mais elle était excitée. Son cœur battait fort. Elle aurait voulu être avec eux, les petits personnages de l’horizon, et s’en aller ailleurs, vers une époque révolue. Le dix-huitième, le dix-neuvième siècle ? Peu importait. Elle aurait voulu être avec eux. Ne plus être dans ce vingt-et-unième siècle inhospitalier et marcher vers une maison accueillante, avec un feu de cheminée et des domestiques en habit.

Martha décida de s’asseoir devant le tableau. Des gens passaient autour d’elle, aucun d’entre eux ne s’arrêtant vraiment et ne semblant intéressé par ce magnifique tableau. Oui, vraiment, on était ailleurs, on n’avait plus à se poser de questions, à se faire de soucis. L’herbe caressait les pieds, la cathédrale lançait paisiblement sa flèche dans le ciel. Adieu, aujourd’hui.

Un petit garçon de sept ou huit ans, pendant trois minutes, lui cacha la cathédrale. Il avait des cheveux bouclés, un peu longs et riait joyeusement. D’abord, Martha ne fit pas attention, puis elle fut attirée par ses clins d’œil jetés ostensiblement dans sa direction.

“Bonjour !” dit le petit garçon.

Elle ne répondit pas tout de suite, arrachée à sa contemplation. Puis elle finit par dire “bonjour” aussi, mais avec une douceur encore toute teintée de son rêve.

- Ne vous laissez pas ennuyer par mon fils, dit une voix derrière elle.

La jeune fille se retourna. Lui aussi avait des cheveux un peu longs. Il portait un grand manteau noir lui arrivant presque jusqu’aux chevilles. Il avait une trentaine d’années, il était de haute stature, il souriait.

- Mon fils est un peu vif et s’attache très facilement, dit l’inconnu avec toujours son beau sourire.

Elle sourit à son tour.

- Il ne me dérange pas.

Elle ne mentait pas.

- Me permettez-vous ?...

Bien sûr. Il s’assit près d’elle, prenant soin de ne pas la frôler, de ne pas prendre trop de place. Le petit garçon tendit son doigt vers le coin gauche du tableau :

- Papa, regarde les gens, là...

- Oui, ils semblent si loin, et à la fois si proches..., n’est-ce pas, mademoiselle?

- C’est exactement cela, dit-elle, enflammée. Nous pourrions être avec eux !

- Allons-y, dit l’homme, prenez-moi la main, Paul me prendra l’autre, et partons là-bas.

Il vit son regard pour le moins surpris.

- Je plaisante, dit-il. Paul aime bien que je lui invente des histoires.

- Oh, non ! ce n’est pas une histoire ! s’exclama le petit garçon. Partons !

Elle eut un petit soupir.

- On aimerait quand même que ce soit vrai, je pense ?...

Oui, Martha pensait à l’unisson. Elle sourit à l’homme, puis au petit garçon.

- Ainsi, tu t’appelles P aul ?

- Oui, Paul, Paulo Delacour-Visconti.

- Quel beau nom ! Tu es italien ?

- A moitié, dit le petit Paul avec beaucoup de sérieux. Maman est italienne.

2

 

- J’ai moi-même un peu de sang italien, dit l’homme comme si cette conversation, qui prenait un tour intime, lui paraissait tout à fait naturelle.

- Moi, je m’appelle Martha et je suis moitié normande-moitié morvandiote.

- “Morvandiote”, oh ! quel joli nom ! dit Paul. Martha Morvandiote...

Les deux adultes se mirent à rire.

- Vous êtes de passage à Paris ? demanda Monsieur Delacour.

- Non, j’y habite, dit Martha en soupirant.

- Paul et moi, nous sommes de passage. Nous venons d’Avignon. Connaissez-vous Avignon ?

- Non, je regrette.

- Oh ! Ne regrettez rien !

Le monsieur qui n’était plus si inconnu prit un air contrit. Instinctivement, elle se rapprocha de lui.

- Où logez-vous ?

- Dans un petit hôtel.

Il était vague tout à coup. Monsieur Delacour-Visconti... Quel beau nom, comme aurait dit le petit Paul ! Monsieur Delacour-Visconti avait un bien séduisant visage. Son manteau sentait bon la pluie de Paris et le parfum. Ce monsieur, après le charme du tableau : Martha se sentait tout étourdie...

- Dans quel quartier habitez-vous ?

- Dans le dix-septième, près de la place Clichy... Et...

Elle n’osait plus dire “et vous ?”... Elle s’arrêta net.

Il se leva, s’approcha du tableau, se pencha plus vers le coin gauche, revint vers elle et dit :

- Je crois que ces personnages sont trois.

- Vraiment ?

- Oui. Une charmante trinité. Allez-vous souvent ainsi dans les musées ?

- Ça m’arrive... J’aime aussi la sculpture.

- Nous, nous n’y allons pratiquement jamais. Sauf aujourd’hui.

Nous ? Qui était ce “nous” ? Monsieur Delacour, son fils et sa femme ? Monsieur Delacour, un enfant plus âgé peut-être, Paul, et madame ? Ou juste lui et Paul ? Oui... Juste Monsieur Delacour et son petit garçon...

- Vous êtes... dans quel hôtel ?

Il eut un large sourire.

