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Biographie De L'auteur

  • : Le blog de Joëlle Carzon écrivain du Loiret
  • : Ce blog est destiné aux écrivains et aux lecteurs qui aiment romans et poésies. Il présentera tous les écrits et toutes les activités de Joëlle Carzon, auteur de poèmes et romans. Ce blog n'est pas destiné à recevoir des messages violents, ou politiques, ou religieux. (Suite à un messages troublant reçu ce jour : 25/12/12)
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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 14:38

 

            « Journal de Lucile C. » – Paris, juin 1981 :

 

            Neige, Juliet Berto, J.H. Roger

            Le début du film est une reconstitution de l’univers de Pigalle. Juliet Berto en compagnie d’un grand noir est entraperçue courant en vain après un très jeune noir qui vend de la drogue. Univers : la fête foraine, la prostitution, les baraques de foire, les drogués, les travestis, les immigrés. Excellente reconstitution, dans la foule, parmi tous ces gens bizarres, inquiétants, à la recherche de « quelque chose ».

            Deuxième partie : le garçon s’est fait tuer par la brigade des Stups. On comprend mieux ce qui lie les personnages. Juliet Berto (serveuse dans un bar) devient de plus en plus attachante. Son ami noir est pasteur d’une église pour les noirs où l’on parle politique et où l’on chante et danse. Tous deux sont complices dans leur désir d’aider les naufragés de leur quartier. Juliet Berto rencontre un travesti en manque et décide avec son ami noir de remonter la filière pour pouvoir se procurer de la drogue. Son petit ami (un boxeur) moralise, lui demande de ne pas faire de bêtises, elle hurle sa révolte (« je ne veux pas d’une petite vie dans un trois-pièces-cuisine ! »), mais finit par lui aussi remonter la filière. Ils sont suivis par la police, celle qui a tué le garçon. Au moment où ils ont atteint leur but, le boxeur est tué inutilement, Juliet Berto arrêtée, le pasteur noir relâché avec mépris. Ce dernier se retrouve dans les rues de Pigalle, en pleine détresse, fendant la foule au bras de sa compagne.

            Très bon film, émouvant, sobre. Pas de dialogues superflus. Les personnages sont intéressants, on les suit avec de plus en plus d’émotion. On se mêle à la foule de Pigalle sans difficulté. Excellent.

 

            Marc nous avait conseillé vivement ce film, mais avec des réserves car l’ayant recommandé à d’autres personnes, il s’était fait « engueuler » par elles.

            Jules et moi sommes ressortis du cinéma enchantés.

 

            Les Valseuses, Bertrand Blier

            Ai-je écrit sur ce film, ou pas, dans mon cahier (le cahier sur lequel je listais les films vus, 120 films par an alors), que je n’ai pas tenu régulièrement depuis si longtemps ? Je n’arrive pas à me souvenir. En tout cas, j’en ai parlé abondamment (« nous » en avons parlé en fait, Pierre et moi) avec plusieurs personnes : Sonia, Nelly, Marc, Jules. Pour les trois premiers, c’est un film qui met mal à l’aise, un film malsain, un peu fasciste sur les bords. Pour Jules, Pierre et moi,  c’est un film sain, très drôle, tonique. En sortant du cinéma, Pierre et moi étions ravis et hilares, Pierre était même un peu foufou.

            Depardieu et Dewaere ne sont pas sympathiques, ce sont deux voyous de petite envergure, deux petites crapules sans pitié et sans intelligence, mais ce qui leur arrive est prodigieusement marrant (sauf l’épisode avec Jeanne Moreau, qui est un moment fort beau et triste et où l’on voit Depardieu sous un jour différent). Ce film est plein de santé, amoral de façon toute naturelle, tous les épisodes se succèdent avec rapidité. C’est bien mené, c’est un vrai spectacle, une vraie histoire. On est bien, là, avec ces crapules ; ce qu’il peut advenir de ces deux « héros », on s’en fout, le principal c’est de s’amuser en leur compagnie pendant qu’ils font encore des bêtises.

            Depardieu et Dewaere forment un couple sublime.

            J’ai admiré Depardieu comme je l’admire dans tous ses films. »

 

            Ces films sont d’excellentes illustrations de nos meilleurs films du début de mes chères années 80. Je les ai choisis, de même que j’ai choisi Les Années-Lumière pour donner une image exacte de ma vie à Paris et des souvenirs que j’en ai. C’est aux Années-Lumière que j’ai pensé en premier lorsque je voulus écrire ce chapitre.

 

            Toujours, Journal de Lucile C., Paris, juin 1981 :

 

             Les Années-lumière, Alain Tanner

 

            Vu en V.O. au Studio Gît-le-Cœur, en compagnie de Pierre. Quelque chose m’avait tant bouleversée avant que nous allions voir le film que je ne l’ai sans doute pas apprécié comme j’aurais dû.