- Un hôtel près de la place Clichy justement...

- Oh !

Elle ne savait que dire. Au loin disparaissaient les trois silhouettes floues du paysagiste. Elle retint son souffle. Elle attendit.

- Nous pourrions rentrer ensemble. Nous sommes nuls dans le métro, Paul et moi.

- Je dois... En fait, je dois rentrer à pied... Je dois rentrer à pied et passer en route chez une amie. Je le dois.

- Ah, bien !

Monsieur Delacour-Visconti sourit, d’un sourire plus faible, comme effacé.

- Souhaitez-moi un bon séjour, Mademoiselle...

Ils s’éloignaient déjà, ils s’éloignaient...

Je vous souhaite un bon séjour, murmura-t-elle.

3

 

 

Ils étaient partis.

 

Elle regarda le tableau, la cathédrale anglaise, l’herbe... Elle regarda le coin gauche...

 

Les trois personnages avaient disparu.

 

Gien, 7 février 2005

 

 

(Nouvelle inspirée d’un tableau du peintre anglais Constable.)

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 15:26

MON CHAT EST LE FIL...

 

 

Mon chat est le fil lumineux qui me rattache à la vie

Ma petite fourrure que je tiens entre ciel et terre

Mon petit bout de nez rose qui m'humidifie

Un baiser vivant sur ma joue

Sur ma peau sèche

Un frémissement de vie

Mon petit chat chaud et clos sur lui-même

M'ouvre les coquillages du matin

Vaguelettes de l'espoir

Mon petit chat me dit

Tiens-moi serre-moi

Car je tiens à toi

Réveille-toi car tu dors trop

Serre-moi car nous vivons ensemble

Tu es mon soleil quand il n'y en a pas

Réveille-toi tu es ma vie

Je te protège car tu me dois protection

Réveille-toi je suis ton cœur qui bat

Mon petit chat lumineux qui me rattache à la vie

 

 

(Poème publié dans "Femme volante", 2009, dessins d'Isabelle Célingant)

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 11:48

LES VOYAGES SANS LA FOLIE

 

 

J’irais bien en Irlande

Balader mon cœur

Ballader ma voix et mes pieds de guingois

Pour que les pieds redeviennent

Des bijoux escarpinés de Vienne

 

J’irais bien dans les Lakes

Là où tous les poètes

Furent romantiques et navigateurs

Avec rien de fake

Rien de frimeur

 

J’irais bien à San

Sans ma tête de guingois

Sans mes plantes de plomb

A San Francisco tous à la Baie

Tous sur des skates enveloppées de voiles

 

 

A Cork au Cumberland à San Francisco

Mes pieds seront tout droits et ma tête toute reine

A Cork au Cumberland à San Francisco

Le cœur sera gonflé et les chemins sans peine

A Cork au Cumberland à San Francisco

Mon pied sera léger et mon cœur comme un mouton de laine

 

 

Dimanche, 4 avril 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 16:46

 

Pour Haïti

 

 

Au temps jadis tu livrais bataille

Brave entre les braves

Ô Toussaint en des temps si lointains

Où l’homme était esclave de l’homme

Tu livrais bataille en leurs noms

Le nom des tiens

Le nom de ceux qui donnèrent leur chair

Aux blancs sans âme

 

Au temps jadis tu livrais bataille

Et l’île devint libre

Libres les hommes esclaves des hommes

Libres les hommes noirs maintenant tête haute

Haute la mer haut le destin

Les noirs peuvent vivre dans l’île

Les noirs peuvent se dire égaux

Les noirs sont souverains

Hauts les rivages hautes les têtes

 

Mais le destin resta cruel

Au temps jadis pourquoi mourut

Toussaint Bréda Toussaint Louverture

Entre mer et terre l’île est restée

Pauvre exploitée peu souveraine

 

Pourquoi mourut Toussaint l’aventure

Pourquoi l’espoir est mort

Pourquoi l’espoir

S’en va l’espoir

Et ses richesses

Tarissent

Les arbres sont coupés l’île s’enfonce

Entre les eaux troubles des tyrannies

Pourquoi l’espoir île jadis si belle

S’en va

S’en va l’espoir et aujourd’hui

Sans toit errant et les cadavres

Jonchent les rues de l’île belle

Ô Toussaint Toussaint Louverture

Ô Haïti détruite et sombre

Ô Toussaint qui mourut loin d’elle

 

15 janvier 2010

 

 

 

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:02

LES LIVRES (poème 2009)

 

Les livres sont comme les pieds des géants

Ils vous portent et vous naviguez

Entre la terre et puis la mer

Les livres sont des bouts de forêts

Des bouts d'univers

Mais aussi des morceaux divins

Que vous goûtez entre les rives

 

 

Je marcherai cent lieues pour vous

Je traverserai les coulées de lave

Je prendrai des bateaux moi qui ai le mal de mer

Je combattrai moi qui n'aime pas me battre

Pour une seule page de vous contre mon cœur

 

 

Les livres sont pieds de géants

Ils traversent les pays comme rien

Mille lecteurs au bout du monde

M'attendent moi qui ne suis rien

Ils sont mes frères en lecture

Des morceaux divins

Des amis entre les rives

 

28 mai 2009

Joëlle Carzon

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