            Irlande. Un jeune homme vient proposer ses services à un vieil original qui vit retiré de tout et à l’écart de tous, élevant des oiseaux dans un immense garage dont lui seul possède la clef. Initiation : le jeune homme doit être éprouvé, humilié, avant d’être seulement admis à la table du vieil homme, initié ensuite à son secret (il a étudié sa vie entière les oiseaux, s’est fabriqué des ailes et il compte s’en aller à des « années-lumière » de la Terre). Un vieil homme lègue sa sagesse à quelqu’un qui poursuivra sa tâche, quelqu’un qui « mérite » d’être son héritier. C’est bien, cela ne semble pas malgré tout briller par l’originalité. Le passage qui m’a plu le mieux est la recherche de l’aigle, seul oiseau absent du garage du vieil homme. Cela se passe alors uniquement dans les montagnes et le jeune homme rencontre un braconnier qui m’a paru un personnage plus intéressant que celui du vieil original. »

 

            Je ne me souviens absolument pas de ce qui me bouleversa tant avant de nous rendre au Studio Gît-le-Cœur. Pierre m’avait-il fait un de ces « coups » qui me jetaient dans une extrême détresse pendant quelques heures (je ne comprenais pas ce qui se passait) ? Après, j’oubliais. Je me rejetais dans notre vie bohème, je me disais que ça ne faisait rien, que ça allait passer, que cela ne se reproduirait plus.

 

 Départs précipités dans la rue que Pierre ne m’expliquait pas, soudains accès de dépression qui ne produisaient eux non plus aucune explication, désespoirs muets, disparitions de quelques jours qui me terrifiaient… Je téléphonais aux employeurs de Pierre où des secrétaires méprisantes me disaient que j’étais avec un drôle de type…

 

Drôle de vie. Mais j’oubliais. J’oubliais aussitôt. Il y avait Jules qui nous attendait, ou un film à aller voir, comme ces Années-Lumière.

 

Je crois me souvenir que j’aimai bien, Pierre adora. L’histoire d’un homme-oiseau, des oiseaux, de la vie en planant… Cela parlait à Pierre. Tous mes amis d’ alors cherchaient à planer.

 

J’étais semble-t-il la seule d’entre nous à ne pas vouloir planer. Mais si. Anaïs Nin disait qu’elle n’avait nul besoin de substances illicites pour planer, pour être dans une forte exaltation qui la faisait écrire. Ou c’était l’écriture qui lui procurait cette exaltation…

 

Exaltée, je l’étais. Shootée aux films, aux amitiés, à l’espoir de me faire publier. Ce que je voulais, c’était « voler ». Si je ne volais pas déjà.

 

            Oui, ce que je voulais, ce n’était pas vraiment conquérir le monde, acheter une voiture, posséder une maison, faire ce que bon me semblait avec qui je voulais quand je voulais…

 

            Ce que je voulais, c’était voler.

 

            Voler comme Juliet et Dominique d’une rue de Montmartre à l’autre, voler comme elles vers des maisons hantées grâce aux bonbons magiques de Rivette, voler comme un pétale de fleur, un chaton, une Carmélite, voler comme le vieil homme de Tanner dans Les Années-lumière, voler comme les marins sur la mer, voler comme les alpinistes de sommet en sommet. Voler comme un ange. Ce que je voulais en fait c’était voler et tout, tous, de ma mère aux profs, des profs aux patrons, tout et tous s’étaient ligués pour me couper mes grandes ailes. Car j’avais les ailes des anges.

 

            Au lieu de cela, les ailes poussaient dans le dos de l’ange asthmatique que j’étais. J’étais trop petite pour les ailes. Les ailes m’empêchaient d’avancer. J’avais été la fille timide de parents insatisfaits, la maîtresse inquiète d’un peintre imbibé, l’amie triste d’un cinéphile qui rêvait de dessiner, l’écrivain qui s’obstinait à dire : “Je suis, je suis...”, et qui n’était pas.

 

            Quand on vole, on n’a pas besoin de dire : “Je suis, je suis...”, on est. Dans les airs, dans le ciel. Ailleurs. A Paris, mais ailleurs quand même. Pas dans le présent. Dans l’infini.

 

            La terre peut trembler et bouger, les tyrans peuvent se succéder, les petits amis peuvent être terriblement pas chic, les boulots peuvent être aussi stupides les uns que les autres… Quand on vole, est-ce que cela a de l’importance ?

 

            Oui, Les Années-Lumière fut typique de ces années-là.

 

 

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commentaires

Julie Zan 07/09/2013 20:51

Bonsoir Joelle, je lis avec délectation toutes vos petites histoires, je me reconnais pas mal dans ce que vous dites, malheureusement ce Paris dont vous parlez si bien n'existe plus vraiment, je
suis parisienne, j'ai 27 ans et je trouve qu'il n'y a plus cette athmosphere jeune bohéme dont vous parlez si bien, ou peut etre qu'il existe mais merde je ne le vois pas.
C'est durant mon voyage de Concarneau (chez mon Thomas) à Paris en covoiturage que j'ai fait la connaissance d'un jeune type qui bossait à la maison de la radio, durant ce long voyage qui relie la
Bretagne à ce cher Paris nous avons parlé de littérature, Dostoiovski, Bukowski, Henry Miller et tout le tintouin et il m'a parlé de votre blog( je l'en remercie), d'ailleurs ce qui m'intrigue
c'est que ce personnage dont vous parlez, ce Pierre, je pense que je le connais mais bon je sais pas trop quel age vous avez lui il me semble qu'il en a 54 et il ne s'appel pas Pierre, c'est dingue
comme une partie de votre histoire ressemble à la sienne.Bref, vous écrivez très bien.

Joëlle Carzon 10/09/2013 15:59



Je reviens de vacances et je trouve votre commentaire. Vous pouvez me réécrire. Peut-être connaissons-nous la même personne... Mais tout de même cette "histoire de Pierre" s'inclut dans un
"roman" qui s'appelle "Lucile à Paris" et qui a peut-être romancé mes souvenirs. Bien à vous.